TRAITEMENT
Beaucoup depeisonnes atteintes de migraine, ayant essayé en vain un grand nombre de remèdes, renoncent à se faire traiter. Combien de médecins, même des plus savants, des plus célèbres, qui ont érigé en principe la non intervention : Haller, Sauvages, Linné! Ce dernier, dit-on, guérit de la migraine en buvant tous les jours un verre d’eau fraîche et en faisant une promenade au grand air. Fonssagrives, qui donne le bromure potassique, paraît ne le faire que par condescendance pour ses malades. Est-ce le trop grand nombre de remèdes employés qui, ne remplissant pas toutes les indications et échouant souvent, ont amené la défiance et le scepticisme?
Nous croyons qu’il est difficile d’avoir prise sur un accès un peu violent, arrivé àson maximum d’intensité. Le malade recherche alors avant tout le silence, l’obscurité, l’immobilité, en un mot, le repos le plus absolu. Le bruit le plus léger, la lumière la moins vive, le moindre mouvement lui sont insupportables. Etant donnée la terminaison heureuse des crises, et dans un temps prévu pour les cas ordinaires, il est permis de borner son intervention aux conseils hygiéniques, seule indication du moment. On est allé jusqu’à dire que c’est presque un malheur de ne plus avoir la migraine. On a eu en vue probablement certains cas malheureux, où des
accidents graves, et la mort elle-même, ont succédé à sa disparition. Tout le monde connaît l’histoire du major anglais de Trousseau, qui, ayant réussi à faire partir sa migraine, succomba à une autre maladie qui serait survenue par métastase.
Disons, pourtant, que, si la maladie dépassait la durée ordinaire, si les accès étaient trop prolongés et trop intenses, s’il y avait menace d’encéphalite, d’hémorrhagie cérébrale, ou d’autres transformations ou complications, non seulement on serait autorisé à intervenir, mais ce serait même une faute grave de ne point le faire. Il faudrait tenir compte de toutes les modifications survenues, et y aviser le plus promptement possible.
Mais, s’il est ordinairement intempestif d’intervenir dans la période d’acuité, s’il y a alors à craindre d’augmenter les troubles qui font souffrir le malade, il n’en est pas de même quand on a la chance d’être appelé au moment des prodromes, alors que le mal ne fait que débuter. On n’ignore pas que le migraineux, en général, est averti de l’imminence de l’accès. Il aura mal dormi lanuit,la tête sera lourde, légèrement endolorie; il aura pris froid, il sentira de la chaleur à la face ; s’il veut faire le moinde effort intellectuel ou manuel, s’il est exposé au moindre courant d’air, à un rayon de soleil un peu trop direct, il se sentira envahi aussitôt par une sorte de malaise général, qui va devenir plus intense d’instant en instant. C’est le moment d’agir.
Tout peut réussir. C’est à chaque médecin de rechercher quel est le remède qui réussira le mieux à chacun de ses malades. Celui-ci sera calmé par des inspirations de vapeurs d’éther, de chloroforme; à celui-là, il faudra donner les mêmes substances en solution. La question de dose n’est pas très importante. Il faut pourtant essayer toujours, au début, des doses assez faibles. On se contentera de. prescrire 1 gr. d’éthér dans 100 gr. d’eau, avec 10 gr. d’eau de fleurs d’o-
ranger, et 30 gr. de sirop de sucre. Si cette potion ne fait pas grand’chose, on remplacera le sirop de sucre par du sirop d’opium, à la même dose.
Le chloroforme sera d’abord donné sous forme de sirop, suivant la formule de Dorvault. On prescrira 25 décigr. de chloroforme pur dans 100 gr. d’eau. Ce sirop contient une goutte ou 2 centigr. et demi de chloroforme par gramme. Il sera pris par cuillerées à café, ou bien on le délayera dans un peu d’eau.
Si l’on a affairé à un tempérament évidemment nerveux, surtout si l’on connaît exactement les antécédents et les commémoratifs, on donnera de l’oxyde de zinc. On pourra y mêler un peu de poudre de valériane et prescrire, par exemple :
Oxyde blanc de zinc ........ . . 1 gr.
Poudre de valériane... 0 gr. 50
Gomme arabique pulvérisée. ... 20 gr.
(mêler exactement, faire des paquets de 30 centigr. Ordonner trois deces paquets par jour. Au moment des prodromes, en faire prendre deux à une demi-heure d’intervalle seulement).
Un médicament dont on se trouvera bien, c’est le valérianate de quinine, 2 gr., associé à de l’extrait de genièvre en quantité suffisante. On fait faire 20 pilules à la fois, et on ordonne d’en prendre 4 à 5 par jour.
La valériane produit une bonne action contre l’élément nerveux, la quinine est dirigée contre l’élément périodique, si tant est qu’il puisse y avoir dissociation entre ces deux éléments.
M.Edwards s’est bien trouvé de l’administration du citrate de caféine, à la dose de 1 gr. 50, mélangé avec du bromure de potassium. Il affirme que ce mélange a une grande valeur pour modérer ladouleur (British medical Journal 1887).M. le D r Àugier, de Salernes (Yar), qui a bien voulu nous donner quelquesrenseignements sur la migraine dont il a souffert de
longues années, nous écrivait, à la date d’août 1888 : «J’avais fait l’essai de beaucoup de remèdes, qui, presque tous, avaient été inutiles ; je n’étais soulagé que par le repos de la nuit, le café et la caféine.»
Si 1 on peut se baser sur la forme de la migraine, on devra agir en conséquence. A-t-on affaire à la forme nommée «w^oparalytique par Sarda, on emploiera évidemment les vasoconstricteurs : digitale, sulfate de quinine, ergot de seigle, paulinia, bromure de potassium, seul ou associé à la teinture d’aconit, suivant le conseil de Lockridge (Chicago med. Journal 1877). Dans la forme angio-tonique , ce seront les vaso-dilatateurs qui feront la base à peu près exclusive de l’intervention thérapeutique. On prescrira l’opium, le ehloral, le nitrite d’amyle.
