‹ Contribution à l'étude de la pathogénie et du traitement des spasmes fonctionnelsChapitre 15 sur 17 · PIN ES · texte numérisé non relu

PIN ES

Il y a 6 ou T ans, il est employé à Paris, au Louvre, à la correspondance. Il lui est arrivé souvent, dit-il, d'y écrire de 6 heures du matin à minuit. Un jour, sans qu’il en sache la cause, il sent une vive douleur au poignet et la plume lui échappe des mains. Cette douleur persista, très vive, pendant huit jours, survenant surtout la nuit sous forme de lancées au niveau du bord cubilal du poignet. Elle y était bien localisée et ne s’irradiait ni à la main, ni à l’avant-bras. Cependant l'articulation était libre; on n'y observait ni rougeur, ni gontlement et les mouvements n'exagéraient pas Ja douleur, qui consistait surtout en une sensation de chaleur extrême. L'immersion de la main et du poignet dans l’eau froide réussissait seule à le calmer. Le malade essaya de se remettre à écrire, mais ilne pouvait le faire que lentement et avec un gros porleplume, encore l'écriture élait-elle très défectueuse ; il dut cesser son travail et renoncer à sa place. Son moral en était très affecté. Il suivit, mais sans résultats, à l'hôpital Laennec, un traitement de quelques jours seulement, consistant en bains et bromure de potassium.

Au commencement de l’année 1897, au moment où le malade vint à Lyon et vit M. le professeur Pierret, son état ne s'était pas amélioré. Des que B... essayait d'écrire sa main était portée dans un soubresaul vers le bord cubital, et il éprouvait une vive douleur, partant du poignet et s'irradiant au bord cubilal de la main el du petit doigt.

M. le professeur Pierret constala une induration et une atrophie des mnscles radiaux et ordonna l'électrisation des muscles parésiés et le massage. Depuis 18 mois que B .. suit

ce traitement, une grande amélioration s'est effectuée.

Actuellement, l'atrophie des muscles n'existe plus. Les douleurs lançinantes qu'il éprouvait sur le trajet de son nerf cubital ont disparu. Mais il persiste une sensalion de lourdeur dans la main. En outre, au niveau du coude, B... ressent une douleur sourde en un point qui répond au passage du cubital dans la gouttière épitochléo-condylienne.

Le malade écrit facilement, mais en inclinant latéralement la main vers le bord radial de l'avant-bras, corrigeant ainsi d'avance la tendance persistante qui fait porter la main en sens inverse.

nr

27 il

UE ? Reis

Quand on fait soulever la main droite du malade, on observe un tremblement des doigts, qui est très marqué pour l'auriculaire, un peu moins pour l’auriculaire ; les autres doigts trémblent à peine. Le tremblement de l’auriculaire cesse dès qu'il prend un point d’appui sur un objet quelconque ousur le doigt voisin. En même temps les museles de la région antéro-externe de l'avant-bras (long supinateur el radiaux) sont agités par des mouvements convulisifs, à leur région supérieure surtout, Rien de semblable du côté gauche. Le malade écrit plus facilement après s'être frictionné le bord cubital de la main avec de l'alcool camphré et il peut aussi écrire longtemps, à condition d'écrire lentement.

OBSERVATION II Inédite.

Malade traité par M. le professeur Pierret.

CRAMPE DES ÉCRIVAINS. — ARTHRITISME. — DYSPEPSIE. — NÉVERITE RHUMATISMALE DU RADIAL ET ATROPHIE CONSÉCUTIVE DES MUSCLES EXTENSEURS DS L'AVANT-BRAS. — GUÉRISON PAR LA GALVANISATION DES MUSCLES PARÉSIÉS ET PAR L'EXTRAIT DE BELLADONE.

M. M... Antécéden's héréditaires. — Père arthritique, alleint de neurasthénie. Sa mère est rhumatisante. 11 a un cousin arthritique, avec crises hépatiques et hypocondrie.

Antécédents personnels. — Le malade souffre depuis longtemps de rhumatisme subaigu. Rien au cœur. Les digestions se font assez mal et il souffre de dyspepsie par accès.

