TE
Dans la méningite tuberculeuse, au contraire et en général dans tous les processus chroniques il a son aspect normal, sans qu’on puisse en donner nettement les raisons.
Mais hätons-nous de dire que ces résultats sont ceux qu'on a le plus généralement observés, car dans un certain nombre de cas de méningite cérébro-spinale, relatés par Heubner-Troisier, Stadelman, le liquide sous-arachnoïdien était parfaitement clair. Widal rapporte d'autre part, douze cas de méningite tuberculeuse, où le liquide se présenta légèrement louche et même sanguinolent.
En dehors de la présence de pus dans le liquide cérébro-spinal, on peut encore constater celle du sang. Ce cas peut se rencontrer dans toute hémorragie du névraxe à siège sous-dure-mérien, que l’hémorragie soit d'ordre médical ou chirurgical, ait une origine cérébrale, médullaire ou méningée. Le liquide présentera alors ou une coloration franchement hémorragique, ou bien une coloration rose, ou enfin une coloration jaunâtre, jaune verdätre (c'est là le chromodiagnostic).
D'une façon générale, on pouvait déja conclure qu'une teinte franchement rouge indiquait une hémorragie récente, qu’au contraire une tente rosée ou jaunàtre était en faveur d'un processus hémorragique ancien.
Mais Tuffier et Milian nous apportent à ce sujet des signes d’une grande précision :
1° Le sang provient d'une hémorragie antérieure du
névraxe, s'1l apparait avec une teinte uniforme dans
no les trois tubes ayant servi à le recuerllhir au cours d’une même ponelion.
»° Si le sang coagule au sein du liquide, ce sang est de provenance accidentelle. S'il ne coagule pas, 1l a séjourné antérieurement dans le liquide céphalo-rach1dien.
Sicard ajoute role sang exlravasé antérieurement présente toujours pendant l’écoulement une coloration plus foncée que celui qui s’est mélangé extemporanément au liquide céphalo-rachidien. »
Celle méthode diagnostique intéressante n'est pas absolue ainsi que le rapportent un certain nombre d'auteurs ; et si l'on peut conclure à l'existence d’une hémorragie du névraxe par la coloration sanguinolente du liquide céphalo-rachidien, 1l faudra se garder par contre d'en affirmer l'absence en cas de chromo-diagnostic négatif.
Grâce à celte méthode, on à pu encore déceler la présence d’un pigment dérivé dans le liquide céphalorachidien, au cours des ictères chroniques (Widal Sicard, Ravaut).
Dans les fractures du crane, de diagnostic difficile, la ponction lombaire est encore appelée à rendre de grands services au clinicien en lui montrant le liquide céphalo-rachidien Leinté de sang. Cette teinte hémorragique s'explique par ce fait que presque toujours, dans les fractures de la base, 1l y a ouverture des espaces sous-arachnoïdiens. Sans doute, ce signe pas plus que les autres n'a une valeur absolue et, si l’hémorragie est légère, on conçoil aisément qu'il puisse y avoir frac- Lure, sans que le liquide soit coloré.
Quantité. — La quantité du liquide céphalo-rachidien présente dans les affections des méninges de grandes variations.
On peut s’en rendre compte par les différentes quanülés de liquide retirées par ponclion.
Concetti dans vingt et un cas de méningiles non bactériennes, dont seize avec hydrocéphalie, de 70 à 120 centimètres cubes.
Furbringer, de quelques centimètres cubes à 110 dans 30 cas de méningite cérébro-spinale.
Huber, 40 centimètres cubes dans une méningite cérébro-spinale à méningocoque.
Dana, 60 dans une méningite séreuse alcoolique.
Boinet et Raybaud, 2 centimètres cubes dans une méningite cérébro-spinale.
Rendu, 25 centimètres cubes.
Wolf, 10 à 30 centimètres cubes dans une ménimgite cérébro-spinale à méningocoque.
D'une façon générale, on peut dire d’ailleurs que les quantités retirées dans la méningite tuberculeuse, la paralysie générale ou le tabes, sont comprises entre quelques gouttes el 20 centimètres cubes, Nous venons de voir au contraire que dans les processus aigus les quantités sont plus abondantes.
