‹ Contribution à l'étude de la Pharmacie HoméopathiqueChapitre 30 sur 32 · PIECES ANNEXES · texte numérisé non relu

PIECES ANNEXES

Nous avons cité le professeur Trousseau, qui pratiqua, le premier, et avec succès, l'opération de la trachéotomie, parmi les adversaires de l’homéopathie. Peut-être n'est-il pas inutile de signaler que son opposition à la « loi des semblables » se manifesta sous des formes très différentes, et quelque peu déconcertantes. Dans l'introduction de son Traité de thérapeutique et de matière médicale (1), il a en effet, dans une certaine mesure, rendu justice à l’homéopathie, tout en la discutant. Par exemple dans ce passage :

« Comme il n’y a si grande erreur qui n'ait quelques conséquences heureuses, l’homéopathie a été de quelque utilité à la pharmacologie. Sous son influence, des sociétés allemandes se sont formées pour la révision de la matière médicale. Tous les médicaments ont été essayés sur l’homme sain par des médecins qui, se choisissant eux-mêmes pour sujets de leurs expériences, n'ont pas toujours su, il est vrai, éviter les illusions systématiques, mais qui, doués de beaucoup de patience et d'attention, et n'opérant jamais qu'avec des substances simples, ont constitué leur matière médicale pure, d'où sont sorties toutes sortes de notions très précieuses sur les propriétés spéciales des médicaments, et sur une foule de particularités de leur action que nous ignorions trop en France ».

On a peine à croire que l’auteur de ce jugement mesuré soit le même qui, treize ans auparavant, dans une conférence sur l’empirisme faite à la Faculté de Médecine de Paris (2) devant un auditoire populaire, avait prodigué à l'homéopathie les sar-

(1) En collaboration avec H. Pidoux (Paris 1875).

(2) Sous les auspices de l'Association polytechnique (1862).

2H PORN

casmes et le dédain, en des termes qui méritent d'être rappelés sans commentaire :

« Je ne dirai pas que l’homéopathie, qui est une branche de l'empirisme, né renferme pas de croyants. Cependant, j'affirme que je connais quelques homéopathes ayant foi en ce qu'ils font. C'est une chose étrange que de croire à l’homéopathie ; mais enfin que voulez-vous que j'y fasse ? || y a des gens qui croient à tant de choses qu’en vérité ils peuvent bien croire à celle-là. ,

« Avant de parler de l’homéopathie, j'ai voulu en essayer, j'en ai essayé publiquement, dans les salles de mon hôpital, non pas que je me croie permis de faire une expérience sur des malades d'hôpital ; je l’ai faite dans des cas où je pouvais faire de la médecine expectante, où je pouvais attendre, dans des cas où la maladie devait se guérir par les efforts de la nature, où bien était au-dessus de toutes les ressources. Je me croyais donc permis parfaitement de donner des médicaments que je regardais comme tout à fait inoffensifs, après en avoir fait Usage sur moi-même d'abord. Pendant plus de six mois, à l'Hôtel-Dieu, en compagnie d'un de mes très bons amis, homéopathe convaincu, j'ai fait des expériences avec des globules homéopathiques, et je vous céclare sur mon honneur que jamais, une fois dans ma vie, je n'ai vu un effet que je pusse et que je dusse rapporter à l'action de ces remèdes.

« Peut-être bien, messieurs, ne savez-vous pas tous exactement ce que c'est qu’une dose homéopathique. Ecoutez un instant.

« Vous prenez une goutte de suc de pavot qui contient de l’opium, vous la mettez dans cent gouttes d'eau cistillée, puis vous agitez d'une certaine façon le petit flacon dans lequel le tout est contenu et vous donnez trente-cinq secousses, mais, entendez-le bien, ceci est sacramentel, de l’est à l’ouest. Je ne plaisante pas le moins du monde.

« Vous prenez une goutte de ces cent gouttes, vous la mettez dans cent autres gouttes d'eau distillée, et vous faites comme précédemment.

« Notez bien que chaque goutte ou chaque division s'appelle une dilution ou une atténuation. Si vous prenez une

goutte de la première, c'est un centième de grain; si vous

MO 0) an

prenez une goutte de la seconde, c'est un centième de grain multiplié par cent, c'est-à-dire un dix-millième ce grain. Mais, comme on fait cela trente-deux fois, on arrive à une fraction dont, le numérateur étant 1, le dénominateur 1 est suivi de 64 zéros, c'est-à-dire que la goutte de suc de pavot se trouve . maintenant répandue dans une quantité de liquide qui serait contenue dans une sphère ayant un diamètre plus grand que la distance de la terre au soleil.

« M. Korsakow a été plus loin. La trente-deuxième dilution, dit-il, c'est trop fort ! Il est allé jusqu’à la quinze centième atténuation, c'est-à-dire jusqu'à une fraction dont le numérateur est | et le dénominateur 1 suivi de 3.000 zéros !

« Voilà où arrive la folie homéopathique !

