CHAPITRE PREMIER
ÉTIOLOGIE
On a généralement le tort de confondre, quand on parle de migraine, l’accès avec l’affection. Ce sont deux choses essentiellement distinctes. Anciens et modernes, tous ont commis la même faute, ont fait la même erreur. Us ont en le tort d’étudier surtout l’accès et pas assez la maladie.
Pour ne pas tomber dans les mêmes errements, nous étudierons séparément l’étiologie de l’accès et l’étiologie de l’affection.
La cause qui provoque le plus généralement l’accès, chez un migraineux, c’est tout changement dans ses habitudes. C’est ce qui fait même que chacun a sa migraine, les uns à une heure, les uns à une autre; celui-ci la voyant durer
longtemps, celui-là quelques heures seulement; l’un ayant de la douleur à droite, l’autre à gauche; celui-ci trouvant la douleur insupportable, tandis que celui-là peut presque continuer ses occupations habituelles, même au plus fort du paroxysme.
Pour mettre un peu d’ordre dans la relation des causes multiples qui donnent naissance aux divers accès de migraine, on nous permettra d’adopter la méthode qu’a suivie Sarda, dans sa brillante thèse d’agrégation. Nous rattacherons donc les causes occasionnelles de l’accès à deux sortes de troubles: des troubles de la digestion,des troubles nerveux divers (1).
Les causés les plus insignifiantes, en apparence, peuvent provoquer un accès. Certains individus le voient éclater s’ils absorbent certaines boissons, certaines substances alimentaires : pour Haller, c’était le vin ; pour Lasègue, le chocolat; pour Armangué,c’était îelait. Germain Séesignale les boissons alcooliques,surtoutla bière, et, parmi toutes les bières, la bière anglaise. Claude Bernard devait se priver de toute boisson acidulée. Il suffit, en effet, dans la plupart des cas, de supprimer la boisson ou l’aliment qu’on sait être la cause occasionnelle de l’accès, pour voir disparaître sa migraine comme par enchantement.
Il est probable que la raison intime des accès dus à ces causes, en apparence si futiles, réside dans une répulsion invincible des extrémités nerveuses les plus ténues qui se trouvent dans» la muqueuse digestive pour certaines substances. Comment cette répulsion provoque-t-elle la réaction douloureuse hémicrânienne ? Le fait est plus difficilement explicable; on ne peut guère invoquer qu’une sorte d’acte réflexe, et encore cet acte réflexe est>il impuissant pour rendre compte ded’unilatéralité du symptôme douleur.
(i). Sarda. Thèse d’agrégatioB-i886.
D’ailleurs, cette explication, que nous ne donnons qu’eu l'absence de toute autre plus satisfaisante, nous ne pouvons plus la reproduire dans le cas où l’accès paraît reconnaître pour cause la privation d’un aliment accoutumé, d’une boisson habituelle, comme chez cette dame que cite Sarda (privation du thé après le repas du soir) et comme dans le cas observé par Soûla (privation du café après le repas du matin).
Si l’on a remarqué que l’accès de migraine a souvent pour point de départ un trouble léger du côté de l’estomac, ce n’est pas une raison pour maintenir, avec les auteurs anciens et avec certains contemporains, la dénomination de migraine stomacale. Pour que cette dénomination fût acceptable, il faudrait que la migraine survînt, sinon dans tous les cas où des troubles analogues ont lieu, au moins dans la majorité de ces cas. Il faudrait encore qu’on l’observât dans la plupart des cas où des lésions graves se sont produites du côté de 1 estomac,. Or, les observations de chaque jour nous démontrent qu’il n’en est rien. A plus forte raison ne pouvons-nous admettre la formule de Lasègue, malgré toute l’autorité de son nom: «On peut dire que tout mal de tête exempt de complications gastriques ne rentre pas dans la, définition de la migraine.» (1),
Comme pendant à la migraine stomacale, on a cite la migraine rectale. Celle-ci reconnaît pour cause, habituellement, la constipation. C’est Allory (2) qui a signalé, pour la première fois, ce genre de migraine, et qui l’a ainsi dénommé. Il rapporte une, très curieuse observation d’un de ses amis qui voyait fatalement éclater l’accès, le matin, à son réveil, Ail oubliait d’aller à ta selle, le soir, avant de se coucher.
Terminons cette rapide énumération des causes habituelles
P) Lasègue. Archives générales de médecii
(2) Allory. Thèse de Paris 1859:.
qui agissent du côté des organes delà digestion, en signalant encore les changements dans la nourriture, dans l’heure des xepas.
Passons maintenant aux causes qui se rattachent aux troubles d’ordre nerveux. En première ligne, nous avons à étudier les émotions morales. La peur, la joie, la crainte, les contrariétés, les chagrins amènent souvent des accès, surtout chez les enfants et les jeunes filles (Sarda).
Il en est de même des fatigues de tout genre.
On a accusé encore les intempéries, le froid, la chaleur. Il est des migraines qui n’éclatent que parles temps d’orage; d’autres, au contraire, ne se produisent que par des temps de grande chaleur.
À la suite des intempéries, il est assez naturel de citer les faits qui se rapportent au climat.
