‹ Contribution à l'étude de la polyurie prétuberculeuseChapitre 33 sur 33 · ES AN · texte numérisé non relu

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tuberculeuse reste vrai si l’on s'en rapporte aux résultats de l'examen physique. Toujours nous avons trouvé des signes physiques très peu nets ou même absolument nuls. Ce n’est qu'au bout d’un certain temps qu'en suivant le malade on assistait à l’évolution d’ailleurs fort lente des signes physiques. Le diagnostic était surtout assuré par l'examen bactériologique des crachats.

Marche. Durée. Terminaison.— Nous n'avons pu suivre les malades assez longtemps pour faire ce chapitre aussi complet que nous l’aurions voulu. Le premier malade a cependant élé suivi pendant près d’un an, mais étant donnée la durée des polyuries en général, il faudrait pouvoir suivre un malade pendant plusieurs années.

Tout ce que nous pouvons conclure de nos trois observations, c'est que la polyurie après avoir débuté avec grand fracas et grande abondance au point d’épouvanter parfois le médecin, va peu à peu en diminuant. De même l'état géné-

‘ral du malade, assez grave dans les premiers mois, s'améliore vite et même plus vite que la polyurie. Enfin au bout d’un intervalle qu'on peut évaluer à 6 mois environ, la polyurie tombe en général de 2 à 4 litres et le malade se sentant vigoureux sort sur sa demande. Est-il guéri ? En aucune façon. Il reste tuberculeux, mais si à son départ on examine ses poumons, on constate que les signes physiques ne sont guère plus avancés qu’au début. La tuberculose en pareil cas présente 3 caractères un peu spéciaux : 1° l'absence à peu près complète de sueurs nocturnes.

2° L’abondance des hémoptysies (peut-être s'agit-il d'une

simple coïncidence).

3° Enfin sa marche extrèmement torpide.

Pronostic. — À l'exemple de M. Albert Robin nous conclurons de tout ceci que le pronostic est favorable. La polyurie, lorsqu'elle n’est pas trop abondante est une voie d’élimination précieuse. Il semble que dans tous ces cas l’organisme soit intoxiqué avec une violence particulière et que la polyurie en lavant en quelque sorte l’organisme et le débarrassant des poisons qu'il renferme constitue un puissant moyen de défense. -

Nous porterons donc un pronostic bénin pour le malade.

Diagnostic. — Nous sommes en présence d’un polyurique, dans quel cas pouvons-nous craindre l'invasion de la tuberculose ? Tout d’abord il faut s'assurer qu'on a bien affaire à une polyurie simple, le seul cas que nous ayons à envisager ici. Pour cela on examinera les urines, on recherchera la présence du sucre de l’albumine ; on s’assurera qu'il n'y a pas d’azoturie. Ceci posé, loutes ces recherches ayant été négatives, deux cas peuvent se présenter, ou nous avons affaire à une polyurie datant de plusieurs années, ou la polyurie est récente.

1® Cas. — La polyurie est ancienne. — La plupart des au-

teurs les plus récents s'accordent à dire qu’en pareil cas la tuberculose est une complication fort rare. Cependant si le malade maigrit et perd ses forces, si l’appétit disparaît, on devra redouter une complication. C’est alors surtout qu'il faut soigneusement examiner les urines particulièrement au point de vue de l’excrétion des matériaux salins. Dans un mémoire récent, M. Albert Robin vient d'appeler l'atten-

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üon sur ce fait que le rapport des matériaux inorganiques aux matériaux solides de l'urine est constamment augmenté au début de la tuberculose pulmonaire. M. Albert Robin a donné à ce rapport le nom de coefficient de déminéralisation. Chez un polyurique dont la nutrition fléchit et dont le coefficient de déminéralisation s'élève on devra donc redouter et chercher à prévenir l'invasion de la tuberculose. Cette conclusion est en rapport également avec les travaux de M. le D' Gaube (du Gers) qui a démontré que chez les tuberculeux en général cette déminéralisation précède ordinairement l’éclosion de la tuberculose.