« Savez-vous l'objection qu'on oppose ? Lorsque, devant des homéopathes, moi tout le premier, les élèves de mon service, les malades qui en riaient, nous prenions des flacons tout entiers de leurs globules, malgré leurs menaces d'une attaque d’apoplexie, d’un crachement de sang, de ceci où de cela, sans jamais éprouver le plus petit effet, ils disaient : « Sans doute, nos doses agissent sur l’homme malade, mais non sur l'homme sain. |

« Il n'y a qu'une petite difficulté, c'est que les expériences homéopathiques ont été faites sur l’homme sain par Hahnemann lui-même le père de cette doctrine. Hahremann s'attablait avec quatre, cinq, six de ses adeptes, tous hommes bien portants ; ils prenaient les remèdes et, pendant huit, quinze jours, un mois, deux mois quelquefois, ils écrivaient consciencieusement toutes les sensations qui traversaient la plus petite partie de leur corps ; c'est avec cela qu'a été faite la matière médicale de Hahnemann. Par conséquent, l'obiection tirée de ce que l'on applique à l’homme sain ce qui doit être appliqué à l'homme malade est une objection sans aucune valeur.

.« Mon Dieu, Messieurs, nous avons fait, et nous faisons souvent aussi, de la médecine homéopathique. l'avais pris chez le confiseur ce que l’on appelle de non-pareilles, petits bonbons blancs, gros comme un grain de millet ; je donnais ces bonbons conjointement ou alternativement avec des globules homéopathiques. J'ai eu des effets, il n'y a pas de doute, comme j'en ai eus avec des remèdes homéopathiques, c'est-à-dire qu'il

arrivait à certaines femmes très irritables, quand j'avais mis une grande solennité dans l'administration du remède, prenaient quelques accidents, quelques troubles nerveux d'une sorte où d'une autre, et qu’en définitive j'aurais été tenté, si je n'avais pas su ce dont il était question, d'attribuer à mon remède les effets que je constatais ».

Parmi les accessoires mis en vente par beaucoup de laboratoires et de pharmacies homéopathiques, figurent des trousses, en maroquin ou simili-cuir, faites pour contenir les remèdes les plus courants, globules ou dilutions. Les unes, trousses d'urgence, sont destinées au corps médical auquel elles permettent une action rapide”au chevet du malade, les autres à la clientèle.

L'usage de ces trousses est loin d'être récent. Et nous en trouvons une preuve dans une notice publiée par le « Bulletin de la Société d'Histoire de la Pharmacie » (1) pour accompagner la reproduction d’une boîte à pilules de la Pharmacie Catellan :

« Il y a pilulier et pilulier, pouvait-on lire dans cette notice. Jetez plutôt les yeux sur la première planche du présent Bulletin.

« Dans la partie supérieure, vous verrez un coffret servant à contenir des fioles à pilules. En l'espèce, ces pilules lilliputiennes sont des granules homéopathiques. Le coffret, ainsi qu'un autre pareil non reproduit ici, provient de la « Pharmacie homéopathique spéciale de Catellan, rue du Helder, 15, ci-devant rue Taitbout, 8, à Paris », ainsi que nous l’apprend une étiquette. Catellan vécut sous Louis-Philippe et Napoléon III.

« L'un des coffrets (0,31 x 0,175 x 0,035) contient 405 tubes de verre ayant 2 centimètres de hauteur, 5 millimètres de diamètre, fermés d'un bouchon de liège, pourvus

(1) Numéro de septembre 1920 (article signé : Kraty l'archivaire).

d’une étiquette dorée et remplis de granules. L'autre (0.17 x 0,10 x 0,035) contient 120 tubes identiques. -

« Ces curieux souvenirs ont été donnés au Musée de la Société d'Histoire de la Pharmacie par notre excellent collègue, M. Thévenot, naguère pharmacien à Paris, maintenant domicilié à Nice ».

A cette notice, M. Louis Sergent, le pharmacien homéopathe dont nous avons eu l’occasion de rappeler les travaux, fit une réponse insérée dans le numéro suivant du même Bulletin, et que nous croyons devoir reproduire :

« La planche XXVI, incluse en tête du dernier Bulletin, nous donne, à titre de « curieux souvenir » la reproduction d'un coffret (don du regretté confrère Thévenot), servant à contenir des fioles à pilules, en l'espèce granules homéopathiques.

« Au nom des homéopathes de France et de Navarre, un grand merci pour cette publicité gracieuse.

« Ignorez-vous donc, mon cher Kraty, que des coffrets de même type sont encore, son toujours en usage dans nos pharmacies homéopathiques ? Nous continuons à en établir en pitchpin, en chêne, en acajou, à dos nu ou à dos recouvert de fin maroquin, ou plus simplement de toile maroquinée (par ces temps de vie chère). Nous en avons de toutes les formes, de toutes les tailles, les autres pour médicaments liquides. Comme les modèles de la pharmacie Catellan, nos boîtes portent, imprimée au fer, la marque de nos maisons.

« Les frères Catellan ont eu le monopole ou, pour employer une expression plus moderne, ont fait le trust de l’homéopathe pendant les belles années du Second Empire.

« La plupart des pharmacies homéopathiques actuellement existantes sont issues de la firme Catellan.

« Ces coffrets étaient établis autrefois pour le service des médecins de Paris ou de la province qui fournissaient euxmêmes, dans certains, nos produits spéciaux à leur clientèle. J'ai là, sous les yeux, une gravure de l'époque qui figure un médecin présentant à son patient, à l'appui de la consultation, un remède qu'il a sorti de la boîte ouverte sur son Bureau. La signature, indéchiffrable est celle de Charles Vernier.

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