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goût. Ces hallucinations provoqueront des physionomies diverses comme celles que nous avons étudiées au chapitre que nous leur avons consacré.
L'alcoolique, quoique toujours en mouvement, ne se présente pas sous le mème aspect que le maniaque.
Ses idées ne sont pas nombreuses, ne se succèdent pas avec rapidité. Mais ce qui domine chez lui, ce sont les hallucinations, principalement celles de la vue et les troubles de la sensibilité générale.
VI.— Le malade F.., que nous âvons examiné à l’infirmerie spé- ‘ ciale du Dépôt, dans le service du D’ Paul Garnier, entre dans le cabinet du médecin, salue avec bienveillance et courtoisie, et s'assied. Bientôt il se lève, croit sans doute nous reconnaître et vient nous serrer la main. Si quelqu'un entre, il fait de même, va audevant de lui la main tendue.
Il a du tremblement très prononcé de la tête et des lèvres. La peau est couvertede sueur el luisante.Ses mains sont, elles aussi, atteintes de tremblement et sont en continuel déplacement. Il touche la table et croit qu’elle est mouillée, il retire alors sa main et l’essuie. De temps en temps, il s'interrompt dans sa conversation, détourné par une hallucination, soit de l’ouie et nous dit : « Je suis allé au concert, entendez-vous la musique », soit par une hallucination de la vue. Il s'approche alors de la table du médecin et, d’un air interrogateur, semble parcourir le dossier, car il prétend qu'on lui a fait un geste, un signe pour lui dire de regarder. Puis, en proie à une hallucination simultanée de la vue et du tact, il croittrouver des centimes sur la table et les range, Dans sa cellule, il est accroupi et cherche dans les matelas, ou il est levé et gratte après les murs, il est très préoccupé d'enlever des fils, des taches après ses habits.
Dans la journée, du moins, ce malade n'a pas d’hallucinations terrifiantes. Il est gai, plein d'entrain, d'excellente humeur et se trouve très bien dans sa cellule.
Mais le facies le plus varié qu'on puisse rencontrer dans les différentes affections mentales, est celui de la paralysie générale, où toutes les émotions se produisent avec assez de
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lenteur et de durée pour qu’on puisse les examiner. Nous établirons plus loin la différence qui existe entre la mimique du paralytique et celle des autres aliénés.
Est-il utile, ici, de rappeler les descriptions magistrales qui ont été tracées à ce sujet? Que pourrions-nous y ajouter?
Faisons remarquer cependant que le paralytique général est un affaibli mental et physique bien plutôt qu’un aliéné.
Le symptôme physique primitif de la paralysie générale consiste dans le tremblement des commissures des lèvres et des angles externes des yeux. L’agitation continuelle de la paupière inférieure, le tremblement des muscles grands zygomatiques sont des signes pathognomoniques de la première période.
Le paralytique n’a pas d’hallucinations mais des illusions. Il est incapable d’assembler ses idées, elles n’ont plus d’enchaînement ni apparent ni caché. Il est inconscient dans ses actes. Il passe successivement de la tristesse la plus profonde à la joie la plus grande, sans cause et sans ressentir aucune émotion. Ces malades n’ont pas le pouvoir de diriger leurs idées, et, plus tard, arrivés à la période finale de démence,
-ils perdent même la faculté de penser. Ils vivent alors de la vie végélative. Ils sont paralysés des muscles comme des idées, et leurs mouvements physionomiques s’en ressentent. Leurs émotions sont exprimées maladroitement, par des muscles trop faibles et mal gouvernés. C’est done chez ces malades que nous trouverons ce que nous pouvons appeler les « fausses mimiques », car il y aura dissociation, lenteur, excès ou insuffisance dans leurs expressions physionomiques. Ce n’est pas à l’aliénation que tient cette discordance mais à l’incapacité musculaire et intellectuelle.
Le tremblement des lèvres, qui existe chez l’alcoolique avant qu'il ne parle, n'existe, pour ainsi dire, chez le paralytique, que quand il veut parler.
Les troubles d'ordre général, qu’on constate chez les
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maniaques, et qu’on peut constater chez les paralytiques, tiennent chez ces derniers à une congestion passive de toute l'extrémité céphalique.
Tels sont la dilatation et l'aspect variqueux du réseau capillaire de la figure; les pommettes sont rouges, la face vultueuse, la nuque, le cou, les oreilles et le cuir chevelu très injectés, bien qu'il n'existe aucune élévation de température de la peau.
Ils ont aussi d’autres troubles de nutrition, principalement vers la fin de leur existence.
