‹ Contribution à l'étude de la Pharmacie HoméopathiqueChapitre 7 sur 32 · HAE ARE · texte numérisé non relu

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pas riches, parfaire ses études à l’université de Leipzig, tout en donnant des lecons et en faisant des traductions pour subvenir à ses dépenses. Marié et, bientôt, père d’une nombreuse famille, il lui faut redoubler de labeur, faire œuvre de polygraphe, pour suppléer aux déboires que lui vaut l'exercice de la médecine, Au nombre des travaux qu'il entreprend alors, est une traduction des œuvres du pharmacien et chimiste français Demachy, consacrées à la chimie industrielle: le fabricant de vinaigre et le fabricant de liqueurs entre autres. À ces ouvrages dont la divulgation en tous pays rendait grand service à une époque où les secrets de fabrication étaient jalousement gardés, il ajouta des notes et observations personnelles recueillies au cours de ses propres expériences. Et, dès lors, nous le voyons préoccupé des « Moyens de reconnaître la qualité et la falsification des médicaments », sujet qu'il traite sous ce titre dans un petit travail publié en collaboration avec le Ph aen bruxellois D. Sand.

C’est par une des nombreuses traductions qu'il entreprit afin d'améliorer sa situation encore très précaire qu'Hahnemann fut orienté vers les observations qui allaient être à la base de sa découverte.

Dans le « Traité de matière médicale » du médecin anglais Guillaume Cullen, traité qui venait de paraître à Edimbourg, l’auteur avait été amené à faire mention des effets contradictoires produits par le quinquina du Pérou, suivant les doses employées. Mal satisfait des explications que Cullen donnait de ces anomalies, Hahnemann se décida à étudier sur lui-même l’action du quinquina.

En ayant absorbé pendant plusieurs jours de suite d'assez fortes doses, il éprouva tous les symptômes d’un état fiévreux nettement caractérisé. Ainsi, ce fébrifuge pouvait donner la fièvre ? Hahnemann, pour en avoir une preuve plus certaine, renouvela les expériences, sur lui-même et sur d’autres, et acquit ainsi une conviction qu'il formula en ces termes : « Le quinquina, qui détruit la fièvre, provoque, chez le sujet sain, les apparences de la fièvre ».

Constatations qui ne manquèrent pas, dès qu'elles furent connues de susciter de vives critiques. A l'exception du docteur Altschul, de Prague, et du docteur Lewin, professeur de

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pharmacie à Berlin, ce fut à qui, parmi les sommités médicales

de l’Europe Centrale, réfuterait avec le plus d'assurance les conclusions du jeune médecin, en laissant notamment entendre qu'il avait pu être trompé dans ses expériences personnelles par les suites d’un paiucisme latent contracté par lui en Transylvanie.

Stimulé par ses contradicteurs, Hahnemann tint à pousser jusqu’à l'extrême limite ses expériences. Il: étudie, toujours sur lui-même, l'action d'autres médicaments : ipéca, belladone, mercure, et ses observations s’en trouvèrent renforcées.

Ainsi prit corps de plus en plus en son esprit, avant même, qu'il ne la résumât en une formule célèbre : similia similibus curantur, cette « loi de similitude » qu'il allait, en 1796, mettre en lumière dans un travail qui marqua le début de la nou- -velle méthode homéopathique (1) on pouvait lire dans cette étude :

« Pour découvrir les véritables propriétés médicinales d'une substance dans les affections chroniques, on doit porter son attention sur la maladie artificielle particulière qu’elle provoque ordinairement dans l'organisme, afin de l'adapter à un état pathologique très analogue qu'il importe d'écarter...

« Pour guérir radicalement certaines affections chroniques, on doit chercher des remèdes qui provoquent ordinairement dans l'organisme humain une maladie analogue... le millefeuille, à doses mocérées, est d’un excellent usage contre les hémorragies chroniques, tandis qu'employé à doses plus élevées, il est capable d’en provoquer ».

Hahnemann multipliait les exemples analogues, en signalant que le café, source d’insomnie, engendre le sommeil s’il est absorbé à petite dose, que la valériane peut à la fois, suivant qu'on l’emploie en grande où petite quantité, provoquer ou guérir les affections provenant d'un excès d'irritabilité.

L'idée que tout médicament provoque, chez l’homme sain,

une maladie analogue à celle qu'il est capable de guérir, Hippocrate l'avait déjà entrevue. N'avait-il pas dit que « la maladie

(1) Essai sur un nouveau principe pour démontrer la valeur curative des sûübstances médicinales (Journal de Médecine pratique).

