HISTORIQUE
Définition. — La myosite ossifiante progressive est une affection de l'appareil locomoteur, caractérisée par la production de formations osseuses multiples dans le système conjonctif intra et péri musculaire, dans les tendons, les aponévroses, et aboutissant à l’impotence des régions atteintes, par poussées successives.
Il semble bien que la myosite ossifiante progressive ait été entrevue dès 1692 par Guy PATIN, qui signale le cas d’une femme, dont tous les muscles étaient devenus durs comme du bois, et donnaient au corps entier une rigidité de pierre.
Il faut ensuite passer à l'Anglais : John FRECKE, en 1743, puis, en 1744, à John CoPpiNG, qui, l’un et l’autre, étudient les néo-formations des tumeurs osseuses dans les muscles dorsaux et dans les muscles des membres.
En 1759, un premier essai de traitement de cette affection est tenté par HENRY, qui fait subir à son malade un traitement mercuriel intensif, et qui, le premier, signale les phénomènes douloureux au cours de la maladie.
Beaucoup plus tard, en 1830, ABERNETHY rapporte un cas personnel où les masses osseuses s’accompagnaient d’exostoses et essaie un traitement par l'acide phosphorique. |
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Trois ans plus tard (1833), RoGGERrs pratique la première autopsie d’une myosite ossifiante et signale la présence de masses osseuses dans les muscles du tronc et dans les sterno-mastoïdiens.
Le premier cas en France est rapporté par TESTELIN et D'ameressi (de Lille), en 1839. Ces auteurs font de la maladie un rhumatisme avec ossification, se basant pour cela sur des antécédents rhumatismaux, et sur le fait que les douleurs s’accompagnaient d’impotence articulaire bien avant l’ossification des divers muscles. |
Ils étudient un fragment d’une de ces productions osseuses.
En 1844, Hawkins, et en 1846, WizKkiNsoN, signalent des douleurs, l’atteinte élective des muscles dorsaux, la présence d’exostoses et la précocité du début (enfant de 8 mois.)
EarLe, en 1849, et KizBurx KinG, en 1854, rapportent un cas de myosite progressive ayant débuté à trois semaines avec tuméfaction osseuse à la langue ayant entraîné une inanition rapide. |
En 1860, BurHack de Dorpar fait une thèsesur cette affection.
La même année, HUTCHINSON en signale un nouveau cas.
L'année suivante, Williäm SkINNER signale l’importance du traumatisme dans l'apparition des tumeurs osseuses.
En 1864, VircHow publie un important travail sur la question. Il assimile la myosite ossifiante progressive à la maladie des ostéomes multiples ou aux exostoses. [1 propose le nom de « diathèse ossifiante » qui, selon lui, peut
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être héréditaire et congénitale ou acquise si le sujet a atteint un âge plus avancé.
La même année, Ivan MiNkiewiTsCH rapporte l’observation complète d’une fillette atteinte de cette maladie et fait une étude histologique des exostoses et calcifications constatées à l’autopsie.
En 1867, JouiNGEr et BiLLRoTH signalent l’ankylose des bras et des phalanges et la présence d’exostoses phalangiennes.
En 1869, BRÉCHET étudie cette maladie, mais le travail le plus important de l’année est celui de MUNCHMEYER qui rapporte tous les cas observés jusqu'alors, fait de la myosite ossifiante progressive une entité morbide indépendante, la sépare nettement du groupe des ostéomes avec lesquels l’avait confondue VircHOW.
Il donne des conclusions anatomo-pathologiques exactes, décrit la marche de la maladie en trois périodes classiques, d'infiltration embryonnaire, d’induration conjonctive, et d’ossification, se basant sur ses constatations d’autopsie.
Mais cet auteur ne signale pas dans son étude pourtant si complète les malformations congénitales qui seront quelque temps plus tard observées presque constamment,
L'importance de l’étude de MUNCHMEYER a fait que l’on appelle couramment la myosite ossifiante progressive maladie de Muntchmeyer.
En 1870, Byers, signale la disparition passagère des tuméfactions osseuses et rapporte un cas de myosite avec infantilisme sexuel.
Les observations se suivent alors avec une assez grande fréquence : (FLORSCHUTZ), HAMILTON, BENNET, DITTMEYER
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etenfin GERBERT, en 1875, qui, dans sa thèse, signale lui aussi l’infantilisme sexuel, l’atrophie musculaire avant l’ossification, l’atteinte des muscles masticateurs.
Un nouveau traitement par l’acide lactique est tenté la même année par GIBNEY, qui aurait obtenu un arrêt de l’évolution, mais ce cas doir être considéré comme douteux.
En 1878, MAys émet le premier la théorie qu’il ne s’agit pas d’une maladie du muscle, mais du tissu conjonctif, en général, et d’origine congénitale; les lésions musculaires sont pour lui secondaires à la compression par le tissu conjonctif hypertrophié.
NicozADont, pensant qu’il s’agit d’une affection d’origine médullaire, est l’auteur de la théorie de la tropho-névrose.
En 1879, HeLrÉRICH émet la même opinion que Mays et attire l’attention, le premier, sur les malformations des doigts et des orteils, qui étaient passées inaperçues jusqu'alors ou avaient été considérées comme sans importance (GERBERT). Son observation signale la micro-dactylie des pouces et des gros orteils, qu’il attribue à tort à l’absence entière d’une phalange et non à la brièveté des métatarsiens ou des métacarpiens.
Cette étude est importante et depuis lors les observavateurs signalent presque tous ces malformations.
PARTSCH, PINTER, KUMMEL, signalent des cas nouveaux dont l’un à début très précoce à quatorze jours.