M. le professeur Bouchard cite le fait d’un migraineux qui, tous les dimanches, avait une épistàxis au moment où il sortait de Paris, et qui éprouvait un accès de migraine au moment où il rentrait de la campagne; et celui d’un autre malade qui ne pouvait pas franchir les fortifications de la capitale sans être pris d’un accès d’éternuement. A sa rentrée, le soir, il éternuait dès qu’il arrivait au bureau de l’octroi; après quoi, il avait un accès de migraine. Dans ces deux derniers cas, il est probable que le système nerveux était émotionnellement frappé.
Citons maintenant l’époque menstruelle, qui, chez les femmes, est très souvent une cause occasionnelle des accès. Il y a longtemps déjà que Van der Linden a décrit une migraine utérine (lj. L’abondance, le peu d’abondance, l’irrégularité des règles, leur écoulement douloureux, sont des circonstances qui font éclater l’accès, et celui-ci peut survenir soit
( 1 ) Van der Linden. De hemicrania menstrua. Leiden, 1760 .
avant, soit pendant, soit après les menstrues. En somme, on le voit, rien de fixe.
Deux explications, dit Sarda, peuvent être données de ces faits : l’époque menstruelle exerce une influence considérable sur le système nerveux de la femme; d’un autre côté, les désordres de la menstruation se rencontrent souvent chez les femmes arthritiques (d’après Peujade) (1).
La fatigue oculaire, surtout chez les enfants qui vont à l’école, est une cause fréquente de migraine. Mais, ici, il faut bien distinguer la migraine des céphalées de croissance, douleurs qui ont été décrites, il y a cinq ou six ans déjà, presque en même temps, par René Blache, Keller et Charcot, et qui se développent chez les enfants et adolescents âgés de douze à dix-huit ans, c’est-à-dire en pleine croissance, douleurs frontales incessantes et exaspérées par la moindre tentative de travail intellectuel. Il suffit d’y songer pour les distinguer de la migraine, qui est. toujours hémicrânique, accompagnée de troublés visuels, de nausées, de vomissements, pour les discerner des névralgies faciales qui sont localisées dans un nerf déterminé, pour enfin les disjoindre des douleurs de tête des enfants anémiques ou chlorotiques, qu’on reconnaît par la décoloration des tissus, par le souffle dans les vaisseaux du cou et dans le cœur, et surtout par la diminution de l’hémoglobine du sang. Ces céphalées peuvent se développer dans des conditions de scolarité où il n’y a pas le moindre excès, pas même un surcroît de travail, ni, par conséquent, de surmenage cérébral (2).
La véritable cause occasionnelle de l’accès se trouve en dehors de toute considération relative à la croissance. Elle réside uniquement dans la fatigue oculaire, et cette fatigue se produit, soit par un excès d’application au travail d’école,
(T) Peujade. Th. Paris, 1850.
(2) Germain Sée. Bulletin de l’Académie de médecine, séaneedu23 août 1887.
soit par suite d’une tension d’esprit trop longtemps soutenue à unechose quelconque (Jeu, etc.) On le comprend, cette fatigue oculaire provoque surtout des accès de migraine ophthalmique ; et, alors, on observe çes troubles de la vue, si remarquables et si prédominants parfois qu’ils semblent surpasser la douleur; c’est toujours le scotome scintillant, souvent l’hémiopie et même l’amaurose, ainsi qu’il ressort des recherches de Galezowski, Charcot et Féré.
Cette fatigue oculaire, provenant de l’excès de travail que font les jeunes enfants et les adolescents dans les écoles, et qui a fait, l’objet de discussions si nombreuses et si remarquables au sein de l’Académie de médecine, mériterait de nous arrêter davantage. Mais, en raison même de l’importance considérable qu’on lui a reconnue dans la production des accès de migraine, nous pensons qu’il y a lieu de la considérer comme plus qu’une cause occasionnelle. Nous pensons qu’elle arrive, par sa répétition, à produire l’affection elle-même. Nous nous réservons donc d’y revenir, quand nous parlerons de l’étiologie de cette affection.
Poursuivons la recherche des causes occasionnelles se rattachant aux troubles d’origine nerveuse. L’ouïe et l’odorat peuvent être le point de. départ de l’accès. Tamin rapporte l’observation d’une dame chez laquelle la musique, l’attention fixée sur les sensations de l’ouïe, ramenaient les causes de migraine. Un bruit monotone ou discordant ou inaccoutumé et désagréable,-l’odeur de certaines plantes (rose, anis, lys), de certains produits (éther, essence de térébenthine), peuvent provoquer l’apparition d’une crise (Sarda).
Labarraque cite le cas d’un académicien, médecin des hôpitaux, qui ne pouvait assister à une autopsie sans être pris de vomissement et de migraine.
Citons, en terminant, la suppression d’un flux hémor-
Thoïdaire, la continence, la difficulté de miction (Guyon) et la grossesse (Galezowski et Métaxas); enfin, une fausse couche (Archipoff) (1).