Si de si grandes quantités peuvent ètre ainsi relirées sans inconvéments (cas chirurgicaux), c'est que la reproduction du liquide est très rapide dans certains cas, peut-être à cause de l'intensité de lirritation méningée. Il ne faudrait pas pourtant, se basant sur ces faits, retirer des quantités inconsidérées de liquide ou faire comme Furbringer de l'aspiration,
L'innocuité de la soustraction sera absolue, si,comme le pratique Nelter, on adapte au pavillon de l'aiguille une seringue de Luer et qu'on suspende la ponction au moment où le piston à glissement très aisé n'est plus repoussé par le liquide qui s'échappe. Et ceci nous amène à parler de la pression.
Pression. — La plupart des auteurs Quincke, Fi urbringer, Krôünig, Naunyn et Schreiber, qui ont étudié la pression Te les processus méningés aigus l’ont trouvée augmentée. Mais comment l’évaluer, comment savoir s’il y a hypertension? Au premier abord, sembletil, en se basant sur la quantité de liquide recueillie dans l'unité de temps ; mais il est facile de constater que la rapidité d'écoulement est fonction du diamètre de la canule; en dehors de ce facteur principal elle peut encore être ralentie par l'obstruction partielle de l'aiguille. Il faut donc conclure avec Pfaundler que la quantité écoulée n'a aucun rapport fixe avec la quantité réelle du hiquide céphalo-rachidien.
La pression devra donc être mesurée, si on veut être préeis, à l'aide d’un procédé manométrique. On pourra mettre l’orifice de la canule en communication avec un tube de verre fin et long disposé verticalement, ouvert à son extrémité supérieure. La hauteur à laquelle montera le liquide en mesurera la pression. Cette derbière pourra présenter des modifications pendant la poneüon : l'échappée du liquide augmente dans les mouvements du malade, la toux et les efforts.
Les méthodes d'évaluation de la pression ont, on le voit, peu de précision. Jusqu’alors, on n’a encore à ce sujet que la notion générale d'hypertension dans les
Ne cas pathologiques. Le caractère pression du liquide ne présente donc pas un grand intérêt diagnostic.
L'hypertension est souvent constatable directement par la ponction lombaire et Pfaundler, qui a étudié systématiquement au manomètre la pression du liquide céphalo-rachidien au cours de l'opération de Quincke dans un grand nombre de méningites tuberculeuses, arrive aux conclusions suivantes :
Dès la première période, la pression équivaut à 48 millimètres de mercure, le sujet étant assis. Or, les chiffres de Krünig pour le sujet normal ne dépassent pas 11 milimètres de mercure dans la position couchée et 20 dans la position assise.
Dans la seconde période, cette pression augmente encore et atteindrait 52 millimètres : elle baisserait ensuite peu à peu et ne serait plus que de 24 millimètres à la troisième période, de 11 millimètres au moment de la mort.
Cette courbe de pression serait caractéristique de la méningite tuberculeuse semblant autoriser l'essai de la ponction dans un but évacuateur pour amender momentanément cerlains symptômes.
Densité. — De la densité du hquide céphalo-rachidien il est impossible de ürer aucune utilité diagnostique, aussi ne la citerons-nous que pour mémoire. Widal l'a trouvée de 1012 dans deux cas: une paralysie générale à la période terminale et un cas d’épilepsie.
Dans les observations de Holmes, on a trouvé dans les premiers jours du traumalisme 1017, chiffre élevé, plus tard 1008, vers l’époque de la guérison.
Cryoscopie. — Nous arrivons maintenant à un carac-
tère beaucoup plus important, très bien étudié par Widal, Sicard et Ravaut : la eryoscopie, c'est-à-dire la détermination du degré de congélation du liquide céphalo-rachidien. Les premières recherches portèrent sur quinze sujets, sains pour la plupart. Elles donnèrent à ces auteurs un point de congélation variant entre — 0,98 et — 0,75.
Ces résultats furent ultérieurement confirmés et 1l est aujourd’hui admis que le point moyen est compris entre les chiffres —- 0,60 et — 0,65, le point cryoscopique du sérum sanguin étant — 0,56. Le liquide céphalo-rachidien est donc hypertonique par rapport à lui et, par conséquent, en état d'hyperosmose.
A l’état pathologique, au contraire, dans les méningites aiguës, on a noté l’hypotonie ou abaissement du point eryoscopique entre — 0,50 el — 0,56.
Cet état d'hyperosmose à l’état normal semble alors avoir surtout pour but de préserver constamment de loute altération les cellules avec lesquelles le liquide sous-arachnoïdien entre en contact.