En 1886, Simpson, WELL, GopLie et WiLLerr signalent la déviation fréquente du gros orteil en hallux valgus, et la micro-dactylie; de même, LanDon, en 1887; les années suivantes, SWENSON, BoKkAY et MACDONALD presentent
des cas de myosite sans malformation; de même ErcHorsr, en 1888.
En 1891, SrupsGaRp signale l’ankylose des phalanges des orteils. L'année suivante, la première tentative de traite ment chirurgical est faite par POLLAK, mais l’ablation des tumeurs osseuses est suivi de récidive; de nombreuses publications sont faites chaque année, parmi lesquelles nous retiendrons celles de KissEL, qui vérifie, à l’examen, microscopique, les faits énoncés par MUNCHMEYER et celles de MANTEUFEL, de FURSTNER, de Stephen PAGET, de VircHow, CARTER, et tous ces auteurs signalent les malformations habituelles, sauf LEXER, quiinsistesur leur absence.
En 1897, Pixcus soutient l'influence du traumatisme en général, et même du traumatisme obstétrical.
Von KRYGER et STEMPEL font des examens microscopiques détaillés ainsi que RoTH et SALOMoONI. Ce dernier auteur écrit :
« J'ai enlevé du cou et du bras deux fragments de muscle ossifié. [Il a été démontré histologiquement que cette ossification provenait du tissu fibro-conjonctif et de l’os nouvellement formé près du périoste. Les divers traitements essayés sont restés sans effet. »
La même année (1898), BRuüUN et HERRINGHAM, BUR- GERHOUT, STEMPEL, et surtout Nissim (de Paris) étudient, à nouveau, la myosite ossifiante et ce dernier auteur réunit dans sa thèse un total de quarante-neuf cas.
Peu de temps après, paraît une étude détaillée de ComBy, qui résume toutes les connaissances acquises jusqu'alors.
En 1899, quatre cas nouveaux sont rapportés par Jones MorIAN, NICOLAYSEN et WIiLKINSON.
L'ANEUES
Depuis le début du siècle, les observations nouvelles se suivent avec encore plus de fréquence.
ScHWICKERATH fait une thèse, en 1901. Le travail de Davez, de Buenos-Ayres, totalise soixante cas de cette maladie, auxquelles s'ajoutent ceux de RoLLEsToN, de GRAHAM, de VAUGHAM et BURTON FAMUNG et de ROGER.
En 1902, ceux de RraALTA, de Ménarpet TILLAYE, de FER- RATON et, en 1904, ComBy et DAveL, donnent une étude
détaillée dans le Traité des maladies de l’enfance. Nove-JosseranD et HoRAND essaient, l’année suivante, un traitement radiothérapique de l'affection avec un succès surprenant.
La même année, GAsTER rapporte le cas d’un malade dont le grand-père, le père et trois fils étaient atteints de la même maladie. La mère et les filles et deux des petitesfilles étaient restées absolument indemnes.
En 1906, Srecez, MAxWEL, puis ArroD, KRAUSE et Trapp apportent des observations nouvelles.
En 1908 Robz:rto Soré, Dicaron, WaALKkER signalent les malformations habituelles, de même PETRI, SINGER, CLARKE et FARIA.
La même année, PERSON signale comme autre malformation le syndactylisme des orteils et des doigts.
En 1912, Otto JuxazinG étudie en détail les malformations congénitales et, en particulier, la micro-dactylie. Cet auteur prétend que ces malformations se trouvent en 70/100 des cas décrits. Quand elles font défaut, c’est un manque d'attention de la part des auteurs. Il attache une importance considérable à ces malformations et en
fait un des signes principaux de la maladie de Muncw- MEYER. Il signale dans son observation un hypo-spadias.
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La même année Goro refait une étude anatomique tandis que BAUER, MANgJAPA, MAGYAR, BAUDIN, FRATIN et JACOBr signalent des cas nouveaux.
Un travail important est fait par BLENKLE, en 1914, dans sa thèse.
En 1915, Doviopto, PARKES, WÉBER, apportent leur contribution à l'étude et, en 1916, Eduardo CENTÉNO, dans une thèse excessivement complète, étudié, à propos de deux nouvelles observations, la myosite ossifiante progressive. Il la décrit l’un des premiers en Argentine. Il rapporte les quatre-vingt-neuf cas connus jusqu'alors et analyse les travaux anatomiques et les diverses théories pathogéniques soutenues jusqu'alors. Il signale, entre autres malformations congénitales, l’ectopie testiculaire.
Jusqu'au travail de ROSEnSTIN, en 1918, les publications se succèdent {H1EscH, ROTH, OPt1E, HUNINK, JoHan- NESEN).
RosensTIRN publie, en 1918, une étude détaillée des cent vingt cas relevés par lui depuis celuïde Guy PATIN et, à l’occasion de l’observation personnelle qu'il apporte émet des idées nouvelles sur la pathogénie et sur l’anatomie pathologique de la myosite ossifiante.
A côté de ce travail il faut citer la même année ceux de :
ANDERSEN, CARONIA, Von KUGELGEN et Moskovicz.
En 1919, Draco donne une contribution à l’étude de l'affection. Luzoir analyse l’étudedétaillée de RosEensriRN tandis que des cas nouveaux sont encore signalés ( Horanp).
Dans les années récentes, nous signalerons les travaux de Mannwazp, de WIiEsENTHAL, HENDERSON, HEIN, Lou,
PAUL, LEWIS, GALLAGHER.
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D'autres contributions, pour la France seulement, ont étéapportées à l’étudede la maladie par Veau et Lamy, en 1925, HEuzièREs, PAGÈS et CHARDONNEAU, GUILBERT, Cassarp et GauBerr de BEAUJEU, APERT, Dunem et Brancani, Rouis et ROCHER.
Nous indiquons, à la bibliographie, les travaux étrangers de ces dix dernières années.