En dehors des accès, le D r Seguin (New-York med. Record 1878) obtiendrait des succès remarquables avec le chanvre indien. Il le prescrit à'la dose de 2 centigr. d’extrait aqueux avant chaque repas.
Fabre, de Marseille, conseille les feuilles de mœnyanthe ou trèfle des marais (Gentianée). Il prescrit 0,50 de feuilles à faire bouillir dans 100 gr. d’eau ; on édulcore avec du sirop de valériane.
L’acide salicylique, l’acétanilide comptent aussi quelques succès à leur actif. Mais, souvent aussi, la récidive ne tarde pas à se montrer ou bien on ne constate qu’un apaisement momentané de la douleur. Cependant, l’emploi de ces dernières substances constitue un véritable progrès.
Tout ce qui peut exciter les terminaisons nerveuses et eu modifier l’état est susceptible de combattre la douleur dont les nerfs sont lé siège. Ainsi s’explique le succès des excitations périodiques faites par la percussion rythmique avec les doigts, ou avec le diapason appliqué sur la région douloureuse. C’est encore ce qui rend compte des quelques succès
obtenus par un massage rationnel. Le procédé du traitement consiste dans un tapotement rapide et méthodique des régions frontale, temporale et occipitale, tapotement accompagné dépréssions douces et réitérées, avec glissement, qu’on opèreavecla paume de la main ou la face palmaire des doigts enduites d’un corps gras, sur les mêmes régions. Qui ignore que des pressions faites sur les régions frontales d’un migraineux, par une main fraîche surtout, ne fassent obtenir un soulagement immédiat, quelquefois durable, pour peu qu’elles soient prolongées? Qui n’a vu ces pauvres patients se serrer la tête avec des serviettes imbibées d’eau ? Tous ces moyens ont au moins le mérite d’être inoffensifs, à la portée de chacun, et d’apporter souvent un amendement considérable à la douleur, s’ils ne la font pas disparaître.
Après ces pratiques de massage simple et d’application d’eau fraîche, il convient de citer toutes les frictions qu’on a proposées et qui sont journellement employées. Pour ne pas trop traîner en longueur, nous nous contenterons de signaler les principaux agents, ceux qui-ont donné les meilleurs résultats. C’est ainsi que les migraineux se trouvent souvent trèabien de frictions faites avec un tampon d’ouate, imbibé avec 1 gr. d’essence de menthe; pour éviter l’évaporation, ils appliquent au lieu où ils ont frictionné un autre tampon. Quand la caféine n’est pas supportée à l’intérieur, on peut la faire entrer dans une pommade avec de l’extrait de belladone. Cazeneuve, de Bordeaux, conseille la pommade
suivante :
Chloroforme pur ... . 12 gr.
Cyanure de potassium. ... ... 10 —
Axonge récente. 60 —
(à en mettre gros comme 2 œufs de pigeon sur la tête, recouvrir de taffetas gommé. Recommencer si besoin est). Outre les pommades, on peut se servir de solutions avec du
bisulfure de carbone, avec du chloroforme, de l’acétate de plomb même, de l’alcool, du vinaigre. Rien n’est à dédaigner: on en imbibe des compresses, des mouchoirs, des serviettes dont on s’entoure la tête.
Quand on a affaire à la forme gastrique, quand on sait que la digestion se fait mal, le mieux est, croyons-nous, sous l’imminence d’un accès ou tout à fait au début - de celui-ci, de faire prendre un vin généreux, celui que le ou la malade préfère,, par petites gorgées, ou bien une infusion légèrement stimulante. On peut, dans certains cas, prescrire un purgatif doux, ou un lavement purgatif léger. Lorsque le malaise gastrique dure longtemps, que l’estomac reste chargé, que la digestion se fait péniblement, on se trouvera bien d’un purgatif un peu plus actif.
Une pratique qui n’a pas été beaucoup ni souvent recommandée, à notre connaissance du moins, dans la migraine, c’est celle qui nous est signalée encore par le D r Augier: «Toutes les années, nous dit-il, dans le courant du mois d’avril et en septembre, je prends, presque tous les matins en me levant, une très petite cuillerée à café de sel d’Angleterre dans un peu de café sucré ; une heure après, ordinairement, je déjeune comme d’habitude avec du café au lait. Cette petite dose de sel ne me purge pas, mais je crois qu’elle est suffisante pour me débarrasser l’estomac. Toujours est-il que je ne vomis plus et que je n’ai presque plus la migraine. Lorsqu’elle revient, elle est très bénigne. »On pourrait, sans inconvénient, remplacer le sel d’Angleterre par tout autre purgatif en petite quantité. Il est permis de croire que cette pratique, très commode, peut rendre de sérieux services dans les cas analogues.
M. Haig (1), attribuant l’accès de migraine à un excès
(1) Bril. med. Journal, janvier 1888.
d’acide urique dans le sang, prescrit les acides minéraux; il compte sur leurs propriétés diurétiques. La condition du succès du traitement dépend surtout, à son avis, de la dose d’acide qui est prescrite. Il fixe cette dose à 3 ou 4 centimètres cubes d’eau régale médicinale (acide nitro-chlorhydrique) en dissolution dans une grande verrée d’eau. Le malade ingère cette dose, en deux prises, à 30 ou 40 minutes d’intervalle. Une heure ou une heure et demie plus tard, les symptômes migraineux disparaissent. Si l’urine conserve son alcalinité, on doit administrer une nouvelle dose d’un tiers du même médicament, ou bien une quantité équivalente d’acide citrique sous forme de limonade.
Cette médication doit avoir le régime diététique pour auxiliaire, et M. Haig insiste sur l’abstention des viandes rouges, du vin et de la bière. Sur ce point, l’observateur anglais partage, d’ailleurs, l’opinion de tout le monde; mais, considération plus originale, il déclare que le traitement de la migraine par les acides est une médication d’épreuve. Echoue-t-elle? C’est que la migraine relève d’une autre cause que l’excès d’acide urique.