Nous en avons fini avec l’étiologie de l’accès; nous allons maintenant étudier Pétiologie de l’affection. On connaît, la profession de foi de Trousseau: & Beaucoup de gens, sujets à des migraines périodiques, sont ou ont été goutteux, rhumatisants, hémorrhoïdaires, dartreux, ou bien sont nés de parents qui l’étaient; on bien encore vous verrez le contraire se produire, c’est-à-dire les affections dartreuses, -hémorrhoïdaires, les attaques de rhumatisme ou de goutte, succéder à des migraines périodiques. » (2).
On le voit, nous nous rapprochons beaucoup du principe posé d’une façon si simple et si précise par notre maître M. le professeur Grasset: « La migraine est toujours la manifestation d’un état général, d’un état constitutionnel.»
Il n’y a que la différence de toujours à très souvent. Il faut donc bien tenir compte de cette idée de maladie constitutionnelle et, pour mieux nous convaincre de sa réalité, toujours suivre la maladie non seulement chez l’individu, mais encore dans toute sa famille.
Cette manière de voir nous éloigne, d’une façon définitive, des idées des auteurs anciens, idées admises encore et enseignées, à une époque bien rapprochée de nous, par des hommes de là valeur de Tissot et Lasègue. D’après ces auteurs, la migraine serait toujours symptomatique d’une lésion ou d’un trouble fonctionnel des voies digestives.
Or, il est acquis, d.’une part, que la migraine ne s’accompagne pas toujours d’accidents du côté de l’estomac; d’autre part, qu’il faut retrancher de l’étiologie les lésious graves
(1) Archipoff. Thèse Paris, 24 avril 1888.
(2) Trousseau. Cliniques II.
qui.atteignent cet organe. Mais n’est-ce pas précisément dans ces derniers cas que la migraine devrait surgir?
Mais, supposons que l’intensité des troubles propres aux lésions graves de l’estomac soit capable de cacher ceux propres à la migraine, ou même de les faire évanouir complètement. Encore faudrait-il que, dans le cas où il y a simplement de la dyspepsie, ou de la dilatation stomacale, affections relativement bénignes, l’étiologie de la migraine apparût clairement. Il n’y a qu’à examiner avec soin les différentes observations produites pour se convaincre qu’il n’en est rien.
Il y a des dyspeptiques qui n’ont pas de migraine; il est des migraineux sans dyspepsie. Germain Sée s’élève contre l’opinion de ceux qui regardent la dyspepsie comme une cause habituelle de migraine: « C’est là, dit-il, une erreur aussi enracinée dans les doctrines médicales que le vertige a stomacho lœso. » Il fait observer que la migraine résiste souvent aux traitements antidyspeptiques (1).
Si, dans la migraine, on observe souvent des nausées, des vomissements, c’est que l’estomac est le siège d’une de ses manifestations ; il n’est pas le point de départ de l’accès. S’il est vrai que les écarts de régime provoquent des accès de migraine, il suffît de la moindre observation pour voir que le fait n’arrive que chez les migraineux. Enfin, beaucoup d’auteurs ont vu la migraine disparaître, ou, du moins, avoir de la tendance à disparaître quand le migraineux devient dyspeptique; et, d’autre part,: on cite des cas de migraine remplaçant la gastralgie (Willis, R. Whyht, Dvvight, Liveing) (2).
(1) Germain Sée. Des dyspepsies.
t2) Willis: De anima brntorurn, ch. XV; de cotica. p. 550; de morb. vent., p. 355.
— R. Whyht : On nervous disorders.
- — Dwight : Americ. .med. rep , 1. a. p. 16, 1800.
— Liveing : On megrim., London, 1873.
Quant à la dilatation de l’estomac, nous n’avons en vue que la dilatation simple, celle sur laquelle le professeur Bouchard a attiré l’attention ces derniers temps. La migraine aurait été observée une fois environ sur 10. La proportion n’est pas très forte. N’y aurait-il pas simplement coïncidence ?
Enfin, M. le professeur Guyon, qui cite l’observation curieuse d’un migraineux atteint de rétrécissement uréthral, chez lequel la dilatation du canal de l’urèthre fit disparaître tout accès, s’étonne, vu la fréquence des troubles digestifs chez les urinaires, qu’ils ne soient pas plus souvent affectés de migraine (1).
Les troubles digestifs mis de côté, nous devons maintenant aborder l’étude des causes générales (causes vraies de M. Grasset).
Il nous faut, en première ligne, incriminer l'hérédité. Il n’est pas de médecin qui ne pût apporter un ou plusieurs «cas de transmission héréditaire de la migraine, ou, tout au moins, d’accidents migraineux. Sarda rappelle cette grande et lumineuse loi pathologique, qu’il conseille d’avoir toujours présente à l’esprit: « Nos ascendants nous transmettent non la maladie, mais le tempérament morbide, la prédisposition qui peut ne se révéler par aucune manifestation extérieure. o> Citons, à l’appui de cette manière de voir, ce passage du docteur Wharton : « L’influence de l’hérédité paraît avoir une très grande valeur dans la migraine, et l’affection paraît souvent se transmettre d’une génération à la suivante. Elle se transmet des parents à l’enfant, et suit soit la ligne mâle, soit la ligne femelle, le père la transmettant au fils, la mère à la fille.» (1).
