‹ Contribution à l'Étude de la Pathogénie et du Traitement de l'ÉpilepsieChapitre 4 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Pendant notre externat dans les hôpitaux de Paris nous avons pu passer un certain temps dans l’intéressant service spécial de M. le Docteur Jules Voisin, à la Salpètrière ; nous y avons été accueilli d’un façon que nous ne saurions oublier, et nous avons eu la chance de nous y trouver au moment où notre maître et son interne faisaient des recherches et des expérimentations sur l’épilepsie. Il nous a été permis de nous initier à ces travaux, et de prendre part active à un certain nombre de ces expériences, qui nous ont vivement intéressé.

Aussi, avons nous pensé à prendre la question de la pathogénie et du traitement de l’épilepsie essentielle, comme sujet de notre thèse. Tâche difficile, à coup sûr, que d'aborder cette question, mais qui nous a été singulièrement facilitée par les conseils de notre maitre, et le mémoire quil a publié sur ce sujet avec son interne.

Nous ne saurions donc entrer directement en matière, sans remercier tout d'abord M. Jules Voisin pour la bienveillance qu’il: nous a toujours manifestée. Nous n'oublions pas que c’est à lui que nous devons le peu que

nous savons en pathologie mentale. Il nous a permis de de profiter de sa grande expérience sur l'épilepsie, il nous

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a mis à même de nous intéresser à ses recherches sur cette maladie. Il a donc tous les droits à notre vive reconnaissance, que nous sommes heureux de pouvoir lui témoigner ici publiquement.

Dans cette étude forcément limitée, nous chercherons à établir une nouvelle interprétation de la pathogénie de l’épilepsie essentielle. Disons de suite que nous défendrons et essaierons de démontrer le bien fondé de la théorie que notre maître et son interne ont déjà soutenue, la théorie de l'intoxication qui nous parait vraiment rationnelle ef logique, et que les taitsainsi que l’expérimentation tendent à confirmer.

Nous exposerons d’abord rapidement les causes de l'épilepsie ; puis, dans un second chapitre, nous développerons la nouvelle conception pathogénique.

Nous consacrerons ensuite trois paragraphes à l'étude des modifications du sang et de l’urine et à l'étude de certains troubles digestifs qui servent de base à nos raisonnements.

Enfin, après avoir rapporté quelques observations recueillies dans le service de M.J. Voisin, à la Salpêtrière, nous dirons un mot du traitement auquel conduit la théorie nouvelle, et nous terminerons par quelques remarques en forme de conclusion, résumant les prineipaux points de ce travail.

Nous ne pouvons songer à faire l'historique de la question, et nous nous contenterons, vu les limites dans lesquelles nous nous sommes proposé de rester, de signaler chemin faisant les indications bibliographiques principales des points que nous abordons.

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Etiologie

Causes prédisposantes

L'étude des causes de l'épilepsie a depuis longtemps préoccupé les auteurs qui se sont attachés à cette maladie siimportante. Les uns ont apporté une théorie, les autres ont invoqué des explications différentes et il faut l'avouer, l'accord n'est pas encore fait sur ce point.

Cependant tous ceux qui ont étudié l’épilepsie s'accordentà reconnaitre l'influence considérable de l’hérédité.

En effet, les épileptiques sont presque tous des dégénérés, dans le sens le plus large du mot. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les antécédents héréditaires d’une série de malades, pour voir entrer en ligne les névropathies, les déformations tératologiques, les psychopathies, la goutte, le diabète, la phtysie, le rhumatisme, la syphilis, l’alcoolisme, le saturnisme, etc., etc.

La dégénerescence héréditaire a unegrande tendance à se localiser sur les tissus, les systèmes, les organes, tout en laissant une impression générale sur l’ensemble de l'organisme dont les composants sont intimement liés, au point que, ce qui frappe l’un, retentit forcément plus ou moins sur les autres.

Le système nerveux est très souvent le siège de cette

localisation principale, comme l'ont déjà montré bien des De Lambert ; 2

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auteurs parmi lesquels nous citerons P. Lucas (1), Morel (2), Moreau de Tours (3), Féré (4).

On sait que pour les maladies du système nerveux l'hérédité de transformation est bien plus fréquente que l’hérédité similaire. Notre maitre M. Jules Voisin (5) a bien montré quel était généralement et dans ses grandes lignes le mode de succession et de transformation morbide en hérédité nerveuse ; la neurasthénie engendrerait l'hvstérie, celle-ci donnerait naissance à l'Epilepsie et Fon verrait ensuite apparaître les troubles mentaux, les vésanies, l'idiotie, et comme dernier anneau de cette chaîne ininterrompue, comme {terme ultime de la dégénérescence, le crétinisme qui supprime toute possibilité de descendance, l'excès du mal devenant un remède.

L'hérédité similaire existe cependant, et surtout pour l'épilepsie ; elle peut être directe ou croisée.

Echeverria (6) dit que l’hérédité indirecte est la règle, et cette opinion est en parfait accord avec les observations de Féré et de Bourneville. Enfin, contrairement à l'opinion de Foville et de Baillarger on peut voir l’hérédité en retour, l'Epilepsie passant du grand père au petit fils sans avoir atteint le père. C'est qu’en effet dans la plupart des cas d’hérédité similaire, il y a une tendance très marquée

1) P. Lucas, — Traité physiologique et psychologique de l’hérédité morbide. — Paris, 1850.

2) Morel. — Traité des dégénerescences. — Paris, 1857. 3) Moreau de Tours. — Psychologie morbide. Paris, 1859. 4) Féré. — La famille névropathique (arch. de Neurol. nov. 1884).

(5) Jules Voisin. — L’Idiotie, Paris 18983.

