CHAPITRE Il
Origine périphérique du spasme fonctionnel.
Duchenne, de Boulogne, croyait à l'origine purement centrale de l'affection. À son avis, c'était un point des centres nerveux qui, surexcité ou épuisé par l’exercice souvent répété de certaines fonctions, produisait la contracture, dans d’autres cas le tremblement ou la paralysie de tels ou tels muscles. Cette théorie n’est qu’une hypothèse sans fondement. Il est séduisant d'admettre l'existence de centres fonctionnels présidant à certains mouvements coordonnés spéciaux. € Mais où s’arrêterait-on, dit Vulpian, dans ses « Lecons sur la Physiologie de la moelle », si l'on poursuivait jusqu'au bout cette idée de l'existence de centres différents pour chaque action physiologique spéciale?»
Poore, en 1878, fonda, sur des faits d'observation précis, une théorie plus exacte de la nature des impotences. Ce ne sont pas les centres nerveux qui
— 13 — 4 sont altérés, ce sont les organes périphériques qui, à la suite de lésions diverses, sont troublés dans leur action. Et il approche de la vérité quand il dit (): « L'incoordination peut prendre naissance dés qu'il « yaune lésion périphérique causant une incertitude « dans la réaction du muscle vis-à-vis du stimulus &« mental ». Dans soixante-quinze cas il a trouvé. une condition anormale, plus ou moins marquée, de un ou de plusieurs muscles intéressés, et dans vingt etun cas il a noté des lésions de jointures. Il nie J'existence d'un centre coordinateur spécial qui régirait l'écriture, et il conclut ainsi : « La crampe des écrivains est une fatigue, et la fatigue peut être occasionnellement le résultat d’une hyperhémie ou d'une inflammation légère d’un nerf moteur, altération qui peut dépendre soit d'un travail excessif, soit de causes accidentelles (froid, rhumatisme, effort).
Depuis Poore, la théorie périphérique a gagné du terrain. Féré (2) cite un cas de crampe des érivains consécutif à la compression du nerf cubital.
Runge voit la maladie apparaître à la suite d’une périostite du condyle externe de l’humérus, et Belmundo (3) invoque quelquefois un traumatisme antérieur frappant la région où se développera plus tard le spasme.
Pour nous, des lésions périphériques, soit des muscles soit des nerfs, soit des autres tissus existent
(1) Medico-chirurgical Transactions (London), 1878.
(2) Semaine médicale, 1887, page 311.
(3) Rivista di pathologia, août 1896.
fi constamment dans la partie atteinte de crampe. Poore l'avait déjà dit, nous le montrons, après lui, dans nos observations.
Mais il est un point important sur lequel nous voulons insister : ces lésions, qui frappent des tissus fort divers, relèvent, dans la grande majorité des cas, du rhumatisme Le rhumatisme crée, en effet, à peu près toujours des lésions non seulement de la synoviale mais aussi des tissus fibreux, des muscles et des nerfs qui entourent l'articulation malade.
Ce sont ces lésions que nous allons décrire sommairement.
CEA RENE
Lésions du rhumatisme sur les d'fférents tissus.
Synoviale articulaire. — On observe une vascularisation anormale de la membrane qui, après une période exsudative, s'épaissit considérablement et dont la surface devient inégale et rugueuse. Les franges synovialeshyperplasiées formentdes végétations pédiculées qui peuvent, en‘se détachant devenir le point de départ de corps étrangers qui gêénerontle jeu de l’article. A une période plus avancée des tractus fibreux cloisonnent la cavité articulaire et constituent une fausse ankylose.
Extrémités osseuses et cartilage. — Les têtes osseuses plus ou moins tuméfiées, offrent, sous une mince lame éburnée, un tissu raréfié, friable, se coupant facilement au scalpel.
Le cartilage prend l'aspect velvétique, puis se fendille, devient friable et s’exfolie et l'os sous-jacent
tb est mis à nu. A la périphérie, la multiplication des cellules donne naissance à des enchondromes.
Tissu fibreux. — Les lésions du tissu fibreux sont parfois siimportantesqueJaccoud adécrit un rhumatisme fibreux dans lequel les déterminations articulaires passent presque inaperçues à côté des lésions persistantes et fonctionnellement graves du tissu cellulo-fibreux.
Pour Debove le rhumatisme chronique se caractérise par la vulnérabilité plus grande du tissu conjonctif avec tendance à l'hyperplasie, à la transformation fibreuse, à la rétraction.
Les ligaments péri-articulaires sont tuméfiés ou rétractés. Ils s’infiltrent parfois de sels calcaires, s'ossifient de telle sorte que les capsules fibreuses deviennent de véritables coques osseuses.
Les aponévrosess'altèrent également, notamment J'aponévrose palmaire. Cette altération débute par des épaississements circonscrits, comme des durillons, qui s'étendent ensuite à une portion plus ou moins considérable de l’aponévrose et produisent des adhérences avec les parties voisines. On trouve des brides de formation nouvelle étendues soit de l’aponévrose à la gaine des tendons fléchisseurs, soit d’un point de cette gaine à un autre ; ce tissu fibroïde néoformé amène la rétraction de la membrane et, à sa suite, la déviation des doigts et une gêne considérable des mouvements.
Dans quelques cas il est facile de reconnaitre que les douleurs ont leur siège dans quelque aponévrose