Il déclare qu’un grand nombre de médicaments, dont on fait usage dans le traitement de cette affection, doivent leur efficacité à l’augmentation de l’élimination de l’acide urique par les urines, ou bien à une diminution dans sa production. Ainsi s’expliquerait, ajoute-t-il, l’action relative des bromures sur les centres nerveux, trop vivement stimulés par le sang chargé de cet acide.
La médication par les acides possède une action inverse et, au lieu de combattre l’excitation des centres nerveux, modifie les qualités du sang, sans agir sur ces centres.
Signalons encore une pratique que l’on pourrait rapprocher de celle au D r Augier, pour le sel de magnésie. Le
D r Halez, dans le Journal médical australien , dit que de très petites doses d’iodure de potassium rendent un grand service dans la migraine frontale. Une dose de 0 gr. 12 dans un demi-verre d’eau vineuse, prise tons les jours pendant quelque temps, guérira toujours, d’après lui, une migraine pesante située au-dessus des sourcils. L’action de ce médicament serait très rapide.
Quand un malade, en proie à un violent accès de migraine, ne veut accepter aucun soin, ne rien prendre de ce qu’on lui propose, on doit au moins le mettre dans les meilleures conditions pour que la crise cesse au plus tôt. On le laissera seul, absolument seul, dans une grande chambre bien aérée, avec une température moyenne, c’est-à-dire ni trop chaude ni trop fraîche, en été, plutôt un peu chaude en hiver, aussi loin que possible de tout bruit, de tout mouvement, dans une demi-obscurité. Il devra avoir à sa disposition un canapé confortable sur lequel il puisse s’étendre si l’envie lui en prend. Le mieux est encore qu’il se couche dans un lit, et c’est ce qu’il fait le plus souvent. Il tiendra la tête relevée sur plusieurs oreillers, le reste du corps recouvert, s’il peut supporter une couverture, pour dégager la chaleur de la tête autant que possible.
Dans le cas où le repos et l’immobilité absolue sont impossibles, le malade éprouve un réel soulagemènt en se promenant à petits pas, doucement, dans sa chambre, appuyé sur une canne. Il donne à sa tête l’inclinaison qui le fait le moins souffrir, la remuant le moins vivement qu’il peut. Tantôt, il aspirera largement de l’air et coup sur coup; tantôt, au contraire, il retiendra sa respiration. On a signalé un amendement à la douleur, dans quelques cas, par le seul fait d’avoir tenu, quelques instants, un ou les deux bras relevés.
On le voit, la seule chose que réclament toujours les mi-
graineux, c’est le repos, la paix. Ils ne demandent qu’une chose, qu’on les laisse tranquilles. Le seul instinct suffit pour leur faire trouver, habituellement, la position qui leur convient le mieux. Et, en somme, on ne peut s’empêcher de reconnaître, avec le professeur Grasset, qu’« après un peu de pratique et après avoir vu quelques migraineux, on arrive à ne prescrire rien du tout pendant l’accès , pour combattre cet accès lui-mêtne. »
A ce sujet, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler qu'un des maîtres les plus autorisés de cette Ecole, que la mort vient de ravir ces derniers temps à l’affection de tous, avait coutume de dire que lorsque sa ferame'avait la migraine, il ne trouvait rien de mieux à faire que de s’en aller luimême, et de faire une promenade qui ne le ramenât auprès d’elle que lorsque l’accès aurait complètement passé.
Parlerons-nous de l’exalgine, deuxième dérivé méthylé de l’acétanilide? MM. Dujardin-Baumetz et Bardet en ont vanté lès effets analgésiques à l’Académie des sciences, au début de la présente année. Elle serait supérieure à l’antipyrine, puisqu’elle produirait les mêmes effets à doses moitié moindres. Les expériences ne sont ni assez nombreuses, ni assez concluantes pour nous permettre de donner notre avis. Disons pourtant que M. Carrieu en a obtenu de bons résultats dans des cas de migraine où l’antipyrine ne lui avait pas réussi.
Les sujets qui ont à subir souvent des accès de migraine feront bien d’éviter une nourriture trop abondante, trop substantielle, trop irritante. Ils n’abuseront pas des mets trop chauds. Ne sait-on pas que les personnes qui arrivent aux limites extrêmes de la vie ont usé, en général, surtout d’aliments froids ?
Chacun sait que le froid modéré resserre et tonifie les tissus. Une hydrothérapie bien appliquée doit être recommandée comme un puissant modificateur dans la maladie qui nous occupe. Il en est de même d’un exercice en rapport avec les forces. Le mouvement soutenu, augmenté même petit à petit, permet de se nourrir davantage, aide à l’élimination des déchets organiques et à la reconstitution de l’organisme, s’il n’est pas arrivé déjà à l’usure extrême. L’homme ne peut se résigner à vivre toujours à l’intérieur. Quelque sédentaire et retirée que soit son existence, il est toujours appelé, à un moment donné, à sortir au dehors. Il doit donc s’habituer, toutes les fois qu’il le pourra, aux variations du temps. *
Les individus migraineux débilités seront soumis à un régime tonifiant, reconstitutif. Les préparations au tannin, au cachou, le vin rouge, vieux, généreux, trouveront leur emploi. On prescrira aussi les préparations au quinquina, au besoin l’huile de foie de morue. Les préparations ferrugineuses auront aussi un bon effet, pourvu que les doses ne soient pas trop fortes, et que leur emploi ne soit pas trop prolongé.
