‹ Contribution À L'étude De La NeurasthénieChapitre 11 sur 22 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

PARALYSIEGÉNÉRALE. — La paralysie générale au début, est peu£ être la maladie qui se rapproche le plus par quelques-uns de ses symplômes de l'état mental du neurasthénique. En effet, les troubles mélancoliques, l’affaiblissement de la mémoire, l’hésitation de la parole, la perversion morale et le tremblement sont quelquesuns des signes communs aux deux affections. Mais, tandis que, chéz le paralytique général, 1l y a réellement maladresse des membres supérieurs, si bien qu’un graveur commet des erreurs avec son burin, le peintre avec son pinceau, chez les neurasthéniques, il n’y a pas véritablement maladresse, mais seul tremblement. S'il y a apathie, amyosthénie, courbature des membres inférieurs dans les deux affections, celles-ci s’accompagnent de maladresse, chez le paralytique général et non chez les neurasthéniques. Les troubles psychiques sont également communs aux deux maladies ; la mémoire défaille, ilÿ a amnésie récente, peu d’assurance en public, ralentissement de l’élocution autrefois rapide, mais tandis que chez les paralvtiques l'intelligence usuelle peut rester longtemps intacte (tel, cet ingénieur dont M. Charcot parle dans sa leçon du mardi qui au début d’une paralysie générale était encore capable de travaux intellectuels pénibles). Chez les neurasthéniques au contraire il y a plutôt diminution de l'intelligence ou mieux impotence fonctionnelle du cerveau. Bien plus, au début d'une paralysie générale il y aurait plutôt hypérexcitation cérébrale exagérant la puissance intellectuelle des malades.

Le neurasthénique ne présente pas à proprement parler, de pé-

RE

riode délictueuse. S'il a parfois le sens moral émoussé oudévié, les impulsions malsaines sont beaucoup plus conscientes que celles des paralytiques généraux qui se trouvent poussés vers un acte immoral par une sorte de déviation impulsive de l'nstinet ou perversion des sens, analogue aux vésanies de certains déments.

29 TUMEURS DU CERVEAU ET DU CERVEL&T. — Dans certains cas de tumeur du cerveau et du cervelet, les malades sont pris de vertiges, d'engourdissement des membres, de perte de mémoire, de perversion du sens moral, de troubles deleurs sentiments affectifs qui peuvent être exagérés ou affaiblis, mais dans presque tous ces cas, en outre des phénomènes de localisation, il y a la plupart du temps, pour ne pas dire toujours, des crises d’épilepsie Jacksonienne, qui permettront d'établir le diagnostic. Quelquefois cependant, celui-e1 est très difficile, sinon impossible à établir surtout en ce qui concerne les tumeurs du cervelet.

3° ATAXIE LOCOMOTRIGE. — Il est quelquefois difficile, dans certains cas d’ataxie locomotrice au début où les symptômes peuvent être réduit à des douleurs fulgurantes, communes aux deux affections, à de l’amyothénie qui peutsimuler l’incoordination (ete,) & étahir le diagnostic, surtout lorsque la neurasthénie vient se compliquer d’un certain état de mélancolie, de tristesse, de désespoir, d'idées de suicide. Cela est si vrai que l’on a créé l'expression de pseudo-tabès-neurasthénique, ce qui montre que certaines apparences cliniques de la neurasthénie ont pu faire penser au tabès.

Mais l'abolition des réflexes rotuliens, la constatation de troubles oculaires, le caractère et surtout l’acuité des crises viscérales de l’ataxie permettront toujours de faire le diagnostic.

LE JR

4o Hysrérte. — En général, l'hystérie se diagnostiquera facilement de la neurasthénie par les stigmates si bien connus de Îa première de ces affections : hémi-anesthésie, zônes, hystérogènes, perte des réflexes pharyngiens et cornéens, rétrécissement du champ visuel, ete.

Au point de vuemental, un signe, cependant commun aux deux affections permet d'en faire le diagnostic différentiel, ce signe consiste en l’obsession de pensées douloureuses. Ces pensées dans la neurasthénie sont toujours objectives ; elles sont seulement exagérées par un système nerveux déséquilibré et malade ; landis que, dans l’hystérie, elles sont la plupart du temps swbjectives; et, certes, si les souffrances, soil physiques, soit morales de certains hystériques peuvent quelquefois être taxées d’imaginaires, il n’en est pas de même des souffrances du neurasthénique qui sont toujours réelles, quoique exagérées par un système nerveux hypérexcitable.