(1) Bevue mensuelle de méd. etdecliir., 1878 (d’après Sarda).
(7) D c Wliarton Sinkler. Migraine in .Childhood. in New-York med. journal, nov. 12, 1887,
Mais le rôle de l’hérédité n’est pas seulement de transmettre directement la migraine des ascendants aux descendants. Elle peut aussi manifester son influence par la transmission d’autres affections se liant d’ope manière étroite à l’affection migraineuse. C’est ainsi que nous trouvons encore, dans le rapport du D r anglais Wharton, l’observation d’un garçon de 14 ans, migraineux, dont la mère était sujette à .« de violentes attaques de névralgies (violent attacks of neuralgia) », et dont une. des sœurs était un cas très remarquable d’hystérie.
Nous allons donc étudier les relations de la migraine avec les diverses diathèses, car ce n’est pas seulement avec les affections de la famille nerveuse que cette névrose se lie. Il y a fort longtemps déjà (en 1747) que Junker a écrit ces mots: « La migraine est le commencement des affections goutteuses.» Mais il faut se garder de confondre les céphalées goutteuses et urémiques avec la vraie migraine. Lorsque le malade est arrivé à la période d’urémie, il y à peu de chance pour qu’une erreur soit commise et pour que l’on confonde la céphalée et les vomissements de l’irritation gastro-intestinale avec la migraine. La seule difficulté qui pourrait se présenter serait si le malade était à la fois brightique et migraineux. On conçoit combien il serait malaisé, en pareil cas, défaire à chaque affection la part qui lui revient. C’est ce qui aurait lieu, par exemple, chez un goutteux, migraineux avéré, qui aurait une néphrite interstitielle, de par le fait de sa goutte (Archipoff).
Bouchard montre, dans ses observations, que la goutte se rencontre souvent chez les ascendants des migraineux, plus souvent que chez le migraineux lui-même. Soula, sur 74 observations, a trouvé 16 fois la goutte chez les parents des malades.
Dans son style tant imagé que précis, Trousseau dit que,
pour lui, la migraine représente la monnaie des attaques de goutte régulières. C’était l’avis de Scudamore, Travers, Mollendorf, Lynch, Holland. C’est encore l’avis d’auteurs contemporains, tels que Charcot, Féré, G-alezowski, Rendu. Chautnier et Grasset admettent aussi les rapports de la migraine et de la goutte.
Les rapports de la migraine avec le rhumatisme sont encore plus évidents. « La migraine est certainement une des manifestations les plus communes et les plus précoces de l’état rhumatismal constitutionnel. Elle est, chez les rhumatisants, ce qu’elle est chez les goutteux ou chez d’autres : c’est une de leurs manières dé souffrir ; c’est souvent la réaction morbide par laquelle ils répondent aux diverses causes capables de troubler l’équilibre peu stable de leur économie.(1). * ,
Un fait qui se dégage de la plupart des observations qu’il nous a été donné de parcourir, fait qui a été signalé par Sarda, c’est que la migraine se rencontre, chez les rhumatisants, surtout avant l’apparition des attaques articulaires. «Lorsqu’on interroge un rhumatisant au moment d’une de ses attaques, il affirme ne pas avoir eu la migraine depuis un temps plus ou moins long; mais, souvent, il déclare en avoir souffert dans son enfance ou sa jeunesse. Grasset parle d’un malade qui, sujet pendant sa jeunesse à la migraine et plus fard à la gastralgie, eut du rhumatisme articulaire. Le fils de ce malade souffre de la migraine; la fille est rhumatisante.» (Sarda).
* Nous croyons que souvent une attaque de rhumatisme articulaire aigu peut faire disparaître toute attaquede migraine. Si l’on se reporte à l’Observation I de notre thèse, on en verra un exemple remarquable que nous avons eu la bonne
(1) Homcille. Art. rhumatisme, in Dict. de méd. et de chir. pral., t. xxxi, p. 732.
fortune d’observer. Il s’agit d’un jeune homme de 28 ans qui, ayant souffert de violents accès de migraine dans son jeune âge, les a vus définitivement disparaître après une atteinte violente de rhumatisme articulaire aigu, survenue à l’âge de 24 ans.
Citons maintenant quelques statistiques. M. Guéneau de Mussy, sur 28 migraineux, a vu 10 rhumatismes aigus et 2 chroniques. Soula, sur 147 rhumatisants, a noté 63 migraineux. Lancereaux cite 12 cas de rétraction de l’aponévrose palmaire, de nature rhumatismale, dans 5 desquels il a noté la migraine. Le même auteur avait signalé déjà la coexistence de la migraine et de l’artério-sclérose : sur 30 personnes présentant cette altération vasculaire, il fut frappé de constater que 17 d’entre elles avaient des craquements articulaires et que 13 avaient des accès de migraine. Le fait est au moins curieux.
