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THÉORIES DE L'AUTU-INTOXICATION DES CENTRES NERVEUX

ILest démontré depuis longtemps que l'injection dans le sang de certains produits alimentaires, d'origine animale, contenant des alcaloïdes toxiques, détermine parfois des accidents assez graves, se traduisant tantôt par des troubles gastro-intestinaux, tantôt par des phénomènes nerveux. Quelquefois, les troubles gastrointestinaux eux-mêmes, suivis d'accidents nerveux, peuvent être considérés comme la cause déterminante des troubles mentaux; dans ce cas, selon M. Bouchard, ces troubles mentaux tüennent à une sorte d’auto-intoxication produite par la résorption des produits toxiques, élaborés dans le canal intestinal. [l estcertain que l’on peut, d’après ces considérations, expliquer la pathogénie des neurasthénies symptomatiqués d’une lésion de l'appareil digestif, mais alors comment expliquer ces formes de neurasthénies, quelquefois très rebelles, où l'estomac n’est nullement en jeu. D’unautre côté, M. Bouchard lui-même a produit des intoxications, en injectant dans le sang des peptones et 1l est prouvé que d’une façon générale tout alcaloïde d'origine animale, leucomaine ou ptomaïne, peut, en intoxiquant le sang, et par retentissement sur le système nerveux, produire ces neurasthénies

Ent

symptomaliques diverses, consécutives à une longue maladie. La neurasthénie des convalescents, les neurasthénies symptomaliques de certaines lésions du foie (obs. XXXV ) toutes les neurasthénies d'origine gastro-intestinale trouveraient l'explication de leur pathogénie dans l'interprétation des faits précédents.

La théorie de l’auto-intoxication peut aussi expliquer la genèse des troubles nerveux de la newrasthénie essentielle, indépendante de toute altération fonctionnelle primitive des organes de la digestion ou autres pouvant faire penser à un état neurasthénique symptomatique.

Les centres nerveux, composés essentiellement de globules, ont besoin d’une quantité considérable de matériaux et rendent au milieu ambiant, par l'intermédiaire du sang, une grande quantité de déchets. S'il était possible de connaître le chimisme cérébral correspondant à un travail fonctionnel donné, on pourrait peutêtre trouver parmi ces déchets un produit toxique, qui, exerété en trop grande quantité par un système nerveux surmené, produirait une sorte d’auto-intoxication de la substance nerveuse elle-même, dont la nutrition, alors profondément troublée, retentirait secondairement sur les autres organes. L’épuisement du système musculaire par une fatigue poussée à l’extrème ne provoque-t-elle pas la formation de principes résiduels constants tels que l'acide lactique dont l’action coagulante sur la substance musculaire (myosine) est bien connue ?

On sait également que plus le travail nerveux est intense, plus les déchets de la combustion des albuminoïdes, surtout l’urée, sont abondants dans les excrétions, dans l'urine et dans les produits du foie. Les recherches de Biasson (1868) n'ont-elles pas montré que la quantité durée excrétée par l'homme, varie selon que l'activité cérébrale est nulle, d'intensité moyenne ou portée au

plus haut degré? D'un autrecôté, Flint, de New-York, n'a-t-il pas également démontré que la cholestérine, produit exerémentitiel, formé par la désassimilation du cerveau et des nerfs, séparé du sang par le foie et déversé dans l'intestin avee la bile, était aussi excrété en raison directe de l’activité nerveuse.

Monsieur le professeur Dieulafoy, dans sa belle étude sur le mal de Bright, a montré que, au début de la forme chronique d'emblée, on retrouve pour ainsi dire tous les symptômes de la neurasthénie, troubles digestifs, céphalée, palpitations, essoufflement, crampes, secousses électriques, cryesthésie, sensation du doigt mort, polyurie, pollakiurie, troubles de la vue, bourdonnement des oreilles, en un mot tous les premiers symptômes de l'insuffisance rénale et de lauto-intoxication par élimination incomplète des déchets de la nutrition dans la néphrite chronique (1).

Enfin dans ces dernières années (1889 à 1892) MM. Deny et Chouppe, MM. Féré et Jules Voisin, à Paris, MM. Weill et Dubois à Lyon, MM. Mairet et Bosc à Montpellier n’ont-ils pas démontré expérimentalement que les urines des épileptiques et de certains déments étaient toxiques (2). MM. Bosc et Mairét ont même cons-

(1) Dreuzaroy. Manuel de Pathologie interne, 1890.Tome If, page 424 et suivantes.

