LE TRES
bientôt et le malade mourut au milieu des symptômes de l'asys-
tolie.
Remarques — Il est curieux de constater ici les douleurs sciatiques qui font cortège habituellement à toutes les phlébites du membre inférieur, quelle que soit l’origine, et qui sont assez rarement signalées dans la phlébite goutteuse. Cela s'explique sans doute par le siège de l’inflammation qui se trouve alors presque toujours uniquement sur les veines superficielles et n'intéresse pas les vasa nervorum.
Caractère nocturne des douleurs.
Ce qui compromet un peu la valeur de cette observation, du moins en ce qui concerne l'issue fatale, c’est la vieille histoire de néphrite interstitielle. Néanmoins le sujet est un goutteux, c’est certain. Les crises articulaires antérieures, l’évolution de la phlébite le prouvent. Et l’on peut jusqu’à un certain point se demander si l’on ne se trouve pas en présence d’un
rein quelque peu goutteux.
Observation III (Inédite).
M. V.., 72 ans, a subi, dans l’année 1901, six attaques de goutte articulaire du gros orteil. À chaque attaque une amélioration rapide s’est produite par le traitement par la teinture de
colchique :
OP
Le malade présente depuis longtemps de la tendance à l'asthme. Il a des hémorrhoïdes. Il est atteint de gravelle urique. De plus, on remarque une hypertension artérielle notable.
Dans les urines, ni albumine, ni sucre.
A chaque période de crise goutteuse, les urines contenaient, en quantité notable, des urates, des phosphates et des oxalates. La recherche de l’acide urique dans le sang par le procédé de Garrod avait donné un résultat positif.
La fille aînée du malade est souvent atteinte d'angine. Elle est migraineuse et d’un nervosisme très exagéré. A noter qu’elle fut atteinte d’une chute presque complète des cheveux qui, d’ailleurs, repoussèrent en l’espace de deux mois.
Sa fille cadette fut atteinte de goutte articulaire en 1902, et cela en plusieurs fois, A chaque fois cela coïncidait avec ses époques. Le début de l’accès se signalait par l'apparition d’une tache rouge au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne du médius, tache analogue à une piqûre de puce et qui s’étendait bientôt. Les douleurs étaient vives. Les lésions atteignaient quelquefois jusqu'au poignet. Il y avait même du gonflement des extrémités osseuses. Tous ces désordres laissé rent de la raideur articulaire et même une légère atrophie que fit rapidement disparaître le massage, La teinture de colchique ne modifiait en rien l’état morbide mais les alcalins, le carbonate de lithine, l’eau de Vittel firent disparaître, chaque fois, tous ces phénomènes en moins de trois semaines,
Notre malade, le père de ces deux jeunes filles, vient nous consulter en février 1903 pour une douleur à la jambe gauche
qui l’empêchait de marcher et de se tenir longtemps debout.
A l'examen nous constatons une zone rouge, douloureuse au toucher, légèrement luméfiée. Ces trois symptômes sont très bien localisés et très bien limités.
Sur lindication qui lui en fut donnée il se reposa et fut traité par les applications camphrées sur la région malade. Il prit de l’eau de Vittel et de la liqueur de Laville. L'amélioration ne
tarda pas à se produire et au bout de douze jours il était guéri,
Remarques. — De cette observation nous dégagerons la notion instructive des manifestations familiales de la goutte. Nous avons affaire à toute une famille de goutteux.
Le malade est indemne de toutes manifestations articulaires depuis plus d’un an, puis, sans cause connue, tout à coup, les manifestations phlébitiques apparaissent. Il ne semble pas y avoir possibilité de douter de la nature goutteuse du mal : la bénignité des symptômes et leur limitation, restreinte aux territoires envahis, plaident en sa faveur. L'amélioration et la guérison par les alcalins et la liqueur de Laville
lèvent tous les doutes.
Observation IV (Tuckwell).
Phlébite goutteuse de la saphène interne et de la fémorale. Embolie pulmonaire mortelle, Autopsie.
En février 1871. j'assistais M. Winkfield (d'Oxford) à l’autop-
sie d’un fermier de 60 ans, homme vigoureux, de constitution
PUY: AE pléthorique, qui avait eu,à plusieurs reprises, ce que sa famille appelait des attaques de rhumatismes goutteux, (rhumatic gout), et dont le fils était atteint d'une affection semblable au pied.
Trois semaines avant sa mort cet homme avait été pris d’un gonflement douloureux de la jambe droite, par obstruction de la saphène interne et de la fémorale. La nuit de sa mort, en dépit des recommandations de son médecin, ilavait voulu se lever, mais, en se remettant au lit, il s’écria qu'il se sentait faible, qu'ilvoyait tout noir et il mourutf avant qu’on püût lui porter aucun secours,
Le poumon droit était adhérent, il avait plutôt l'apparence d'un caillot sanguin que d’un poumon : 1l était mou, d’un rouge sombre, presque noir et ne crépitait pas, L’artère pulmonaire droite depuis sa première division jusquà ses branches de cinquième et sixième ordre, était complètement remplie par un caillot ancien, dur. Le poumon gauche étaitsain, sauf deux petites plaques d’apoplexie pulmonaires. L'artère pulmonaire gauche était bouchée comme une bouteille par son bouchon, par un caillot, blanc, dur, de la grosseur du pouce ; une de ces extrémités était conique, l’autre brisée et irrégulière. Il n'y avait pas 1c1, comme dans l’autre poumon, de prolongement de caillot dans les divisions secondaires de l’artère ; le caillot oblitérant était simple.
Dans le ventricule droit on trouvait un autre caillot volumineux cylindrique,dont une extrémité s’adaptait parfaitement à l’extrémité la plus proche du caillot artériel.
La veine fémorale droite était, dans toute son étendue, obs-
truée par un caillot ancien, qui se terminait par une extrémité
LA
ER EE AL brisée et irrégulière. Le caillot du ventricule droit s’adaptait exactement à cette extrémité. La saphène interne élait aussi olitérée par un caillot qui semblait de date plus ancienne que celui de la fémorale. Le caillot n'adhérait pas à la membrane interne de la veine ; mais les parois de celles ci étaient très épaissies.
IT y avait de l’athérome aortique au-dessus des valvules.
Les reins étaient atteints de dégénérescence granuleuse ; les autres organes étaient sains.
D’après l'aspect du poumon droit, il est évident que l’obstruction de l'artère pulmonaire droite a dû se produire quelque temps avant la mort, et cet homme ne respirait plus qu'avec un poumon. La nuit de sa mort, en levant la jambe pour se remettre aulit ila brisé un large morceau du caillot de la veine fémorale quia été lancé dans l’artère pulmonaire gauche et l'a
soudain privé de son poumon sain.
L'intérêt de cette observation est moins dans l’étude de l’apoplexie pulmonaire que dans les résultats de l’autopsie. Nous en parlons au chapitre anatomie
pathologique ; nous n’y reviendrons pas.
LA
Dex.