« S'il en était ainsi, dit Wolf, la quantité de placards endothéliaux desquamés en suspension dans le liquide devrait être proportionhelle au degré d'hypotonie : on en {trouverait de grandes quantités dans la méningite tuberculeuse etles méningites cérébro-spinales, très peu dans la paralysie générale et le tabes, ce qui est contaire aux faits. » Aussi, pour cet auteur, l'hypertonie du liquide céphalo-rachidien a un autre but. Elle servirail à la mécanique des mouvements des centres nerveux. Par sa grande quantité d’eau, sa faible teneur en albumine, le liquide sous-arachnoïdien se trouve
22, En
ètre éminemment propre à parcourir rapidement la cavité crânienne et le rachis. L'eau possède, en effet, le plus faible coefficient de frottement intérieur. Eau, 0,00805. Glycérine, 42,20 ,
Ce qui semble bien confirmer cette manière de voir, c'est que Widal lui-même pense que la tension osmotique n'est pas seule à régler les échanges qui s'opèrent à travers les membranes de l'économie. Il cite comme exemple un cas d'ictère où l'on constata, après la mort, l'existence des matières colorantes de la bile dans le liquide céphalo-rachidien, alors que, pendant la vie, celui-ci n’en avait jamais contenu aucune trace. Et nous sommes 1C1 amenés à reconnaitre, une fois de plus, celle mystérieuse vitalité propre des cellules.
Telle est, brièvement, la cryoscopie du liquide céphalo-rachidien. On a pu se rendre compte du peu d'utilité pratique de cette méthode. Il en est une autre, l’hématolyse du liquide céphalo-rachidien, préconisée par Bard dont l'usage est beaucoup plus à la portée de tous. C'est une application de Ia méthode des globules rouges d’'Hamburger. Elle repose sur la propriété inhérente aux hématies de perdre leur matière colorante, quand on les plonge dans un liquide de tonicité inférieure à celle du sang. Quand l'hypertonie du liquide céphalo-rachidien est normale par rapport au sérum sanguin, l'addition au liquide d’une goutte de sang du porteur ne fait apparaitre, même après centrifugation, aucune coloration dans le liquide qui surmonte le culot. Pour employer les termes propres à l’auteur « le hiquide céphalo-rachidien normal, non seulement ne laque pas à l'état pur, mais encore 1l peut supporter une addition
Ho assez étendue d'eau distillée sans arriver à laquer les globules ; le laquage commence pour une addition de IX gouttes d'eau distillée à X gouttes de liquide cérébro-spinal et ne devient bien net qu'avec X gouttes.
Ce procédé de laquage du sang semble pratique: malheureusement Balthazard fait remarquer, non sans raison « que le phénomène de l’hématolyse est complexe, qu'il a un rapport très vague avec la tension osmolique, certaines substances organiques comme l’urée le produisant même en solution hypertonique. De plus, 1l est des substances, bien étudiées par Bordet el voisines des ferments solubles, qui à l’état de traces amènent l'issue de l'hémoglobine indépendamment de la tension osmotique. Il semble donc difficile de substituer la méthode de Bard à la recherche directe du point de congélation, d'autant que cet auteur compare le liquide céphalo-rachidien d’un malade au sang du même malade et qu’alors intervient la résistance globulaire variable de simple au double d’un malade à l'autre. »
La cryoscopie subsiste donc seule, mais elle apportera des résultats plus scientifiques que pratiques.
Perméabilité méningée. — Reste un dernier point, l'étude de la perméabilité méningée.
Les membranes séreuses de l'économie sont facilement perméables aux sels solubles, introduits dans l'organisme, Les agents d'expérience employés à cel effet (iodure de potassium, bleu de méthylène), les pénétrent facilement de dehors en dedans, à l’état normal. Il en résulte que leur perméabilité est difficilement appréciable et ne peut servir à aucune déduchion pralique. |
Il est loin d'en être de même pour la séreuse arachnoïdo -pie-mérienne. Celle-ci à l'état normal ne se laisse pas pénétrer de dehors en dedans. En effet, on avait déjà constaté que dans la fièvre typhoïde l'agglutinine peut être contenue en grande quantité dans le sérum sanguin et être totalement absente du liquide céphalorachidien. Mais au cours des lésions méningées, l’imperméabilité cesse. Dans plusieurs cas de méningite tuberculeuse, Griffon, Guinon et Simon ont trouvé la perméabilité à l'iodure positive ; Widal, Sicard et Monod donnent des résultats concordants dans la même maladie. Brissaud et Brécy ont aussi signalé le passage de l'iodure dans un cas de méningite aiguë syphilitique.
