‹ Contribution à l'étude de la Mythomanie SimpleChapitre 7 sur 21 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le terme de mythomanie (muthos : fable, mythe, et mania : manie) a été créé en 1905 par Ernest Dupré. C'est lui qui l’a décrit pour la première fois en France, mais élle est probablement contemporaine de l'humanité. Ce néologisme était si bien venu, qu'il a fait fortune aussitôt. Il est aujourd’hui consacré par l’usage, non seulement en psychiâtrie, mais encore dans la grande presse et le langage courant. La série des leçons maintenant classiques de Dupré, sur la mythomanie a paru dans le Bulletin Médical du 25 Mars, des 1” et 8 Avril 1905.

En 1906, Trannoy, dans sa thèse, fait une étude psychologique et médico-légale du mensonge et de la fabulation morbide en se servant beaucoup de ces leçons.

En 1909, Dupré décrit la mythomanie infantile qui, normalement physiologique, peut devenir pathologique. Il cite un cas très intéressant de fugue suivi de fabulation.

Dupré et Logre, en 1911, étudient les rapports qui existent entre l’hystérie et la mythomanie, concluant que « l’hystérie est la mythomanie des syn-

dromes ». Le mythomane ordinaire ment surtout avec son esprit, tandis que l'hystérique ment avec son corps. Dans la même année, ces auteurs ont décrit les délires d'imagination (mythomanie délirante) qui après eux, offrent une physionomie clinique tout à fait à part et représentent parmi les autres formes de délires soit aigu soit chronique, une variété bien définie et isolée.

En 1912, Biaute étudie aussi la mythomanie infantile. Plusieurs observations ont été publiées après, en France et à l'étranger.

En 1929, Stephen Séguinot, dans sa thèse in-

titulée « La mythomanie devant la justice », fait des commentaires sur l'affaire de la Roncière (1834- 1835).

Trubert (Thèse à Paris, 1929) montre que grâce à la notion de « constitution mythomaniaque » on peut le mieux comprendre et interpréter la très grande majorité des phénomènes « hystériques » ne rentrant pas dans le cadre du pithiatisme.

En 1931, M. Labbé, R. Boulin, Justin Besançon et J. Uhry publient l'observation d’une potomane chez laquelle la mythomanie joue un rôle très important.

C. Fernandez Speroni et A. Huergo, dans un article intitulé « Hipoestesis afectiva, perversidad, sindrome epileptico y mitomania en una post encephalitica » citent le cas d’une jeune fille, présentant une constitution mythomaniaque survenue à la suite d’une encéphalite léthargique.

RTE

En 1932, Dupouy, I. Pichard et M. Altmann publient le cas d'une mythomanie de compensation de sentiment d’infériorité.

Signalons les études récentes de A. Hellwig, A. Janota, F. Kramer, Y. Pereira Kafer, R. Rey Sunay, O. Bouzy et B. Conos, les deux derniers ayant rapporté des observations des différentes formes cliniques des mythomanies. Enfin signalons également les travaux de Radovici qui (dans le Journal de médecine de Lyon du 5 Avril 1935) dit : ...On peut admettre à la base des manifestations variées de l’hystérie une altération dans le fonctionnement des ganglions de la base du cerveau qui détermine de l’exaltation de l'organisme mental, avec hypersuggestibilité, perversion de caractère, mythomanie, fabulation et même simulation.

DEFINITION ET GENERALITÉS

Il n’est pas de définition plus complète, plus précise et plus juste que celle qu'en a donnée Dupré, qu'il a si bien mise en valeur : « La mythomanie », écrit Dupré dans son livre de La pathologie de l'imagination et de l’émotivité, « c’est la tendance pathologique plus ou moins volontaire et consciente au mensonge et à la création de fables imaginaires ». Ces créations mensongères sont non seulement orales, mais encore actives.

La mythomanie diffère fondamentalement des récits erronés qui tiennent délirants, anxieux, interprêtants, déments et même presbyophréniques qui caractérisent ces états et qu’elle est essentiellement imaginative, quoiqu'associé habituellement à d’autres formes de déséquilibre mental.

Elle est encore autre chose que le mensonge accidentel, phénomène de la vie normale fréquent surtout chez l'être faible qui s’en sert comme d’une ruse.

Le mensonge, aussi bien que la simulation épisodique, n'entre pas dans le cadre de la mythomanie. De même qu’il existe des pleurs utiles, des co-

ÉRANE AE

lères légitimes, il est aussi des mensonges et des simulations nécessaires, que commandent soit l’instinct de la conservation, soit les divers sentiments altruistes de la vie sociale. Tandis que le phénomène psychologique normal apparaît motiver, épisodique et proportionné à sa cause le phénomène psychologique morbide se montre non ou insuffisamment motivé, persistant dans sa durée et disproportionné dans son intensité.

D'après la définition même, il faut donc écarter du domaine de la myithomanie les faits d’altération volontaire de la vérité ; ceux-ci rentrent en effet dans le domaine du mensonge, et n’ont rien à voir avec la tendance morbide et constitutionnelle que nous étudions ici.

Ce qui caractérise donc la mythomanie, c’est l'exagération de la persistance anormale de la ten- : dance au mensonge. Les mythomanes sont des sujets enclins d’une façon pathologique à imaginer des fables plus ou moins vraisemblables, à organiser des fictions plus ou moins prolongées, à tromper leur entourage, à avoir une tendance à la fabulation, à la simulation, au romanesque. Cette mythomanie se voit à tout âge, chez l'enfant comme chez l’adulte, avec des caractères et des variantes propres à chaque âge de la vie.

IT MYTHOMANIE PHYSIOLOGIQUE

Définition : C’est Ia tendance plus ou moins volontaire, plus ou moins consciente des sujets qui sont épisodiquement contents de raconter des histoires. Ces sujets se prennent à leurs propres histoires et arrivent à croire ce qu'ils disent, mais pas d’une façon définitive.

Le type est celui de l'enfant. À cet âge, l’expérience est encore des plus minimes, l'imagination se donne libre cours ; l'enfant pense à réaliser ses représentations mentales en paroles (et il fabule) ou en actes (et il joue) ; il ment naturellement, il est même à peu près incapable de rapporter avec fidélité les événements auxquels il a assisté, parce que dans son esprit se mélangent les souvenirs véritables et les images que ceux-ci ont évoqués.

L'enfant est craintif, parce qu’il y a chez lui un immense souci de vivre, il est curieux parce que tout autour de lui l’étonne et l’émeut, il est imaginatif par inexpérience. Ces différents traits de son caractère commandent sa mythomanie. Aucune règle, aucune inhibition ne vient à aucun moment entraver la fantaisie de son esprit neuf. Son manque de jugement, son inexpérience, font de lui un mythomane physiologique. La mythomanie physiolo-

Page 1