2° Cas. — La polyurie est de date récente. — On devra d’abord rechercher dans les commémoratifs les causes connues de polyurie. La maladie est-elle survenue à la suite d’une lésion du système nerveux, d’une contusion de l’encéphale ou d’une chute ou contusion grave ?

Sommes-nous en présence d'un cas de polyurie hystérique avec ses deux grands signes signalés par Ehrhardt : diminution de la polyurie par suggestion, présence des chlorures en excès dans l’urine en dehors de toute cause alimentaire. On devra rechercher enfin s’il n°v a pas d’antécédents héréditaires. La polyurie héréditaire est fréquemment signalée dans les observations et dans le Lancet 1892, Mac Ilraith en signale 3 cas remarquables.

Ayant éliminé toutes ces causes de polyurie nous devons nous demander si nous ne nous lrouvons pas en présence d’un cas de polyurie prétuberculeuse. Vu le petit nombre de nos observations, nous ne pouvons encore assurer qu’on pourra faire un diagnostic ferme ; ce ne sera évidemment

qu'un diagnostic de probabilité. Cependant la violence du dé- DAVID 7

but, l'apparition d’un état fébrile plus ou moins prononcé ou bien la constatation de grandes oscillations de température, la perte brusque des forces et de l’appétit, enfin d’une façon générale la prostralion du malade devront nous faire penser que nous ne nous {trouvons pas en présence d’un cas de polyurie ordinaire, Le diagnostic deviendra de plus en plus probable si à ces signes se joignent les symptômes de congestion rénale avec douleurs lombaires et présence de globules sanguins dans l'urine, si enfin l'analyse de l’urine montre un coefficient de déminéralisalion supérieur à la normale. Tous ces signes devront attirer l'attention du médecin et lui faire rechercher soigneusement la tuberculose pulmonaire, soit par l’auscultation et la percussion, soit par la bactériologie. Si cette recherche reste négative, il devra tout au moins redouter l'apparition de la tuberculose et chercher à la prévenir

par la thérapeutique.

Traitement. — Si la polyurie n'est pas trop abondante et ne fatigue pas trop le malade, on la respectera. On dirigera surtout le traitement contre la tuberculose, ce qui, d’ailleurs, comme en témoigne l'observation n° I, peut être un traitement curatif de la polyurie. Dans aucun cas on ne privera le malade de boissons. Cette tentative a été faite dans la polyurie essentielle et a donné des résultats fâcheux. D'ailleurs on n'a qu'à se reporter à l'analyse d'urine de Pobservation Il et à juger quelle fâcheuse influence peut avoir la privation de boissons chez un individu dont l’organisme est encombré de matières extractives très toxiques. La polyurie, au contraire, est ici salutaire et il faut la respecter. Si la polyurie prend des proportions trop considérables au point que le malade

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ne fait plus que boire et pisser il faut chercher à la diminuer et ici les traitements sont nombreux, comme, d'ailleurs, dans tous les cas où il n'y èn a pas un de vraiment efficace.

On a essayé la révulsion cutanée avec le jaborandi (Laycock et Lucas), les bains froids, les frictions sèches, l’onction avec l'huile de croton sur la région lombaire.

La révulsion intestinale a été tentée avec les purgatifs drastiques, scammonée, jalap, calomel jusqu’à salivation (Fleury).

Puis viennent les préparations agissant sur le rein. Ergot de seigle, strychnine, térébenthine, copahu, baume de tolu, acétate de plomb (Kirby), noix vomique (Trousseau), sulfate de fer (Hanckroth).

Les meilleurs médicaments sont ceux qui agissent sur le système nerveux, narcotiques, antispasmodiques et enfin l’électricité.

L'opium en extrait ou la morphine a donné de bons résultats. Parmi les antispasmodiques citons la belladone préconisée par Guéneau de Mussy, le castoreum, le camphre, l’assafétida. La valériane entre les mains de Trousseau et après lui de Reith et de Bradbury aurait donné de très bons résultats. M. le professeur Bouchard a été moins heureux. Une dose de 8 grammes de valériane par jour a pu diminuer lurée chez son malade, mais non la polyurie. Trousseau il est vrai donnait de 10 à 30 grammes d'extrait de valériane par jour, mais à cette dose on arrive très vite à l'intolérance gastrique et on est obligé de suspendre le traitement.

