‹ Contribution à l'Étude de la Méthionine dans le Sang Humain Normal et PathologiqueChapitre 33 sur 52 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Mme M... 38 ans, entrée le 27 novembre 1940, sortie le 5 janvier 1941.

La malade entre dans. le service le 27 novembre 1940 pour une importante augmentation de volume de son abdomen, survenue en trois jours et coexitant avec une

diminution considérable de la diurèse.

Antécédents. —— Luxation congénitale de la hanche gauche. fAppendicectomie — Hystérectomie subtotale pour salpingite double à 26 ans. Réglée à 12 ans, régulièrement jusqu’à son opération. Depuis 1939, deux crises épileptiformes avec absence de conscience dont l’une en juin 1940 à Poitiers, durant l’exode, a duré 9 heures.

RTS

Ancienne syphilitique, la malade a suivi, ainsi que son mari, un traitement spécifique durant trois ans.

L’éthylisme est manifeste, bien qu’inavoué.

Le père de la malade est mort à 62 ans d’une embolie ; sa mère, au même âge, d’un cancer du foie. Sa sœur, atteinte elle ausi d’une luxation congénitale de la hanche, est morte à 38 ans de tuberculose osseuse. Un de ses frères, âgé de 42 ans, est diabétique ; les deux autres sont bien portants.

La première atteinte de la maladie nue à 3 ans ; à la suite d’une forte émotion, la malade a eu, en janvier 1937, un ictère qui dura un mois, accompagné d’importantes épistaxis, de selles noirâtres, non décolorées, de vomissements bilieux, abondants, se produisant généralement avant le petit déjeuner; les urines, de couleur rouge, étaient très rares.

L'apparition de liquide abdominal nécessite, 15 jours après son entrée à Necker, une ponction de 12 litres à la suite ’de laquelle l’ascite ne se reproduit plus durant 3 ans. En 1939, l’ascite ayant réapparu en 8 à 15 jours, on ponctionne la malade, de nouveau hospitalisée à Necker ; les volumes sont : en novembre 1939, 8 litres, en décembre 1939, 7 litres, en janvier 1940, 7 litres.

À ce moment, une ponction pleurale permet de retirer environ 25 cm° de liquide.

A son entrée dans le service, à la fin de novembre 1940, lPascite survenue rapidement détermine une sensation de tiraillement douloureuse ; la malade ne suit plus depuis 5 mois le régime de viandes grillées, fruits, légumes et lait qui lui avait été prescrit et a parfois des pituites matinales.

Des diarrhées peu abondantes se produisent principalement avant les repas. Elle se plaint en outre de cauchemars avec zoopsies (serpents).

A l’examen, l’aspect général est bon. On note un cer-

Trou

tain subictère conjonctival. La température est normale.

La langue est légèrement saburrale ; il n’y a pas de taches leucoplasiques aux commissures labiales.

L’abdomen est distendu ; on note une circulation collatérale surtout visible au thorax ; l’ombilic est presque déplissé, le signe du flot est très net. Les limites du foie et de la rate sont peu perceptibles.

On constate, à la langue et aux maïns, un tremblement intense qui existe depuis 3 ans.

Le thorax, le genou et l’avant-bras droits portent des ecchymoses. Le temps de saignement est de 5° 30” ; le temps de coagulation est de 7°30”. Le signe du lacet est négatif.

L'examen de l’appareil respiratoire décèle une légère zone de matité à la base droite.

Le pouls régulier, bien frappé, bat à 70. Le cœur est normal, la tension artérielle est 16 1/2-9.

Le réflexe rotulien est faible à droite, plus accusé à gauche ; les réflexes achilléens sont abolis ; les réflexes stylo-radiaux sont normaux.

L'émission d’urines est très faible. Celles-ci hautes en couleur, ne contiennent pas de sucre, mais une notable quantité d’albumine et de pigments biliaires.

Le 29 novembre 1940, à la suite d’une ponction évacuatrice de son ascite (5 1. 509), la malade a été prise de mouvements convulsifs cloniques, puis toniques, avec morsure de la langue, mousse et écume aux lèvres, sans émission d’urines. L’ensemble a duré environ 2 minutes, avec perte de connaissance, Immédiatement après la crise, survient une phase de délire avec hallucinations, qui dure encore le 30 novembre. La malade parle avec volubilité de faits anciens sans rapport avec sa situation actuelle et essaie continuellement d’atteindre des objets invisibles.

A ce moment, un examen du système nerveux ne

RRÈTO RS

révèle l’existence d'aucun signe nouveau. Le tremblement de la langue et des mains a disparu. Le pouls est accéléré, régulier, bien frappé, à 96; la tension artérielle est 15-9.

Au début de décembre, la malade subit quelques injections d'extrait hépatique et des injections intraveineuses tri-hebdomadaires de cyanure de mercure.

Dès le 15 décembre, survient une diurèse quotidienne de 2 litres, persistante. L’abdomen, légèrement tendu au début du mois, l’est beaucoup moins dans la suite. On a une impression très favorable sur l’évolution immédiate de la maladie, l’ascite résiduelle se résorbant peu à peu.

À la sortie de la malade, le 5 janvier 1941, l’état général est aussi bon que possible, malgré la perte des forces.

Examens de Laboratoire.

Liquide d’ascite — le 29 novembre 1940.

Très rares hématies —— quelques cellules à noyaux fortement vacuolés. Quelques placards endothéliaux.

Liquide pleural — le 7 décembre 1940.

Albumine 26 gr. p. 1000.

Très nombreuses hématies. — Rares polynucléaires. == Quelques lymphocytes et cellules endothéliales.

Sang —- le 7 décembre 1940.

Urée 0 gr. 41 p. 1000.

Numération globulaire et formule leucocytaire

GER IR CRE EE es 2.670.000 GB RER ST PR M RE 5.000 HÉMOBIODIDE FN EME 55 % Polynucléaires neutrophiles........ 58 ee éosinophiles. . .: 1.5. 0 — grands mono...... 2

— moyens mono...... Fi se sh — Émphocyies "ir 25 == métamyélocytes..... 4

Epreuve de la galactosurie provoquée le 11 décembre

Echantillons Volume Sucre p. 1000 Sucre éliminé f 250 cm 7 gr. 10 ATEN 2 © 200 — 6 gr. 70 1 gr. 34 5) — traces traces 4 — 0 0

Sang — le 13 décembre 1940.

BW — H8.-H — H8& K — +MK RU +

Les dosages de méthionine et de soufre pratiqués le 17 février 1941 donnent les résultats ci-dessous :

Méliioninel ere: 2 gr. 41 p. 1000 Soufre méthionique.... 0 gr. 51 . — Soutrestolal. =. Le . 1 gr 85 — RAPDOTE. PAM re 0,37.

En résumé, il s’agit d’une ancienne syphilitique atteinte de cirrhose avec ascite assez abondante et oligurie. A noter également quelques épisodes épileptiques.

Les dosages de méthionine et de soufre effectués après six semaines d'évolution favorable, fournissent des résultats très voisins de la normale.

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