«La migraine est souvent unie à des manifestations morbides du côté de la peau, dit Jaccoud. Il convient alors de la combattre par les préparations arsenicales.» On pourra prescrire la liqueur de Fowler, à la dose ordinaire de 5 à 6 gouttes dans les 24 heures, ou, dans les cas où l’on aurait des raisons pour soupçonner en même temps l’existence de la syphilis, la solution iodo-arsenico-mercurique de Donavan- Ferrari, à la dose de 2 à 3cuillerées par jour.
Les bains de mer ont une efficacité positive (Jaccoud, Pathologie interne , I).
Le médecin ne doit jamais oublier que le côté moral est toujours à considérer. Il fera appel à toute son habileté, à
toute sa délicatesse et s’efforcera, dans la mesure du possible, à dépister l’affliction, les peines, les chagrins que son malade pourra avoir. Il fera comprendre aux parents, aux amis, à tontes les personnes qui l’entourent, toute l’importance qu’on doit attacher à la plaie du cœur, si l’on veut obtenir la plus grande somme d’effets de la part d’une médication thérapeutique active. La guérison, souvent, n’est qu’à ce prix. Il nous suffira d’avoir signalé le point, passé si souvent sous silence.
P. Berbez a dit, en parlant du pronostic de la migraine ophthalmique, qu’un thrombus était toujours à craindre, par suite de la crampe vasculaire, admise par tous dans certains cas, crampe qui a une tendance fatale à se reproduire. Or, à la suite du thrombus, survient l’anémie définitive et la nécrobiose obligée du territoire irrigué. C’est contre cette terrible éventualité que Charcot a cherché à lutter en instituant un traitement qui s’attaque au spasme, cause de tout le mal, le traitement bromuré à doses croissantes utilisé dans l’épilepsie fl).
Il commence à prescrire, pendant une semaine, 2 gr. de bromure de potassium par jour ; la deuxième semaine, la dose est portée à 3 gr. et ainsi de suite, jusqu’à la cinquième semaine. Mais, alors, il redescend progressivement, et, la sixième semaine, il revient à 4 gr., pour finir à 2 gr. vers la huitième ou neuvième semaine. Il prétend avoir obtenu, au moyen de cette médication, deux guérisons complètes.
M. West Roosevelt a employé le nitrate de cobalt et de potasse, chez une femme atteinte de migraine, avec nausées, vomissements, élévation de la tension artérielle. Ce sel, qu’on obtient en faisaut agir une solution d’un sel de cobalt
(1) P. Berbez. GazeLte bebdi.de méd. et de chir., janvier 1889.
additionnée d’acide acétique sur l’azotate de potasse, amena la sédation des accidents, comme le chloral, mais avec cette différence que l’administration du chloral était suivie de céphalalgie.
En résumé, le nitrite de potasse cobalté agit sur la tension vasculaire, dans l’espace d’un quart d’heure à une heure, et par prises d’un demi-grain (0 gr. 032), toutes les deux ou trois heures (1).
En 1877, a paru, à Palerme, une brochure, dans laquelle Salvatore Salomone Marino vante les bons effets, dans la migraine, de l’ergotine à la dose de 0 gr. 15 àO gr. 20, en solution dans 1 gr. d’eau ou de glycérine, par la voie hypodermique. Généralement, après une où deux injections, la douleur se dissipe (2).
Nous ignorons si d’autres observateurs ont obtenu d’aussi bons résultats. Mais nous ne saurions passer sous silence que nous avons vu relaté un accident consécutif à une injection hypodermique d’ergotine, bien qu’on l’ait faite, dans ce cas, pour arrêter une hémorrhagie rebelle (3).
‘Citons encore la pyrodine, poudre blanche cristalline, soluble dans l’eau froide et facilement administrable à l’état pulvérulent. Elle posséderait des propriétés nervines, qui la recom mandent dans les migraines, les névralgies, sans toutefois que les observations jusqu’ici soient décisives. D’après R. Wild, elle agit à la mode d’un agent vaso-dilatateur. Elle diminue la fréquence du pouls tout autant que l’hyperthermie, et, avantage notable, augmente la diurèse (4).
Disons, à ce sujet, que la pyrodine a été expérimentée en France, par M. Lemoine, de Lille, lequel en a fait l’objet
(t) The N.-Y. lued. Journal, 2-"> août 1888.
,2) Salvatore Marino.' Palerme, 1877 (brochure de 16 pages.
(3) The Lancel, 21 janvier 1888. M.-C. Coclirane.
(4) The med. Chronicle, p. 96, nov. 1888.
d’une note à la Société de biologie. Il résulte de ses recherches que cette substance constitue un antithermique très puissant, et un analgésique non moins puissant, à faible dose. A forte dose, elle peut déterminer des accidents assez graves (1). Cette constatation nous suffit, bien que les expériences de M. Lemoine aient porté surtout sur des tuberculeux. Il est permis, dès maintenant, de croire exacts les résulats obtenus, en Angleterre, contre la migraine, et d’espérer que ce succès se continuera dans les expérimentations ultérieures.
Ne fût-ce que pour être aussi complet que possible, on nous permettra de mentionner encore quelques substances. Citons d’abord rurallium, dont M. Poppé, de Bologne, a donné la monographie à la Société médico-chirurgicale de Bologne. C’est un composé de chloral et d’uréthane. Il l’a fait ingérer à des animaux et l’a prescrit à l’homme, avec un égal succès, pour provoquer le sommeil.
Cette substance ne modifierait pas les fonctions cardiovasculaires et n’altèrerait pas [qualitativement les globules sanguins. Il serait recommandable contre l’insomnie des individus atteints de cardiopathie, d’hystérie et de névropathies. Malgré ces succès, on peut estimer utile de voir ce médicament subir l’épreuve du contrôle expérimental et clinique (2).
Parmi les substances empiriquement employées contre la migraine, il faut citer la cytisine, à l’état de nitrate de cytisine, employée par Krœpelin, qui en injecte sous la peau de 2 à 5 milligr., tout à fait au début de l’attaque. Celle-ci finirait presque immédiatement (3).
(1) Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 10 mai 1889.