(2) 19 Dexy et Caouppe. Communic. Société de Biologie, Paris. 1889.

90 F£ré. De la toxicité des urines chez les épileptiques. Société de Biologie. Séance du 26 avril 1890.

30 Juces Voisin. Note sur la toxicité des urines chez les épileptiques avant, pendant et après les accès paroxystiques. Soc. méd. des Hop. séance du 24 juin 1892.

%o Werzx et Dupors. De la toxicité des urines des aliénés.Compte-rendu congrès de médecine mentale, tenu à Lyon séance du 7 août 91, Sem. Med.1891. page 335.

59 Mairxr et Bosc. Recherches expérimentales sur la toxicité desurines

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taté que dans les diverses formes d'aliénation mentale, le degré de toxicité a varié suivant la forme et surtout suivant l’acuité de la maladie; c’est ainsi que l'urine du maniaque agité est très toxique, celle du maniaque non agité l’est beaucoup moins.

Ces expériences tendraient à nous prouver que, dans les diverses variétés de névrose, il se forme des excreta anormaux, produits résiduels sans doute de la dénutrition des centres nerveux.

L'analyse desurines des névrosés a déjà donné de beaux résultats. Peut-être la chimie biologique pourra-t-elle un jour, par l'analyse

“des centres nerveux et l'étude approfondie du chimisme cérébral,

arriver à déceler les phénomènes intimes qui se produisent dans la nutrition normale de ces centres et dans leur dénutrition possible sous l'influence des diverses causes qui peuvent conduire aux névroses. On pourrait ainsi arriver à la solution du problème que nous nous sommes posé: la newrasthénie essentielle est-elle tributaire ou non de l’auto-intoxication des centres nerveux par les produits d’excrétion de ces centres, substances résiduelles, formées en trop grande abondance pendant un travail cérébral exagéré conduisant à l'épuisement nerveux.

Cette étude du chimisme cérébrai est difficile, pour ne pas dire impossible à faire chez l’homme. En admettant que la neurasthénie puisse conduire à la mort ou que l’on meure neurasthénique ; l'examen et l’étude des organes, ne pouvant qu'exceplionnellement être faits immédiatement après la mort, on comprend toute la difficulté d’une semblable étude ; les résultats de l'analyse pouvant être faussés par les décompositions cadavériques.

pathologiques. Associalion française pour l'avancement des sciences. Session de Marseille 1891. Section des sciences médicales, séance du 21 septembre. Compte rendu, Semaine méd. 1891, page 392.

Peut être, dit Clausse (1) qu’en expérimentant sur les animaux, on arriverait à produire chez eux la neurasthénie ; cela n’est pas impossible. Le chagrin, l'ennui, la frayeur déterminent chez eux des états analogues aux états neurasthéniques de l’homme. On le constate, par exemple chez les chiens qui ont perdu leur maître, que l'ontient enfermés et chez les animaux sauvages devenus captfs. On pourrait peut être ainsi, en provoquant de véritables neurasthénies expérimentales, suivies de vivisections arriver à connaître l'anatomie pathologique de la neurasthénie et, par l6tude rendue ainsi possible du chimisme cérébral, Jeter quel. ques éclaireissements dans la pathogénie encore très-obscure de la maladie de Beard.

(1) Causse. Th. inaugurale 1891.

ÉTIOLOGIE.

« La neurasthénie, dit le D' Levillain dans son beau livre sur la maladie de Beard, est la seule de toutes les grandes névroses qui puisse se développer ets’acquérir de toutes pièces accidentellement en dehors de l'hérédité » (1). Il est évident que comme pour les autres névroses, on peut dire que l'intensité nécessaire de la condition déterminante, varie en sensinverse de la prédisposition c'est-à-dire de la faiblesse congénitale ou préalablement acquise. La physiologie, dit M. Féré, nous permet donc de comprendre comment, en dehors de toute hérédité, de toute prédisposition apparénte un choc violent ou toute autre cause déterminant une secousse nerveuse intense peut développer les conditions physiologiques d’une neurasthénie ou d’une névrose traumatique (2).

Pour la neurasthénieessentielle, comme pourlesautres névroses relevant directement du système nerveux et non de lésions organiques primitives, nous admettrons deux ordres de causes, les causes prédisposantes et les causes déterminantes ou occasionnelles,.

