HISTORIQUE
Le dossier de la phlébite pneumonique n’est pas encore bien chargé et cependant, lorsque l’on recherche parmi les observations, on en trouve des cas isolés, encore peu nombreux, il est vrai, mais suffisants pour en donner une description d'ensemble.
Son. historique se ressent encore des doctrines pathologiques qui ont dominé l’étude des phlébites et que nous rappelons tout à l’heure. En effet, si dans le travail de David Davis, il s’agit déjà d’une observation de phlébite adhésive au cours d’une pneumonie (dans sa quatrième observation), ce n’est plus ensuite que dans une étude sur la coagulation dans les veines par Barbanceys (Thèse, Paris, 1870), que nous retrouvons une observation de pneumonie accompagnée d’oblitération de la veine fémorale par un caillot adhérent, observation que nous rapporterons plus loin, et où l’auteur plein des idées de la thrombose marastique, pour expliquer les productions de nature fibrineuse dont il vient de parler trouvées dans le
système veineux, pense que la pneumonie est une maladie qui à une influence incontestable sur l’altération du sang et la production de coagulations sangœuines dans les vaisseaux de l’économie. « Sachant, dit-il, que la pneumonie est caractérisée par une augmentation considérable de fibrine dans le sang, sachant, d'autre part, que c’est cette même quantité de fibrine qui provoque la formation des caillots sanguins dans les veines, il faudra, conclut-il, nous attendre à de pareilles complications, quand il s'agira de malades atteints de pneumonie grave et surtout de pneumonie aiguë entée sur une pneumonie chronique.
Laissons de côté la thèse de Groussin, citée par Valette (Etude sur les embolies pulmonaires, Paris, 1864), où nous retrouvons un cas de Vulpian et un cas de Moysant, il s’agit là encore de {hrombus de la veine fémorale: mais dans cette thèse même de Valette, premier travail d'ensemble que nous ayons trouvé sur la phlegmatie des pneumoniques, l'intitulé même nous indique où l’on a oublié les travaux de Hunter, de Davis et de Cruveilhier, où l'influence des idées qui se firent jour en France dans les travaux de Bouchut avait trouvé toute son ampleur dans la thèse de Virchow, et où la phlébite n'était pas encore rangée dans le cadre des maladies de nature infectieuse. \En effet, les quelques observations que nous rapporterons de cette thèse de Valette sont mises sous la
AA — rubrique : « Des coagulalions veineuses dans la pneumonie et de leurs conséquences. »
Nous reproduirons cependant les conclusions de cet ouvrage car nous y trouverons déjà l’ébauche de la conception microbienne. « Dans la convalescence de la pneumonie, on peut voir se développer des coagulations veineuses. Elles ont pour siège de prédilection les veines du membre inférieur ; —elles apparaissent cliniquement sous la physionomie classique de la phlegmatia alba dolens ; — elles peuvent ne donner lieu à aucun phénomène spécial susceptible de faire soupçonner leur existence, et n’être diagnostiquées qu’à l’autopsie; elles se terminent soit par embolie pulmonaire et mort subite, soit par septicémie, soit par guérison ; en général, les parois veineuses qui subissent leur contact restent saines; cependant leur présence peut au bout d’un certain temps déterminer une suppuration. L’infectiosité de beaucoup de pneumonies ne pourrait-elle être attribuée à la présence dans le sang de microbes qui seraient la cause active etintime du phénomène de coagulation. »
Cette dernière opinion est celle que soutient le professeur Mya, de l’Université de Sienne (Revista de Clinica medica (31 mai 1891), mais ce mémoire où nous relevons deux observations de phlegmatia alba dolens au cours de la pneumonie, observations que nous avons traduites et que nous produirons dans notre thèse est écrit après cette période que nous signa-