Tous ces faits suffiraient déjà surabondamment à prouver les rapports étroits, sinon la parenté, qui unissent la migraine aux diverses manifestations rhumatismales. Mais pour établir ces rapports sur une base plus solide, et partant plus scientifique, nous allons maintenant passer en revue les différentes manifestations arthritiques. Tissot, Lobstein, Liveing, Chaumier, Trousseau rapportent quelques observations oh l’angine de poitrine et la migraine sont reliées entre elles par une même cause générale, qui est l’arthritisme.
Pour l’asthme, les observations sont plus nombreuses et plus précises. Sur les 63 cas de Soula, nous trouvons l’asthme noté 23 fois chez le malade ou chez ses ascendants. M. Bouchard a observé un grand nombre de fois la même coïncidence, notée aussi par M. Gr. de Mussy (Sarda).
Ily a longtemps qu’on a signalé la coexistence delà migraine et des héraorrhoïdes. Sauvages décrivait un & migraine hémorrhcfidaire. ün de nos amis est affligé de ces deux affections à
la fois depuis un certain nombre d’années, et de plus, chez lui, probablement à cause de la douleur causée par les fèces au moment où elles traversent le bourrelet hémorrhoïdal, une constipation prolongée vient souvent provoquer l’apparition de l’accès. De sorte qu’il peut constater, à ses dépens, la double réalité de la coexistence de la migraine et des hémorrhoïdes, et de l’importance de la liberté des voies digestives dans la production ou la non productionde l’accès.
Il en est de même des épistaxis. Labarraque, ayant vu la migraine éclater à la suite de la suppression d’épistaxis habituelles, admit aussitôt une migraine pléthorique. De Fajole, Tissot et Pelletan l’ont admise aussi.
Trousseau, Bazin et Durand-Fardel ont affirmé la parenté de la migraine et de la gravelle. Cette parenté a été rigoureusement établie par nombre de cliniciens.
Sur 22 cas de lithiase biliaire, Soula a noté 1 fois la migraine.
Sur 100 diabétiques, Bouchard a signalé 18 migraineux. La proportion trouvée par Soula est beaucoup plus forte : sur 81 diabétiques, il aurait rencontré 22 fois la migraine chez le malade, et 14 fois chez les ascendants.
Citons encore les statistiques de ces deux observateurs chez les obèses. Sur 108 cas, d’après Bouchard, il y en avait bien peu qui ne présentassent pas de manifestation delà diathèse: rhumatisme articulaire et musculaire, gravelle,. dyspepsie, névralgie, lithiase biliaire, hémorrhoïdes, et 44 fois la migraine. Soula a trouvé 48 fois la migraine sur 115 obèses. On voit que les résultats sont ici aussi concordants que possible.
Les herpétiques sont aussi très souvent des migraineux. Sarda cite les opinions et les observations de Trousseau, Bazin (15 cas de migraine sur 25 porteurs d’arthritides ou d’herpétides), de Chaumier, de Fournier, de Renaut. Il note que
Verneuil et Lebert ont signalé la coïncidence de la migraine et du cancer. Enfin, il cite tout au long une observation d’un praticien consommé, le D r Damas, de Cette. Il s’agit d’une dameX,..., arthritique et herpétique, qui, durant toute son existence, près de 60 ans, souffrit à la fois de poussées cutanées à la face, de furoncles, et de migraines fréquentes d’une extrême violence qui l’obligeaient à garder le lit, duraient plus de 24 heures et s’accompagnaient de vomissements. Elle eut, vers la fin de sa vie, une tumeur du sein qui grossit peu à peu, s’ulcéra, se propagea à l’autre sein et finit par la porter au tombeau. Les migraines, qui depuis les dernières années s’étaient un peu éloignées, ne se Supprimèrentquependantla longue durée de la maladie, environ 18 mois (1).
Si un grand nombre d’auteurs rejettent l’impaludisrae de i’étiologie de l’affection migraineuse (Gubler et Bordier, Hirtz, Axenfeld et Huchard), nous sommes heureux de voir M. Grasset l’admettre dans une certaine mesure : «Il y a, dit cet auteur, des accidents parfaitement et incontestablement palustres, comme cause, comme marche et comme thérapeutique,qui restent absolument insensibles au thermomètre, et les accès les plus pernicieux ne sont pas ceux qui font monter la colonne mercurielle... Il y a des névralgies, des céphalées de nature paludéenne, dans nos pays; mais je n’ai jamais observé de véritables migraines.» Nous avons eu la bonne fortune d’observer un cas où la migraine paraît avoir remplacé la fièvre intermittente. Nous le relatons à la fin de notre travail (Observation II). Y a t-il eu simplement coïncidence? Il est permis de croire que non.
L’anémie peut-elle être invoquée comme cause de la migraine? Plusieurs auteurs le pensent (Barudel, Huchard,
"i (1) Dumas, Montpellier médical, mai 1884 (d’après Sarda).
Grasset). Sarda l’admet aussi, et l’explique en disant que l’anémie agit en excitant le système nerveux et en affaiblissant sa force de résistance. Nous pensons de même, car il nous a paru, dans un grand nombre de cas, que des sujets atteints de migraine étaient profondément anémiques.
