‹ Contribution à l'Étude de la Pathogénie de la Sprue et de ses Rapports avec l'Anémie PernicieuseChapitre 12 sur 27 · PÉRIODE D'ÉTAT · texte numérisé non relu

PÉRIODE D'ÉTAT

Cinq grands symptômes marquent la période d'état : diarrhée graisseuse ou diarrhée épinard avec troubles dyspeptiques, amaigrissement rapide, anémie du type Biermer, stomato-glossite du type Hunter, troubles endocriniens et du métabolisme.

1. La diarrhée est de beaucoup le signe le plus important. Les selles ne sont pas très nombreuses, mais formidablement volumineuses (elles peuvent atteindre jusqu’à dix litres par 24 heures). Elles ne sont pas douloureuses, elles sont émises sans colique, ni épreinte, ni

SR Poe

SL: at

ténesme ; par contre, une fois émises, le malade éprouve une véritable sensation de soulagement. C’est surtout le matin qu’elles sont émises ; le sujet atteint est réveillé à l’aube par un besoin impérieux d’aller à la salle, « selle réveil-matin », liquide, fétide, spumeuse, écumeuse (« selle de débordement »). Puis coup sur coup dans la matinée, deux à trois selles plus épaisses, « selles en tas » ou « selles en bouse de vache ». Elles sont plus pâteuses que liquides. Dans un vase on les voit se séparer e ntrois couches, au fond les matières, puis une couche de liquides, enfin une couche de spumes. Evidemment, « tout est question du moment où l’on observe le malade ; entre la selle normale et la selle blanche s’interpose une phase de selles diarrhéiques qui peut durer de quelques semaines à quelques mois » (Fournials). Ces matières sont donc, suivant la phase de la maladie, plus ou moins décolorées, soit que les pigments biliaires ne soient plus transformés (Dormoy et Layet), soit que cet aspect soit dû à la grande quantité d’acides gras qu’on rencontre dans les selles. En effet, on y voit des globules graïisseux, constitués par des cristaux d’acides gras ; le laboratoire confirmera qu’il y à 50 % de graisses inutilisées (au lieu de 20 %).

Graisseuse, volumineuse, non douloureuse, décolorée, tels sont les caractères de cette diarrhée.

Evidemment la soif est intense, mais plus on boit et plus la diarrhée est abondante ; on a l’impression, dit Fournials, que les liquides ingérés circulent dans le tube digestif comme les eaux de pluie dans un tuyau de chute ».

2, Amaigrissement et asthénie. — Ce dévoiement de-

vient permanent et s'accompagne de la fonte des masses musculaires des membres, du thorax et du foie, contrastant avec le ballonnement marqué de l’abdomen, donnant au malade l’aspect de batracien. Mais cet état de ballonnement de l’abdomen n’est pas obligatoire, et par suite de la fonte des muscles abdominaux, la peau peut être flasque, d’où la description de « ventre en carène », « ventre chiffon » ou « ventre en peau de chien » qu’en font les divers auteurs.

Le foie est le plus souvent diminué de volume, ce qui explique la sensation de vide abdominal accusée par le malade.

3. Anémie. — Le degré de l’anémie est souvent très intense, dans un cas le chiffre des globules rouges était de 512.000. Elle est soit hyperchrome, soit hypochrome ce qui est le plus fréquent. Pour les uns elle est du type plastique avec anisocytose, poïkylocytose, polychromatophilie, quelques hématies nucléées et rares mégaloblastes. Pour les autres, elle revêtrait plutôt le type aplastique. Dans l’ensemble, la plupart des auteurs lui reconnaissent les caractères d’une anémie type Biermer. Pour Rohr, la sprue est accompagnée de signes d’anémie secondaire par manque de fer, et les erythrocytes sont chargés de nombreux corpuscules de Joly. Il n’y a pas d’hyperbilirubinémie et la réaction de Van den Bergh est négative : aussi Augier range-t-il l’anémie de la sprue dans les anémies parabiermériennes.

4. Siomato-glossite. — Tà encore tout est question du moment et du sujet. Au début de l’affection la langue est effilée, rouge vineuse sur les bords et à la pointe, blanchâtre en son centre. Mais bientôt elle prend un au-

Qt

VRNE hits À ù \

où

tre aspect qu'a fort bien décrit Van den Bergh, « des taches rouges couvrent toute la surface de l’organe et deviennent confluantes, rien ne restant de cet enduit moisi du premier stade. La bouche est brûlée, la langue sèche au toucher, quoique luisante, les saillies disparaissent. En somme cette langue présente les caractères de la glossite de Huntel : rouge, dépapillée, luisante, vernissée ». En même temps apparaissent des aphtes sur la langue, le voile du palais, et parfois la muqueuse de toute la cavité buccale (glossite aphteuse). Ces vésicules aphteuses peuvent se rompre et donner naissance à des ulcérations superficielles et arrondies qui sont très douloureuses. Pour certains auteurs, les gencives resteraient indemnes ; pour Fournials, elles sont gonflées et saignottantes.

De tout cela il résulte que manger devient un vrai supplice, et cependant le malade a une prédilection marquée pour les crudités et les salades ; mais sitôt qu’il y a goûté, la douleur est telle que c’est là un vrai supplice de Tantale.

Les médecins néerlandais accordaient un place primordiale, une valeur presque pathognomonique à cette stomato-glossite aphteuse ; les auteurs français ne la lui reconnaissent pas, mais, constatent qu’elle s’installe surtout dans les formes graves, pensent qu’elle a plutôt une valeur pronostique.

Cette inflammation de la cavité buccale peut s’étendre au pharynx et à l’œsophage, entraînant un degré plus ou moins accentué de dysphagie et réalisant le syndrome de Plummer-Vinson.

Page 1