Par contre, dans deux observalions de méningite cérébro-spinale à méningocoques, Griffon a trouvé la perméabilité négative. IL explique ce fait par la présence de ia couenne résistante provoquée par le méningocoque, adhérente aux méninges et pouvant offrir une barrière plus solide au sel 1oduré en expérience.
Dans plusieurs cas d'urémie nerveuse, Castaigne à constaté la perméabilité à l'iodure de potassium et au bleu. Ce signe permettrait d'établir le diagnoste entre cette première affection et la grande urémie d'origine rénale, dans laquelle l'imperméabilité est toujours complète.
Dans deux cas d'hémorragie ventriculaire, avec teinte jaunâtre du liquide sous-arachnoïdien, l'épreuve de perméabilité s'est montrée positive. Il en résulterait la
possibilité de différencier entre elles les hémorragies
sous-dure-mériennes des hémorragies sus-dure-mé rlennes.
Achard et Lœper ont étudié la perméabilité au ehlorure de lithium, reconnaissable à la belle couleur rouge qu'il donne à la flamme : leurs résultats sont restés négatifs. à
Les troubles de la perméabilité rénale pourraient être en rapport avec l'hypotonie pathologique du liquide céphalo-rachidien, si tout se passait suivant les lois physiques de l'osmose. Mais la vitalité cellulaire sécrétoire s'y oppose ainsi que nous l'avons vu. et les nombreuses observations de Monod viennent prouver la non-coïncidence de ces deux facteurs dans les dittérentes maladies des méninges.
Si nous envisageons enfin la perméabilité de dedans en dehors, nous voyons son existence démontrée par l'expérimentation. En injectant chez des chiens de grandes quantités d'iodure de potassium dans la cavité sous-arachnoïdienne, on peut reconnaître quelque temps après la présence d'iode dans les urines. D'autre part, les rachi-cocaïnisations si fréquemment employées à l'heure actuelle et, pour ainsi dire, loujours suivies d'analgésie prouvent surabondamment le passage de la cocaïne sur la substance nerveuse, par conséquent de dedans en dehors.
Des elements de diagnostic, tirés des caractères chimiques du liquide cephalo-rachidien,
Nous considérerons successivement ses sels. ses malières organiques,
Ses sels. — De la proportion de chlorure de sodium contenu dans le liquide cérébro-spinal, on ne peut rien conclure, La littérature médicale est cependant féconde en dosages de liquide céphalo-rachidien, Mais dans tous ceux que nous avons relevés, que le liquide soit normal ou pathologique, invariablement la quantité de chlorure de sodium oscille entre 5 et 77 grammes par litre. Quelques dosages, pratiqués dans des cas de méningite tuberculeuse, montrent seuls une légère diminution constante de la proportion des chlorures.
Ses matières organiques. — Nous avons dit qu'à l'état physiologique l’albumine était en très faible quantité, que d’aucuns même la nient. Les analyses de liquide céphalo-rachidien à ce point de vue sont délicates, et le volume total fourni par la ponction lombaire est souvent trop minime pour permettre de distraire à la quantité utihsée dans l'examen microscopique de quoi faire un dosage d’albumine. Cependant, au cours des méningites tuberculeuses, tous Les auteurs ont signalé une augmentalion de l’albumine dépassant 1 gramme pour 1000 et pouvant s'élever à 3 grammes.
Dans un grand nombre deméningiles à méningocoque nous trouvons une très forte proportion d'albumine, 8.0, 7 pour 1000.
Dans 1 cas de méningites aiguës ponctionnées de de deux à huit mois après le début de la maladie, la proportion varie entre à et 10 pour 1000.
Le liquide céphalo-rachidien ne contient que de la sérumpglobuline. Wolf a trouvé dans un cas de tabes
AAA 4 d'albumine, dans un cas de P.G. 3, mais 1l a constaté dans ces deux cas la présence simultanée de sérumglobuline et de sérumalbumine, cette dernière étant toujours en plus forte proporlion.
Achard et Læœfper, au cours du diabète, ont encore trouvé du glycose de 5,10 5 grammes 20.
