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par le fait de la maladie. Et le Danois Stahl va plus loin : « La règle admise en médecine, écrit-il, de traiter les maladies par des remèdes contraires ou opposés aux effets qu'elles produisent est complètement fausse et absurde. Je suis persuadé, au contraire, que les maladies cèdent aux agents qui déterminent une affection semblable : les brûlures, par l’ardeur d’un foyer dont on approche la partie, les congélations par l’application de la neige et de l’eau froide. J'ai réussi à faire disparaître la disposition aux aigreurs par de très petites doses d’acide sulfurique, dans des cas où l’on avait inutilement administré une multitude de poudres absorbantes ».
« Ainsi, plus d’une fois, remarque Hahnemann après avoir cité les exemples, on s’est approché de la grande vérité. Mais jamais on n'est allé au-delà de quelque idée passagère ».
Nous ne pouvons songer à analyser, même brièvement, l'Organon. Citons-en seulement ce passage, bien caractéristique des théories d'Hahnemann sur les remèdes les plus effi- CACES :
« Le seul infaillible oracle de l’art de guérir, l'expérience pure, nous apprend, dans tous les essais faits avec soin, que le médicament qui, en agissant sur des hommes bien portants, a pu produire le plus de symptômes semblables à ceux de la maladie dont on se propose le traitement, est celui qui convient pour la guérir : qu'il possède réellement aussi, lorsqu'on l’emploie à des doses atténuées, la faculté de détruire d’une manière prompte, radicale et durable, l’universalité des symptômes de ce cas morbide, c’est-à-dire la maladie présente tout entière. L'expérience nous apprend que tous les médi:aments guérissent les maladies dont les symptômes se rapproï:hent le plus possible des leurs ».
Que les accidents provoqués dans un corps sain par les médicaments soient la seule manifestation possible de leurs vertus curatives, voilà, insiste Hahnemann, ce dont nul encore ne s'était pratiquement avisé :
« En parcourant, dit-il, ce que les auteurs ont écrit sur les effets nuisibles des substances médicinales qui, par négligence ou intention criminelle, étaient parvenues en grande quantité dans l'estomac de personnes saines, j'aperçus une certaine
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coïncidence entre les faits et les observations que j'avais recueillies sur moi-même et sur d’autres. La plupart de ceux qui les rapportent ont en vue de signaler un danger. Nul d’entre eux n'a soupçonné que les symptômes où ils ne voulaient voir que des preuves de la vénénosité des corps étaient des indices certains, dévoilant l'existence dans ces mêmes corps de la faculté d'anéantir, à titre de remèdes, les symptômes semblables de maladies naturelles ».
Ces citations laissent entendre de quelle importance était, aux vœux d'Hahnemann, la sûreté du diagnostic. Il estimait que lorsque le médecin avait minutieusement noté la totalité des symptômes caractérisant le cas d'un malade, le plus difficile était fait, le professionnel devant toujours avoir sous les yeux, par la suite, cette image de la maladie, destinée à servir de base au traitement.
En prescrivant des remèdes simples, en s'élevant contre les médicaments soi-disant universels dont il avait céjà, dans une étude publiée cinq ans avant l’Organon, dénoncé la précarité, Hahnemann allait, une fois de plus, à l'encontre des routines trop suivies. L'usage de certains médecins était alors de prescrire des remèdes faits de formules ccpiées dans des recueils de médicaments composés. Les pharmaciens n'entendaient pas se laisser déposséder de ces préparations.
Poussés par le professeur Clarus, adversaire acharné d'Hahnemann, ils se décidèrent, lorsque parut la deuxième édition de f’Organon à porter plainte contre l’auteur de cet ouvrage, en faisant valoir qu'il empiétait constamment sur leurs privilèges. La justice leur donna gain de cause en condamnant Hahnemann à une amende étayée de considérants sévères.
Est-ce pour éviter à son fils Frédéric de tels démêlés que le créateur de l'Homéopathie tint à ce qu'il fit ses études de pharmacie tout en préparant son doctorat en médecine? On peut le supposer. Ce fut d’ailleurs une précaution inutile, car Frédéric Hahnemann fut, lui aussi, en butte à certaines attaques que justifiaient, il faut le reconnaître, ses allures quelque peu extravagantes. || ne tarda pas à fuir le foyer familial pour aller s'établir à l'étranger où il mena une vie assez mystérieuse.
(1) Esculape dans la balance (1805).
