CHAPITRE I
Considérations générales sur la goutte.
La goutte fut connue de toute l'antiquité. Les Grecs et, peut-être plus encore, les Romains surent les pénibles douleurs de la « podagra ». Les auteurs antiques cependant s'avouaient fort incapables d'en expliquer l'essence et Arélée était sincère lorsqu'il disait déplorablement que les dieux seuls connaissaient la véritable nature de ce mal.
Cette nature du mal, le moyen âge se méla de la rechercher, C’est, en effet, à un obscur auteur du xin° siècle, Rudulphe, que nous devons la trouvaille de ce mot « goutte » qui fit fortune. Rudulphe avait supposé — heureuse imagination — qu'il se formait dans les cavités articulaires des « podagres » une sérosité qui s'écoulait goulle à qoulle.
Au xvr siècle, les progrès de la clinique permirent d'observer de plus près l’évolution de la maladie et la
goutte fut déjà rattachée au rhumatisme. Mais il faut
Le Ale
attendre Sydenham et Boerhave pour entrevoir un premier essai de théorie chimique. La matière peccante si abusivement invoquée au siècle de Molière, se trouva, cette fois, légitimement accusée. k
Cependant le véritable avènement de la théorie chimique date de 1795. Ce fut alors que Tennant et Pearson découvrirent l'acide urique dans les tissus des goutteux. Wollaston et Fourcroy survinrent presque aussitôt qui décelèrent non plus l'acide urique mais l’urate de soude. Les recherches furent poursuivies d'après cette orientation et, maintenant, depuis Garrod Charcot et Lécorché, il ne pourrait être question de la goutte sans qu'il soit parlé de l’imprégnation uricémique. pes
Aujourd'hui la théorie uricémique est toujours considérée comme absolument vraie, mais on aurait tendance à sortir de l’exclusivisme rigoureux de ces derniers auteurs. M. Dieulafoy a signalé qu'il y avait véritablement dyscrasie urique dans certaines maladies aiguës et dans nombre d’affections chroniques comme la cirrhose, le saturnisme, la leucocythémie et même l’albuminurie. D'autre part, M. Arthus, soucieux de répondre à la question qui se posait du rôle pathologique de l'acide urique, à établi les données suivantes qu'il est bon de rappeler :
« L'acide urique, acide diatomique, forme deux séries
de sels, les urates les biurates tels que :
CS H° Az‘ O° Na’, urate de soude.
C° H‘ Az O° Na, biurate de soude.
Les biurates (1) sont moins solubles que les urates neutres. Sous l'influence d'agents oxydants, tels que lacide nitrique, l'acide urique se décompose et donne divers produits, parmi lesquels se trouve l’urée. On ‘en a conclu que, dans l'organisme, l'urée pouvait avoir pour précurseur l'acide urique ; en d’autres termes, on en a conclu que l'acide urique est un produit incomplètement oxydé de la désassimilalion azotée de l'organisme, Vl'urée étant le produit le plus oxydé. On a constaté en outre que l'injection d'acide urique ou d'urates détermine une augmentation de l’excrétion d'urée. »
Mais ces conclusions, ajoute M. Arthus, sont purement hypothétiques et on peut leur objecter que chez les oiseaux, dans l'organisme desquels les oxydations sont au moins aussi énergiques que chez les mammiferes, c’est l'acide urique qui domine dans les urines et
c'est l’'urée qui y est peu abondante. Il y a plus : si,
chez l'oiseau, on injecte des acides amidés : leueine, :
.glycocolle, etc., et même de lurée, on constate que l'acide urique augmente dans les urines et que l’urée I 8
n’augmente pas.