‹ Contribution à l'Étude de la Pathogénie et du Traitement de l'ÉpilepsieChapitre 19 sur 20 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Van..…., âgée de 49 ans.— Epileptique.— Service de M. Jules Voisin, à la Salpôtrière, section Esquirol.

Cette malade était à la Salpêtrière depuis plusieurs années lorsque nous sommes arrivé dans le service. Elle avait de temps à autre un ou deux accès d'épilepsie isolés ou précédés de vertiges. Ces accidents se reproduisaient plusieurs fois par mois. A chaque fois les accès ou les vertiges étaient annoncés par l'état saburral de la langue ct un état gastrique très prononcé.

Au mois de février 1893 elle présente un état saburral tres intense. Le-traitement avait été jusqu'ici le bromure de potassium : on la purge.

Série d'accès épileptiques, élévation de la température jus-

qu’à 40° pendant plusieurs jours. Pendant tout le mois de février e

Ja température a oscillé de 38 à 40°, et dans cet espace de vingthuit jours elle a eu 238 accès d'épilepsie.

Pendant ce temps le traitement a été des purgations, régime lacté. lactose, antisepsie intestinale {les injections de sérum et les bains froids n'avaient pas encore été introduits dans le traitement de l’état de mal). Au cours de cet état de mal elle devient hémiplégique droite et aphasique.

Le côté hémiplégié est complètement flasque ; mais pendant les accès il prend part aux convulsions comme le côté gauche.

Le 10 mars les accès se sont espacés et la température est descendue à 38°8. Le bras a retrouvi presque tous ses mouvements el sa force ; seule la jambe reste atteinte.

A partir du 15 mars, la malade se remet à marcher en traînant ia jambe ; puis tous les troubles disparaissent à peu près complétement.

Un peu plus tard, la démarche est devenue spasmodique des deux côtés, mais surtout du droit ; la pointe du pied ne se détache pas du sol et la progression est sautillante ; cependant ces symptomes sont peu marqués.

Le 20 janvier 1894, la malade est de nouveau examinée au lit ; elle a un peu de raideur des membres inférieurs ; les cuisses sont rapprochées, les genoux se touchent, les adducteurs sont contractés. Les pieds sont en extension avec la pointe tournée en dedans.

Les mouvements voulus se font assez bien. Au palper on ne trouve pas d’alrophie musculaire ; pas de rétraction de dégénérescence à l'examen électrique. Dès qu'on touche la malade, la contracture spasmodique s accentue notablement. Les réflexes patellaires sont trés exagérés des deux côtés et l’on peut déterminer à droite comme à gauche la trépidation épieptoïde.

La sensibilité cutanée est obtuse, mais conservée cependant sur toute la surface du corps. Les réflexes plantaires sont

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affaiblis. Quant aux membres supérieurs, ils ne semblent pas très atteints. Pas de mouvements athéthosiques ; pas de raideur ; il y seulement exagération des réflexes tendineux olécraniens.

La physionomie est empreinte d'hébétude et de tristesse.

Les deux pupilles sont égales et réagissent normalement.

I n'y a pas de nystagmus. Les mouvements de la langue se font bien, mais avec une grande lenteur. Pas de troubles de la déglutition. À

L'obtusion intellectuelle est déjà assez avancée. La malade parle en trainant ses mots, mais quelques-uns sont, au contraire, prononcés très vite ; elle semble réfléchir longuement avant de répondre aux questions les plus simples. Les mots sont mal prononcés et quelques-uns sont employés les uns pour les autres : par exemple, interrogée sur son âge, elle nous répond après une longue pose : « J'ai dix-neuf sous » pour « J'ai dixneuf ans ». L'intonation reste normale.

__ Depuis la malade a eu un nouvelétat de mal, traité jar les bains froids prolongés, les injections de sérum artificiel, les purgatifs, l’antisepsie intestinale, les diurétiques et les lavages de l'estomac.

Elle n’est pas restée aussi longtemps dans cet état et s'est à pen près remise au bout de six à huit jours.

Depuis cette époque, la malade a eu moins d'accès, mais les vertiges persistent ; l’état de l'intelligence est resté stationpaire, chaque fois que l'état sabbural apparaît, on institue le traitement.

Voici donc une malade qui a échappé à deux reprises différentes à l'issue généralement fatale de l’état de mal épileptique.

