TROISIÈME PARTIE
Localisations Méningées Mélitococciques
Le mélitocoque présente un méningotropisme évident. Les manifestations méningées sont nombreuses et diverses. À la lumière des cas recueillis dans la littérature et des travaux parus à ce jour, nous les classerons en trois groupes distincts:
a) Les méningites proprement dites;
b) Lies réactions méningées mélitococciques ;
c) Les méningites latentes au cours de fièvre ondulante
ne s’accompagnant apparemment, d’aucun symptôme nerveux.
ÂÀ.— LES MÉNINGITES MÉLITOCOCCIQUES
Le Professeur H. Roger classe les méningites mélitococciques suivant leur symptomatologié plus ou moins complête et leur gravité en méningites vraies, qu’elles soient
mierobieñries ou séreuses, ét eñ épisodes méningés évoluant
äu éours ou, plus rarement, au début de la mélitococcie.
Îl rapporte enfin des cas d’hémorragies méningées d’ori- 4 Si 4 14 2
gine mélitococciqueé.
Nous adopterons cette classification.
1° Les hiénitäites microbiennes et séreuses.— Elles sont relativement fréquentes püiëqhé en quelques années, onze ças ont été publiés. pe
Nous en avons personnellement observé un (obs. XIII) dans le service du médecin-colonel Cazalas aux cliniques Saint-Eloi à Montpellier :
11 s’agit d’un jeune soldat de 20 ans qui présenta au premier mois d’une infection reconnue être ultérieurement une mélitococcie, un syndrome méningé absolument caractéristique cliniquement et humoralement. Cette méningite en auelque sorte primitive évolua assez rapidement vers une guérison complète et résuma à elle seule toute l’histoire clinique de la maladie. 4 à
ETI0LOGIE. — Une condition semble dominer l’étiologie de la méningite mélitococcique. C’est l’âge relativement peu élevé des sujets atteints par cette complication. Les deux âges extrêmes, pour les observations rapportées, ont été 16 ans et 30 ans.
DATE D’APPARITION, — La méningite mélitococcique se manifeste à des’ périodes différentes de l’évolution de la maladie. Elle débute parfois très précocement avec les premiers symptômes de l'affection causale, prenant ainsi l’allure d’une méningité primitive et peut résumer à elle seule, comme dans le cas que nous rapportons et dans celui
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de Desage et Pellerin, toute l’histoire clinique de la maladie. ! : À
On peut la voir également s'installer au décours d’uñe infection légère de deux mois de durée, du type ambulatoire, comme dans l’observation de Sanfilippo.
Mais, .en général, elle apparaît tardivement après une période de quelques semaines d’apyrexie que l’on croyait être la convalescence (obs. 51); ou même, plus souvent, plusieurs mois (2, 4, 6, 9), après la guérison apparente de la mélitococcie originelle. |
ETupe cHNIQUE. — La méningite mélitococcique rappelle les autres méningites aiguës, mais elle présente quelques caractères particuliers qu’il nous faut mettre en évidence.
SymPromArozocrs. — Le syndrome méningé clinique est dans tous les cas, on ne peut plus typique. Le trépiec méningitique modifié par notre maître M. le Professeur L. Rimbaud, est en général nettement caractérisé : la céphalée, symptôme constant que nous retrouverons dans toutes les observations, est en général intense, continue, avée exacerbations particulièrement pénibles qui arrachent souvent des gémissements au malade; elle résiste aux médicaments antinévralgiques; localisée en des régions diverses mais surtout au niveau du front et de l’occiput.
La contracture est toujours évidente, révélée par de la raideur de la nuque, dé la rigidité de la colonne vertébrale, le signe de Kernig ou même une attitude en opisthotonos (obs. 53).
Les vomissements variables dans leur fréquence et leur intensité sont du type cérébral d’ordinaire, mais peuvent être précédés de nausées.
La constipation ne peut être retenue ici, malgré que
AE. Et
dans certains cas elle ait semblé plus opiniâtre, comme signe d'atteinte méningée, puisqu'elle fait partie du tableau clinique habituel de la fièvre ondulante.
À côté de cette triade symptomatique de valeur, qui suffit à elle seule à attirer l’attention sur les méninges, on relève suivant les cas, divers symptômes neurologiques accessoires :
Hyperesthésie cutanée généralisée,
Photophobie, À
Bourdonnements d’oreilles,
Vertiges,
Rachialgies,
Hémiparésie légère et fugace, |
Mouvements cloniques on chroréiques dans les membres supérieurs,
Convulsions clonicotoniques.
Les réflexes rotuliens, à l’exception de quelques cas où ils sont normaux, sont trouvés d’ordinaire abolis, exagérés, avec parfois signe de Babinski.
Le psychisme est moyennement atteint. L’obnubilation, l’indifférence, la somnolence sont les troubles qui dominent; rarement on voit cet état dépressif entrecoupé par des crises d’excitation.
Toutefois, le malade de Lemaire (obs. 52) reste pendant la période d’état de sa méningite un insomnique rebelle avec violentes crises d’agitation. Ce même malade accuse en outre à la fin de sa maladie une amnésie globale pour les faits qui se sont écoulés en pleine phase aiguë.
En plus de cette riche symptomatologie, plus ou moins commune à toutes les manifestations méningées, le tableau clinique peut se compléter parfois de signes assez spéciaux. On note souvent de la paralysie des muscles de l'œil,
— 93, — notamment de la diplopie (deux cas de H. Roger et un cas d'Emile Lévy et M. Uzan).