Parlerons-nous longtemps, maintenant, de l’influence des maladies nerveuses sur la production de la migraine? Discuterons-nous longuement les relations qu’il paraît y avoir entre la migraine et les affections que l’on rencontre chez les membres de la famille névropathique? Nous ne pensons pas qu’il soit bien nécessaire de trop insister sur ce point.
Sans admettre, avec Liveing, que les divers symptômes nerveux décrits sous le couvert de la migraine constituent une chaîne ininterrompue,allant de lamigrainesimple jusqu’à l’épilepsie confirmée [d’après Berbez (1)], il nous est impossible de rentrer dans les vues de Lasègue, malgré toute l’autorité qui s’attache à son nom, quand il dit: « Parmi les »gens à névrosité pathologique, la migraine est plus près de «l’exception que de la règle, et, à nombre égal, on ne trouve »pas chez eux plus de migraineux que chez les gens qui «jouissent d’un fonctionnement nerveux correct.» Rappelons, à ce sujet, l’opinion du D r Wharton, rapportée plus haut, qui a eu à soigner un garçon de 14 ans, migraineux, dont la mère était une névropathe avérée, et dont une des sœurs était manifestement hystérique. Bien que ces faits ne soient pas très nombreux dans la littérature médicale, Sarda a réussi a en réunir une douzaine; pourtant il se contente d’admettre, avec Charcot, que l’épilepsie nese rencontre guère qu’avec la migraine ophthalmique. Nous pensons que, dans
(1) P. Berbez, Gazette hebdomadaire de méd. et de chir., 1889, N os 2, 3 et 4.
certains cas, la migraine simple, elle-même, reconnaît aussi comme cause cette grave névrose.
Maintenant que nous en avons fini avec les causes occasionnelles de l’accès et de l’affection, nous devons indiquer rapidement quelles sont les conditions individuelles les plus favorables à l’éclosion de la migraine.
Les femmes paraissent, plus que les hommes, susceptibles d’avoir- des accès de migraine. Est-ce par suite de la plus grande irritabilité de leur système nerveux? Est-ce parce que leurs mouvements nutritifs sont moins actifs et par suite parce qu’il y a rupture d’équilibre entre les diverses fonctions ? Les deux hypothèses sont admissibles : quelquefois la migraine coïncide avec les règles; d’autres fois,la suppression brusque des menstrues, l’époque trop précoce de leur disparition subite, peuvent la faire apparaître.
L’âge paraît avoir une grande influence sur le développement de la migraine. C’est le plus souvent à l’époque de l’adolescence, depuis le moment oh se montrent les signes de la puberté jusqu’à l’époque de la nubilité, que la prédisposition à la maladie paraît le plus manifeste. Aussi, peut-on dire avec assez d’apparence de raison que, lorsqu’on a atteint 25 ans sans avoir jamais eula migraine, on est à peu près sûr de ne l’avoir jamais. Disons aussi que l’époque delà ménopause chez la femme, celle du retour chez l’homme, époque où les forces physiques commencent à décliner, bien que se conservent intactes presque toutes les fonctions psychiques, sont des moments favorables à l’éclosion des accès de migraine. On peut donc dire que la migraine se montre le plus fréquemment de 15 à 25 ans, qu’ensuite safréquence diminue jusqu’à la ménopause et au retour, où elle a une légère mais réelle recrudescence, qu’ensuite elle se ralentit de nouveau à mesure qu’on avance en âge, et qu’alors son intensité est moins forte, jusqu’à ce qu’enfin elle disparaisse
presque complètement dans les dernières années de la vie. Résultat dû sans doute à la moindre activité du sang et à la mise en œuvre de moyens hygiéniques mieux entendus.
Les professions paraissent avoir une grande influence sur le développement de la maladie. La migraine paraît être l’apanage presque exclusif des professions libérales. Il se rencontre fort peu de cultivateurs, d’ouvriers, qui en soient affectés. Au contraire, on en trouve dans les gens de lettres, les avocats, les médecins, chez tous ceux, enfin, qui, à une activité physique relativement peu considérable, joignent les travaux de l’esprit, ceux surtout qui font une grande dépense de l’intelligence. Nous ne citerons que pour mémoire les causes dépressives physiques, mauvaise alimentation, froid humide, les causes morales encore plus efficaces peut-être, les chagrins, les malheurs, toute émotion vive et profonde, etc.
Mais les lésions des différentes parties du corps ne peuventelles pas avoir un retentissement sur l’encéphale et sur les affections qui s’y rattachent? Les affections de l’utérus, chez la femme, celles des organes génitaux de l’homme ne peuvent-elles pas réagir dans cette affection comme dans tant d’autres ? Il serait intéressant de savoir si une tare quelconque de l’organisme affectant un des côtés du corps a on peut aveir le privilège d’amener une affection essentiellement unilatérale? Dans lhe British medical Journal du 23 avril 1887, nous avons noté une communication du D r Witt.le, dans laquelle il prétend que « la migraine n’est pas une névrose, mais que le mal de tête est névralgique, qu’il naît de quelque irritation réflexe provenant de troubles lointains, et, dans son cas, probablement de quelque trouble fonctionnel hépatique de caractère cyclique. » Il soutient que ce qui explique l’hémicrânie, c’est l’unilatéralité du foie. La principale impression serait faite sur le sympathique
abdominal et conduite alors dans toutes les antres parties en relation avec le centre dérangé, celle-ci affectant le système vasculaire depuis le cœur jusqu’aux plus petits vaisseaux, les organes digestifs et excréteurs, le système nerveux cérébral n’étant affecté que secondairement.
