OBSERVATION X
Chondro-sarcome du poumon secondaire à un sarcome costal. Pneumectomie partielle pratiquée à deux reprises. Guérison. (W. MuLLer, fn Deutsche Zeitscrift für Chirurgte, 1893, et Cenrralblatt
für Chirurgie, 1894).
Homme de 24 ans, entre à Phôpital d’Aix-la-Chapelle en
novembre 1888. Il porte sur le côté droit une tumeur à
Ho
marche lente dont le début remonte à quatre ans, tumeur occasionnant des douleurs intercostales fréquentes sans préjudice pour le bon état général. La tumeur occupe l'espace compris entre la quatrième et la septième côtes; elle est arrondie, étalée, du volume de la paume de la main. À la palpation elle est dure, adhérente aux côtes sous-jacentes et remplit les quatrième, cinquième et sixième espaces intercostaux. On la suit en avant jusqu’au sternum, en arrière jusqu’à la ligne axillaire antérieure. La peau n’est pas adhérente.
Le cœur n’est pas déplacé. Rien d’anormal à l'examen du médiastin. Les ganglions axillaires ne sont pas gros et la tumeur n’a aucune connexion avec les ganglions de la paroi thoracique.
Première intervention le 14 novembre 1888 :
La tumeur est mise à nu après dissection d’un lambeau de peau de l'étendue de la main à convexité inférieure; on constate alors que la tumeur adhère solidementaux quatrième, cinquième, sixième, septième côtes ; le développement de la tumeur est surtout intra-thoracique. Résection sous-périostée de la quatrième côte sur 10 centimètres de longueur; cinquième côte sectionnée au niveau de la ligne axillaire antérieure ; la plèvre très amincie à ce niveau sé crève : une inspiration d'air; on tamponne à la gaze la petite ouverture.
La cinquième côte étant le véritable point de départ de la tumeur, on la sectionne au niveau de son insertion sternale : nouvelle déchirure de la plèvre. On résèque 4 centimètres de la sixième côte et la plèvre adhérente. On peut alors soulever la tumeur et la portion du poumon qui y adhère. Le lobe inférieur tout entier fait corps avec le néoplasme sur une étendue de 9 centimètres de long sur 3 de large. Une forte traction sur la tumeur pédiculise en quelque sorte la masse pulmonaire. On procède à la résection de cette dernière maintenue hors de la plaie par un assistant. Une forte pince est placée en tissu pulmonaire sain; un double fil de catgut introduit au-dessus sert à faire la ligature en chaine et la tranche de section large de 3 centimètres et haute de 9 centimètres est fermée par un surjet au catgut.
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Le poumon abandonné s’affaisse d’où collapsus inquiétant : pâleur, défaillance du pouls et arrêt de la respiration. Il est saisi, amené au dehors, ce qui lui permet de reprendre ses mouvements. Aussi longtemps que le poumon fut maintenu fixé dans sa position d'inspiration, aucune menace de syncope ne se fit sentir. On pratique les sutures de la peau; celles-ci terminées, le poumon fut reliché à nouveau : la respiration devint faible et le patient, très pâle. Légère ouverture ménagée à la peau au cas où un drainage serait ultérieurement nécessaire.
Durée de l’opération 1 h. 1/2.
Réveil du malade une 1/2 heure après l’intervention ; pouls fréquent mais fort, difficulté pour respirer, trois jours après l’intervention, le pouls bat entre 94° et 104°, la dyspnée persiste, la température ne dépasse pas 37° 3.
Au troisième jour, la température du matin = 349. On fait le premier pansement: 200 grammes de liquide séro-sanguinolent s'écoule après ablation du tampon de gaze. Oscillations entre 38°2 et 39 jusqu’au sixième jour ; lesexsudats fibrineux de la plaie pulmonaire adhérant à la plaie cutanée l’expliquent sufhsamment.
Au dixième jour, fermeture de la plaie, le malade quitte son lit. Depuis cing jours, le murmure vésiculaire s'entend assez fort jusqu’à la neuvième côte, sans râles. Départ au bout de trois semaines ; le poumon a repris ses limites normales au voisinage du foie; le murmure s'entend vers la dixième côte. Au bout de cinq semaines, reprise du travail ; augmentation de poids.
Au commencement de mars 1891, le malade vient nous montrer un petit noyau développé dans la cicatrice, ayant apparu depuis quelques semaines. Ce noyau de récidive a le volume d’un œuf de pigeon ; ilest bien encapsulé, libre et mobile sous la peaw et sur la plèvre sous-jacente.
La tumeur est enlevée avec un morceau de la plèvre; le poumon sous-jacent ne présente aucune nodosité, fermeture de la plaie en huit jours.
Le malade a été revu en février 1893 soit cinq ans après la première intervention. Le bruit respiratoire est normal ; aucun signe de récidive. Le malade a augmenté de quatre livres.