Seidel par l'électricité a guéri en 3 mois une jeune fille qui urinait de 8 à 9 litres. Il appliquait un pôle à la région lombaire, l’autre sur l’abdomen.

M. Lefort a obtenu aussi par ce traitement une guérison

à peu près complète. Mais M. Lécorché a été moins heureux.

Plus récemment l’antipyrine a donné de très bons résultats dans certains cas. |

Malgré tout nous conclurons avec M. Lécorché (Traité du diabète): « Si les différentes espèces de traitement qu'on à tour à tour préconisées ont donné d’heureux résultats, on est forcé d’avouer que ces résultats ont élé parfois de courte durée, que parfois, et le plus souvent même ils ont été tout à fait nuls, ou n’ont consisté qu'en des modifications insignifiantes.

Chez nos malades voici les traitements qui ont été employés.

Chez le premier, l’ergotine, l’antipyrine, la belladone et l'extrait thébaïque ont été employés tour à tour avec un insuccès complet. La polyurie a cédé peu à peu lorsqu'on à essayé de traiter la tuberculose avec l'extrait de feuilles de noyer et les pilules à l’arséniate &e soude et à l’iodoforme. Le mème traitement, associé à la médication ferrugineuse, a également donné de bons résultats chez notre 2° malade.

Chez le 3°, l’antipyrine, l’ergotine et l'extrait de valériane employés tour à tour ont fait tomber la polyurie de 44 litres 300 à 3 ou 4 litres. Quelle sera notre conclusion thérapeutique. Des études faites sur le second malade, le plus récemment et le plus complètement observé, il nous semble qu'il faut voir surtout dans la polyurie ou tout au moins dans la forme de polyurie qui nous occupe, le résultat d’un trouble particulier de la nutrition, trouble dû iei à l'envahissement de l’organisme par le bacille de Koch. Ce trouble consisterait surtout en un ralentissement des oxydations et en une déminéralisation de lorganisme. Il nous semble que

cest surtout Se cette déminéralisation et non dans la po- € Iyurie en elle-même qu'est le péril. Nous conclurons donc <e + D avec M. Ab. Robin qu'il faut:

é re «4 Diminuer l'aptitude de Porganisme à la déminérali- Pipe; sation; | :

: © 2° Lui rendre sous une forme facilement assimilable les ne minéraux qu'il perd en excès ».

U nous : semble que dans cette voie les recherches pour- raïent conduire à des résultats favorables.

CONCLUSIONS à

1 — Il existe une véritable polyurie prétuberculeuse + quelquefois phosphaturique, le plus souvent simple, qui peut À

atteindre des chiffres considérables et provoquer des accès de congestion rénale.

« Il. — Les signes distinctifs sont un début brusque et . quelquefois fébrile, une fièvre plus ou moins forte l’accompagnant ordinairement, l’arrivée rapide ou mème la coïncidence de la tuberculose, enfin l'augmentation du coefficient de déminéralisation de l'urine.

II. — Son pronostic est plutôt favorable et on doit res- | pecter cette voie d'élimination lorsque son abondance ne fatigue pas trop le malade et ne provoque pe d'accès de con-

> qui du rein. ; es NE — Le traitement doit s'adresser d'abord à l’état généee ral cause de la polyurie. Si la polyurie persiste trop abondante on emploiera l’antipyrine, la valériane et l’ergotine.

= | Le Président de la thèse, 3 “AG: POTAIN: f Vu :

Le Doyen, BROUARDEL.

RATES Vu et permis d'imprimer:

ou Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, Re “GRÉARD.-

ce : EN AE mp. GC Saint-Aubin et Thevenot, St-Dizier, — J. Thevenot, Successeur.

Ter =. 7 ee PRRRT OS a A

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