‹ Contribution À L'étude De La NeurasthénieChapitre 13 sur 22 · COLERIDGE · texte numérisé non relu

COLERIDGE

Nous avons vu que la newrasthénie essentielle est primitivement une maladie du système nerveux dont le retentissement sur tout l'organisme peut amener des troubles fonctionnels se- Condaires, qui aboutissent quelquefois à des lésions définitives ey incurables des organes atteints.

D'un autre côté certaines formes de la névrose, telle que la neurasthénie traumatique, qui ne relève absolument que du système nerveux, sont d'autant plus rebelles au traitement qu'elles ont été plus longtemps négligées. Il faudra donc toujours traiter la neurasthénie, dès le début des accidents et aussitôt que le diagnostic en aura été fait.

De plus ce sera au système nerveux que l’on devra s'adresser d’abord, même lorsque des troubles organiques secondaires paraitront dominer la scène.

Nous pouvons affirmer, pour en avoir été victime, que, soigner la dilatation de l'estomac secondaire à une newrasthénie essenlielle, même par les meilleurs moyens mis en usage de nos jours, sans tenir compte de l’état nerveux primitif, est, selon nous, une méthode non-seulement inefficace, mais mauvaise et toujours pré- Jjudiciable au malade. Inefficace, parce que la cause de Pasthénie

gastrique ne réside pas dans une lésion de l'organe et qu’elle persiste quand même, malgré tousles moyens localement mis en usage pour la combattre ; mauvaise parce que, pendant que l'on s'attarde à traiter l'estomac en négligeant le système nerveux, on perd un temps précieux ; la lésion gastrique s’accentue et transforme quelquefois une dyspepsie qui aurait pu être passagère en une dilatation confirmée avec destruction plus ou moins complète des éléments glandulaires nobles de l'organe, lésion finale qui sera d'autant plus persistante qu'elle aura été plus longtemp® mal soignée.

Cette méthodé est, croyons-nous mauvaise encore, car elle influence péniblement le moral déjà déséquilibré du malade, par l’attirail imposant que l’on emploie généralement soit pour l’analyse des liquides de l'estomac, soit pour son lavage. Le patient se croira d'autant plus atteint que la mise en scène déployée pourle guérir sera plus grandiose et le régime à suivre plus sévère.

Enfin cette méthode serait mauvaise toujours, parceque, certains médicaments, employés sans doute dans un but louable, ne réussissent qu’à fatiguer l'estomac sans supprimer la cause originelle du mal qu’il faut aller chercher ailleurs.

L'observation X nous donne un exemple d’une de ces neurasthénies essentielles longtemps négligée d’abord et ensuite mal traitée par une thérapeutique trop exclusive ne visant que les troubles secondaires. Quand plus tard la névrose disparut sous Pinfluence d’une médication anti-nerveuse et tonique appropriée, le mal était fait et la dilatation gastrique absolument confirmée.

Aujourd'hui, le malade, quoique robuste, possède encore tous les Signes physiques de la dilatation de l'estomac, et le clapotage caractéristique de la lésion s'entend encore à trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic.

RL

Une thérapeutique bien dirigée devra donc s'adresser au Système nerveux d’abord, aux troubles secondaires possibles ensuite.

Le système nerveux d’un neurasthénique, est à la fois épuisé et hypérexcité ; la médication normale indiquée devra donc être a la fois tonique et sédative. Pour faire disparaître épuisement, les toniques et les reconstituants sont tout indiqués ; malheureusement ils sont presque toujours excitants et par cela même mal supportés. C’est alors que la médication sédative doit intervenir pour atténuer et limiter l’action des excitants de la médication tonique tout en lui laissant son action reconstituante.

Beard avait déjà signalé ce fait thérapeutique intéressant: c'est que les bromures et en général les médicaments calmants ont la propriété d'améliorer les troubles neurasthéniques, alors qu'ils aggraveraient plutôt les autres genres de dyspepsies flatulentes par lésions organiques. Nous reviendrons sur ce fait à propos de la médication bromurée.