L'attitude du mélancolique avec visage atone, la tête penchée, les paupières baissées et le regard fixe se retrouve à peu près chez le paralytique, mais ces phénomènes ont d'autres causes. La tête est baissée chez ces malades parce que les muscles sont insuffisants à la soutenir. S'ils sont contracturés, et ils peuvent l'être, on les voit, dans certains, la tète rejetée en arrière. Le masque est immobile parce que les muscles ont perdu leur motilité. Leurs yeux peuvent être immobiles, mais leur regard n’a aucune signification. Ce sont presque des aveugles mentaux.
L'aliéné présente, comme nous l'avons vu, une physionomie bien spéciale suivant la variété de son trouble mental.
Nous ne pouvons pousser cette étude dans toutes les divisions de la pathologie psychique où nous retrouverions les mêmes facies, puisque nous trouverions les mêmes émotions, groupées, il est vrai, dans un ordre différent, survenant à des époques variables, tantôt plus intenses, tantôt plus effacées, parfois absentes. Puisque chaque sentiment s'exprime par une physionomie, aussi bien chez l’homme aliéné que chez l'homme sain, nous serions obligé, au lieu de tracer des tableaux d'ensemble comme nous l'avons fait pour les grandes divisions de l'aliénation, nous serions obligé, dis-je,
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de recommencer ici l’étude que nous avons faite au chapitre précédent.
L'analogie nous paraît donc complète entre les physionomies de l’homme sain et de l’aliéné, exprimant un même sentiment; toute question d'intensité ét d’à-propos mise à part.
Nous ne sommes donc pas de l’avis de M. le D’ Laurent qui conclut, après un travail très intéressant publié dans les Annales médico-psychologiques : « Suivant mes propres observations, le type de l’aliéné en général se reconnaîtrait à ce que le centre d’action oculaire et du centre d’action buccal n’est pas en harmonie » ; et plus affirmatif encore, il ajoute : Cil n’est aucun cas d’aliénation mentale où l’on ne puisse démontrer la dyssimétrie que nous avons indiquée. »
Nous n’admettons pas non plus la conclusion de l’expérience de Lavater qui propose que l’on prenne trois portraits différents, que l’on divise la face en trois parties horizontales répondant : la première, au front; la seconde, au nez; la troisième, à la partie inférieure depuis le nez jusqu’au menton; que l’on remplace dans le premier portrait la porton nasale par la portion nasale du deuxième, la partie inférieure par la partie correspondante du troisième; on obtiendraitimmanquablement la physionomie d’un homme insensé. Il en conclut que la figure de l’aliéné offre un défaut d’harmonie manifeste.
À notre avis, ce n’est pas un facies d’aliéné qu'on obtiendra (à moins qu’on entende par aliéné, l’idiot, l’imbécile, dont les facultés intellectuelles n'ont jamais existé ou bien sont restées rudimentaires), mais une grimace, une mimique voulue, c’est-à-dire une physionomie ne correspondant pas à un sentiment.
Comme à l’état normal, l’aliéné peut exprimer une émolion même très vive par un minimum d'éléments physionomiques. Et on peut le constater souvent au début des affec-
tions ou dans certains cas où le malade se retient, se modère comme dans la mélancolie.
Les parents d’un aliéné indiquent très bien au médecin que le malade a quelque chose d’insolite dans le visage, quelque chose qu'ils ne peuvent précisément définir, mais qui leur paraît extraordinaire. C’est pour cela que le D: Damerow!', dans son article sur la mimique et la physionomie, insiste pour que l’on consulte la famille sur le retour de la physionomie à l’état ordinaire.
Ce conseil est fort judicieux, et doit être mis à profit.
Ce « quelque chose d'insolite, d'indéfinissable », est-il forcément de l’asymétrie, de la désharmonie? Nous croyons que non; mais ce qui est insolite et incompréhensible pour les parents, c’est de voir changer le caractère, l'attitude, la physionomie de leur malade, sans pouvoir en connaître ni en trouver la cause.
Devenant aliéné, ses pensées changent, ses préoccupations sont d’un autre ordre, lui-même souvent ne s'explique pas ces modifications qui se passent en lui; et naturellement, il exprime les nouvelles pensées, insolites, inattendues, par la mimique correspondante qui les fait connaître et surprend.
Suivant Ch. Lebrun, premier peintre du roi Louis XIV, le sourcil est la partie du visage où les passions se font le mieux connaître. Dans la physionomie de l’aliéné, le sourcil donne de précieux renseignements.
Chez l’aliéné mélancolique, les sourcils sont presque constamment obliques par rapprochement et élévation de leurs extrémités internes.
Cette direction des sourcils influe sur la forme de la paupière supérieure à laquelle elle donne une courbure très particulière.
On voit encore cette disposition dans le désespoir et la