En première ligne, parmi les causes prédisposantes nous citerons l'hérédité, tout en ne pensant pas que la neurasthénie soit une maladie fatatement héréditaire. La misère, le surmenage, l'hygiène

(1) Levizzaix. Traité de la neurasthénie, 1891.

(2) Féré. La fatigue et l'hystérie expérimentale : Théorie physiologique de l'hystérie. Comptes rendus Société de Biologie. Séance du 24 mai Sem. Med. 1891.

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insuffisante, les intoxications volontaires ou professionnelles, pouvant comme nous l'avons déjà dit, amener la déchéance de lindividu jusque là indemne de toute tare héréditaire ; il devient alors un véritable dégénéré expérimental, prédisposé au même titre que les dégénérés héréditaires, susceptible comme eux de ressentir trop vivement les effets dynamogènes ou épuisants des excitations venues du dehors.

Outre l'hérédité, nous admettrons donc comme causes prédisposantes pouvant provoquer la neurasthénie, en mettant le système, nerveux en état de réceptivité de cette affection, toutes celles qui, par leur influence plus ou moins directe peuvent diminuer sa résistance et exagérer sa susceptibilité. C’est ainsi que la fatigue physique poussée à l'excès, le surmenage intellectuel, le surmenage sensoriel, l’abus de l’alcool et des boissons alcooliques peuvent préparer le terrain sur lequel viendra s'implanter la névrose de Beard, si le choc moral, que nous considérons comme l’unique cause déterminante de la newrasthénie essentielle, vient achever de déséquilibrer le système nerveux, déjà déprimé par l’une ou l’autre des causes précédemment citées.

Nous avons pu voir dans l’étude de la pathogénie des accidents neurasthéniques quelle était l'influence profondément dépressive des émotions morales et constater jusqu'où pouvait aller leur retentissement sur tout l’organisme.

Chacun sait, pour l’avoir constaté sur lui-même, que, si l'émotion agréable augmente l'amplitude des mouvements respiratoires, facilite les digestions, met l'individu dans cet état de bien être particulier qui fait qu’il se sent vivre, les émotions morales pénibles agissenten sens inverse, la respiration devient difficile, arythmée, saccadée quelquefois : on digère mal, on a à la gorge une sorte de sensation de constriction qui s'étend jusqu'à la poi-

Line, ee qui fait dire dans les grandes douleurs, que l'on a comme un poids sur la poitrine. Le pouls et la circulation sont aussi modifiés : accélération des battements du cœur, palpitations, angoisses. Il peut même se produire quelquefois un arrêt du cœur pouvant aller jusqu'à la syncope,

L'être en général est tellement secoué par la cause originelle qui à primilivement frappé le cerveau que les organes sécrétoires eux-mêmes sont atteints : sueurs froides, diarrhée, ete. troubles, réflexes el vaso-moteurs émanant des centres nerveux et nous montrant que lorsque ces centres, qui président directément ou indirèctement à Loutes ces fonctions, sont atteints dans leur nutrilion, même pendant un temps très-court, il Y a toujours retentissement secondaire sur tous les organes.

« Observez, dit M. Bouveret, un homme qui vientd'éprouver une vive frayeur, [tremble de tous ses membres il n’a plus de force el ses jambes semblent se dérober sous lui, il éprouve des sensaüons pénibles de brisement dans les genoux, de serrement à l’épigastre, de vide et de pesanteur dans la tête ; le pouls est-faible, fréquent, et il ÿ a parfois des (endances à la syncope ; l'appétitest supprimé ; il peut même arriver que, pendant plusieurs nuits, le patient reste sans sommeil où que son repos soit troublé par des cauchemars qui lui rappellent sans cesse les causes de sa violente émotion. » Supposons que cel élat neurasthénique passager que dépeint si bien M. Bouveret, au lieu de durer quelques heures et quelques jours, dure des mois sous l'influence d’une cause morale prolongée et constamment ressentie, par exemple chagrins d'amour, (obs. IT, obs. IN ete, pertes d'argent, (obs. XXIV), appréhension pénible de la réussite dans un concours, ete; préoccupations cons-

lantes occasionnées par une maladie désagréable quoique peu

dangereuses, (obs. XXVIL), la névrose se confirmera el apparaitra bientôt avec son cortège habituel desymptômes.

