IT. — LES DONNEES ACTUELLES
Sans être taxé de pessimisme, il est trop vrai qu’il faille aboutir en ce moment aux mêmes constatations que celles faites au cours des précédentes guerres.
Les avis sont unanimes. Déjà au sujet de la mortalité des six premiers mois de 1941, MoiNE note un développement de 20,4 pour 100 dans la mortalité due à la tuberculose pulmonaire et une augmentation de 30,4 pour 100 dans celle due aux autres formes de tuberculose viscérale (comparativement à la moyenne du premier trimestre de 1939).
Pour ja morbidité il en est de même : les statistiques publiées ne sont pas nombreuses. Elles sont en effet difficiles à réaliser en ce moment, surtout dans les villes où il se fait un brassage inaccoutumé de population (avant tout du fait des évacuations) mais la conviction qui ressort de tous les articles est impressionnante, elle a presque la valeur d’une certitude. Dans tous les départements on signale non seulement une recrudescence de la mor: bidité, mais encore une aggravation de la tuberculose.
MM. BEZANÇON, EvrorT et MOINE, jetaient l’alarme à l’Académie de Médecine dès juillet 1940.
Puis le 30 mai 1941, à propos d’une communication de MM. A. RAVINA, PECHER, BUuCQUuoY et M° PuyoL, s’ouvrait à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris une discussion sur la « fréquence et la gravité actuelle de la tuberculose ».
A. RavinA et ses collaborateurs ont été frappés, en
ES IDOASS
effet, depuis quelques mois, par l'importance de la gravité des formes de tuberculose pulmonaire qu’ils ont eu l’occasion de constater, tant en clientèle privée, que dans le service de tuberculose pulmonaire et le Centre de Triage de l’hôpital Boucicaut. =
Les formes cliniques qu'ils ont observées se présentent sous différents types : la plupart de leurs malades ont évolué sous le type de la broncho-pneumonie tubercuieuse bilatérale étendue et à évolution rapide, la classique phtisie gaiopante. Un certain nombre de sujets ont également présenté des formes lobaires, des pneumonies caséeuses, tendant rapidement à s’excaver. Ils ont rencontré aussi un grand nombre de formes micro-nodulaires, de granulies généralisées, de localisations extra-pulmonaires, en particulier méningées. Ils ont été frappés enfin du nombre de primo-infections et de leur gravité; plusieurs de leurs malades, transplantés depuis deux ou trois ans de leur campagne dans les grandes villes, n’ont fait leur primo-infection que depuis les évènements de mai-juin 1940. Beaucoup de ces formes ont été sévères. Plusieurs sont apparues chez des sujets déjà âgés.
En résumé, déclarent-ils, « nous avons constaté, d’une manière qui nous parait incontestable : d’une part, une augmentation très nette de la morbidité tuberculeuse; d’autre part une proportion anormalement élevée de formes d'emblée très graves chez des sujets qui jusqu’à ces derniers mois étaient en parfaite santé apparente et faisaient même souvent des travaux de force ».
Au cours de la discussion qui suivit, différentes opinions furent émises
M. Risr, a été frappé comme M. RAviNA, de la proportion des tuberculoses graves, rapidement mortelles que l’on observe actuellement.
Par contre il ne croit pas que les cas de tubercr lose en général aient beaucoup augmenté de nombre. Achevant en ce moment le dépistage systématique des lycéens, il a fait environ 10.000 examens radioscopiques à cette
reg
occasion. Le nombre des cas de tuberculose dépistés ne dépasse certainement pas, parmi les adolescents de cette catégorie, celui qu’il a trouvé avec Bipou, lorsqu'ils ont pratiqué le même dépistage en 1939 et 1940.
M. BRULE, dans un gros service de médecine générale, a observé d’une part l’augmentation extrême de gravité des tuberculoses des séreuses : pleurésies, péritonites, polysérites. |
L'évolution rapide et la bilatéralisation précoce des tuberculoses pulmonaires, rend très exceptionnelle la possibilité thérapeutique. Il déclare que son collègue Etienne BERNARD a attiré son attention sur ia fréquence des adénopathies tuberculeuses cervicales, associées à des bacilloses pulmonaires évolutives.
M. HUBER a demandé à son interne de faire dans les salles de médecine générale de son service (non spécialisé) des Enfants-Malades un relevé indiquant le nombre des malades hospitalisés (36) le nombre de cuti-réactions négatives à la tuberculine (20) et le nombre de réactions positives (16). Sur ce dernier lot de maiades, ils ont recherché combien de cas s’appliquaient à des sujets en bon état, indemnes de manifestations évolutives, ne présentant à la radiographie que des ombres hilaires discrêtes : ils n’en ont trouvé que 2; les 14 autres malades étaient porteurs de manifestations cliniques actives, soit graves, soit plus discrètes, mais témoignant cependant d’un processus actif : érythème noueux, fièvre avec complexe gangiionnaïire, pachypleurite, sclérose pulmonaire notable.
Cette proportion d’atteintes évolutives leur a paru devoir être retenue.
M. AMEUILLE, comme nous le verrons à propos d’une autre de ces publications, mentionna la fréquence des pneumonies caséeuses.
M. Guy ALBOT : aü cours des examens médicaux des candidats aux Centres de Jeunesse, n’a pas trouvé parmi
DA
les candidats une proportion plus forte que celle observée par Risr et Bipou dans les lycées, mais les jeunes moniteurs et monitrices ont présenté beaucoup plus fréquemment des lésions (5 pour 1.000 au lieu de 2,1 pour 1.000).
M. ARMAND-DELILLE, enfin a observé dans son service des Enfants-Malades, pendant l'hiver 1939-1940 et au printemps 1940, chez les enfants parisiens qui avaient été évacués, un nombre plus considérable que les autres années, de granulies, généralisées ou à prédominance pu.monaire, et de méningites tuberculeuses. Il a, en second lieu, examiné les malades d’un centre d'hébergement de la Croix-Rouge, où on reçoit des prisonniers rapatriés au titre de « dienst unfähig », pour tuberculose.
Sur 100 sujets, il m avait :
— 22 cas de tuberculose à évo.ution rapide (lobite).
Le
— 7 cas de broncho pneumonie généralisée.
— 45 cas d’ombres radiologiques anormales dont un certain nombre avec expectoration bacillifère.
— Une vingtaine étaient atteints ou convalescents de pleurésie séro-fibrineuse.
A la suite de cette importante discusion à la Société Médicale des Hôpitaux, de nombreux auteurs s’associèrent à ces préoccupations. Voici {es principales opinions :
MM. JACQUELIN-FURIAF et CARLOTTI : ont vu dans les deux salles du service de Médecine générale de M.-A. JAc- QUELIN, 107 tuberculeux hospitalisés du 1°" janvier au 25 juin 1942 contre 70 dans la même période de 1941, soit une augmentation de 39,2 %.
M. Moine : présenta les résultats enregistrés par Mlle SIMONET, de 1938 à la fin de juin 1941, dans les dispensaires de Beauvais et de Compiègne (Laboratoire bactériologique départemental de l'Oise) :
La fréquence des demandes d’examens d’expectora-
tion a progressé de 38 % dans le périmètre d’action du dispensaire de Beauvais et de 101 à Compiègne; le taux