Homogène. Dissociée. à "7 + Simulation. Hérédité
5. Suffisamment Fugitive. Instabilité mentale. persislaute. ( Trop prolongée. Tendance à l’obsession par l’idée.
Nous ne croyons pas, comme le savant professeur, que la physionomie de l’aliéné diffère de celle de l’homme sain. La différence des deux états mentaux réside tout entière dans le sentiment et non dans l'expression du sentiment.
Le symptôme le plus caractéristique de la mélancolie simple est une tendance à pleurer pour les motifs les plus
futiles ct même sans aucune cause, ou à pleurer d’une ma-
nière tout à fait exagérée en présence d’un véritable sujet de
chagrin.
Ce symptôme est bien connu des aliénistes, et à première vue semblerait donner raison aux paragraphes IL et TT du tableau de M. Pierret.
Mais il ne faut pas oublier que c'est nous qui sommes juges de la futilité du motif, de l'intensité du chagrin. Sans doute, nous manifesterions différemment notre émotion. Chez l’aliéné, cependant, il y a concordance, car ce qui est futilité pour nous est sérieux pour lui, et alors, il fond en larmes.
C’est l'émotion qu'il ressent plus ou moins forte que nous, et il l’exprime logiquement par une physionomie correspondante.
C’est le sens mental qui est atteint et non le rapport de la mentalité à l'expression.
Voyez au chapitre précédent la description de la frayeur normale, et lisez maintenant cette communication du D: Crichton Browne à Darwin :
[. — Observation de frayeur intense chez une femme aliénée âgée de trente-cinq ans.
Quand ses amis la saisissent, elle s'écrie : « Voilà l'enfer! voilà une femme noire! Impossible de fuir! etc... » En même temps, elle passe alternativement d'un tremblement général à des convulsions. Un instant, elle ferme les mains, tend les bras demi fléchis devant elle, dans une attitude raide; puis elle se courbe brusquement en avant; elle se penche rapidement à droite et à gauche, elle passe ses doigts dans ses cheveux, porte les mains à
son cou et essaye de déchirer ses vêtements. Les muscles sterno-
cléido-mastoïdiens deviennent très saillants, comme tuméfiés, et la peau de la région antérieure du cou se sillonne de rides profondes. La chevelure, qui est coupée ras derrière la tête et est lisse à l'état normal, se hérisse, tandis que les mains emmélent celle qui couvre la région antérieure.
La physionomie exprime une angoisse extrème de l'esprit. La peau rougit sur le visage et le cou, jusqu'aux clavicules, et les veiaes du front et du cou font saillie comme de gros cordons. La lèvre inférieure s’abaisse et quelquefois se renverse. La bouche reste à demi ouverte; la mâchoire inférieure se porte en avant. Les joues se creusent et sont profondément sillonnées de lignes courbes qui s'étendent des ailes du nez au coin de la bouche. Les narines elles-mêmes se soulèvent et se dilatent. Les yeux s’ouvrent largement et, au-dessous d’eux, la peau semble tuméfiée, les pupilles sont dilatées. Le front est couvert de nombreuses rides transversales; vers l'extrémité interne des sourcils, il présente des sillons profonds et divergents, dus à la contraction énergique et persistante des muscles sourciliers.
Sans doute la physionomie est dissociée, comme le fait remarquer le professeur Pierret, dans la simulation.
Mais le simulateur n’est pas un aliéné.
Elle l’est aussi chez l’aliéné dissimulateur, mais non parce que le sujet est aliéné.
Simulation et dissimulation, veulent faire croire à l’existence d’un sentiment par l’expression de la physionomie correspondante à ce sentiment. Ce dernier n’existant pas, la physionomie n’est pas normale, elle est de la mimique voulue; quelque habiles que soient le simulateur ou le dissimulateur, elle présente cette dissociation signalée dans le tableau du professeur de Lyon.
La mimique de l’aliéné est toujours en rapport avec le sentiment de celui-ci lorsqu'il ne simule ni ne dissimule.
L'aliénation mentale, en fait, évolue toujours lentement.
En apparence, il n'en est pas ainsi. Dans certains cas, le plus souvent il est vrai, l'entourage du malade constate du changement dans son état mental et suit les progrès de l'affection.