(6) Echeverria. — L’hérédité morbide, Journal of. montal science: octobre 1880.

à l'anticipation chez les descendants. Le petit-fils d’un épileplique pourra dès lors présenter les premiers accidents de lPEpilepsie avant qu'ils ne se soient manifestés chez le père, et par là même on peut concevoir que pour une raison ou pour une autre l’épilepsie qui éclate chez le fils n'ait pas eu le temps ou l’occasion de se manifester chez le père bien que celui-ci ait également hérité de la prédisposilion morbide qu'il a transmise à son descendant.

On s’est encore posé cette question de savoir si l’hérédité maternelle était plus fréquente que l’hérédité paternelle ; la réponse est difficile à faire; cependantles auteurs avec Teresz Kiewiez regardent volontiers l'hérédité maternelle comme la plus fréquente.

La consanguinité peut aussi être mise en cause, mais ce facteur appartient aux lois générales de l’hérédité comme l’a dit Paul Bert (1) la moindre tare nerveuse sera, dans les unions consanguines, immédiatement portée au carré.

A côté de l'hérédité nous devons placer l’intoxication. Celle-ci prédispose l'organisme aux accidents comitiaux, et cela en agissant de deux façons différentes à la fois.

D'une park l’intoxication crée une tare héréditaire ; d'autre part, elle agit par elle-même et directement sur l'individu, comme cause prédisposante.

C’est principalement l'alcoolisme qui est ici à ineriminer. H. Martin a bien montré combien nombreux sont les enfants d’alcooliques frappés plus tard d’épilepsie. Il est facile de concevoir que les excitations nerveuses exa-

(1) Paul Bert, — Considérations sur l’hérédité consanguine, Revue scientifique de la République Française, 1% avril 1884.

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gérées et répétées, parfois même continuelles chez l'alcoolique chronique, soient une cause de dégénérescence nerveuse. Du reste les accidents alcooliques dans certaines formes sont comparables à ceux de l’épilepsie.

L’alcoolisme chez la mère joue surtout un rôle capital. « L'ivrognerie en déterminant des excitations plus ou « moins périodiques, suivies de dépressions proportion- « nelles qui nécessitent des doses croissantes et sans cesse « renouvelées d’excitant, est éminemment propre à déter- € miner un véritable épuisement du système nerveux qui « favorise les réactions convulsives. » Ainsi s'exprime M. Féré.

. Nous ne dirons rien de l'influerce désastreuse de lPivresse au moment du coît, de l'état mental des parents au moment de la conception, de la morphinomanie pendant la grossesse ou des chocs moraux. Pour ces derniers leur influence est aujourd’hui bien admise par Bouchet, Cazauviel, Féré et d’autres ; elle est surtout accusée dans les premiers mois de la grossesse.

Sans vouloir nous arrêter à l’'énumération de toutes les causes prédisposantes, ce qui nous entrainerait hors de notre sujet et des limites que nous devons garder, nous ne pouvons cependant passer sous silence l'éclampsie des enfants qu'on a considérée comme une cause prédisposante de l’épilepsie. M. Jules Voisin, notre maitre, dans ses cliniques si intéressantes de la Salpêtrière, nous a maintes fois entretenu de ce sujet et nous a montré que la plupart du temps l'éclampsie infantile était le premier accident épileptique; ce ne serait done point une cause

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prédisposante, mais une manifestation première de la maladie. à

La puberté, elle aussi, joue un rôle important comme cause occasionnelle : si son influence n’est pas très manifeste chez l’homme, elle est indéniable chez la femme. C'est ainsi que souvent les paroxysmes surviennent au moment des règles seulement, ou bien se multiplient à cette époque. Nous verrons un peu plus tard, que toutes ces considérations sont en faveur de la théorie pathogénique que nous défendons et que nous allons exposer.

De tout ceci, nous devons tirer une conclusion bien établie, c'est que la prédisposition à l’épilepsie existe et qu'elle est nécessaire pour que la maladie s'établisse et laisse éclater ses accidents. C’est là, la raison pour laquelle on a considéré de tous temps l’épilepsie comme une maladie héréditaire, comme une affection constitutionnelle. Nous ne repoussons pas cette opinion d'une façon absolue, puisque nous regardons comme indispensable à l’apparition des accidents, la prédisposition spéciale, mais si l’on peut naître épileptique comme on naît arthritique, herpétique, etce., c’est-à-dire avec une prédisposition héréditaire déterminée, cela n'est pas suffisant, il faut une cause déterminante, qui est, eu somme, la raison même des accidents. Tous les arthritiques n'auront pas forcément les manifestations auxquelles leur tempéramment les prédispose ; et de même, à notre sens, tous ceux qui naissent avec la prédisposition à l'épilepsie ne seront pas fatalement voués aux accidents épileptiques qui demandent pour apparaitre l'influence d’une cause déterminante. K

Au point de vue du traitement, cette manière de voir

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a une importance énorme, car s'il est difficile au médecin de prévenir ou de détruire une prédisposition, il peut au contraire, et il doit s'adresser à la cause déterminante des accidents, pour arriver à les enrayer, pour les empêcher même de se produire.

‘Ainsi, nous avons admis la prédisposition, nous avons essayé de montrer son importance très grande, et nous reconnaissons qu’elle doit occuper une large place dans l’étiologie.

Il nous reste maintenant à établir la pathogénie des accidents épileptiques ; c’est l'étude de leur cause essentielle que nous allons aborder. Elle présente le plus vif intérêt, car c'est celle cause déterminante. surtout, qui peut nous donner la clef des manifestations de l'épilepsie, c'est contre elle surtout que peut être utilement dirigée une thérapeutique rationnelle.

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