Lorsqu'il s’agit des doléances du malade et que celui-ci interrogé par son médecin, sur les causés dé sa tristesse lui répond: «Jene sais, je me forge des idées, J'ai toujours été triste, tout m'agace sans raison » il faut bien souvent chercher ailleurs que dans la neurasthénie esssentielle ; la cause de ces chagrins plus subjectifs qu'objectifs, et si l’on ne trouve aucune lésion primive de l'estomac, ni des autres organes dont les lésions peuvent amener des idées hypochondriaques, il faut penser à l’hystérie et peut-être soupçonner une tare vésanique quelconque en train d'évoluer.

5° Epiepsie. — S'il estune forme d'épilepsie facile à diagnostiquer, nous voulons parler de l’épilepsie à crises convulsives, il n’en n’est pas de même de la forme non convulsive de cette névrose.

À celle-ci, en effet, appartient un état mental particulier, très-bieu décrit par M° Falret, état mental qui, sur certains points, peut sè rapprocher de celui des neurasthéniques et faire hésiter le clinicien.

Aux deux affections appartiennent, en effet, des vertiges, des absences ; mais tandis qu’en dehors de ces troubles, l’état mental de l'épileptique est indemne, celui du neurasthénique, au contraire, reste toujours identique à lui-même avec les caractères nettement définis que nous avons énumérés plus baut.

Le diagnostic peut être quelquefois rendu très difficile, car dans certains Cas, les vertiges sont les seuls symptômes de l'épilepsie. La perte de connaissance estalors complète, mais momentanée, Le malade ne tombe pas s'il est assis, et il a le temps de prendre un point d'appui pour prévenir sa chute s'il est debout. Il sort spontanément de son accès comme s’il n'avait rien ressenti et s’étonne de la sollicitude qu'on lui témoigne. Il arrive cependant qu’il reste troublé pendant quelques secondes, quelques minutes, quelques heures. Il a alors de l’incohérence des idées une susceptibilité exagérée, une gaieté ou une tristesse excessive et peut commettre des actes extravagants et délictueux.

Mais, ce vertige alterne le plus souvent avec les grandes attaques, et s'accompagne souvent de l'émission involontaire des urines.

Nous ne parlerons pas dans cet aperçu sommaire de l’état mental chez l’épileptique, de l’aliénation mentale transitoire, des délires épileptiques, impulsifs, de labolition plusou moins complète de la conscience, ni de lamanie épileptique, si bien décrite par Falret, symptômes qui n’ont rien de commun avec l’état mental des neurasthéniques ; mais Voisin a signalé des cas de délire dépressif qui, à larigueur, pourraient donner lechange. Le désespoir dans lequel

sa maladie jette l’épileptique est quelquefois en effet, la source d'un véritable délirehypochondriaque. Le délire lypémaniaque n’est pas non plus exceptionnel. Le malade qui en est attéint garde un silence obstiné et serait facilement confondu avec le Iypémaniaque vulgaire ou le neurasthénique si on ne prenait pas le soin de l’observer et de se livrer à des enquêtes sur ses accidents convulsifs

Les idées de persécution ne sont pas rares non plus chez les épileptiques qui attribuent leur cruelle maladie à l'influence occulte d’un ennemi qui leur aurait jeté un sort; dominés par un sentiment vague d'angoisse et de terreur, ils accusent leurs amis de leur en vouloir, et c’est alors qu'ils peuvent accomplir, surtout s'ils sont en proie à leurs hallucinalions des actes malfaisants

ou criminels.

6° HypocHonprie. — Ordinairement et pour les formes simples de la maladie de Beard, la confusion entre l'hypochondrie et l'état mental d’un neurasthénique est impossible.

« Les préoccupations hypochondriaques de l'épuisement nerveux n’ont pas la fixité, la ténacité, l’inconscience et la fatalité systématique des formes vésaniques de l’hypochondrie, Le neurasthénique s'inquiète et a quelques raisons de s'inquiéter : il se croit atteint d'une maladie organique et grave du cœur, de l’estomac et du cerveau, mais il éprouve des symptômes correspondants et le médecin est quelquefois inquiet et indécis sur leur nature. Enfin l’hypochondrie neurasthénique est très accessible aux encouragements et aux espérances, de même qu'aux craintes exagérées de l'entourage ; elle ne se cantonne pas en elle-même dans un système invariable d'idées fixes èt obsédantes. » (Levillain).