Nous pensons que lacause morale joue le rôle prépondérant dans la genèse de la neurasthénie essentielle que l'on pourrait à juste titre appeler la « névrose de la douleur morale. »

Pour nous chez l’écolier qui se livre à un travail intellectuel excessif, chez le commerçant et le financier qui assument de grandes responsabilités pécuniaires, chez l’ouvrier qui se livre à des fatigues physiques considérables pour arriver peut-être à faire vivre sa famille et d’une façon générale, chez tout individu qui se surmène c'est plutôtla préoccupalion moraleconstante quiamène l'épuisement nerveux, que le surmenage luimême, car, à quelque classe de la société que l'on apparlienne, l’on nese surmène souvent que par nécessité et toute nécessité implique une préocupation morale quelconque : ambition, lutte pour la vie, ete.

Le surmenage prépare le terrain soit, mais on peut se surmener longtemps sans fatigue si l’on reste heureux.

Le terrain ainsi préparé chez un individu surmené, qu'il survienne alors chez lui un choc moral quelconque, tel que la non réussite dans son concours pour l’écolier, la perte d’une fortune pour le banquier oule commerçant, la misère persistante malgré ses luttes quotidiennes, pour l’ouvrier ; le sujet à quelque classe de la société qu'il appartienne tombera presque fatalement dans la neurasthénie.

«Etail ne fautpas croire, dit le professeur Charcot, que lanévrose soit l'apanage exclusif des grands de la terre. On ne saurait oublier que la constitution psychique des travailleurs est la même que la nôtre et que, comme d’autres, plus peut-être, ils sont soumis aux conséquences perlurbatrices des émotions morales péni-

bles et de l'anxiété qui s'attache aux difficultés de la vie » (4).

On peut considérer la neurasthénie traumatique comme uné névrose essentielle déterminée également par un choc psychique violent se produisant, par exemple, dans les grandes catastrophes de chemins de fer, ou bien encore,comme nous en avons un exemple, (obs. XXX) lors d’un trauma quelconque, bien plutôt psychique que physique.

La NEURASTHÉNIE TRAUMATIQUE, en effet, se rapproche beaucoup comme étiologie de l’hystéro-traumatisme ; par exemple, l’impuissance fonctionnelle d'un membre que l’onrencontre dans l’hystérotraumatisme est dûe à l’idée de cette impuissance amenant le non accomplissement du mouvement et l'impossibilité dele reproduire ; car, pour l’accomplissement d’un mouvement, il faut que l’idée de ce mouvement soit représentée el reproduite mentalement avant son accomplissement.

Dans la neurasthénie traumatique comme dans l’hystéro-traumaisme, ce serait le choc psychique initial qui serait la cause de l’ébranlement nerveux conduisant à la névrose bien plus par le fait d’une sorte d’auto-suggestion consécutive, que par le fait du traumatisme physique primitif qui peut ne pas exister ou être insignifiant (obs. XXX.) :

L'influence considérable du moral sur le physique peut même expliquer jusqu’à un certain point l'hérédité morbide de la neurasthénie.

Nous empruntons à M. Féré les considérations suivantes, nous montrant quelles relations intimes paraissent exister, même au point de vue du retentissement psychique, entre le fœtus et la mère.

(1) CHarcor: Leçons cliniques professees à la Salpétrière.

M. Féré démontre expérimentalement que les chocs physiques et moraux, les émotions violentes éprouvées par la mère sont susceptibles de provoquer des mouvements du fœtus, et la facilité avec laquelle on peut provoquer ces mouvements par les exciiants sensoriels agissant sur la mère, permet de soutenir que tous les mouvèments dits actifs du fœtus sont en réalité des mouvements réflexes, consécutifs à une excitation dont la mère peut ou non avoir eu conscience.

L'influence, de l’excitalion psychique de la mère n’est pas moindre : sous l'influence de la colère, les mouvements du fœtus se manifestent avec une gtande intensité ; et il en est de même dans les autres états psychiques violents.

M. Féré ajoute même (1) qu'interrogeant une femme enceinte de sept mois qui avait déjà un jeune enfant: «il semble, me disait-elle, qu'il y a une sympathie étrange entre l’enfant que Je porte et l’autre. Quand le second crie ou pleure le premier s’agite extraordinairement au point de me donner des douleurs très vives. »

« D’autres femmes qui ont eu plusieurs enfants m'ont confirmé la réalité de cette remarque »(Féré).