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est produite par les semblables » et que c'est aussi « par les semblables qu'on lui fait prendre que le patient revient de la maladie à la santé ? »

Il n'en reste pas moins que la doctrine d'Hahnemann, sa tendance avouée à simplifier la médecine, à l'affranchir de l'abus des saignées par exemple, heurtaient de front toutes les pratiques médicales de son époque. Il eut en outre le tort, reconnu par la plupart de ses biographes, de défendre ses vues avec une intransigeance, une rudesse qui ne pouvaient manquer de lui faire de nombreux ennemis.

Son excuse, c'est qu'il fut longtemps aux prises avec la pauvreté. À Gotha, il lui fallait souvent aider sa femme aux travaux ménagers, compliqués par l’exéguïté cu logis (sept personnes dans une chambre). Quand un nouvel enfant lui naissait, c'était parfois en robe de chambre et en pantoufles qu'il assistait au baptême à l'église voisine, afin de perdre le moins de temps possible lorsqu'il avait à terminer un travail rémunérateur.

En outre, les animosités déchaînées contre lui l'obligèrent jusqu'à la quarantaine à de trop fréquents changements ce résidence. Les médecins, en effet, ne sont pas seuls à le battre en brèche : les pharmaciens, eux-aussi, s’estiment menacés. Hahnemenn ne va-t-il pas jusqu’à préparer, à délivrer lui-même à ses clients les remèdes qu'il leur prescrit ? (1). Empiètement intolérable sur un privilège. jusqu'alors incontesté. En vain, l'homéopathe essaie-t-il de tourner la difficulté en puisant dans la trousse que tout médecin était autorisé à porter quand il s'agissait de cas d'urgence ou de malades éloignés. Les professionnels de l'officine s'insurgent encore contre le subterfuge.

« Les attaques des pharmaciens, a écrit Mme A.-S. Croll- Picard (2) poursuivent partout Hahnemann, exercert contre

(1) Dans un de ses ouvrages : Esculape dans la balance (Leipzig 1805) Hahnemann réclamait cette liberté « Personne n'aurait jamais imaginé à priori écrivait-il qu'il pût être défendu au médecin de préparer lui-même ce qu'il emploie pour sauver la vie de ses semblables ».

(2) Hahnemann et l'Homéopathie (Paris 1933, chap. Il).

TO lui une véritable persécution devant laquelle il parait fuir, pour chercher, vainement, à travailler en paix ».

Les remèdes qu'il confectionnait, il lui arrivait d’en faire don à ses clients, quand ceux-ci étaient obligés de compter. Mais jamais il ne leur livrait le nom du médicament prescrit, non plus d’ailleurs qu’à ses élèves. « Etudiez, vous le trouverez », disait-il à ses disciples, afin qu'ils ne fussent pas tentés de prescrire les mêmes traitements en des cas qui pouvaient n'être identiques qu'en apparence.

Pour nuire au créateur de l'homéopathie, qui gagne peu à peu du terrain, il n’est médisance qu'on n'invente. On va jusqu à prétendre qu'étant malade lui-même, il s'est fait soigner par- un allopathe. Ce qui ne l'empêche pas, à Torgau, comme à Leipzig, de connaître enfin l'aisance, grâce à une nombreuse clientèle. L'époque est finie de ses vagabondages forcés. Il habite désormais des maisons qui lui appartiennent. Il peut former des disciples et organiser l’enseignement ce sa doctrine.

Et, n'étant plus astreint à une besogne de polygraphe, il a tout loisir, entre ses consultations, de se consacrer à l'ouvrage qui va être son œuvre capitale et vulgariser sa méthode: L’Organon de Médecine rationnelle ou Art médical organiquement composé (1) véritable code d’une thérapeutique nouvelle qui porte en épigraphe ces deux mots empruntés à une ode d'Horace : Aude sapere (ose être sage).

Dans l'introduction de cet ouvrage, qu'Hahnemann dédie à ses confrères, l’homéopathie nous est présentée comme une loi naturelle, « loi méconnue jusqu’à présent bien qu'on en ait eu quelques vagues soupçons et qu'elle ait été en tout temps le fondement de toute guérison véritable ». Hahnemann signale, en effet, certaines guérisons de caractère nettement homéopathiques dues à des médecins qui n'avaient fait aue soupçonner la loi des semblables. Bertholon, par exemple, dit que dans les maladies l'électricité diminue et finit par faire disparaître une douleur fort analogue à celle qu’elle même provoque. Thoury, dans un mémoire lu à l’Académie de Caen, atteste que l'électricité positive accélère d'elle-même le pouls, mais aussi qu'elle le ralentit quand il offre déjà trop d'accélération

(1) Dresde (1810).

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