D’un autre côté, l’habitude de nous servir principalement de nos membres droits ou gauches ne doit pas être tout à fait sans influence sur le développement plus grand donné à un des côtés du corps, sur la tendance des congestions à s’établir de ce côté et, partant, à provoquer des désordres nerveux dans le même sens par suite décompression, d’irritabilité médiate ou immédiate. L’habitude aussi de recevoir des influences diverses par la position du corps auxquelles obligent certaines professions, certaines attitudes dans le lit, par exemple, où Je corps repose habituellement sur le côté droit, peuvent avoir une certaine part dans la causalité que nous recherchons.
Mais, parmi toutes les causes occasionnelles, et, dans certains sens, individuelles de la migraine, il nous sera permis d’insister un moment sur une situation qui a été beaucoup étudiée dans ces derniers temps, non seulement à l’Académie de médecine, où elle a fait l’objet de discussions animées, mais encore au sein de presque toutes les Sociétés savantes de France et de l’étranger. Nous voulons parler de la situation qui est créée aux écoliers et étudiants de tout âge dans les conditions de scolarité actuelle, en d’autres termes du surmenage intellectuel. « Une'nourriture impropre, une atmosphère mauvaise, une quantité insuffisante de sommeil avec surcharge cérébrale, prédisposent à la migraine et l’amènent directement. Lorsqu’un enfant commence à aller à l’école, il se plaint souvent du mal de tête plus ou moins violent. L’air confiné de la salle et le trop peu d’exercice sont encore la cause de quelques migraines. Chez d’autres
entants, un simple effort intellectuel amène des attaques d’hémicrânie. » Ainsi s’exprime le D r Wharton, dans le rapport déjà cité. Et il continue en disant que ce sont surtout les enfants studieux, ambitieux, ceux qui sont à la tête de la classe ou qui en sont très rapprochés, qui souffrent le plus de cette affection. Dans d’autres cas, il a pu constater que la migraine était due à une affection oculaire, et, dans ce cas, il a observé que les attaques de migraine deviennent de plus en plus fréquentes jusqu’au moment où l’affection oculaire est corrigée par des verres.
Dans la situation des collèges et écoles, à notre époque, d’autres causes viennent se joindre à toutes les précédentes. Des conversations malsaines , des pratiques nuisibles n'amènent que trop souvent une désorganisation plus ou moins prononcée dans le système nerveux. Ajoutons à cela que, par le fait de ces manœuvres, la puberté est trop hâtive. Sous l’influence de l’irritation des organes sexuels, l’enfant devient hypochondriaque, hébété, tout l’agace. « 11 est rare, dit Wharton, que l’en se trouve en présence de la migraine chez les enfants robustes, bien portants; mais on la voit f réquemment chez ceux qui ne prennent pas assez l’air frais et qui sont frêles et pâles, ou chez les enfants qui pensent ou lisent trop, qui ne s’amusent pas aux jeux rudes, mais préfèrent s’asseoir avec des gens plus âgés et écoutent des conversations qui ne sont pas de leur âge. » (1).
On pourrait nous objecter que le D r Wharton a probablement confondu souvent la migraine avec les céphalées de croissance signalées par Charcot, et dont nous avons dit un mot au sujet de l’étiologie de l’accès. Mais, la suite de son rapport est bien pour lever toute espèce d’hésitation. Les symptômes qu’il décrit sont bien ceux de la migraine :
(1) D r Wharton,' loc. cit.
d’abord, phénomènes subjectifs, lassitude, frissons, troubles oculaires: puis, troubles douloureux, hémicrânie nette, nausées fréquentes et même vomissements.
Donc, le D r Wharton n’a pas confondu, il a observé de véritables migraines, dont la cause doit être attribuée à peu près uniquement aux conditions déplorables dans lesquelles se trouvent les jeunes gens qui étudient. D’ailleurs, nous ne serions pas embarrassé de citer de nombreux témoignages pour corroborer ses vues. La salle des séances de l’Académie de médecine a retenti bien souvent, ces dernières années, sous les accents alarmés de médecins illustres: « Comparez le travail de nos collégiens avec celui des employés de nos administrations publiques ou privées, s’écrie M. Hardy ; ceux-ci arrivent à leur bureau à neuf ou dix heures, ils en sortent à quatre ou à cinq heures, et, pendant cette séance, la plupart passent un certain temps à recevoir le public, à faire des travaux de copie, à remplir des formules, toutes choses qui ne demandent aucun effort d’intelligence, tandis que les enfants sont occupés activement dix heures par jour, au moins. Et leur travail est difficile, il exige des efforts constants de l’esprit, ils ont à acquérir des connaissances nouvelles, à apprendre des choses abstraites; leur mémoire et leur intelligence sont constamment en exercice; il n’y a pas, là, à copier, comme dans un bureau: il faut qu’ils apprennent et qu’ils retiennent; aussi constatons-nous, comme plus fréquentes qu’autrefois, des affections cérébrales, et particulièrement encéphalées de l’adolescence, de véritables courbatures de cerveau, qui exigent souvent, pour la guérison, une année ou deux de repos intellectuel, et qui, quelquefois même, rendent l’enfant incapable de continuer ses études classiques. » (1).