Chez quelques-unes, c’est seulement dans ces conditions qu'on voyait se révêler l'influence des irritations périphériques sur le fœtus : aucun ébranlement mécanique de même intensité n'est capable de déterminer chez la mère un état émotif équivalent à celui que provoque les cris de son enfant et de produire par conséquent des contractions musculaires aussi intenses.

M. Féré cite des exemples de femmes enceintes réveillées par les mouvements du fœtus au milieu de rêves qui, à l’état normal n'auraient pas interrompu leur sommeil.

(4) Féré. Loc cit. Sensation et mouvement,

Ce fait nous montre que les représentations mentales de la mère provoquent des réactions motrices chez le fœtus, et que, même, tout comme pour les excitations sensorielles, ces réactions sont plus fortes chez lui que chez elle. Or, quand un sujet fatigué est en état de faiblesse irritable, comme on dit, ces réactions aux excitations sensitives ou sensorielles sont beaucoup plus intenses et si les réactions sont plus fortes chez le fœtus que chez la mère, il semble qu'en raison de sa faiblesse il réagisse plus fortement à toutes les excitations, el constitue une sorte de multiplicateur des réactions de la mère.

En somme le fœtus dans la cavité utérine réagit, on peut dire fatalement, non-seulement à toutes les excilations qui peuvent l'atteindre directement mais à toutes les sensations perçues ou non, à toutes les représentations mentales de sa mère. Cette communication des réactions et par conséquent des sensations entre la mère et le fœtus ne peut-elle rendre compte, au moins pour une partie, de la transmission possible d’habitudes héréditaires.

Ne serait-il par conséquent pas vraisemblable, pour ce qui concerne la neurasthénie, de penser que l’état mental particulier de la mère dû à la névrose en puissance ne puisse retentir suffisamment sur le fœtus pendant la gestation, pour en faire, sinon un neurasthénique de naissance au moins un prédisposé héréditaire ?

« L’hérédité de la dégénérescence est aujourd'hui un fait des mieux établis, de même que son aggravation progressive ; et la localisation de la prédisposition morbide peut-être influencée par un accident de la conception ou de la gestation » (4).

Or si les émotions répétéès ou violentes de la mère pendant la

(LU) CH. FÉRÉ, La Famile névropathique (Arch. de Neurologie, 1884.)

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grossesse peuvent déterminer des troubles profonds dans la nutrition du fœtus et en particulier dans son système nerveux, à plus forte raison une névrose acquise par la mère, avant ou pendant la grossesse, ne peut-elle pas produire ces dégénérés congénitaux qui ne pourraient guère alors se distinguer des dégénérés héréditaires ?

Un bon nombre de névroses : (épilepsies, hystéries, ete.) ne reconnaissent-elles pas pour cause l’alcoolisme des parents.

Pourquoi les troubles physiqués et mentaux quelquefois profonds dans la neurasthénie de la mère pendant la gestation ne pourraient-ils pas agir dans le même sens ?

SYMPTOMATOLOGIE. — ÉTAT MENTAL

Nous passerons rapidement sur les symptômes de la #ewrasthénie essentielle.

Ils sont d'ailleurs les mêmes, quant aux signes physiques que ceux que l’on rencontre en général dans les divers états neurasthéniques et aussi variables qu'eux dans leurs manifestations. Nous énumérerons pour mémoire les symptômes principaux Caractéristiques ou stigmates de la neurasthénie.

La céphalée neurasthénique consistant en une constriction pénible de la tête (sensation de casque), l’insomnie et les troubles du sommeil, la rachialgie et l’hyperesthésie spinale, l’amyosthénie, les troubles gastriques, les troubles génitaux et l’état mental des neurasthéniques. Les caractères de chacun de ces stigmates de la névrose de Beard ainsi que les autres troubles secondaires tels que le vertige, l’asthénopie, le tremblement neurasthénique etc., ont été trop bien décrits, antérieurement à notre travail, pour que nous ayons à y insister.

Nous allons cependant nous arrêter un peu sur lPétat mental qui souvent se trouve être en rapport direct avec l'élément causal de la névrose. Le neurasthénique en effet est souvent poursuivi d’obsessions émotives ou instinctives, se rapportant très souvent à la cause morale qui a amené la névrose.

M. Falret, dans son rapport sur les obsessions neurasthéniques, (Congrès international de médecine mentale de 1889) résume ainsi leurs principaux caractères :

no ee

1° « Elles sont toutes accompagnées de la conscience de l’état de maladie.