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Hahnemann était d'avis que, de tous temps, les médecins allopathes avaient souvent, sans s’en couter, obtenu des guérisons par des moyens homéopathiques. Mais il n'admettait pas que, volontairement, certains médecins, fissent partiellement usage de sa doctriné. Aux « demi-homéopathes », comme il disait dédaigneusement qui, reconnaissant la nouveauté de ses idées, pratiquaient dans une certaine mesure la loi de similitude, il ne cessa de témoigner une hostilité invincible. L'homéopathie était à ses yeux comme un évangile médical, qu'il fallait admettre ou rejeter entièrement.
Après tant de luttes et de discordes, Hahnemann était enfin parvenu au renom et au succès. Ses cours de l'Université de Leipzig, bien qu'ils fussent suivis avec plus de curiosité que de véritable attention, la déférence du petit groupe de disciples qu'il assemblait autour de lui, la propagation de la doctrine homéopathique qui, en tous pays, de l'Autriche à la Russie, recrutait des clients jusque cans les familles princières, tout contribuait à donner à Hahnemann l'impression qu'il avait enfin obtenu les consécrations désirées. La fête de son jubilé ne lui valut-elle pas, le 10 août 1829, cinquantième anniversaire de son doctorat, des hommages venus des points les plus opposés de l’Europe ?
Pourtant, les dernières années du vieux lutteur lui réservaient une réussite plus complète encore.
Un dénouement plus qu’imprévu vint en effet donner sur le tard une orientation nouvelle à cette existence qui n'avait été qu'une suite de batailles. Nous ne saurions omettre le suprême épisode, car il est intimement lié aux premiers succès de l’homéopathie en France.
En 1834, quatre ans après la mort de celle qui avait été la dévouée compagne d'Hahnemann et la. gardienne de son foyer aux heures les plus difficiles, on vit arriver à Kœthen, où le vieil homéopathe, alors presque octogénaire, s'était établi, une jeune Française qui avait fait tout exprès le voyage pour venir le consulter. Elle s'appelait Marie-Mélanie d'Hervilly et appartenait à uné famille aisée de petite noblesse. Assez jolie, grande, élégante, elle est d'esprit très cultivé et s'est tour à tour essayée à la peinture, à la poésie, à la médecine. L'admiration
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qu'elle témoigne, dès les premières entrevues, au vieillard dont les théories médicales l'ont enthousiasmée ne peut manquer de le flatter. C'est avec un intérêt affectueux qu'il fait plus ample connaissance avec cette jeune cliente qui pourrait être sa petite fille. Bientôt s'établit entre le maître et cette disciple si compréhensive, une intimité intellectuelle qui, l'estime aidant (et peut-être aussi l'ambition, d’aucuns l’ont supposé) : aboutit à un coup de théâtre : le mariage secret du vieux savant avec sa nouvelle élève, et leur départ pour Paris où elle l’a décidé à aller s'établir.
« Si l’'homéopathie va à Paris, avait dit Hahnemann bien des années auparavant, elle est sauvée ! » Il n’est pas niable en effet, que les succès qu'elle allait remporter dans la capitale française contribuèrent largement à sa diffusion.
L’arrivéé d'Hahnemann en France ne fut pas sans soulever des protestations. D'abord celle de l’Académie de Médecine qui demanda à Guizot, alors ministre de l'instruction publique, d'interdire l'application de cette doctrine nouvelle. Guizot se garda bien d’une telle intervention et en avisa l'Académie en des termes tout à son honneur: « Hahnemann, disait-il, est un savant de grand mérite. La science doit être libre pour tous. Si l’homéopathie est une chimère ou un système sans valeur utilitaire, elle tombera d'elle-même. Si elle est, au contraire, un progrès elle se répardra en dépit de nos mesures de préservation, et l’Académie doit le désirer avant tout autre, elle
qui a pour mission de faire avancer la science et d'encourager les découvertes ».
Le journal Le Temps, lui aussi, fit montre d'une hostilité marquée envers l'homéopathie, mais il eut soin de l'envelopper d'une mordante ironie. « M. Hahnemann, y pouvait-on lire, reçoit l'autorisation d'exercer son art, de donner ses remèdes et de faire école. C’est un doctrinaire aussi bien que M. Guizot. Sa doctrine consiste en ce qu'il prescrit les médicaments à ses patients en doses aussi petites que le ministre doctrinaire conne la liberté au pays. On dit aussi que le nouveau médecin vend chèrement ses conseils : on parle de dix louis d'or le tarif d’une consultation ».
Arrêtons-nous à cette dernière phrase, car elle contient sans doute une part de vérité. Dès son arrivée à Paris, ou presque,
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Hahnemann obtint en effet, les relations de sa femme aidant, une clientèle aussi nombreuse que choisie. || peut bientôt s'installer dans un bel hôtel particulier, situé au coin de la rue de Milan et de la rue d'Amsterdam. Devant sa porte, les voitures s'alignaient en file et les clients, reçus par des domestiques en livrée, devaient attendre leur tour dans un salon où ‘ trônait un portrait d'Hahnemann peint par sa femme.
