CHAPITRE VI
Anatomie patholozique.
Les autopsies de l'affection qui nous occupe étant fort rares,les lésions ont été peu étudiées. Ce n’est pas que la terminaison fatale n'ait été fréquemment observée, mais, ces malades appartenant à la classe aisée, l’autopsie est, pour ainsi dire, toujours empêchée. Tuckwell cite cependant — quoique avec trop de brièveté — les résultats d’un examen anatomique post morlem. M s'attache de préférence aux lésions d’apoplexie pulmonaire banales ei s'évertue, à prouver que la mort est bien due à l’embolie. Relativement à la lésion locale il nous dit que la veine fémorale était oblitérée par un caillot et que la saphène interne Fétait par un autre plus ancien. Deux points très remarquables sont signalés : le caillot n'adhérail pas à « la membrane interne de la veine » ; d'autre part « la membrane interne de la veine » était très épaissie. C'est tout.
M. Lancereaux dans son 7railé d'analomie palhologi-
que a remarqué l'évolution très rapide de ces lésions ne laissant pas le temps au caillot de s'organiser. Il considère ces affections comme des phlébites « exsudalives » ou encore « résolutives ». Peut-être s'agit-il là de cette précipitation de fibrine dont parlent MM. Widal et Bezancon, « précipitation de défense » au contact de la paroi veineuse enflammée. Il n’y a que des hypothèses à formuler et ces derniers auteurs déclarent euxmêmes que les lésions de la phlébite goutteuse ne sont pas connues. D'après Tuckwell il se fait un léger épaississement inflammatoire de la paroi. La périphlébite, presque constante, indique l’extension de ce processus inflammatoire.
Nous n'avons pas à nous étendre davantage sur ce sujet. Les observations manquant à l'appui, ce que nous pourrions dire ne saurait être que la répétition de ce que les auteurs ont écrit sur l'anatomie des phlébites.
Les lésions macroscopiques et constatables sur le sujet vivant ont trouvé place à une descriptionau sujet des symptômes : inflammations par segments, nodosités sur les veines superficielles du membre inférieur, ete. Dans cette phlegmasie veineuse les lieux d'’élection, signalés pour les autres phlébites, c’est-à-dire les points où la circulation est légèrement entravée ou retardée comme aux plis de flexion, aux bifureations veineuses, à la rencontre d’un plan résistant ou d’une aponévrose, les lieux d'élection sont moins souvent
le siège du mal. Dans les observations que nous
citons nous voyons qu'il s’agit, le plus souvent, des veines superficielles tributaires de la saphène externe ou de la saphène interne au tiers moyen. Néanmoins il est des cas où la lésion siège au niveau du triangle de Secarpa (Observat. Poulain, n° X) ,ou au niveau des malléoles.
Les lésions d'autre nature et les lésions des autres organes relèvent de la goutte purement et simplement. Lasègue avait constaté la fréquence des varices chez les goutteux. Poulain la souligne encore et, la rapprochant de la fréquence de l'artério sclérose chez les mêmes malades, il incrimine la phlébosclérose qui précèderait aussi souvent qu'elle suivraitles attaques de phlébite.
Il cite Huchard à l’appui de son dire: «Pour moi, dit M. Huchard, l'artério sclérose n’est pas seulement limitée au système rtériel, elle s'étend même jusqu'au système veineux tout entier. Les varices des veines font souvent partie intégrante de ce processus morbide, elles peuvent le précéder, Paccompagner ou le suivre... Selon moi, l’artério-sclérose devrait plutôt recevoir le nom d’angio sclérose. Ce sont des vues théoriques, direz-vous ? Eh bien, sur un total de 87 artério-scléreux j'ai constaté 51 fois la coexistence des lésions veineuses. »
Spillmann, de Nancy et Thiébault, son élève, ont constaté au microscope qu'il existait un athérome vei-
neux.
Dans la plupart des cas cet athérome reconnait, comme cause, les lésions des vasa vasorum, celles-là mèmes étant sous la dépendance des altérations des artérioles nourricières des parois veineuses.
Chez le malade dont parle Tuckwell et dont il fit l’autopsie, il y avait de l’athérome aortique et de la dégénérescence granuleuse du rein. Cela n’a rien que de très normal chez les vieux goutteux. Le cœur, luimême, devient souvent scléreux. Il y a une goutte ‘hépatique selérogène. Il en est'de même du rein. Il “est certain que les troubles, survenus dans la nutrition et dans la circulation, ont occasionné ou facilité une altération des organes, une déchéance fonctionnelle que M. Huchard appelle méiopragie.
Les troubles trophiques du membre où siège la phlébite goutteuse ne se voient guère dans la forme aiguë que nous avons entrepris de traiter. Vu leur rareté, 1l nous semble suffisant de les avoir déjà signalés. Certains d’entre eux peuvent être attribués, avec M. Klippel, à l'irritation des nerfs, ou bien, comme le veut M. Quénu, à la stase sanguine dans les vaisseaux
veineux des nerfs.
ÉQ