2° Elles ne restent pas isolées dans l'esprit à l’état monomaniaque, mais elles se propagent à une surface plus étendue de la sphère morale ; elles sont toujours accompagnées d'angoisse ou d’anxiété, de luttes intérieures, d’hésitation dans la pensée et dans les actes, elles sont dues à l’aboulie cérébrale et résultent enfin de symptômes physiques de nature émotive plus ou moins prononcés.

3° Elles ne présentent jamais d’hallucination.

4° Elles conservent leurs mêmes caractères psychiques pendant toute la vie des individus qui en sont atteints, malgré des alternatives fréquentes et souvent prolongées de paroxysme ét de rémission et ne se transforment pas en d’autres espèces de maladies mentales.

5° Elles n’aboutissent jamais à la démence.

6° Enfin dans quelques cas rares, si elles se compliquent de délire de persécution ou de délire mélancolique anxieux, à une période avancée de la maladie, elles conservent encore leurs caractères primitifs. »

D'une façon générale l’état mental du neurasthénique est caractérisé par des phénomènes de dépression intellectuelle et morale. Du côté de l'intelligence on observe une impotence fonctionnelle du cerveau (cérébrasthénie) qui rend difficiles et même pénibles les’ travaux ordinaires de l'esprit. La mémoire est considérablement diminuée; les malades oublient, non seulement les noms propres ou communs, mais souvent aussi oublient les faits, surtout les plus récents.

Cette particularité de l’amnésie neurasthénique permet de la distinguer d’autres amnésies provoquées par l'hystérie ou le trau-

matisme, c'est-à-dire par des affections qui peuvent s'associer à la neurasthénie. (Levillain).

Du côté du caractère l’affaissement moral se traduit essentiellement par l'indécision et par une véritable aboulie. Les neurasthéniques manquent le plus souvent d'énergie mentale et se laissent aller au découragement ; aussi sont-ils enclins aux préoccupations tristes el à certaines obsessions parfois angoissantes, lesquelles la plupart du temps, comme nous l’avons déjà dit, se rapportent presque toujours à l'élément causaï.

C’est ainsi que l'étudiant en médecine se préoccupera particulièrement de sa santé ; bien souvent il sera poursuivi de l’idée qu'il possède tous les symptômes de la dernière maladie étudiée.

Le banquier devenu neurasthénique à la suite d’une ruine sera obsédé par l’idée constante de son malheur, qui lui paraîtra toujours irréparable, car il ne se sentira pas l'énergie morale pour le surmonter.

Au point de vue de la volonté, le neurasthénique est aussi considérablement atteint, frappé d’aboulie il ne sait pas prendre une décision etselon l'expression pittoresque de M. Levillain, il est presque constamment dans la situation de l’âne de Buridan : il hésite et se demande s’il doit faire ceci ou ue pas le faire, aller ici ou ne pas y aller, écrire une lettre ou ne pas l'écrire. Ces hésitations sont quelquefois très pénibles, tourmentent l'esprit du malade et peuvént aller jusqu’à produire l'angoisse (1). Il se crée alors de véritables états d’anxiétés, de craintes exagérées, conduisant aux phobies diverses telles que l’agoraphobie (peur des grandes places), la nosophobie (peur des malades), l’antropophobie (peur de la société), la monophobie (peur de l'isolement), la elaustrophobie

(4) LEvVILLAINX. La neurasthénie, 1891.

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(peur des endroits fermés), (la phophophobie) (peur d’avoir peur,) etc.

Ce qui caractérise toutes ces phobies, ou peurs des neurasthéniques, c’est qu’elles se raisonnent en général: elles trouvent une explication naturelle dans une exagération de l'instinct défensif proportionnel au degré de l’affaiblissement et de l’infériorité physiologiques dus à l'épuisement nerveux.

Enfin le neurasthénique présente une irritabilité excessive du caractère, une impressionnabilité exagérée à tout ce qui peut exciter son système nerveux; il semet en colère pour des riens, tout l’agace et cette irritabilité par défaut de résistance, par «une diminution du contrôle mental » selon l'expression de Beard, rend le neurasthénique désagréable à lui-même et aux autres.

En faisant le diagnostic différentiel de la maladie de Beard avec quelques autres affections nerveuses nous allons pouvoir compléter et caractériser d'une façon plus précise l’état mental dans la neurasthénie. Celui-ci est en effet le syndrome le plus caractéristique de la maladie de Beard, il est le plus constant, quoique variable dans ses manifestations.

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