‹ Contribution à l'étude de la Pharmacie HoméopathiqueChapitre 24 sur 32 · IX. - PHARMACIES ET PHARMACIENS · texte numérisé non relu

IX. - PHARMACIES ET PHARMACIENS

Après une période de grand succès sous le Second Empire, il n'est pas contestable que l’homéopathie subit Un très net mouvement de régression à la suite des découvertes pastoriennes et de leurs applications. Les frères Catellan, vers 1870, faisaient 2 millions d’affaires avec l'Amérique du Sud, vaste clientèle étrangère qui, peu à peu, nous fit défaut à mesure que l’homéopathie gagnait du terrain en tous pays. En outre, les difficultés que rencontraient kes jeunes médecins pour s'initier à la doctrine d'Hahnemann, faute d'un enseignement organisé, découragèrent beaucoup d’entre eux. De 450 en 1860, le nombre des héméopathes français était tombé à 112 en 1910.

Mais une dizaine d'années plus tard, après la guerre, on vit l’homéopathie reprendre un nouvel essor qui, depuis lors, n’a fait qu’aller en s'accentuant. Si elle n’est pas encore officiellement enseignée chez nous comme aux Etats-Unis, au Mexique au Brésil, du moins a-t-elle aujourd’hui de grands centres d’enseignement privé dans les hôpitaux spécialisés. Sa clientèle s'accroît sans cesse, si bien que l'effectif des médecins homéopathes a presque quadruplé chez nous depuis une trentaine d'années, en même temps qu'’augmentait parallèlement le nombre des médecins sympathisants, qui pratiquent une thérapeutique mixte.

De même, le nombre des pharmacies homéopathiques spécialisées, et aussi de celles qui tiennent. dépôt de produits homéopathiques, a considérablement progressé en beaucoup de nos départements, notamment dans la Seine, la Seine-Inférieure, la Seine-et-Oise, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, le Puy-de-Dôme, la Charente-Inférieure, le Maine-et-Loire, le Nord, ainsi qu’en Algérie. Paris et les grandes villes de France ont aujourd'hui des pharmacies homéopathiques remarquablement outillées pour la préparation des teintures-mères, des dilutions et des triturations, des produits

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isothérapiques et apothérapiques. Plusieurs d'entre elles mettent aussi en vente les ouvrages nouveaux qui contribuent à donner à la thérapeutique hahnemannienne des bases de plus en plus scientifiques. Car si les Etats-Unis ont vingt fois plus que nous de médecins homéopathiques, il n'en reste pas moins que la France est au tout premier rang par les travaux de ses chercheurs.

Sans aller jusqu'à admettre que les Compagnies d'assurances, comme on l’a dit, consentent des primes moins élevées aux clients des homéopathes, parce que les statistiques prouvent qu'ils paient leurs primes plus longtemps, il est permis de remarquer que beaucoup de professionnels de l’homéopathie ont eu une longivité remarquable. Hahnemann vécut jusqu'à 88 ans, des Guidi, l'introducteur de sa doctrine en France, jusqu'à 94 ans. Jousset, Imbert Goubayre, Constantin Héring étaient, à leur mort, plus que nonagénaires; Boyer et Charge plus qu'octogénaires. Pétroz faillit l'être, puisqu'il atteignit 78 ans. Catellan l'aîné s'éteignit en août 1894.

Nous nous garderons, bien entendu, de tirer de ces cas de longévité aucun argument en faveur de l’homéopathie. Et c’est également à titre purement documentaire que nous noterons l'attachement à leur profession de certaines lignées de pharmaciens homéopathes, comme les Delpech, successeurs des frères Catellan et pharmaciens de père en fils.

Parmi les professionnels de l’officine qui eurent une longue existence, nous n'avons pas cité Auguste Peuvrier, qui mourut en 1938, à 82 ans. Ce fut pourtant une curieuse figure que celle de ce pharmacien homéopathe, qui avait été à l’école de Pharmacie de l’un des condisciples et amis du futur professeur Léon Guignard et qui, plus tard, fut lié avec beaucoup d'écrivains célèbres faisant plus ou moins partie de sa clientèle. Le docteur Gilbert Charette, qui fut de ses intimes amis, a conté sa longue carrière (1). C'est un hasard qui l’amena à

(1) Souvenirs sur Auguste Peuvrier (1856-1938) in « Cahiers d'homéopathie et de thérapeutique comparée » (1946).

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pratiquer l’homéopathie. Parisien de naissance, :l était allé, son diplôme conquis, s'installer à Vernon, dans l'Eure, et s'y était marié. Mais la nostalgie de la capitale le ressaisit bientôt, si bien qu'il entra en pourparlers avec M. Bourdet, un pharmacien du boulevard Saint-Martin, prêt à céder son officine. Lorsqu'il apprit qu'il s'agissait d'une pharmacie homéopathique, il déchanta. Car, dit son biographe, « il ignorait tout de cette thérapeutique et la considérait comme entachée de char- ‘atanisme. Mais M. Bourdet, que son allure l>yale avait séduit, entreprit de l'éclairer. Aidé de Pierre Jousset, il Y parvint sans peine et, du sceptique d'hier, fit un partisan enthousiaste de l'homéopathie ».

Dans le voisinage de la pharmacie qu’il avait acquise, son initiation achevée, Auguste Peuvrier vit bientôt s'établir un médecin homéopathe, le docteur Crépel, qui avait de nombreux clients dans le monde des écrivains et des artistes. En exécutant ses ordonnances, le pharmacien se lia avec des écrivains comme Maurice Donnay, Huysmans, Georges Courteline, et aussi Lucien Descaves, beau-frère du docteur Crépel. Des vecettes de la scène comme GCémier et Antoine s’attardaient volontiers à causer avec lui, car il était grand liseur et très lettré.

La droiture d'Auguste Peuvrier contribuait au surplus à lui gagner les sympathies. Un pharmacien de Nantes, qui avait un dépêt de médicaments homéopathiques, entra en relation avec lui, sur la recommandation du docteur Charette, et lui envoya ce fréquentes commandes. || en éprouva une sorte de remords, à la pensée que c'était au détriment de l’ancien fournisseur de son confrère nantais, et il écrivit à celui-ci pour le prier de partager ses commandes équitablement.

Un autre pharmacien homéopathe d'une culture très vaste et très éclectique est M. Louis Sergent, successeur du docteur Derode, rue de Châteaudun. Grand collectionneur d'œuvres d'art intéressant la médecine et la pharmacie, il a publié, notamment en collaboration avec le docteur Paul Rabier-Labiche, de nombreuses études sur les vieilles officines, sur les caricatures et affiches consacrées aux spécialités, sur l’œuvre de Daumier, etc Son érudition est toujours, nous avons pu nous

en rendre compte, à la disposition des jeunes confrères à la recherche de quelque renseignement inconographique.

Dans l’histoire anecdotique de la pharmacie homéopathique. on trouve jusqu'à des allusions aux causes célèbres qui ont fait date dans les annales judiciaires. C’est ainsi que le pharmacien homéopathe GC. Weber fut, au siècle dernier, le: fournisseur d’un dispensaire fondé par Un médecin qui pratiquait, lui aussi, la thérapeutique hahnemannienne. I| s'appelait Couty de la Pommerais et devait finir sur l’échafaud, en 1864, en exécution d’une sentence capitale prononcée contre lui parce qu'il avait empoisonné sa maîtresse pour toucher une assurance sur la vie dont il était le bénéficiaire.

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