Comba a noté dans l’urémie une forte proportion d'urée.
De tout cela, nous conclurons que l’albumine augmente en quantité appréciable dans les processus méningés aigus. Clhiniquement, on pourra dire que tout liquide de ponction présentant un coagulum de fibrine doit être considéré comme un liquide pathologique. En l’absence de coagulum fibrineux, de l’albumine, reconnue de façon assez nette par la chaleur et les acides, permettra d'aboutir à la même
conclusion.
Caractères hbactériolvgiques.
L'examen bactériologique complet du liquide céphalo-rachidien comporte trois parties :
1° L'examen direct du liquide par frottis :
>° Les cultures ;
39 L'’inoculation aux animaux.
Sans nous occuper de la technique mise en œuvre dans ces diverses recherches, nous exposerons simplement les résultats qu’elles ont fournis dans chaque affection.
Méningite tuberculeuse. — La présence du bacille de Koch dans leliquide céphalo-rachidien, que Quincke
ET (ee
avait fait entrevoir lors de ses premières publications, a pu être décelée par l'examen direct, mais les résultats sont inconstants, ce qui s'explique facilement par la rarelé des bacilles dans le liquide, la localisation des granulations tuberculeuses en certains points, l'obstruction quelquefois constatée des communicalions entre les cavités interne et externe du névraxe.
Pfaundler a trouvé des bacilles dans 90 pour 100 des cas, Furbringer dans 75 pour 100, Stadelman dans 22 pour 100, Lichtheim dans la plupart des cas.
Mais d’autres auteurs, et en particulier Ritter, Heubner, Marfan, ne les ont trouvés que rarement. Toutes les fois qu'on soupçonnera une méningite tuberculeuse, si l’on fait l'ensemencement, ce sera sur le milieu de Bezançon el Griffon : le sang gélosé. Mais les colonies ne commencent à apparaître que quinze jours, trois semaines après, délai vraiment trop long pour êlre utile au diagnostic ; durant ce laps de temps, la maladie aura évolué.
L'inoculation au cobaye dans le péritoine ou sous l'arachnoïde sera toujours positive, si l’on a vraiment affaire à la tuberculose; malheureusement le résultat sera encore trop lardif pour être d’un intérêt diagnosic quelconque.
On à signalé, dans quelques observations, l'associalion du méningocoque et du bacille de Koch dans la méningite tuberculeuse. Heubner rapporte deux beaux cas de cette infection surajoulée.
Dans les méningites aiguës, au contraire, les germes les plus divers ont été rencontrés: straphylocoques, streplocoques, bacille d'Eberth, bacille co. Mais. le
plus souvent, c'est le pneumocoque, le méningocoque de Weichselbaum et celui de Bonôme qui sont en cause.
Le méningocoque de Weichselbaum, décrit pour la première fois en 1887 par Weichselbaum, présente seul une individualité bien nette. On le rencontre dans les cas de méningite cérébro-spinale épidémique proprement dite. Il ne prend pas le Gram, n'a pas de capsule colorable, ne pousse que sur les milieux addilionnés de sang, ne devient pathogène pour la souris blanche que par inoculation péritonéale. Ii est souvent inclus dans les leucocytes polynucléares et ressemble au gonocoque. Dans le diplocoque, les deux faces planes de chaque coccus s’apposent l’une à l’autre, simulant l’accolement de deux grains de café. La vitalité est fable dans l'exsudat méningé. L'expérimentalion le confirme. Il garde, au contraire, une vitalité plus grande dans sa vie saprophyle et se conserve assez longtemps sur sang gélosé, sur agar glycériné.
Le méningocoque de Bonôme se présente sous forme de coques ovales ou arrondies extracellulaires, isolées en diplocoques ou en chainelles à grains inégaux. Ce microorganisme pousse sur gélatine et donne sur sérum de lapin jeune des chaînettes agglomérées à l'encontre du pneumocoque (Bezançon et Griffon). Mais Netter a montré qu'il est succeptible par la culture et les inoculations de faire retour à la forme diplococcique lancéoléeet encapsulée Lypique, notamment par passages successifs à travers le rat blanc.
Quand la méningile provient d’une infection secon-
daire, primitive dans un autre organe, tous les autres microbes peuvent être rencontrés.