D'autres fois le malade dissimule ses préoccupations, lutte contre ses idées délirantes; et c’est brusquement qu'éclate sa folie aux yeux de ceux qui vivent avec lui.
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Dans les deux cas, et principalement dans le dernier, il sera indispensable, pour diagnostiquer et l'existence et la variété de l'affection, de bien connaître les manifestations physionomiques qui seules trahissent la modification des sentiments.
L'étude de la mimique doit donc être poursuivie chez l'aliéné aux différentes époques du trouble mental. On la verra alors se modifier en même temps que se modifiera luimême le délire, soit qu'il s'installe, qu’il passe d’une forme à une autre, qu'il devienne chronique, ou qu’il s’achemine vers la guérison.
Nous ne conserverons pas dans ce chapitre le même ordre que celui dans lequel nous avons étudié les caractères des physionomies normales. Ce serait nous exposer à une inutile répétition. Î
Nous prendrons au contraire les grandes divisions de la pathologie mentale et montrerons pourquoi et comment, sans interroger le malade, on peut, rien que par la contemplation muette, ou bien faire un diagnostic immédiat de la variété de son affection, ou bien, tout au moins, obtenir des indices suffisants pour diriger l’interrogatoire et, de cette facon, trouver le sujet de son délire, l’objet de ses préoccupations, la systémalisation de ses idées incohérentes et maladives. M
Bien entendu, il faudra tenir compte du caractère du malade qui, se modifiant suivant les individualités, peut donner un type spécial aux castes, aux professions, telles que le prêtre et le soldat.
Dans la majorité des affections mentales, il est un symptome presque constant : l’hallucination.
Hâtons-nous d’ajouter qu'il en est cependant où ce symptome fait toujours défaut, mais elles sont minorité.
L'hallucination, dit Marcé, liée intimement à des troubles
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de l'intelligence, joue un rôle de premier ordre dans la symptomatologie et l’histoire de la folie.
Suivant Esquirol, sur 100 aliénés, 80 au moins ont des hallucinations, et sur 206 M. Michea a rencontré 106 hallucinés. I
La recherche des hallucinations chez l’aliéné n’est le plus souvent pas difficile, car c'est le malade lui-même qui les décrit. Il a basé sur elles ses idées délirantes. Elles l’occupent toute la journée et surtout toute la nuit.
Mais il y à des cas où le malade ne veut ou ne peut donner aucun renseignement sur l'existence ou la non-existence de ce phénomène, où le symptôme hallucination n’est pas démontré véritablement.
C'est dans ces cas que la connaissance de la physionomie peut rendre bien des services.
Il est rare, en effet, que l’halluciné, même celui qui dissimule avec le plus de ténacité, ne finisse pas par se trahir; on le verra, lorsqu'il ne se croit pas observé, écoutant aux portes, faisant des gestes bizarres, se bouchantles oreilles, regardant fixement un point éloigné et laissant paraître sur son visage les diverses émotions qu'il éprouve.
Les hallucinations de beaucoup les plus fréquentes sont les hallucinations de la vue. Elles font naître des sentiments en rapport avec l'aspect agréable ou effrayant de la cause.
Elles caractérisent principalement les folies toxiques et les folies névropathiques.
Les signes objectifs de l'hallucination de la vue, dit M. Séglas, sont souvent des plus faciles à saisir. C’est d’abord la rotation de la tête, la fixation du regard, les changements de dimensions de la pupille en rapport avec la direction ou la distance de l’hallucination, l'expression émotionnelle du regard, de l'attitude genérale du sujet.
On à signalé encore ce fait que les hallucinés de la vue
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ont souvent des sensations désagréables de corps étrangers, de picotement qui les portent à se frotter les yeux.
Nous avons recueilli dans le service de M. Paul Garnier, à l’infirmerie spéciale du Dépôt, l'observation suivante où les hallucinations présentées par la malade sont d’une netteté remarquable.
IL. — La dame B... est amenée devant nous par les infirmiers sans difficulté. Elle entre dans le cabinet, le visage égaré, ne semblant voir personne; son attention est dispersée de tous côtés, son regard mobile, errant sur les murs principalement. C'est à peine si elle s'aperçoit qu’on lui offre une chaise. Est-elle assise, que son regard se fixe sur un point, qui sans doute se déplace, puisqu'elle le suit des yeux, du plafond sur le mur d’abord lentement puis plus vite. L'image semble accélérer sa marche à mesure qu'elle se rapproche de la malade.