La maladie à débuté, lentement, par des crampes et des sensations d'impuissance. Au moment où il se présente à M. le professeur Pierret au mois de maj 1889, toute tentative d'écriture est suivie de crampes pénibles avec tremblements et sursauls des doigts. Voici ce qu'on conslale alors, à l'examen de son mernbre supérieur droit : les doigts sont atleints de nodosités rhumatismales. Les muscles extenseurs du pouce

de xd

sont faibles et les fléchisseurs ont une grande tendance à la contracture ; le tendon du long extenseur du pouce présente une grosseur anormale et est douloureux à la pression ; la palpation des masses musculaires des radiaux et des extenseurs réveille aussi une douleur assez vive et décèle un certain degré d’induration des muscles. La faradisation montre l’insufsance de contractilité, des radiaux surtout; le nerf radial est douloureux, un peu sur tout son trajet mais principalement en deux points, l’un au niveau du poignet, l'autre un peu au dessus du pli du coude. La sensibilité est intacte sur la main comme sur l’avant-bras.

Le malade est traité par la galvanisation de-ses radiaux, pôle positif sur la nuque. pôle négalif sur les muscles affaiblis et douloureux.

L'amélioration se fait sentir assez vile. Le 20 juin, le malade arrive à écrire quelques lignes, mais en usant d’un subterfuge. Il immobilise les museles fléchisseurs des doigts en mettant le pouce et l'index dans l'extension complète. Quand il veut fléchir la dernière phalange du pouce pour écrire dans la position normale il ressent une sensation fort pénible qui siège non dans le pouce mais dans l'index et dans la région des interosseux dorsaux.

Le radial, au-dessus de l’épicondyle, est toujours aussi dou- Joureux.

Pendant les trois mois suivants l'amélioration se continue, mais avec des périodes où le mal récidive. On note, à la date du 28 octobre : la douleur au niveau des muscles extenseurs est très vive lorsqu'on applique le courant descendant, moindre avec le courant ascendant. Cette douleur rappelle celle que le malade éprouve au moment de sa crampe.

A la fin du mois de novembre, à la suite d'une période de temps froid et brumeux, le malade ressent de la raideur dans la main et l’avant-bras.

La crampe revient très vite après quelques tentatives d'écriture.

L'état des muscles va s'améliorant.

M. le professeur Pierret lui fait prendre alors quelques pilules d'extrait de belladone.

Deux pilules, puis trois. Trois jours après, la crampe s'amé-

NI er

liore de la façon la plus remarquable. En février 1890, le malade peut écrire avec facilité et les mouvements nerveux qui agitaient ses doigts ont à peu près complètement disparu.

Depuis, chaque petite récidive à été jugulée par l'emploi des pilules d'extrait de belladone. Peu à peu l’état du malade s’est ainsi amélioré de sorte que le malade s'est considéré comme guéri.

La guérison s’est maintenue depuis 7 ans.

OBSERVATION III Inédite.

Malade traité par M. le professeur PIERRET.

CRAMPE DES ÉCRIVAINS. — DOULEURS RHUMATISMALES DANS LES MUSCLES ET LES NERFS DE L'AVANT-BRAS. — FAIBLESSE DES

EXTENSEURS. — TRAITEMENT PAR LIODURE DE POTASSIUM LES COURANTS GALVANIQUES ET LE MASSAGE. — GUÉRISON COMPLÈTE.

E. K... — Antécédents héréditaires. — Son père a une santé délicate et un lempérament très nerveux et souffre de l'estomac.

Sa mère a souffert de crampes d'estomac et de migraines. En 1893, elle Lombe dans un état de mélancolie profonde qui dure deux ans pendant lesquels elle n'avait plus de goût à rien et ne voulail recevoir personne. Une tante maternelle a des crises d’épilepsie.

Le malade a toujours eu un tempérament nerveux et très accessible aux inquiétudes. Il a soufferl, à maintes reprises, de poussées rhumatismales qui se portent principalement aux bras.

