HISTORIQUE
PETZETAKIS, il y à vingt-sept ans, évoquait la notion de cholécystite amibienne. Parmi les nombreux travaux parus depuis lors et consacrés à l’amibiase, cette question a différemment retenu l'attention de quelques auteurs sans qu’une idée précise se soit faite jour.
VALASSOPOULO et PETRIDIS [1] rapportent semble-t-il
le premier cas en 1924. Mais leur observation n’est pas démonstrative. Il en est de même des cas publiés par PETZETAKIS [2 - 3]; certes cet auteur envisage avecfermeté le diagnostic de cholécystite amïbienne. primitive; mais l'étude de la deuxième observation en particulier, soulève des objections sérieuses : d’une part, grief important, il ne fait jamais la preuve de l’amibiase : tous les examens de selles pratiqués restent négatifs; d'autre part, la symptomatologie évoque autant un syndrome de chélécystite que celui d’une hépatite à localisation antérieure.
Dans une étude récente, CATTAN [4] attire précisément l'attention sur ces amibiases à localisation hépatique antérieure qui simulent à s’y méprendre une cholécystite suppurée. La discrète réaction pleuro-pulmonaire signalée par PETZETAKIS dans son observation, est en faveur d’une atteinte amibienne du foie, et si le résultat spectaculaire du traitement par l’émétine est. un argument d'importance en faveur de l’amibiase, ‘il ne l’est nullement en faveur d’une quelconque loca-lisation. :
TANON et TRABAUD [5], en 1926, publièrent quatre nouvelles observations qui, sans être absolument
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démonstratives, prêtent moins à discussion. Dans tous les cas la vésicule est augmentée de volume et à la palpation les auteurs la dissocient du foie. Mais il leur manque un argument décisif : l'examen anatomo-pathologique des vésicules. |
Cet argument anatomo-pathologique, par contre, est rapporté par RISGALLA [6] qui, reprenant le problème des cholécystites amibiennes, signale que les auteurs américains CROWELL, Herbert GUN et GiL- MAN examinant la vésicule biliaire de sujets cholécystectomisés pour une affection de nature mal définie, ont découvert des amibes dans l'épaisseur de la muqueue ainsi que dans la bile.
BoOYERS, KOFORD et SWERY [7], sur cinquante mala-
des chez qui l’amibiase a été auparavant diagnostiquée cliniquement et mise en évidence par le laboratoire,
trouvent chez onze d’entre eux, au cours de divers
tubages duodénaux, des amibes dans le liquide duodénal. |
À cet argument anatomo-pathologique s'oppose un
argument physiologique. KoFORD et WAGENER ont étu-
dié in vitro l’action de la bile sur les amibes et ont contesté la viabilité de ces protozoaires dans les milieux bilés. Ils ont en effet constaté qu'une solution de
bile humaine ou de chat à 10 % détruit par phénomène.
de lyse, en l’espace de vingt à trente minutes,. des Entomoeba dysenteriae provenant de cultures in vitro. . De même l'étude plus récente faite par DOPTER et DES- CHIENS [8], à l’Institut Pasteur de Paris, montre que toutes les amibes de culture sont tuées par addition
de 10 pour 1.000 de bile à la partie liquide du milieu.
On peut évidemment objecter que les conditions expérimentales ne sont pas absolument superposables aux conditions in vitro. La possibilité d'apparition de souches sélectionnées d’amibes, progressivement résis-
tantes, ne peut être écartée; on sait actuellement com-
FSNGE CPS bien les germes s'adaptent aux antibiotiques; pourquoi n'en serait-il pas de même des amibes vis-à-vis du liquide duodénal ?
En dehors des auteurs américains précédemment cités, on ne trouve pas trace dans la littérature de cas où des amibes furent découvertes dans la vésicule biliaire. me
BouCcœuT et CROIZAT [9] rapportant deux cas. émet-
tent quelques réserves sur les cholécystites amibiennes.
CoSTANTINI et BENHAMOU [10], en publiant un cas
de cholécystite secondaire à un abcès hépatique ouvert
dans les voies biliaires, envisagent la possibilité de cholécystites secondaires à des abcès, mais ils n’en rapportent que trois cas dont un de MAYER MAY et HUARD.
Les travaux les plus récents consacrés à l’amibiase semblent bien prouver que la cholécystite amibienne, si tant est qu’elle existe, est assez exceptionnelle. =
BRUMPT [11] étudiant l’amibiase, ne parle pas de complications vésiculaires. CAROLI [12], dans les parasitoses des voies biliaires, ne cite pas l’amibiase.
BLANC et SIGUIER [13] envisagent également que la réaction vésiculaire n’est que bien exceptionnellement spécifiquement amibienne. 5
En fait, quels que soient les constats anatomiques, les concepts physiologiques ou les observations publiées, on est frappé par le nombre d’amibiens, plus particulièrement dans les formes chroniques qui présen-
tent des manifestations cliniques qui sont celles des
formes frustes des cholécystites.
© C'est l'étude de quelques-unes de ces observations
de malades vus dans le service ou à la consultation de notre maître le Professeur agrégé MOLINIER, que nous
allons envisager.