Dans sonlivre « Sur le premier examen », page 268, Broussais, exposant ses idées sur les difficultés du diagnostic différentiel de la gastro-entérite et des névroses digestives dit: « Donnez-moi les moyens de reconnaître quand ces désordres sont le pur et simple effet des aberrations de l'influence nerveuse, afin que je n'aie pas la douleur de faire périr mon malade, en introduisant sur la membrane déjà trop sensible des voies gastriques, un tonique qui deviendrait débilitant ou un anti-spasmodique qui augmenterait les convulsions. »

Nous croyons posséder la pierre de touche qui manquait à Broussais elle nous est donnée par l’étiologie de la névrose gastrique, ce qui nous permet d'appliquer presque à coup sûr la méthode médie a menteuse, sans craindre d’aggravation des troubles de l'estomac

Nous allons successivement passer en revue les méthodes qui

nous paraissent ètre ralionnelles pour arriver à une amélioration rapide des troubles primitifs et secondaires de la neurasthénie.

Toutes doivent tendre à ce double hut : fonifier et caimer le système nerveux en réduisant au minimum les fonctions cérébrales et médullaires.

Le {raitement psychique peut jouer, s'il est biendirigé, un rôle important dans la cure de la neurasthénie. Celle-ci étant une psycho-névrose, dont la cause déterminante est d'ordre moral, il nous paraît d’abord tout indiqué de chercher à supprimer cette cause ; et, Ja première chose que le médecin aura à faire sera de chercher à capter la confiance de son malade dès ses premières entrevues et lui faire entrevoir de suite que son mal est curable, ne jamais oublier l'expression du poëte anglais si souvent répétée par l’éminent professeur Charcot : « The best inspirer of hope is the best physician. » (CoLERIDGE.)

« [ne faut pas oublier, dit Maudsley, que la joie et l'espoir sont e meilleur remèdecontreles maux de toutes sortes, et, que, si le médecin peut parvenir à les inspirer à son malade, il lui fera souvent plus de bien que par tous les autres médicaments. »

Dans la neurasthénie, peut être plus que dans tout autre maladie à cause de laténacité de la névrose et de la lénteur de la guérison. la confiance du malade dans son médecin et la confiance du médecin lui-même dans la guérison de son malade sont les premières et les plus importantes conditions à remplir dès le début de l'institution du traitement psychique. Le médecin devra, d'abord, relever le courage abattu de son maladé, ne pas traiter sa maladie d’imaginaire, et par persuasion morale l’entretenir dans cet élat permanent d'esprit qui lui fait espérer et croire àuneguérison plus ou moins prochaine. S'il pense être atteintde troubles fonctionnels gastriques, par exemple, éloigner de lui l’idée de la dilatation de

l'estomac qui pourrait être entretenue chez lui par la permanence et l’aggravation des mauvaises digestions ; car, par analogies avec certaines paralysies psychiques, l’idée longtemps entretenue que l’on pourrait avoir une dilatation d'estomac pourrait peut-être encore augmenter par une auto-suggestion continuelle l’asthénie gastrique.

Ne savons-nous pas que dans l’hystéro-traumatisme, dans les paralysies psychiques, le meilleur traitement, on pourrait même dire le seul qui donne de bons résultats, est de faire agir par une suggestion constante et patiente l’image visuelle du mouvement du côté sain afin d'évoquer l’idée du même mouvement dans le côté paralysé, de rendre pour ainsi dire /4a mémoire du mouvement au centre de commandement dont les fonctions paraissent être anéanties.

Ce rappel de mémoire, nous le savons, peut être facilité par les manœuvres d’un opérateur habile qui fait reproduire mécaniquement le mouvement à l'organe inerte; moyen qui réussit si rapidement quelquefois quand le malade est traité dès le début des accidents.

Cette réflexion sur l’hystéro-traumatisme nous amène également à conclure que dans la neurasthénie traumatique comme dans tout état de déséquilibration du système nerveux, il est indiqué d’agir vite si l’on veut avoir quelques chances de guérison pour son malade. Il semblerait que les cellules nerveuses déséquilibrées, /uxées si l'on veut, par une sorte de trauma psychique paraissent reprendre d'autant plus rapidement et plus surement leur orientation première que le choc est encore plus récent. En général donc, agir vite, et par persuasion, tel est le premier but à remplir par le médecin dans le traitement de toute neurasthénie.

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