‹ Contribution à l'étude de la phlébite goutteuseChapitre 27 sur 31 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I (Inédite).

(Prise en collaboration avec le Dr Mangin-Bocquet).

M. E, A... est âgé de 45 ans. Il appartient à une famille essentiellement goutteuse. Son père avait eu, en effet, sa première attaque de goutte à 37 ans et élait mort de néphrite intersütielle; sa mère, vivante encore, est atteinte de diabète inter mittent et est obèse.

Chez le malade, évidemment arthritique, nous ne relevons aucune infection grave antérieure ou concomitante. Il à été visité la première fois par le D' Mangin en 1897 pour une attaque de goutte classique au gros orteil, Cette attaque avait duré trois semaines.

Le sujet est sanguin presque obèse, Il a de la calvitie précoce et porte quelques placards eczémateux secs, fendillés, siégeant sur le dos de la main droite. De plus, on remarque un placard de cette éruption sur le thorax, un autre sur la région

fessière droite, un autre encore sur la partie postérieure du

A talon gauche. Il est sujet à des poussées d’herpès goutteux récidivant.

Il à un appétit formidable, une polyphagie de diabétique. Cependant il n’y a pas de sucre dans les urines, Sa nourriture est non seulement plantureuse mais encore raffinée. Obligé d'aller travailler intellectuellement aussitôt après ses repas il est souvent pris de vertige stomacal; les indigestions et les débâcles diarrhéiques sont fréquentes,

Il est migraineux, Bien que ses occupations et son embonpoint notable ne lui permettent pas un exercice suffisant, il est constamment fatigué physiquement.

Ses urines sont très souvent chargées d'urales qui déposent au fond du vase, Il est sujet de temps en temps à des crises phosphaturiques. Les urines sont frès acides constamment ; jamais elles n’ont présenté de sucre ni d’albumine.

11 souffre fréquemment de poussées angineuses qui alternent avec les manifestations eczémateuses.

De 1897 à 1900, le malade a subi quatre attaques de goutte localisée au gros orteil. En 1901, névralqie sciatique. Enfin, à la fin de l’année 1902, congestion pulmonaire, à la suite de laquelle il est resté un peu de susceptibilité bronchique.

Dans les premiers mois de la même année le malade avait éprouvé quelques douleurs vagues dans les jambes. Vers le mois de mai les douleurs se précisèrent dans la jambe gauche, puis dans le mollet gauche et enfin au tiers-moyen de la cuisse du même membre, À ce moment nous constatons que le membre est modérément gonflé; il y a un léger œdème, pas très dur,

spécialement locali sé à la moitié inférieure de la jambe. La cir-

culation complémentaire trace des sillons de couleur foncée sur

les téguments. On n'observe pas de rougeur.

A la palpation, nous sentons très nettement à la partie interne de la jambe gauche, vers la partie moyenne, sur le trajet de la saphène, une nodosiléveineuse donnant la sensation d'une balle dans un (issu.

La veine est très douloureuse à ce niveau ; au-dessus et au-

dessous mèmes phénomènes douloureux.

Ilest à remarquer que la douleur spontanée était très légère et donnait au malade plutôt la sensation d'une gène, d'un poids qu’une véritable impression douloureuse,

Le caillot phlébitique avait une étendue de deux centimètres.

A la cuisse, mème nodosité vers l’endroit douloureux.

Au quatrième jour de la maladie il n’y avait pas de température anormale. I] n’y en eut d’ailleurs en aucun temps. À ce moment les urines de 24 heures donnaient : 6 gr 14 d'acide phosphorique, 36 gr. 12 d’urée et 1 gr. 15 d’acide urique. La densité était de 1029 ; la quantité 1430 grammes.

La recherche de l'acide urique par le procédé du fil ou de Garrod fut faite, au deuxième jour, après l'application d’un vésicatoire sur la région lombaire. Le résultat ful positif. De plus, quelques gouttes de la sérosité de l’œdème furent prélevées délicatement et avec grand soin et examinées au micros-

cope ; l'examen bactériologique ne donna rien,

Le malade fut mis au repos. Le lait et l’eau de Vittel furent prescrits en même temps que la teinture de colchique à linté-

rieur, à la dose de trente gouttes par jour. Sur la partie malade

fut appliqué un liniment composé d’huile de jusquia me et de

salicylate de méthyle à parties égales.

L'affection persista dix jours encore ; puis, tout rétrocéda

progressivement et le malade put se lever au bout de trois

semaines,

Remarques. — L'intérèt de cette observation réside dans l'allure typique des accidents. Les symptômes sont peu bruyants, peu alarmants, la douleur et l'œdème modérés, la résolution des nodosilés rapide. Quant à l’étiologie, aucun doute n’est permis : pas de température, pas d'infection apparente mais, par con- tre, acide urique dans le sang et formule urinaire des

goutteux. L'efficacité du traitement général est démonstrative. | |

Observation II (inédite).

(Cette observation et la suivante sont dues à l’obligeance de M. le D' Mangin Bocquet).

M. M... 70 ans, s’est présenté à nous avec toutes les apparences de la santé. Cependant il nous apprend que, vers l’âge de 30 ans, il a eu des attaques épileptiformes. Ilest sujet à la migraine et est facilement essoufflé et il déclare avoir été soigné pour de la néphrite interstitielle.

A 50 ans il eut une première attaque de goutte localisée au

gros orteil gauche,

Deux ans après seconde attaque encore au gros orteil. Puis

silence complet de la diathèse pendant cinq ans.

A 57 ans nouvelle crise de goutte non plus cette fois au gros orteil mais au petit orteil du pied droit. Depuis, cette goutte articulaire s’est renouvelée deux fois au même endroit et sousla

même forme,

Actuellement il se plaint d’une douleur qui l’a saisi subite--

ment dans la jambe et dans la cuisse, rendant la marche extrémement pénible, Le membre lui semble pesant et comme tendu. Il marche en appuyant le talon sur le sol comme s’il y avait de la scialique. La jambe est très légèrement gonflée. De plus on remarque de nombreuses veinosités. Une recherche minutieuse de la phlébite permet simplement de constater de nombreuses indurations longues d’un centimètre environ et siégeant sur le trajet de la saphène interne à la jambe et à la cuisse. Cette recherche n’occasionne qu’une douleur modérée. Interrogé, d'ailleurs, sur le caractère spontané des douleurs, ilrépond qu'il n'éprouve qu'une simple gêne dans la journée mais que des accès de souffrance, bien limitée à la face interne de la jambe, lui rendent quelquefois le sommeil impossible pendant plusieurs heu-

res de nul.

Quatorze jours après cette première visite, le malade fut pris de suffocations et de faiblesse : il s'alita. On constata dans les urines la présence d’un lourd dépôt d’albumine, ce qui n'avait rien d'étonnant chez un vieux néphritique. Bientôt le rein se ferma, le cœur faiblit et l’auscultation révéla un foyer d’apo-

plexie pulmonaire à gauche. La dilatation du cœur droit succéda

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