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 19 juillet 1887.
C’est dans la séance du 27 avril 1886 que M. Lagneau avait jeté le premier cri d’alarme. Il commença son rapport, sa communication, en faisant cette citation, tirée de Plutarque:
« L’intelligence s’accroît par des travaux modérés, et est écrasée par ceux démesurés.» 11 rappelle que M. Duruy disait, dès 1864: « Nos enfants ont une journée de travail plus longue que l’ouvrier adulte; c’est le contraire qui devrait exister.» Si des ministres, si des recteurs, pouvaient ainsi penser, parler et écrire, à plus forte raison les médecins pouvaient-ils et devaient-ils protester contre un pareil état de choses. Aussi, Fonssagrives a-t-il donné cette formule, répétée si souvent depuis : « L’enfant travaille trop tôt, il travaille trop, il travaille mal, il travaille dans de mauvaises conditions d’hygiène...»
Si nous ne craignions d’encourir le reproche de sortir de notre sujet, nous analyserions tout au long tout ce remarquable discours de Lagneau. Qu’il nous suffise de signaler, parmi les lésions citées par ce médecin et attribuées par lui aux mille vices de la scolarité, celles qui se rapportent le plus à la migraine : « L’appareil digestif, dit-il, a fréquemment à souffrir de l’immobilisation, de la sédentarité scolaire
. Par suite des lésions de la bouche, de l’anorexie, des
dyspepsies, de la lenteur des digestions, des troubles intestinaux, conséquences trop fréquentes de l’immobilité à laquelle sont astreints les écoliers, la nutrition se fait mal, reste incomplète, l’anémie se manifeste avec son cortège symptomatologique: la pâleur, la langueur, la nonchalance, l’inertie. Selon la remarque de M. de Laprade, « la longue immobilité, cette monstrueuse immobilité d’onze à douze heures par jour, imposée à de jeunes corps, au lieu de produire une réaction’d’exubérance, finit par éteindre le désir même et le pouvoir de la réaction, il y a une sorte de résignation de l’âme. » Les promenades entre quatre murs
remplacent aujourd'hui tous les jeux, toutes les joies, tous les exercices du corps pour les élèves dans les lycées ».
Mais, aux conséquences physiques, il faut ajouter les atteintes portées au système nerveux par le surmenage cérébral : « Les contagions qui affectent le corps sont à peine les plus dangereuses. En Angleterre, on « s’accorde à voir, dans les jeux athlétiques, une sauvegarde puissante, un auxiliaire indispensable à la morale.» «Le seul fait de rester assis pendant de longues heures, dit M. Wirchow, de Berlin, l’excitation de l’esprit.... suffisent pour agir sur les organes sexuels. » « L’onanisme, dit M. le D r Christian, est la plaie des internats de garçons, des pensionnats de jeunes filles.:» (Lagneau.)
Sous l’influence de toutes ces causes, il est aisé de comprendre que de nombreuses affections nerveuses peuvent se développer. Et ce ne sont pas toujours des affections banales, bénignes ; ce ne sont pas simplement des céphalées, des migraines. Plusieurs auteurs, d’après Lagneau, admettent, sans difficulté, que l’épilepsie, la chorée, des périencéphalites chroniques même, peuvent naître par suite du surmenage intellectuel.
Nous nous arrêterons ici. Nous aurions voulu citer encore quelques observations d’autres médecins. Nous aurions voulu aussi examiner quelques-unes des critiques qui ont été faites contre ceux qui voient trop en noir le surmenage cérébral. Il nous suffira de constater que l’Académie tout entière a été d’avis d’appeler l’attention sur le déplorable état de choses dans lequel se trouvent les écoliers à notre époque. Nous examinerons plus loin quelques-uns des remèdes qu’elle souhaite voir apporter dans le régime scolaire actuel, d’autant que cet examen se rapporte naturellement au chapitre suivant : le traitement de la migraine.
Pour nous résumer, nous dirons que les moindres causes suffisent pour faire éclater un accès de migraine, que la répétition prolongée de quelques-unes de ces causes (surmenage de toute sorte, par exemple, et, en particulier, le surmenage intellectuel) suffit pour créer, dans certains cas, l’affection migraineuse elle-même ; mais que, toujours, on finit par trouver une diathèse sous cette affection, suivant le principe de M. Grasset, que nous avons invoqué au début de cette étude.
La démonstration de ce fait n’est pourtant pas encore complète, et nous sommes bien obligé de reconnaître, avec Sarda, qu’il est des cas « où. la migraine paraît exister en dehors de ces états constitutionnels, diathésiques, et se manifester comme une névrose distincte » Mais ces cas sont excessivement rares.