Sa physionomie exprime la crainte d'abord, puis la frayeur, et tout à l'heure elle traduira la terreur la plus grande.
L'image qu'elle suit du regard quitte le mur et passe brusquement en la frôlant sans doute, puisque la terreur redouble, le tremblement agite le corps de la malade, qui claque des dents. Elle saute de sur sa chaise et s’écarte brusquement. Elle se retourne pour voir si l'image terrifiante a disparu. Enfin elle cherche à ouvrir la porte du cabinet pour fuir ses visions.
Des rides verticales sillonnent son front, ces rides que nous avons vues dans le masque de l'attention et de la crainte. La malade présente un tremblement latéral de la tête non continu mais fréquemment renouvelé. C'est l'indice d'une inquiétude et d’une frayeur continuelles mais pas assez violentes pour provoquer le tremblement général du corps.
Le teint de cette malade est terne, ses yeux sont hagards, elle ne parle pas, toujours er proie à des hallucinations de la vue. À tous moments ses yeux se portent à droite, à gauche, dans tous les sens, car ses hallucinations sont le plus souvent fugaces, mais
continuelles.
Ces cas d’hallucinations très nettes sont très fréquents. Il en est d’autres où elles sont moins marquées, presque imperceptibles, mais nous croyons pouvoir affirmer que
NÉ) 2e
toute hallucination, si légère qu’elle soit, si dissimulée qu’elle puisse être, se traduit extérieurement par des signes rapides comme l'éclair, mais cependant possibles à saisir pour un observateur exercé.
L'halluciné n’est pas maître de sa physionomie et d'autant plus qu'il n’est jamais prévenu de l’image qu'il va contempler. Il y aura donc toujours un sentiment de surprise; un mouvement à peine esquissé, très peu étendu, trahira l'émotion du malade, tel un léger plissement du sourcilier si la chose fait peur, un mouvement dans les narines, ou si la chose est agréable, une légère élévation des pommettes par contraction du grand zygomatique.
Voici une observation bien différente de la deuxième, où les signes extérieurs de l’hallucination sont bien moins marqués, tout en étant encore nets :
IT. — La demoiselle Lh... (infirmerie du Dépôt) est une persécutée, avec hallucinations de l’ouïe et de la vue.
Lorsque cette malade pénètre dans le cabinet du D' Garnier, elle est triste et son visage porte l'empreinte de la mélancolie, mais les traits du visage ne sont pas contractés, aucun pli anormal n’est visible. On pourrait plutôt constater un certain relâchement des muscles ; la bouche est entr'ouverte: la physionomie traduit l'effarement et la résignation. Les mouvements respiratoires sont lents et profonds.
Elle s'assied avec douceur, mais sur le bord latéral de la chaise seulement, comme prête à se lever à la moindre alerte. Le Corps est penché latéralement, les yeux sont grands ouverts, le regard fixe et porté au loin, les pupilles dilatées.
La frayeur ne se manifeste pas chez cette malade comme chez celle de l'observation précédente. Au lieu de fuir avec précipitation, c'est à peine si elle augmente son inclinaison latérale. Elle semble plutôt figée, le regard contemplant fixement le danger (probablement l’image est fixe), la bouche s’entr'ouvre lentement. Résignée, elle attend les volontés de la fatalité.
Son mutisme est presque complet; elle a peur de parler, sa voix est monotone, hésitante, lente, à peine articulée et tremblotante.
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-$i on l'interroge sur ce qu'elle voit, sa physionomie exprime la surprise. Elle suspend sa respiration.
Loin de chercher à fuir, elle semble chercher à s’annihiler, à se diminuer pour cacher sa présence.
Par ordre de fréquence, on doit placer les hallucinations de l’ouïe après celles de la vue.
Elles existent souvent simultanément, mais peuvent être isolées, au moins pendant une certaine période de la maladie.
Il faut se garder de prendre pour indice des hallucimations de la vue les mouvements brusques que font certains malades, qui se retournent pour regarder derrière eux, dût leur regard ètre vague, errant.
C'est le plus souvent à la suite d’hallucinations de l'ouïe qu'ont lieu ces mouvements et les yeux cherchent la cause du bruit qui a troublé la quiétude du malade.