(2) Gazetta degli Ospitali, 4 février 1889.
(3) The Lancet, 3 mars 1888.
Un médecin américain aurait obtenu un succès complet en s’injectant sous la peau 6 centigr.de chlorhydrate de cocaïne. Les effets physiologiques furent marqués, mais il n’y eut pas d’accident (1). Nous doutons, pour notre part, que cette injection produise des effets plus satisfaisants qu’une injection de morphine.
Rabow ( Therap . Monatsh.-Centralbl. f. klin. med.y dit qu’une demi-cuillerée à café de sel gris, prise avec les premiers symptômes prémonitoires de l’accès de migraine, surtout quand il y a des manifestations du côté de l’estornac, arrête parfois l’accès en une demi-heure (2). Cette médication par le chlorure de sodium aurait aussi donné de bons résultats à Nothnagel et à BatOn.
Nous rapportons, à la fin de notre travail, une remarquable observation du D r Hamon, qui aurait réussi à juguler complètement les accès de migraine qui affligeaient une dame de 40ans depuis une trentaine d’années, en la soumettant à l’usage journalier de quatre pilules du D r Gélineau, au bromure arsenical et à la picrotoxine (Observation III).
Nous n’en finirions pas si nous voulions continuer la liste des différents médicaments que l’on a employés dans la migraine. On ne nous en voudra pas trop, pensons-nous, de nous arrêter là, et d’avoir cité surtout les substances qui ont été mises en usage dans les dernières années.
li en est encore une, pourtant, dont on a tellement parlé, qui a eu dans le monde entier un écho tel que nous ne pouvons nous dispenser d’en parler un peu plus longuement; nous voulons dire l’antipyrine. C’est pour cette raison même que nous nous sommes abstenu d’en parler jusqu’ici.
C’est Germain Sée quia signalé, le premier, l’action de l’an-
(1) Dunn.— Therapeutic Gazette 1888.
(2) Cité dans N.-Y. med. Journal, 3 décembre 1887-
tipyrine contre la douleur, dans une communication faite k l’Académie des sciences le 18 avril 1887, communication, qui a eu un grand retentissement dans le monde médical. Poursuivant ses recherches, il rendit compte des résultats obtenus dans les migraines, à l’Académie de Médecine, dans la séance du 23 août 1887.
Nous ne pouvons mieux faire que de consigner exactement ces résultats : «Sur 42 malades, la plupart âgés de 18 à 45 ans je compte, dit-il, 6 jeunes filles, dont 3 sont chlorotiques et 2 dyspeptiques; je trouve ensuite 12 femmes mariées, dont 5 névropathiques, 1 hystérique; 12 jeunes gens adonnés aux études, mais non surmenés, et indemnes d’ailleurs de toute tare diathésique ou spécifique; enfin, 12 hommes plus âgés, dont 1 goutteux, 1 néphrétique calculeux, 4 rhumatisants, 5 cardiaques et 2 d’une parfaite santé. J’ajoute qu’aucun de mes malades (à l’exception de 2) ne présentait le moindre trouble digestif dans l’intervalle des accès; tous sont des migrainés, comme ils disent , de profession, et, la plupart, d’origine héréditaire. Tous ont pris l’antipyrine au début de l’accès: 1 gr. au réveil et 1 gr. une heure après. Chez tous, indistinctement, après la deuxième dose au plus tard, l’accès, qui durait habituellement toute la journée et jusqu’après le sommeil de la nuit, se trouvait absolument enrayé. Les malades pouvaient reprendre immédiatement leur travail intellectuel ou leurs occupations habituelles. Le remède était administré dans une demi-verrée d’eau fraîche avant ou en même temps que le thé, le potage ou le café au lait du matin. La douleur diminuait en 20 à 30 minutes. La deuxième dose ne fut alors que préventive. Dans l’intervalle des accès, rien; chez la plupart, ils s’éloignaient sensiblement, surtout lorsque les malades sujets à des accès rapprochés continuaient à prendre 1 gr. par jour. Sur les 42 cas, je n’ai constaté que 2 fois l’intolérance stomacale, une fois le
vertige et une fois un grand malaise, suivi d’une excitation, qui ne permit pas de renouveler la tentative. Chez tous les autres malades (38 sur 42), le succès fut immédiat et complet, sans le moindre trouble ni de la digestion, ni de la circulation, ni du fonctionnement cérébral.»
Tous ces succès qui se continuèrent, et auxquels s’en ajouta un certain nombre, permirent à M. Germain Sée de résumer, le 6 septembre de la même année, ses idées sur la médication antipyrique, dans les termes suivants: «La médication antipyrique doit constituer pour tous les organes le véritable moyen de calmer leur sensibilité exaltée; c’est le remède des douleurs et de la douleur .»
Mais c’est à M. Albert Robin que revient l’honneur d’avoir fait faire le dernier pas vers la solution complète du problème. Dans une intéressante communication, modèle de rigueur et de clarté, il nous donne l’analyse détaillée de l’influence de l’antipyrine sur les actes nutritifs ; et il nous révèle par là même le secret chimique des effets médicamenteux constatés par la clinique et l’expérimentation. L’antipyrine augmente l’excrétion du phosphore incomplètement oxydé dans les urines;c’est là l’expression chimique de son action sur les tissus ; donc, elle ralentit les oxydations nerveuses. Donc, de par la clinique, l’expérience et la chimie, l’antipyrine est un agent de dépression et d’inhibition nerveuse.
Aussi ne devons-nous pas nous étonner si les succès de l’antipyrine ne se sont pas démentis. Nous nous contenterons d’ailleurs d’en citer quelques cas. M. Moyer a prescrit l’antipyrine à la dose de 50 centigr., répétée toutes les deux heures, dans un cas d’hémicrânie ; il obtint, dès* la première dose, l’atténuation de la douleur (1).
(1) The medical Standard, oct. 1887.