On a encore décrit un troisième groupe de méningites, ce que les Allemands nomment des méningites séreuses (Ziegler). Ces méningites n'aboutiraient pas à la purulence. On y a rencontré le streptocoque, le bacille d'Eberth, le Pfeiffer et le pneumocoque.
À propos de ce dernier microbe, certains auteurs ont affirmé que lui et le méningocoque n'étaient que deux variétés un peu différentes du même microbe.
Actuellement les partisans de la dualité microbienne l'ont emporté. Ces deux microbes sont nettement différents au point de vue bactériologique ; mais en outre des considérations d'ordre clinique viennent confirmer cette opinion. On peut remarquer, en effet, que les méningites à pneumocoques se présentent avec des allures beaucoup plus bruyantes et que l'issue en est plus souvent et plus rapidement fatale. Au contraire, quand le méningocoque est l'agent d'infection, la marche de la maladie est plus longue, les périodes d’aggravation et de rémission sont fréquentes, la guérison peut ètre espérée.
On voit quelle importance pronostique présentera un diagnostic bactériologique précoce à ce dernier point de vue. Le diagnostic sera au contraire moins important dans le cas de méningite (uberculeuse, puisque le bacille de Koch est loin d’être toujours rencontré.
Enfin l’action bactéricide du liquide céphalo-rach1dien constatée in vitro, existe-t-elle sur le vivant”? Cela est possible quoique des expériences d’inoculation chez les chiens de liquide céphalo-rachidien contenant du
streptocoque ou du slaphylocoque ont en eftel produit à brève échéance la mort de ces animaux, pourtant
réfractaires au pneumocoque, en particulier.
Cytologie du liquide céphalo-rachidien pathologique.
La cylologie ou étude des éléments cellulaires contenus dans les sérosités ou les liquides de l'organisme chez l'homme sain et chez l'homme malade, d'abord entrevue en Pologne, puis étudiée et précisée à Paris, s’est en quelques mois diffusée dans tous les laboratoires médicaux. |
La cytologie du liquide céphalo-rachidien fut faite pour la première fois, en 1900, par Widal, Sicard et Ravautdans la méningite tuberculeuse.Cesauteursfirent alors ressortir le contraste de la formule polynucléare dans les méningites aiguës el de la formule iymphocylare dans la méningite tuberculeuse. Plus tard, Monod montra que les éléments cellulaires ne se rencontrent pas exclusivement dans les cas d’inflammation aiguë où subaiguë, mais en général dans toutes les inflammations chroniques des méninges Depuis, de nombreuses communications sont venues confirmer ces résultats et en ajouter d’autres. Nous les passerons en revue dans les pages qui suivent.
Disons quelques mots de la technique décrite par Widal.
Le liquide est recueilh directement dans le tube d’un centrifugeur. 4 ou 5 centimètres cubes suffisent. Centrifugation un quart d'heure environ. Le centrifugeur
n'est utile que pour faire un examen immédiat. Le
nt —
séjour du liquide pendant vingt-quatre heures dans un tube suffit pour obtenir un dépôt. On décante et on prélève avec une pipette quelques gouttes réparties sur plusieurs lames qu'on laisse sécher. Les préparations sont fixées à l'alcool-éther, colorées à l'hématoxylineéosine, examinées à l'objectif à immersion.
A l’état normal, le liquide céphalo-rachidien ne conüent aucun élément figuré, à part quelques globules rouges et deux ou trois leucocytes mono ou polynucléaires dans toute la préparation.
Au contraire, si les méninges sont irritées, l'aspect change du tout au tout. C'est par centaines qu’on compte les éléments cellulaires.
Certains auteurs, parmi lesquels Laiguel-Lavastine ont tenté d'évaluer d’une façon précise la teneur en leucocyles par diverses méthodes. Elles ne donnent que des résultats approximatifs. Aussi, le plus souvent, se contente-t-on d'évaluer à première vue les particularités présentées par les leucocyles dans une préparalion.
Quelle est donc la cylologie des différents processus méningés ?
Méningites tuberculeuses. — Dans la méningite aiguë tuberculeuse, les mononucléaires sont nombreux, leur noyau occupe presque toute l'étendue de la cellule. Celles-ci sont petites, d'un diamètre égal ou inférieur à celui des globules sanguins, autrement dit, cesont des lymphocytes. Dans la méningite tuberculeuse, cette lymphocytose est la règle.