A la suite de ces poussées, il commence, vers le mois de février 1896, à éprouver des spasmes quand il écrit; ces spasmes vont en s'accentuant et, au mois de mai 1896, Jui “endent l'écriture impossible. Il se présente alors à M. le professeur Pierret. Les muscles de son avant-bras ont subi une atrophie assez marquée. Le malade se plaint de tiraillements

et de douleurs spontanées qu'exagère la pression au niveau de ces muscles. M.le profésseur Pierrel note, à ce morrent, une faiblesse assez grande des muscles extenseurs. Les nerfs de la région sont un peu douloureux. Le malade prend de l'iodure. Un mois après, applicalion de courant galvanique sur ses extenseurs et massage des muscles. Au mois de juillet, le malade sent toujours des inquiétudes et des tiraillements dans le bras droit. Le rhumaslime réapparaît de temps à aulre mais la crampe s’est améliorée.

28 juillet. — Le malade dit ressentir un mieux très sensible dans sa maladie : «Il me semble, dit-il, que je serai guéri d'ici quelques mois. Si je voulais, je pourrais déjà écrire. » Il a toujours des douleurs rhumatismales qui parcourent tout le vorps et le bras droit est encore douloureux au massage.

Le malade continue à se masser el à s’électriser régulièrement.

Mois d'anût. — Te malade se plaint de maux de tête, il ressent par tout le corps des douleurs peu fortes qui changent souvent de place.

Mois de septembre. — K... pendant l'absence d'un de ses employés, ayant été obligé d'écrire un peu de Ja main gauche éprouve, à la suite, de forts tiraillements dans ce bras et il est obligé de cesser.

Mois d'octobre. — Les muscles de l’avant-bras ne répondent pas encore d'une façon égale au courant faradique.

Au mois de novembre, quelques douleurs dans le genou droil et dans les reins et, à leur suite, réapparition de eczéma en différents points du corps. Mais l'écriture est très lisible ; les spasmes ont disparu et la main esl presque aussi libre qu'avant le début de l'affection.

Au début de l'année 1897, les affaires du malade l'ayant appelé à Paris, K... fait la connaissance du Dr Vigouroux. Il le met au courant de son affection et lui indique le traitement plein d'efficacité que M. le professeur Pierret lui fail suivre.

Le Dr Vigouroux approuve ce traitement et y joint une gymnastique intensive des doigts et du poignet et un régime presque végétarien contre l'arthritisme.

RIRES 15 mai 1897. — Le malade écrit à M. le professeur Pierret pour le remercier et lui annoncer sa guérison complète.

OBSERVATION IV (Inédite. Résumée).

Due à l’obligeance de mon ami, le docteur HorAND, René.

CRAMPE DES ÉCRIVAINS ET RHUMATISME. — GUÉRISON PAR LE SALICYLATE DE MÉTHYLE

D. R..., 49 ans, domicilié à Bourg, copiste.

Père mort d'une maladie de cœur, à48 ans.

Mère atteinte de rhumatisme chronique déformant.

Un frère sujet aux migraines.

D. R... a contracté la vérole en 1871; il exercait, depuis plusieurs années, son métier de copiste, et souffrait, par accès, ae rhumatisme articulaire, lorsque, en septembre 1896, il s'apercevait qu'il ne pouvait plus faire à son gré « des pleins et des déliés ». Puis, quand il écrivait depuis un certain temps sa main droite et son avant-bras étaient saisis de tremblements.

Lorsque le malade vint consulter, en janvier 1897, son état avait empiré. Toutes les fois qu'il s'obstinait à vouloir griftonner des mots illisibles, de vraies crampes douloureuses survenaient qui lui faisaient lâcher la plume. De plus, le malade éprouvait, depuis quelques jours,une poussée de rhumatlisme articulaire qui se déplaçait d'un côté à l’autre du corps.

C’est le traitement du rhumatisme qui a élé efficace contre sa crampe. À maintes reprises déjà, il avait essayé cu massage, de l'électricité et de l’arsenic. Mais, lors de sa dernière poussée de rhumatisme, il prit, contre cette maladie, du salicylate de soude à haute dose,alternant tous les quinze jours avec le salicylate de méthyle. En même temps que la fluxion et la douleur rhumatismale disparaissaient les mouvements de l'écriture devenaient normaux. Le malade est guéri de sa crampe.

nie

Page 1