Les hallucinations de l’ouïe se rencontrent dans la manie. Dans les manies avec idée dominante on les constate soit au début, soit plus tard, à titre de complication.
Enfin, elles présentent une grande fréquence dans la persécution et peuvent porter les malades à commettre des actes dangereux pour leur existence ou celle des personnes qui les entourent.
Les hallucinés actifs de l’ouïe, dit M. Régis, ceux qui sont en conversation perpétuelle avec leurs voix, ont souvent une physionomie spéciale qui permet, avec une certaine habitude, de les reconnaitre.
Le signe caractéristique est l’état de leurs yeux, grands ouverts, fixes et brillants, et qu'on ne saurait mieux COMparer qu'au regard de l’homme absorbé par sa pensée et qui regarde sans voir.
Au reste, en suivant de près ces malades, on remarque en outre qu'ils sont en colloque avec des personnages imag1-
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naires. Ainsi, ils rient souvent de ce qu'ils viennent d'entendre, ou bien répondent à leurs voix, soit tout haut, sous forme d’exclamations plus où moins brusques, soit tout bas, en remuant simplement les lèvres. Enfin, ils se livrent tout à coup à des actes bizarres ou dangereux déterminés par leurs hallucinations.
Ces hallucinations caractérisent la persécution.
L'hallucination de l’ouie se manifeste à l'observateur de différentes manières. Le malade peut entendre des voix intérieures ou des voix extérieures.
Certains aliénés (Séglas, p. 20) n’ont que la voix intérieure, et l’on ne peut en reconnaître le caractère que d'après les descriptions des patients : c'est la conversation mentale ou hallucination kinesthétique simple. D'autres parlent à voix basse et font seulement de simples mouvements d'articulation avec les lèvres : c’est l'hallucination verbale motrice. Enfin, l’hallucination peut se manifester à voix haute : c’est l'impulsion verbale.
Au point de vue diagnostic, une hallucination motrice n'a pas la même signification psychologique, clinique et pronostique qu'une hallucination de l'ouïe, et la détermination des divers degrés d’hallucination motrice a également son importance.
Les aliénés à conversation mentale ont cependant quel: quefois une attitude particulière qui peut mettre sur la trace de leur hallucination. Ils paraissent en effet distraits, repliés pour ainsi dire sur eux-mêmes; c’est qu'ils portent toute leur attention à la conversation qui se passe en dedans d’eux et, sans qu'ils remuent les lèvres, on les voit faire un certain nombre de mouvements en rapport avec le siège de leur voix intérieure. Ils se serrent la poitrine, compriment leur ventre, comme pour empêcher leur correspondant de parler où de les pousser à parler ou à agir contrairement à leur volonté.
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On peut avoir également à déterminer l'existence d’hallucinations chez des aliénés qui refusent de répondre à l'interrogatoire et se renferment dans un mutisme obstiné.
M. Séglas conseille, dans ces cas, non de s'appuyer, pour faire le diagnostic, sur les symptômes objectifs tels que la modification du pouls, de la circulation vasomotrice, qui sont communs à toute espèce d’hallucination, et à des faits psychiques d’un autre ordre, mais de considérer surtout les symptômes qui ont trait aux réactions mimiques provoquées par les hallucinations.
La tête se tourne (hallucinations auditives) de façon à porter le pavillon de l'oreille dans la direction d'où semble venir le bruit imaginaire. Le malade est attentif et écoute. Il interrompt souvent brusquement la conversation com-
mencée avec le médecin.
Certaines habitudes ou particularités du costume tendant, par un moyen ou par un autre, à intercepter les sons par l’occlusion des oreilles, peuvent également mettre sur la piste d’hallucinations de l’ouie.
IV. — Le malade L... (Georges), que nous avons vu à l'asile de Vaucluse, est atteint de délire de persécution avec hallucinations de l’ouïe. On l’empoisonne et on lui arrache les cheveux.
Ce malade marche presque continuellement ou bien se couche sur le sol et passe de longues heures dans cette position. Il vit à l'écart, porte la tête basse, le regard rivé au sol. Lorsqu'on l’examine dans la cour du quartier, on le voit de temps à autre secouer la tête, lui donner des mouvements de négation ou d’affirmation. Souvent il se retourne brusquement, comme si quelqu'un l’interpellait. Il change alors la direction de ses pas.