REQURE

Yraitement

La nouvelle conception pathogénique de l'épilepsie que nous avons exposée devait naturellement conduire à un traitement différent de l’ancien et dirigé rationnel-, lement contre l'intoxication. |

[s'agissait donc de favoriser l'élimination des toxines dont nous avons parlés, par tous les moyens capables d'atteindre ce but. ]

Nous ne dirons rien des méthodes anciennes dont les unes étaient purement empiriques, tandis que les autres ne s'appuyaient quesur une idée pathogénique assez vague et nullement démontrée, et qui sont en tous cas trop exclusives et insuffisantes.

Nous laisserons également de côté les soins à donner aux épileptiques pendant l'accès lui-même; ce sont des soins d'hygiène banale, et qui sont assez connus pour que nous n'ayons pas besoin de nous y arrêter. :

Il ne nous reste donc qu'à exposer le traitement adopté par M. Jules Voisin dans son service, à la Salpêtrière, et qui a déjà fourni de remarquables résultats.

Toutd’abord il doit être prophylactique, c'est à dire que les malades doivent être surveillés de très près, et que chaque foisque l'état saburral prémonitoire apparaît chez eux, il faut commencer le traitement qui se propose de favoriser l'élimination des produits toxiques dont

laccumulation déjà commencée les conduirait aux accès ou à l’état de mal.

Les purgatfs donnent à ce point de vue d'excellents résultats, comme nous nous en sommes rendus compte pendant notre séjour à la Salpêtrière. Déja ils ont été conseillés et employés autrefois d’une façon toute empirique, il est vrai, par Delasianne, qui s’était trouvé, du reste, très bien de ce traitement.

Mais, lorsque les accès apparaissent, lorsque les séries ou l’état de mal commencent, ce moyen devient insuffisant. Il faut avoir recours alors à une médication plus active, et cela sous plusieurs formes.

L’antisepsie intestinale par le benzo-naphtol à la dose de 4 à 6 grammes par 24 heures est un précieux adjuvant, qu'il faudra administrer en même temps que les lavages de l'estomac qui ont donné, comme en font foi les observations I, Il, IV, et VI, des résultats si encourageants. Il faut, de plus, employer les diurétiques à haute dose, sous forme de régime lacté, de lactose (50-100 gr.), de tisanes (chiendent nitré, etc.)

L'hydrothérapie et les frictions ont aussi fourni leur contingent, et il ne faut pas les oublier, très particulièrement dans l’état de mal. En dehors de l'usage des douches méthodiquement données dans l'intervalle des accidents,

les bains froidsrendent de très grands services au moment de l’état de mal.

Ils trouvent leur indication toute tracée par l’élévation progressive de la température. Trois fois ce moyen a permis à la malade de l'observation II d'échapper à des

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états de mal excessivement graves et qui, vraisemblablement, pouvaient être considérés comme devaat avoir une issue fatale.

Les enveloppements dans le drap mouillé peuvent rendre des services, mais sont certainement moins efficaces que les bains:

Enfin, les frictions sèches et les lotions alcoolisées en stimulant la peau eten activantses fonctions éliminatrices sont d'une grande utilité.

A ces médications il faut encore ajouter les injections de sérum artificiel. Au début, lorsque nous étions à la Salpêtrière, on les faisait par la méthode sous-cutanée, bien que déjà à cette époque M. J. Voisin et son interne eussent pensé à la voie intra-veineuse, Depuis, cette dernière méthode ayant été mieux expérimentée, M. Voisin l'a employée dans plusieurs cas, et en a constaté les effets aussi rapides que favorables.

Reste à discuter l'emploi du bromure et du tribomure de potassium conseillé par Charcot. Sou action sur le système nerveux, action sédative, ne doit pas être méconnue. Elle s'adresse surtout à la prédisposition nerveuse ; aussi ce médicament doit-il être conservé à ce titre. Mais son administration prolongée favorise l'apparition de l’état saburral, et nous croyons avec M. Voisin quece symptôme doit faire suspendre momentané son emploi,

Aïnsi done, la médication peut se résumer, pensons nous de la facon suivante :

1° Entre les accès combaltre la prédisposition par l’emploi du tribomure.

2° Suspendre ce médicament et Jui substituer un trai-

tement antiseptique général et éliminateur, dès que l'état saburral annonce des accidents imminents.

3° Lorsque lés accidents graves de l’état de mal apparaissent, pousser à l’éliminalion des produils toxiques par tous les moyens précités. -

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