MÉLANCOLIE ET PSHYCHOSES VÉSANIQUES. — On peut faire de la façon suivan{e le diagnostic de la neurasthénie au point de vue de l’état mental avec quelques psychoses vésaniques qui s’en rapprocheraient par certains points. Si dans la mélancolie vésanique on trouve de la tristesse, une raréfaction ou un arrêt des mouvements une absence d'énergie comme dans la neurasthénie, dans celle cj cependant on n'observe jamais le délire des petitesses (Micromanie) ni cette autre manie d’auto-accusation qui rend le mélancolique triste parce qu'il trouve son état analogue à celui d’un crimi.. nel. Le mélancolique est particulièrement caractérisé par son délire de culpabilité imaginaire.

Si dans la neurasthénie on trouve quelquefois un peude délire de persécution, exagération, peut-être de la cause morale primitive ayant provoqué l’évolution de la névrose, on ne trouve pas chez le neurasthénique cette résignation dépressive qui fait que le mélancolique regarde la persécution comme une chose qu'il a mérité contre laquelle ilne cherche pas à réagir, ne dédaignant queluimême. Chez le mélancolique vraiil y a une sorte de restriction non consciente de la personnalité qui n'existe pas dans la neurasthénie et il faut atiribuer le délire du mélancolique à une sorte d’affaiblis.. sement primordial de son moi, lui donnant une sorte d'existence subjective, le conduisant aux hallucinations, existence subjective tout à fait en opposition avec l'existence parfaitement objective et

sentie du neurasthénique.

8e ArcooLisme. — Certains symptômes de l'alcoolisme chronique tels que l'émotion et le tremblement, les rêves pénibes, obnubi Jation de l'intelligence ; tout cela associé à l'engourdissement et au fourmillement des extrémités, à la parésie des membres inférieurs

SNS

et des troubles gastriques pourrait faire penser à la naurasthénie confirmée, Mais, l’interrogatoire du malade,les caractères différents de ces symptômes communs, l'absence de catarrhe pituitaire chez les neurasthéniques, leur dépression psychique déjà décrite plus haut permettront toujours de faire le diagnostic.

9e ABOULE CONSÉCUTIVE AUX MALADIES GRAVES INFECTIEUSES. — On à vu après cerlaines maladies graves (épidémie de grippe de 1889) des individus avoir de l’aboulie persistante ou paralysie de la volonté. Cet état mental particulier a obligé des malades ayant dansles affaires publiques une certaine responsabilité (juges, avocats, notaires) à se démeltre de leurs charges. Dans ces cas l’aboulie est le seul symptôme de la névrose et ne peut être con fondue avec une neurasthénie confirmée.

Il serait même permis peut-être de faire entrer dans cette catégorie d’abouliques la plupart des malades traités comme neurasthéniques de convalescence.

Pnogies. — Le neurasthénique peut présenter un certain nombre de phobies, mais ce qui caractérisera toujours la phobie neurasthénique de la phobiehéréditaire c’estquechezle neurasthénique la peur morbide résulte du défaut d'énergie, de la conscience de l’incapacité ressentie; chez le dégénéré c’estune véritable impulsion.

« L’émotion de la peur est normale à l'esprit humain » a dit Beard: La peur est le préliminaire obligé de l'instinct de la défense. Or on comprend que sous l'influence de l'épuisement nerveux général, l'organisme inconsciemment prévenu de son état normal de faiblesse et d’infériorité, prenne peur plus facilement.

Mais les peurs des neurasthéniques se raisonnent en général et

Beard fait remarquer que les malades lesraisonnent et les discutent eux-mêmes, qu'ilss’en rendent compte sans avoir la force de les combattre, qu’elles évoluent parallèlement à l’état général, disparaissant quand les forces reviennent et reparaissant à la suite de nouvelles causes d’épuisement.

La faiblesse cérébrale est si bien la cause de la phobie neurasthénique que l’un de nos malades (0bs. XXV) s’arrête aussi bien devant un espace vide que devant un espace rempli de monde, craint autant de traverser, comme il nous le dit, la place Notre- Dame que d'entrer dans un restaurant ; il craint que les forces ne lui manquent pour accomplir l'acte qu’il a projeté.

ANÉMIE . — Si les anémiques se fatiguent à l’occasion de tout exercice musculaire le travail mental leur est encore permis. Chez le neurasthénique à moins qu'il ne s'agisse de myélasthénie grave, le travail musculaire reste possible tandis mais le travail intellectuel est excessivement pénible.

Les signes classiques de l’anémie permettront toujours, d’'ailleurs, d'établir le diagnostic. D'un autre côté la neurasthénie peut conduire à l’anémie, anémie d’origine nerveuse, qui vient alors compliquer la neurasthénie dont elle n’est qu'un symptôme secondaire.

Page 1