Lorsqu'il est couché, dans la cour, il ne dort point, mais semble être aux écoutes. Enfin à la visite, où nous pouvons l'examiner de plus près, il est rare qu'il réponde à nos questions, sa face est immobile, ce qui se passe autour de lui ne l’intéresse pas. Il fait un grand nombre de mouvements avec ses mains comme l'on en fait dans la conversation.
Son irritabilité est grande et l’on est souvent obligé de l’enfer-
mer en cellule, où d’ailleurs son attitude générale ne change pas. Son mutisme est presque absolu.
Comme celles de la vue, les hallucinations de l’ouïe peuvent donner naissance à des sentiments de terreur excessive, où nous trouvons là encore, comme dans les émotions violentes normales, la transpiration et le tremblement généralisé.
Lorsque l’halluciné attribue les bruits qu’il entend, les voix qui lui parlent, à quelqu'un qu’il connait el qu'ilnomme, il devient un malade fort dangereux, d'autant plus qu'il est le plus souvent un persécuté et que ses hallucinations sont injurieuses, menaçantes.
Les autres hallucinations sont rares ; elles s’observent surtout, d’après M. Régis, dans certaines formes de mélancolie, hypocondrie et quelquefois aussi dans la persécution.
Que les hallucinations du goût soient consécutives à des troubles physiologiques du côté du tube digestif, ou primitives, elles se manifestent par le rejet de la salive ou par des mouvements de déglutition.
Certains malades ont une salivation très abondante, et crachent continuellement en marquant un profond dégoût.
Les hallucinations de l’odorat s'acrompagnent fréquemment de mouvements d'expiration nasale. On voit alors les aliénés faire les mouvements physionomiques familiers à toute personne qui sent une odeur qui l’incommode, tantôt le sphincter nasal se contracte autant que son imperfection le permet, tantôt les narines se dilatent, la lèvre supérieure est entraïnée en haut et le malade souffle avec force par le nez. Souvent enfin il porte son mouchoir devant cet organe et respire par la bouche, ou s’abstient de respirer le plus longtemps qu’il lui est possible.
Il est curieux dans certains cas de constater que ces hallucinations de l’odorat peuvent être les seules hallucinations, contrairement aux Cas ordinaires où elles sont associées à celles de la vue et de l’ouïe.
Les hallucinations du sens génital provoquent souvent des gestes, des attitudes lascives et donnent naissance à des habitudes d’onanisme qui, si elles existaient auparavant, deviennent plus impératives.
Quant aux phénomènes désignés sous le nom de troubles de la sensibilité générale, ils varient au point de vue de l'attitude et de la physionomie suivant leur siège, leur répétition, leur intensité.
On les voit avec netteté dans certains cas d’alcoolisme.
Un alcoolique que nous avons vu à l’infirmerie spéciale du Dépôt, tout à coup tourna ses regards vers le plafond du cabinet du médecin, puis se leva de sa chaise en secouant un de ses bras, s’écriant : « Voyez donc comme il pleut; je suis tout mouillé. »
Il est inutile d’insister sur les cas si fréquents dans cette même catégorie de malades, de sensations d'animaux grimpants qui provoquent chez eux les mouvements les plus variés et surtout le grattage.
Autant l’alcoolique, le maniaque, le persécuté, extériorisent leurs sensations, autant le mélancolique a tendance à s’isoler, à retenir en soi ses émotions, à dominer ses hallueinations.
C’est au point de vue physionomique, un type d’aliénation qui a été reconnu par tous les médecins de toutes les époques.
Cette affection tout d’abord présente un facies spécial
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tenant à un état général mauvais. La figure est pâle, décolorée, car la circulation est ralentie.
Le rythme de la respiration est modifié. Les inspirations, au lieu de se faire avec ampleur et régularité, au lieu de s'accompagner d'un soulèvement régulier des parois thoraciques et d’un murmure vésiculaire perceptible à l’auscultation, perdent tout à fait leurs caractères physiologiques.
On croirait, à voir certains de ces malades, qu'ils oublient de respirer, jusqu'au moment où une profonde inspiration vient renouveler l'air dont ils s'étaient privés pendant un temps souvent fort long.
