INTRODUCTION
C’est un médecin américain, Beard, qui, le premier, en 1880, introduisit dans la pathologie le mot de neurasthénie, pour désigner un état névropathique surtout caractérisé par des troubles physiques à retentissement mental secondaire. Ce terme de neurasthénie connut pendant de longues années un succès considérable et il est certain qu’il servit pendant longtemps à désigner quantité d’états psychopathiques élémentaires et atténués que nous appelons actuellement : dépression mentale, cyclothymie, états prodrô- __ miques de la schizophrénie ou des maladies nerveuses et mentales organiques, etc...
D'un autre côté,on créa le mot de psychasthénie pour désigner l’état de névropathes qui présentent, à côté de signes physiques plus discrets que dans la neurasthénie, des symptômes psychiques prédominants et graves. C’est Pierre Janet qui appliqua ce terme à un ensemble de faits cliniques caractérisés non seulement par l’asthénie, mais par l’angoisse et ses dérivés, et par des idées morbides conscientes (phobies et obsessions). Il fut conduit à cette conception synthétique par ce fait que tous ces troubles paraissaient survenir chez des sujets atteints d’une sorte d’abaissement de ce qu’il appelle : « la tension psychologique >» et présentant une constitution mentale spéciale.
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Nous conformant à la vieille tradition médicale qui admet leur étroite parenté, et pour des raisons pathogéniques sur lesquelles nous aurons à insister plus loin, nous confondrons sous l’appellation d’états psychoneurasthéniques des affections groupant deux ordres de syndrômes qui se traduisent, d’une part par des troubles somatiques divers, de l’autre par des troubles psychiques allant d’un simple état conscient de malaise et d’impuissance jusqu’à des troubles plus graves tels que phobies et obsessions. Car, si après avoir groupé sous le nom de neurasthénie, un assemblage d’états névropathiques mal connus, on en est arrivé, par réaction contre cet état de choses manifestement abusif, à nier son existence en tant qu’entité morbide et psycho-névrose autonome, il faut bien reconnaître que l’on est obligé encore aujourd’hui de ranger quantité de malades, souvent assez différents les uns des autres, sous une appellation générale. Les faits cliniques, la pathogénie commune à tous ces états montrent qu’en réalité, il est plus juste de s’en tenir à un terme large et compréhensif, lorsque l’on se trouve en présence des névropathes que nous allons étudier, et au point de vue thérapeutique il y a tout intérêt à le faire. Il est le plus souvent extrêmement difficile, voire impossible de faire entrer la plupart de ces malades dans les cadres classiques, beaucoup d’entre eux chevauchant les barrières qui séparent ces cadres et presque tous allant de l’un à l’autre au cours de l’évolution de leur affection. C’est devant cette difficulté qui assaille le médecin dans sa pratique et pour des raisons de parentés étiologiques et
pathogéniques étroites que nous étudierons ces états sous le nom de psychoneurasthéniques.
Sans vouloir entrer dans les détails de la symptomatologie, ce qui sortirait du cadre de ce travail, il nous semble utile de rappeler brièvement ici les troubles que l’on rencontre le plus souvent au cours de ces affections. Nous aurons d’ailleurs à y revenir plus longuement en les étudiant au point de vue plus spécial de leur pathogénie.
Surtout fréquents chez la femme, on y rencontre tous les symptômes de la neurasthénie et tous ceux de la psychasthénie diversemient intriqués. Au premier plan et d’une manière constante, la dépression. L’asthénie des neurasthéniques a été longuement décrite par tous les auteurs qui se sont occupés de cette question. Il est à noter qu’elle s’accompagne de tristesse, à l'encontre de la fatigue physiologique telle que celle qui suit l’effort sportif, par exemple et qui, elle, au contraire, s’accompagne d’un sentiment de satisfaction. Viennent ensuite les douleurs de types variés mais dont les plus fréquentes sont celles du dos et de la nuque, les douleurs épigastriques et cardiaques, des sensations de piqûres et de brûlures à fleur de peau, souvent intenses, la céphalée qu’il est classique de comparer à la striction d’un casque.
Ces malades présentent en outre, le plus souvent, des phobies diverses : claustro et agoraphobies, la crainte de celle de devenir fou. Plus pénibles encore sont les obsessions : crainte obsédante de l’incurabilité et de la mort, crainte obsédante du suicide, du meurtre. Ces individus ressentent une impression de
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déchéance, ils perdent les sentiments d’affection familiale et font preuve d’une indifférence envers des proches tels qu’un mari, un père ou une mère pour lesquels ils nourrissaient auparavant une affection normale. Ordinairement grands imaginatifs, ils se voient se livrer à des actes qui font preuve non seulement de leur indifférence mais bien plus souvent de leur hostilité envers les membres d’un entourage jusque là très cher. L’anxiété est fréquente, la douleur morale presque permanente. L’insomnie est la règle, survenant par période mais toujours d’une manière tenace.
On voit que ce syndrôme, dont nous venons d’énumérer les symptômes capitaux, emprunte des éléments à la neurasthénie, à la psychasthénie, à la névrose d’angoisse. Ils sont tous sensitifs, coenesthésiques, ou psychiques, donc subjectifs.
Il faut remarquer qu’il n’y entre pas d’élément intellectuel, sinon secondaire. La caractéristique essentielle réside dans la conservation de l’auto-critique, ces malades ayant une conscience absolue d’un état morbide.
À ces symptômes, on peut voir s’adjoindre : presque toujours des symptômes fonctionnels somatiques très variés : digestifs, cardiaques, vaso-moteurs, moins souvent des préoccupations hypocondriaques, accompagnées quelquefois de tendances égocentriques, vaniteuses, revendicatrices, des idées délirantes de nature mélancolique (idée d’indignité et surtout un véritable « tœdium vitæ » avec tendances impulsives au suicide), des manifestations de surexcitation cérébrale, véritables états hypomaniaques, des
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symptômes hystériques, des énervements avec crises névropathiques et désarroi simulé.
Suivant la prédominance de ces symptômes, on aura des formes cliniques variées sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre ici mais qu’il est facile d’entrevoir.
L’évolution se fait le plus souvent par crises entre lesquelles persiste un état mental spécial. Nous verrons que l’état mental antérieur présentait quelques particularités. Celui qui se constitue ensuite et persiste entre les crises est différent, caractérisé par une hyperémotivité de degré supérieur et le souvenir indéfiniment persistant du premier accès avec crainte de retour.