Mais les troubles oculaires peuvent être dûs à l’hypertension du liquide céphalo-rachidien: vision trouble, amblyopie. Il n’a malheureusement pas été pratiqué dans la plupart des cas, d’examen du fond'd’œil.
Il existe quelquefois des spasmes vasculaires cérébraux à type de dysesthésie brachio-faciale ou d’hémiparesthésies avec ou sans aphasie. Nous n'’insisterons pas davantage sur ces états spasmodiques sylviens, que nous avons décrits par le détail dans un précédent chapitre.
Les éroubles auditifs ont une grande importance. Notre Maître, le Professeur L. Rimbaud, et le Professeur H. Roger, ont montré qu'ils étaient à peu près constants dans les complications encéphaliques de la mélitococcie. Aussi, ne s’étonne-t-on pas de trouver dans les méningites des troubles fonctionnels auriculaires : bourdonnements, laissant par la suite une surdité définitive, due à une atteinte labyr inthique.
Un autre caractère est à souligner, c’est l’absence presque complète de fièvre. À l’exception de deux cas (obs. XIII et 52) où la méningite débute précocement et coïncide avec la phase aiguë de la maladie, l? apyrexie est ‘quasi-totale dans les autres. Tout au plus constate-t-on une fébricule légère de quelques jours de durée à peine, ‘oscillant autour de 37°5.
Un autre signe assez constant est l’asthénie importante qui paraît devoir être rattachée à l’origine mélitococcique.
Ainsi donc, à tout considérer il n’existe cliniquement que très peu de symptômes caractéristiques de la méningite mélitococcique. Tout au plus la présence de spasmes vaseulaires encéphaliques, si fréquents comme nous l’avons déjà dit en neuromélitococcie, et des manifestations auri-.
eulaires, peuvent-ils faire suspecter la nature mélitococcique d’un état méningé.
LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN, — La ponction lombaire est riche en éléments de valeur. La réaction méningée biologique est intense, plus intense même quelquefois que ne le ferait supposer le tableau clinique.
Précisons d’emblée qu’elle se présente avec des caractères constants rappelant en tous points les modifications liquidiennes rencontrées au cours des méningites bacillaires.
Le liquide céphalo-rachidien est habituellement souspression dans les espaces sous-arachnoïdiens. Dans l’observation 53, il s'échappe de l’aiguille « en jet ». Dans notre observation nous avons noté une tension au manomètre de Claude, de 45 en position couchée. Sanfilippo mentionne 65 (obs. 53), Desag'e 35 (obs. 51).
Le plus souvent, il garde son aspect normal: eau de roche. Cependant, dans deux cas, il a été xanthochromique, aspect dû, sans doute à un cloisonnement méningé, qui devra être toujours recherché par la manœuvre de Queckenstedt.
L’hyperalbuminose est modérée. Klle est en moyenne supérieure à 1 gr. (1 gr. 20, 1 gr. 50). Cependant dans deux observations elle était à des taux considérables: 5 gr., o gr. 60. Mais dans l’un des cas, celui de Rouslacroix, il s’agissait de méningite séreuse cloisonnée. D’autre part, dans les deux cas de H. Roger, ces taux élevés ont apparu au moment où les malades s’acheminaient vers la guériscn.
L’hypercytose est variable dans'son intensité, légère dans certains cas (10 éléments dans notre observation), elle peut atteindre un chiffre particulièrement important, de 250 à 300 éléments. La formule eytologique donne le plus
| — 96 — souvent une forte lymphocytose pouvant aller jusqu’à 95 pour 100.
Ces deux réactions D dise et cytologique, habituellement concordantes, ont présenté dans notre cas une amorce de dissociation albumino-cytologique : 0 gr. 90 d’albumine pour 10 lymphocytes seulement. d
Signalons également la discrète réaction: 5 lymphocytes par millimètre cube et 0 gr. 30 d’albumine (rachialbuminimètre de Sicard et Cantaloube), mentionnée par Sanfilippo malgré la présence du mélitocoque dans les espaces sousarachnoïdiens. Cette constatation est, à notre avis, pleine d'intérêt: elle prouve combien la virulence du melitensis peut être atténuée dans certains cas et ceci peut expliquer dans une certaine mesure l’évolution apyrétique de la plupart des méningites mélitococciques.
Les chlorures, tout comme dans la méningite tuberculeuse, peuvent être diminués: 6 gr. 70, 6 gr. 40, sont les chiffres les plus fréquemment rencontrés. Chez le méningitique de Sanfilippo la baisse est beaucoup plus considérable puisque le taux des chlorures est de 4 gr. 75.
Le glucose est également abaissé comme dans toutes les méningites septiques aiguës : 0 gr. 10, 0 gr. 20 dans la majorité des cas, où cet examen a été pratiqué.
L’hyperglycorachie que certains auteurs avec Lochelongue considéraient comme un signe propre, quasi-pathognomonique de la mélitococcie, notion que le premier cas de méningite publié par Lemaire vérifiait pleinement, ne paraît pas présentement devoir être retenue comme un élé- .ment caractéristique et partant différenciateur, des états méningés mélitococciques.
La recherche de la séro-agglutination dans le L. C. R. par le melitensis a été pratiquée, ainsi que la culture, dans presque tous les cas. Constamment on a obtenu des résul-