Les lèvres, les gencives sont encroûtées de fuliginosités, phénomène qui, de mème que la pulvérulence des narines, tient à l’immobilité absolue des malades et rappelle ce qui se passe dans la fièvre typhoïde.
Somme toute, les fonctions en général sont ralenties, réduites au minimum.
Le mélancolique dort peu ou mal, parle peu ou point, s'abstient de tout mouvement, se nourrit insuffisamment, souvent même refuse tout aliment, et cela avec une telle persistance que l’on est obligé d'avoir recours à l'alimentation artificielle, sans laquelle il se laisserait volontiers mourir de faim.
Nous avons rencontré à l'asile de Vaucluse un jeune malade, le nommé D..., qui présentait tout à fait les différents points de la description que donne M. le D' Laurent.
V. — La tête est penchée sur la poitrine, elle cède aux efforts que l'on fait pour la redresser, mais immédiatement, quoique avec lenteur, reprend sa position primitive si l’on cesse de la maintenir. La figure est pâle, le teint grisätre, les sourcils rapprochés, leurs angles internes élevés et leur direction oblique, les paupières abattues et légèrement gonflées, le regard terne et fixé à terre; la
4, Physionomie des aliénés, in Ann. médico-psych., 1863, p. 180.
vs
ce
bouche, entr’ouverte par la chute du menton, laisse écouler la
salive. Le malade ne prend aucun soin de sa personne, on le lève, on l’habille, on le couche, on le fait manger. À un moment donné,
l'onaëté obligé d’avoir recours à l'alimentation forcée qu'il subissait sans aucune protestation, et qu'on a dû continuer pendant plusieurs semaines de suite. Presque toujours debout, quelquefois assis, il reste des heures entières sans changer de place, sans faire aucun mouvement, les bras ballants, les mains gonflées et violettes par
suite de la stase sanguine. Vers la fin de sa maladie, il gâta. Le
malade n’a point présenté, pendant les quelques mois que nous
l'avons observé, ni hallucinations, ni illusions, ni période d’exci-
tation. Il se livrait plusieurs fois par jour à la masturbation.
C'étaient d’ailleurs les seules émotions qu'il se permit.
L'amaigrissement devint de jour en jour plus considérable, les pommettes saillantes prirent une teinte plus foncée que le reste de la figure devenue bistre, plombée et le malade dut s’aliter.
Il prit une attitude dont il ne se départit point, couché sur le côté, replié sur lui-même, et son immobilité fut cause d’escarres qui contribuèrent à augmenter son mauvais état général.
Enfin, il mourut et nous avons constaté à son autopsie une tuberculisation très avancée des deux sommets pulmonaires.
En dehors de ces symptômes, le lypémaniaque présente une perversion plus grande des sentiments affectifs que dans la manie. C’est souvent cette modification du caractère qui frappe la première l'entourage de ces malades.
Dans la lypémanie simple, c’est-à-dire sans délire, l’expression varie peu et conserve, principalement à la période d'état, les caractères que nous avons décrits dans l’observation V.
On ne constate aucune fausse conception. Au début, les malades conservent une appréciation assez nette de leur position, ils la déplorent, ils .se lamentent sur leur impuissance, et cependant ils sont inertes, non seulement incapables de secouer leur torpeur, mais encore ils opposent une force d'inertie invincible à tous ceux qui essayent de les faire sortir de leur immobilité. |
Plus tard, ils subissent leur état avec résignation et perdent peu à peu la notion de leur situation.
A côté de la mélancolie sans délire, il existe une autre forme où les idées délirantes sont remarquables par leur ténacité, leur nombre, leur fécondité.
C'est au début une idée fixe, de nature triste, qui s’implante dans l'esprit, gagne peu à peu du terrain et finit par envahir l'intelligence en communiquant à toutes les conceptions une nuance triste, uniforme.
Des hallucinations et des illusions se surajoutent au délire. Les malades passent alors de périodes d’excitation à des périodes de dépression, suivant que telle ou telle idée domine.
Leur physionomie traduit les modifications de leurs émotions. Tantôt ils se croient poursuivis, persécutés, empoisonnés.
Leurs traits sont grippés, contractés, exprimant l’anxiété et la souffrance; leur agitation se manifeste sous forme de paroxysme avec cris, lamentations; leur visage exprime la terreur que provoquent les hallucinations, ou la colère, ou les pleurs, tous sentiments violents qui se traduisent par les mêmes mouvements physionomiques que chez l’homme sain.
