SUR
Etat actuel. — Chaque mois, pendant ou immédiatement après les rêgles,la malade a cinq ou six accès épileptiques.Pendant la période menstruelle, on constate même avant les accès un état saburral de la langue et de la portion supérieure du tube digestif. La bouche est épaisse et pâteuse, la langue couverte d’un enduit blanchâtre et très chargée. Appétit un peu diminué.
Après les accès la malade entre dans une période de trouble mental qui dure environ 15 jours. Pendant ce trouble elle est
très grossière en paroles et en actes et offre deux tableaux déli- rants différents ;: tantôt elle est furieuse et excitée, frappe sans motif les gens qui l’approchent en leur disant des injures ; clle marche continuellement dans sa cellule, croit être la Ste-Vierge ou Jeanne d'Arc et on est obligé de l'attacher sur son fauteuil ou dans son lit. Tantôt au contraire son délire est plus calme et gai, traversé par les souvenirs de son pays natal et des gens qu'elle a connus dans son enfance et dont elle applique les noms à toutes les personnes qui l'abordent. Elle rit sans motif, elle chante, mais elle est toujours excessivement grossière, n'ayant que des mots orduriers sur les lèvres.
Elle a des hallucinations de la vue et des excitations génitales qu’elle manifeste publiquement par des paroles et par des gestes.
Pendant toute la durée de cet état mental, l'appétit reste diminué, la langue est sale comme au début et l'état gastrique ne disparait que lorsque la période de trouble va prendre fin.
En dehors de cette période de délire, la malade n'a aucun souvenir de ce qu'elle a dit ou fait pendant ces 15 jours. Elle travaille bien, elle est calme, bien élevée, et plutôt réservée et timide.
A plusieurs reprises, M. Jules Voisin nous fit faire à cette malade des layages de l'estomac au moment du trouble mental.
Le traitement consistait en outre en purgatifs, antisepsie intestinale, lactose et brômure de potassium.
Or, nous avons pu constater à chaque fois que l’on a fait ces lavages de l’estomac avec le tube de Faucher et de l'eau de
Vichy artificielle, que l'état mental s'améliorait, l'agitation
était moindre, enfin la durée de la période de trouble mental
était manifestement abrégée.
Nous avons perdu cette malade de vue, après notre départ de la Salpêtrière, mais nous avons su depuis que le trañnement avait élé continué. et que les périodes de trouble avaïent diminué, puis disparu. Les accès eux-mêmes sont devenus moins nombreux ct plus espacés, et la malade enfin, a pu rentrer dans sa famille et reprendre sa vie ordinaire.