Voici les résultats obtenus par M. Ungar, de Bonn : « A l’exemple de Choniga Kow, Lynow et d’autres médecins russes, cet observateur a prescrit de l’antipyrine contre la migraine, en raison de son analogie avec le salicylate de soude. Il l’administrait, au début des accès, à la dose de 1 gr. et demi et, si l’action thérapeutique tardait, il répétait cette même dose une heure plus tard:quand l’accès avait débuté, il la prescrivait encore, et dans nombre cas il avu les symptômes s’atténuer (1).
Le D r T. S. Robertson a essayé l’antipyrine contre la migraine, dans des cas qui avaient résisté au chloral et à l’aconitine. Sur 100 cas, il a réussi 90 fois à obtenir l’apaisement de l’accès en 45 à 50 minutes. Le D r E. Waitzfelder l’a employée dans les mêmes cas ; il n’a obtenu que 50 p. 100 de succès. Les docteurs Hammond et Jacoby n’auraient pas obtenu de succès marqué; pourtant, le dernier aurait remarqué un réel soulagement après une deuxième prise d’antipyrine. Le D r Sachs dit que la médication antipyrique doit être continuée et observée durant plusieurs mois; on ne peut pas conclure d’une ou deux administrations. Dans 12 cas de migraine, il l’a donnée, et il a obtenu l'apaisement, en 20 minutes après la première administration. Il ne pense pas qu’il soit nécessaire de répéter la dose plus de 2 ou 3 fois à des intervalles d’une heure. Le type paralytique a toujours été soulagé. (2)
Les succès de l’antipyrine ont été aussi continués et constatés en France. Il nous suffira de citer les observations du D r Bonmaison, directeur de l’établissement hydrothérapique de Saint-Didier (3). Sur 18 cas de migraine dans lesquels il
(1) Zeitschrift f. Thérapie, N° 2, 1887.
(2) N--Y. medical Journal : N.-Y. neurologica society (meeting of october 4, 1887).
(3) Montpellier médical (avril 1888).
1 a employée, il a obtenu 12 succès, «Nous voyons qu’en somme, dit-il, quelle que soit la cause qui l’a produite, la migraine cède généralement à l’administration de l’antipyrine, en tant que manifestation douloureuse. Nous la voyons reparaître chez la plupart de nos malades, qui sont à peu près tous des migraineux anciens, névropathes ou arthritiques. L’antipyrine ne guérit donc pas la migraine, pas plus que la morphine, mais elle calme l’accès, et c’est bien quelque chose. Elle n’offre d’ailleurs aucun inconvénient: nous n’avons trouvé qu’un peu d’intolérance stomacale chez un de nos malades, auquel nous avions dû augmenter la dose.» Il constate pourtant qu’il a eu 4insuccès.
Disons aussi que, dans la séance du 21 février 1888, M. Hardy rapporta à l’Académie de médecine qu’à la suite de l’administration, depuis 12 jours, d’un gramme d’antipyrine par jour, un érythème scarlatiforme assez sérieux s’était produit. Il a aussi observé, à côté d’excellents résultats, des vomissements prolongés, des dépressions cérébrales et cardiaques; dans un cas, une amnésie durant 18 heures, à la suite de l’ingestion de l’antipyrine, si bien qu’il convient, suivant lui, d’être plus réservé qu’on ne l’a été. jusqu’ici dans son emploi thérapeutique. M. Brouardel estime qu’il conviendrait, avant de faire prendre de l’antipyrine, de s’assurer au préalable de l’état des reins (1). M. Guttmann cite deux cas dans lesquels il a noté des phénomènes analogues à ceux observés par M. Hardy (2).
M. Huchard a appelé l’attention de la [Société de biologie sur certaines côntre-indications de l’antipyrine. « Il est démontré, dit-il, que ce médicament a pour effet dediminuer la quantité des urines; il résulte de là que, dans certaines
{1} Séance du 21 février 1888 (Académie de médecine).
(2).TUerapeuts monats. juin 1887.
affections rénales, dans les fièvres à forme rénale, l’emploi de l’antipyrine est contre-indiqué. C’est un médicament, comme l’a dit Renaut (de Lyon), qui «ferme le rein»; peutêtre même a-t-il aussi pour résultat d’augmenter l’albuminurie préexistante.» M. Dujardin-Baumetz insiste et appuie énergiquement l’opinion de M. Huchard (1).
En somme, malgré les quelques insuccès signalés, malgré les quelques accidents qui ont été rapportés, nous pouvons conclure de la rapide étude que nous venons de faire que la médication antipyrique constitue un réel et sensible progrès sur toutes les médications antérieures. Il est encore permis de dire, avec Germain Sée, que l’antipyrine est le remède des douleurs et de la douleur.
M. Carrieu nous a cité aussi un remède qui agirait beaucoup pour calmer l’accès (remède du D r Alquié). Ce remède, qui se prend en inhalations parla voie nasale, lui aurait procuré plusieurs fois un réel soulagement dans les accès de migraine dont il souffre. Nous regrettons de n’avoir pas pu nous en procurer la composition.
Il ne nous reste plus qu’à dire un mot, pour terminer, des diverses mesures proposées pour parer aux inconvénients si nombreux du surmenage intellectuel. Ce seul point mériterait des développements que ne comporte pas notre modeste travail. Nous ne saurions cependant le passer tout à fait sous silence, car nous estimons que le traitement du surmenage scolaire constitue, en réalité, un traitement indirect de la migraine.
«Le traitement (du surmenage), dit Wharton (2), doit être curatif et préventif.» Dans les familles névropathiques, on doit contraindre les enfants à mener une existence aussi
(1) Société de thérapeutique (séance du 22 février 1888).