. Tantôt leurs idées sont tristes, accablantes, et la dépression domine, à tel point que Pinel confondait cette forme avec l’idiotie. C’est la mélancolie avec stupeur.
Tantôt ils se croient morts: on les voit alors muets, les yeux fermés, immobiles dans le décubitus dorsal; ils refusent de manger, protestent de leur existence, leur visage est immobile, figé dans une expression de souffrance terrible, bien en rapport avec leurs hallucinations et leurs illusions.
Souvent ces malades attentent à leurs jours, veulent mourir, fuir à tout jamais cette situation désespérante et ces chagrins qui les minent. Ils se mutilent, et nous avons vu, à
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l'asile de Vaucluse, un mélancolique se déchirer les bourses et s’extraire un testicule, en présence d’un gardien qui ne s’est aperçu du fait qu'en constatant du sang près du malade. Rien, pas un cri, pas même un soupir n'avait attiré son attention.
Autant l'activité vitale semble diminuée chez les mélancoliques, autant elle est exubérante chez le maniaque et l’alcoolique. Ces deux catégories de malades ont ce point de commun qu'ils sont toujours en mouvement, mais combien varie leur type physionomique !
Le maniaque, au début, peut présenter des symptômes de tristesse, d’appréhension vague; mais bientôt apparaît le caractère fondamental du trouble mental.
Les idées se succèdent avec une rapidité remarquable, sans ordre apparent, mais, Comme le fait remarquer Falret!, « cela tient à ce que le travail de la pensée est plus rapide que sa manifestation, et à ce que beaucoup de chaînons intermédiaires échappent à l'observateur. Il y a presque toujours, dans ce pèle-mèle apparent, un ordre caché qu'il faut rechercher, et qu’une observation approfondie fait souvent découvrir. » à
Cette exubérance de pensées, cette cohue d'émotions se traduisent à l'extérieur par une agitation continuelle, souvent généralisée à tous les membres.
Les malades causent, rient, crient, déclament, injurient, courent, s’habillent, se déshabillent, déchirent leurs vêtements et les différentes parties de leur literie. Ils frappent, brisent, et tout cela, sans apparence de but, de discernement.
Nous ne croyons pas que ces actes n'aient comme raison d'être qu’un besoin automatique d'activité. Ils nous pa-
- 4, Leçons de clinique mentale, p. 233.
ne
raissent plutôt être sous la dépendance d'idées et d’émotions.
Leur physionomie varie suivant les différents mouvements qu’ils exécutent, et comme elle traduit un sentiment et qu’elle est toujours en rapport avec l’acte commis, il nous semble que ces malades doivent agir avec un mobile. Mais la rapidité, l'inconstance, la variété infinie de leurs pensées, l'instabilité de leur état d'esprit, ne nous permettent pas de nous expliquer leurs actions. Elles nous paraissent illogiques, alors qu’elles doivent être le contraire, au moins pendant l'instant où elles sont commises.
Cette suractivité intellectuelle s'accompagne d’un retenüssement physique considérable. Ces malades sont couverts de sueur, leur face est vultueuse, le plus souvent congestionnée, leurs yeux rouges et saillants, leurs traits mobiles et contractés.
Leur salivation est abondante. On constate des battements insolites dans les artères.
Remarquons qu'à l'état normal un homme qui vient d'accomplir une grande course, qui vient d'achever un travail pénible et long ayant demandé une grande rapidité et un grand surmenage physique, se présente à peu près dans les mêmes conditions aux yeux de l'observateur.
On peut lire sur le visage des aliénés maniaques bien des émotions qu'ils ressentent, preuve qu'ils les manifestent comme l’homme normal,
Il y a cependant chez ces individus des troubles généraux qui sont du ressort du déséquilibre de leurs fonctions digeslives souvent atteintes, tels l’enduit pultacé qui recouvre les lèvres, la sécheresse des cheveux et, plus tard, l’amaigrissement, le teint blême, blafard.
À côté des pensées et des émotions de l’aliéné maniaque, s'installent des hallucinations de toutes espèces, principalement de la vue et de l'ouïe, quelquefois de l’odorat et du