Non contente de le seconder avec autant de dévouement que d’habileté, celle-ci prenait une part active aux soins de la clientèle. « Très initiée à l’art de guérir, écrit M. Georges Thouret, (1) elle recevait elle-même les malades et se substituait de plus en plus à son mari.
« Vers 1840, très peu de clients voyaient le maître personnellement. Mme Mélanie servait d’intermédiaire. Hahnemann lui prodiguait ses conseils, la guidait dans les cas difficiles et lui faisait entière confiance ».
Une actrice américaine, Mrs Anna Mowatt, qui vint consulter l’homéopathe pendant l'hiver 1839-1840, nous a laissé le récit de sa première visite :
« Au centre de la pièce, sobrement décorée, était placée une longue table. Mme Hahnemann était assise à une extrémité, non loin de son mari installé dans un confortable fauteuil. Tous deux se levèrent pour m'accueillir et je présentai à Mme Hahnemann une lettre d'introduction du docteur Hirschfelt, de Brême, un ancien élève du maître. J'indiquai le but de ma visite en m'adressant au médecin plutôt qu'à sa femme. Je m'aperçcus vite que c'était contraire à la règle. Le jeune fille, seule, me répondait. Elle me posa une multitude de questions, notant les symptômes au fur et à mesure que je les lui indiquais. Plusieurs fois, elle en référa à son mari, qui répondit simplement : « Oui, mon enfant » ou « bon, mon enfant ».
Ces détails ne sont pas inutiles, puisqu'ils nous confirment qu'Hahnemann ne rédigeait jamais d'ordonnance, bien qu'il y eut déjà à Paris des pharmacies qualifiées pour préparer et fournir les médicaments prescrits par lui. L'actrice américaine nous dit que les remèdes ordonnés lui furent remis par
(1) Samuel Hahnemann, sa vie, ses idées, (Thèse pour le doctorat en médecine. Paris-Lille 1932.)
VS te \ Mme Hahnemann, avec les directives du traitement et un régime.
Legouvé nous a laissé un frappant portrait du praticien octogénaire (1). « Au milieu de tous les troubles de ma pauvre tête affolée de douleur et d’insomnie, je crus voir entrer un personnage des « Contes fantastiques » d'Hoffmann. Petit de taille, mais robuste et assuré de démarche, il s’avanca, enveloppé d’une pelisse de fourure et appuyé sur une forte canne à pomme d'or. || avait près de 80 ans, une tête admirable, des cheveux blancs et soyeux rejetés en arrière et soigneusement bouclés du cou ».
Après la mort d'Hahnemann, qui s’éteignit le 2 juillet 1843, à plus de 88 ans, sa veuve, s’autorisant d’un diplôme de « docteur honoris causa » que lui avait décerné l’université d’Allentown s’efforça de conserver la clientèle qu'elle avait contribué à attirer vers le disparu. Associée à deux homéopathes, les docteurs Croserio et Delot, et à un jeune pharmacien, Lethière, fils du peintre de ce nom (2), qui avait été pour elle un père adoptif, Mme Hahnemann donna des consultations au n° 48 de la rue de Clichy, dans le quartier même où son mari avait exercé. Mais plus l’homéopathie gagnait de terrain à Paris où, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, elle commençait à avoir ses praticiens et ses officines, plus l'infraction à la loi, commise par Mme Hahnemann devait soulever de protestations. Les adeptes de la nouvelle école médicale lui intentèrent un procès qui lui valut une condamnation à cent francs d'amende, avec interdiction de récidive.
Elle ne se fit pourtant pas faute de continuer à prescrire et délivrer des médicaments, en s’abritant derrière certains élèves du maître. Ce n’est qu’en 1868, dix ans avant sa mort, qu'elle abandonna complètement la pratique de la médecine.
Il était plus que temps. Car, à cette époque, comme nous allons nous en rendre compte, il y avait à Paris plusieurs pharmaciens homéopathiques au service d’un corps médical déjà important. || est plus que probable que c'est par respect pour le nom qu'elle portait que Mme Hahnemann ne fut pas plus souvent citée en justice par quelqu'un de ceux auxquels elle faisait une concurrence déloyale.
(1) Soixante ans de souvenirs (1886-1887):
(2) Guillaume Guillon Lethière, peintre d'histoire, fut directeur de. l'Académie de France à Rome.
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