(2) 'Wharton, loc. cit.
tranquille que possible; il leur faut 10 heures de sommeil, et les priver de leurs livres, pour peu qu’ils en abusent; 6 ou 7 heures d’études parjoursont suffisantes. Il faut encourager les jeux, et, s’il est possible, garder ces enfants à la campagne. La nourriture sera saine, variée, abondante. Le D r Wharton est heureux de constater les efforts que l’on fait en ce moment, en Angleterre, pour varier et êiendre le cours des études. Il applaudit surtout à l’introduction du travail manuel dans les écoles. Il trouve à cela deux avantages inestimables : 1° l’adresse et le talent dans l’usage des mains, adresse et talent qui pourront être très utiles, plus tard, dans la vie; 2° distraction efficace des travaux de l’esprit.
Suivent des remarques très judicieuses sur l’habitude néfaste qu’on a prise de conduire les enfants aux théâtres. Il montre l’influence fâcheuse du mauvais air et des impressions pernicieuses des pièces, double condition qui tend à troubler l’organisme tout entier et à surexciter le système nerveux.
Quand les attaques de migraine sont constituées, il conseille de changer d’air; sinon on doit employer les toniques etla bonne nourriture, l’huilede foie de morue. Dans certains cas, il faut prescrire les bromures, maisà petites doses et les continuer pendant plusieurs semaines.
Si l’on reconnaît que les attaques Ont pour cause des troubles oculaires, il suffira souvent de les corriger par dés verres pour voir disparaître les migraines infantiles. Dans tous les cas, il faut examiner soigneusement la dentition, et plomber ou arracher les mauvaises dents.
En France, on a appelé l’attention sur tous ces points. Mais il y a d’autres considérations à faire valoir. Les membres de l’Académie de médecine n’ont pas craint de faire remarquer que la cause primitive des accidents du surmenage réside dans ce fait que les programmes universitaires sont trop chargés. Une deuxième causq, non moins évidente, c’est la
limite d’âge imposée aux divers concours qui donnent accès aux carrières libérales. « Le concours, la limite d’âge, tels qu’ils existent, dit M. le D r Barrère, aboutissent à créer des intelligences surchauffées dans des corps minés et affaiblis, qui ne tiennent debout que grâce à leur jeunesse, mais succombent trop facilement aux premières influences nocives.» (1).
Nous ne saurions mieux faire que de transcrire, ici, les vœux votés par l’Académie, dans la séance du 9 août 1887. Ils résument tous les débats qui ont eu lieu dans son sein et constituent les mesures les plus propres à mettre un frein aux désordres qu’engendre le surmenage scolaire :
1° Les collèges et les lycées pour élèves internes doivent être installés à la campagne;
2° De larges espaces bien exposés doivent être réservés pour les récréations;
3° Les salles de classes doivent être améliorées au point de vue de l’éclairage et de l’aération ;
4° Il faut accroître la durée du sommeil des jeunes enfants;
5° Pour tous les élèves, diminution du temps consacré aux études et aux classes, c’est-à-dire à la vie sédentaire, et augmentation proportionnelle du temps des récréations et exercices ;
6° Nécessité impérieuse de soumettre tous les élèves à des exercices quotidiens d’entraînement physique, proportionnés à leur âge (marches, courses, sauts, formations, développements, mouvements réglés et prescrits, gymnastique avec appareils, escrimes de tous genres, jeux de force, etc.)
(1) Le Praticien, 21 déc. 1885.
Cette éducation, plus virile, donnera des hommes vigoureux à la France, et c’est le cas de crier avec Peter: « Les humanités ne doivent pas faire oublier l'humanité. »
Observation 1.
-{Personnelle).
M. J. B...., âgé de 28 ans, de constitution moyenne.
Etait sujet à de violents accès de migraine, dans son jeune âge. Ces accès éclataient, d’une façon peu périodique, vers le soir ordinairement, surtout quand la journée avait été pénible, soit par suite d’une trop grande chaleur, soit par suite d’un froid intense, soit lorsque les habitudes étaient tant soit peu changées, après une fatigue un peu trop forte ou trop prolongée, une longue promenade par exemple.
La face injectée, les yeux rouges, le jeune migraineux, dès qu’il rentrait à la maison, se plaignait d’un grand mal à la tête, n’avait pas la moindre envie de se mettre à table, ne demandait que le calme le plus profond. Les parents, habitués, le mettaient à son aise, le faisaient étendre sur un canapé et le laissaient absolument tranquille.
Jamais rien ne fut essayé contre ces accès, qui se répétaient assez fréquemment presque toutes les semaines et quelquefois jusqu’à deux bu trois fois en 8 jours, si ce n’est les remèdes domestiques ordinaires, c’est-à-dire la vieille infusion de tilleul sucrée, ou bien quelques gouttes d’un, cordial quelconque sur un morceau de sucre. Quand l’accès n’était pas trop violent, il suffisait que l’enfant dormît une heure ou deux, pour que tout rentrât dans l’ordre. Mais, en général,
l’hémicrânie persistait à peu près toute la nuit, et ce n’était qu’au lendemain matin, après quelques intermittences de sommeil plus ou moins agité, que J. B... pouvait de nouveau reprendre son train de vie habituel, avec, presque toujours, cependant, encore une légère brouille dans la tête, brouille qui ne se dissipait que dans le courant de la journée.
Les causes en apparence les plus opposées faisaient tantôt naître, tantôt cesser l’accès. C’est ainsi que si en général un bruit un peu trop intense provoquait un accès, il lui arriva plusieurs fois de remarquer l’effet contraire. Un soir que l’accès était franchement déclaré, la douleur hémicrânienne se faisant sentir, des brouillards passant à chaque instant devant ses veux, il entra dans un bal où l’orchestre faisait un bruit étourdissant, où les lustres jetaient une. lumière éblouissante. U se disait, en entrant dans la salle, que toute cette lumière, tout ce bruit allaient lui augmenter sa crise, et il était persuadé qu’il serait bientôt forcé de rentrer se coucher. A son grand étonnement, le mal se calma presque soudain, et il put jouir jusqu’à l’aurore de tous les plaisirs d’une nuit de bal.
