INTRODUCTION
Pendant notre internat à la Salpêtrière en 1914. nous eùmes l’occasion d'observer dans le service de notre maître, M. le Docteur Séglas, une mélancolique anxieuse, qui, tout le long du jour, se lamentait sur la perte de ses représentations visuelles. Etant donné le rôle important que de nombreux auteurs ont fait jouer à ce symptôme dans la genèse de quelques-unes des manifestations morbides habituelles de la mélancolie, on pourrait en inférer que la perte de la vision mentale est d'observation fréquente. Il n’en est rien. Nous n'avons pu en retrouver, dans la littérature médicale qu’une dizaine de cas, dont
cinq seulement sont parfaitement explicites.
Comparant ces observations à la nôtre, deux faits surtout nous ont frappés. C’est d’une part que la perte de la vision mentale n’est accusée que par un groupe spécial de malades : nous ne l'avons vue signalée que chez des mélancoliques ou des psychasténiques avec dépersonnalisation et anxiété, nombre de ces derniers devant d’ailleurs être considérés comme de petits mélancoliques.
C’est, d’autre part, que ce symptôme apparait à l’analyse
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comme beaucoup moins caractéristique qu'il ne le paraissait au premier abord d’après les affirmations des malades. Ils peuvent en effet nous décrire parfaitement des objeis dont ils prétendent n'avoir aucune représentation. Nous en avons conclu, contrairement aux divers auteurs qui se sont occupés de da question, qu'il ne s’agit pas d’une déficience des images visuelles, que celles-ci.sont intactes. Est-ce à dire que la perte de la vision mentale doive être rayée de la séméiologie mentale? La vérité nous parait toute autre. Ces malades qui affirment avec tant , d’insistance la perte de leurs représentations viisuelles, la ressentent réellement. Ce ne sont pas les éléments repré- Sentatifs des images qui leur manquent mais le COMpPOæ Sant émotionnel qui normalement les accompagne et leur donne avec leur intérêt, leur aspect de réalité, la disparition de ce composant émotionnel ayant son origine dans l’état affectif particulier de nos malades qui, nous venons de le voir, sont des mélancoliques.
C'est cette thèse que nous développerons au cours de ce travail. Nous citerons d’abord les observations et les Principales interprétations des auteurs. Nous analyserons ensuite la perte de la vision mentale, en montrant que les éléments représentatifs des images sont conservés. Nous terminerons par notre interprétation personnelle en envisageant successivement l'influence sur la vision mentale de la diminution de la synthèse mentale
‘et de la dysémotivité des mélancoliques.