Mais de ce que l'examen cytologique du hquide céphalo-rachidien dénote un orand nombre de lym-
phocytes, doit-on conclure à une méningite tuberculeuse comme on le faisait au début sans hésiter ?
Non. De nombreux cas sont venus affirmer depuis que la lymphocytose est surtout caractéristique d’un processus méningé chronique latent. (Observations de maladies chroniques du système nerveux, labes, paralysie générale, syphilis cérébro-spinale avec irritation méningée). L'erreur sera donc évitée si le renseignement cylologique est rapproché, éludié comparativement aux autres symptômes relatés chez le même malade.
Il est encore un autre cas où l'examen cytologique peut tromper. Maillard l’a bien mis en lumière dans sa thèse : quand on pratique la ponction lombaire, tou- Jours, si minime que soit la quantité de liquide extraite, il s'ensuit une légère 1rritation. Celle-c1 se traduit par une lymphocytose peu marquée, tout à fait analogue à celle des processus méningés à lente évolution. Quelles conclusions en lirerons-nous? C’est que les résultats cylologiques fournis par une ponction pratiquée à moins de trois jours d'intervalle environ après la précédente (Maillard) fournira souvent des résultats entachés d'erreur.
Au début des ménin-
Méningite cérébro-spinale.
giles cérébro-spinales et bactériennes, on rencontre conslamment des polynucléaires. Ils sont, d’ailleurs, souvent mal colorables, déjà transformés en globules de pus. Pourtant, quelques-uns sont encore susceptibles de coloration et leurs granulations sont aisément mises en évidence par le réacuf triacide d'Ehrlich Ainsi polynucléose au début : voici un signe qui se distingue nette-
ment de la lymphocytlose tuberculeuse, Mais cette poly-
nucléose absolue ne subsiste pas longtemps : bientôt, le processus diminuant d'intensité, les lymphocytes viennent se mêler aux polynucléaires ; leurs proportions s'équilibrent, et, dans les dermiers temps de la méningite, la lymphocytose subsiste seule.
Aussi, pour qu'elle ait toute sa valeur diagnostique, la ponction lombaire devra être pratquée dès Le début de la méningite ; des ponctions suivantes pourront renseigner sur l’évolution de la maladie. En général, c’est au bout de cinq à dix jours de polynucléose, suivant l'intensité de la méningite que les mononucléares commencent à être rencontrés, el ceux-ci sont l'indice d'une amélioration dans l’état du malade.
Enfin, en cas de rechute ou d'infection surajoutée, la cytodiagnostie indiquant une nouvelle polynucléose contribuera encore à éclairer le pronosue,
Cytologie dans les processus méningés chroniques.
En ce qui concerne la syphiliis de 47 cas, ayant donné à l'examen cytoscopique 46 fois une leucocytose très nelte, parfois énorme, Babinsky et Nageote tirent les conclusions suivantes :
« La Iymphocytose parait ètre un symptôme à peu près constant dans les lésions syphilitiques diffuses, quel que soit leur âge, tandis que le liquide céphalorachidien reste normal si la lésion est en foyer dans l’encéphale où la moelle. » Ils citent à l'appui 7 cas de tumeurs cérébrales dans lesquelles 1ls ne constatèrent jamais de lymphocytes. Nous dirons done que la lymphocytose permanente, non en rapport avec la
tuberculose méningée, déeèle habituellement la syphi-
O lis diffuse.
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Dans les maladies mentales, Ségalas el Nageolte rapportent le résultat du cytodiagnostic pratiqué dans 14 CAS :
« Dans 7 cas de démence précoce, 1l n'y a pas eu plus de lymphocytes qu’à l’état normal. Il en fut de même dans un cas d’alcoolisme chronique avec idées de persécution et de grandeur, dans un autre, de syphilis, datant de six ans, avec crises épileptiformes, mais dans les 5 autres de P. G. avec démence ou verlüiges épileptiformes, il y eut une abondante Iymphocylose. »
Laignel-Lavastine conclut aussi de 6o ponctions lombaires que dans la P. G. la leucocytose est un phénomène précoce, le liquide céphalo-rachidien étant, dit-1l, un réactif facilement perturbé.
Carrière, par l'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien, a trouvé également une lymphocytose abondante dans tous les cas de sclérose en plaques, sauf dans une sclérose en plaques de nature hystérique.
Enfin dans la leucémie, la cytologie du liquide céphalo-rachidien se montra négative (Ferrier).