Yers sa 24 me année, M. J. B... fut terrassé par une très forte attaque de rhumatisme articulaire aigu. Il dut rentrer à l’hôpital de X... Les deux articulations, du genou, celles du tarse et du métatarse furent prises successivement, et toutes avec une très grande intensité. La température se maintint pendant une quinzaine de jours à 39° le soir, avec une rémission rn.atuti.nale de 1 à 1 degré 1/2. Vers la fin de la maladie, endocardite. légère, pour laquelle- il prit de la teinture de digitale et se vit appliquer un vésicatoire sur la région précordiale.
Depuis la guérison de son rhumatisme, tout accès franc de migraine a disparu. J. B... n’a plus eu que de vulgaires
maux de tête légers, sans troubles oculaires, sans vertiges,
sans nausées, comme dans les accès antérieurs.
Aujourd’hui, le bien-être continue à se maintenir, et tout permet de croire que la guérison de la migraine est-définitive.
D un autre côté, il n’a plus eu d’attaques rhumatismales, ni d’essoufflement, de sorte qu’il y a tout lieu d’espérer que l’atteinte de rhumatisme articulaire aigu a fait fonction d agent curateur inotfensif, en ce sens que ni migraine ni rhumatisme ne paraissent plus être à redouter chez lui.
Observation IL
(Personnelle).
M. Octave T..., âgé de 65 ans, de constitution assez forte, profession libérale, a vu survenir de forts accès de migraine à l’âge de 38 ans. Il était sujet, auparavant, à des atteintes assez intenses de fièvre intermittente; des orgelets venaient aussi fréquemment le tourmen-ter.
Les accès de migraine reviennent à intervalles irréguguliers, sous l’influence de préoccupations morales, du froid, du travail. Depuis qu’il a quitté à peu près définitivement tout travail intellectuel pour rie se livrer qu’à des travaux manuels, les accès se répètent moins souvent et sont moins intenses.
Actuellement, les accès n’ont pas complètement disparu, mais ils arrivent très rarement, et, habituellement, il peut s’en garantir en arrêtant les prodromes, soit simplement par le fait d’abandonner tout travail, soit en prenant quelques-unes des précautions recommandées, c’est-à-dire eri avalant un peu d’antipyrine (0 gr. 50 à 1 gr.), ou encore en se contentant de respirer, pendant 1 ou 2 minutes, des vapeurs éthérées.
(D r Hamon).
«M me V..., âgée de 40 ans, est, depuis l’âge de 8 à 10 ans, sujette à des accès de migraine survenant deux ou trois fois par semaine, par intervalles très rapprochés ; il se développe également chez elle des crises névralgiques ayant pour siège les rameaux sus-orbitaires et occipitaux.
»La moindre émotion, la moindre fatigue, les veilles prolongées, donnent lieu au développement de ces accidents. Pour les éviter, M me Y... a dû, depuis longtemps, renoncer au plaisir du théâtre, auquel elle ne peut assister sans être prise d’un violent accès de migraine.
»Les mêmes accès se développent à coup sûr et avec une grande intensité à chaque époque cataméniale. Il est rare que 8 jours se passent sans que M me Y... soit éprouvée par la migraine, qui, chaque fois, s’accompagne de vomissements et dure de 12 à 48 heures.
»La malade a essayé les traitements les plus divers; l’insuccès flagrant de toutes les médications l’avait décidée à ne plus recourir, depuis quelques années, à aucun agent thérapeutique, quand je la mis à l’usage journalier de quatre dragées anti-nerveuses du D r Gélineau. Sous l’influence de ce médicament, à part un léger accès survenu dans les premiers jours du traitement, migraines et névralgies ont complètement cessé. Depuis cette époque, c’est impunément que M me Y... fait de longues courses, va au théâtre. En un mot, la guérison me semble radicale.
»J’ai cru bon de publier ce fait remarquable, par le seuL
désir d’être utile à ceux de mes semblables qui pourraient se trouver dans une aussi triste situation que celle qu’a éprouvée M me V... durant tant d’années.»
Observation IV.
: (Dî* Bon maison).
M me C..., 39 ans, très nerveuse, profondément anémique, est sujette à des migraines violentes qui la font horriblement souffrir. Les accès durent, en général, pendant environ vingt-quatre heures. Pendant tout ce temps, la malade ne peut prendre aucune nourriture ni trouver aucun repos.
Le 12 mai, accès violent. Début au lever de la malade. A 9 heures, je prescris 1 gr. 50 d’antipyrine en trois paquets. Ces paquets sont pris immédiatement, à une demi-heure d’intervalle l’un de l’autre. Ail heures, la migraine a complètement disparu. La malade peut s’asseoir à la table commune et prendre part au repas. La migraine ne reparaît ni dans l’après-midi, ni dans les jours suivants. Quinze jours après, nouvel accès, nouvelle dose d’antipyrine, même résultat. Cette malade nous a quitté bientôt après, et nous ne savons pas si ses accès ont reparu.
Observation V.
(Personnelle).
M me L..., très nerveuse, sujette à de très vives crises de migraine, depuis que ses premières règles ont apparu ; à peu près tous les mois, quelquefois à des intervalles plus rapprochés, les accès éclatent.
M me L..., actuellement âgée de 45 ans, souffre donc de la migraine depuis plus de 25 ans. Les médications vulgaires ordinaires (infusions de thé, café, éther) n’arrivent jamais à lui procurer une sédation satisfaisante de ses accès. Nous lui prescrivons 1 gr. d’antipyrine au moment où. l’accès débute. Au lieu d’être obligée de rester au lit, elle peut aller et venir.
Un deuxième accès survient au bout de quinze jours ; même succès relatif, c’est-à-dire qu’elle obtient un calme sensiblement plus considérable que par les anciennes médications. Mais l’antipyrine n’a pas coupé court aux attaques, bien qu’elle ait réussi à les espacer davantage et à les rendre moins intenses.