‹ Contribution à l'étude de la pondylite syphilitiqueChapitre 7 sur 17 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Es... Ernestine, ménagère, entre dans le service de chirurgie du docteur Français, à l’hospice de Nanterre, le 14 février 1923, à l’âge de 30 ans, accompagnée de son quatrième enfant, une fillette de quatre mois.

Dans ses antécédents Personnels, on ne trouve que la rougeole à huit ans. Son père, âgé de soixante-huit ans, est actuellement en bonne santé. Sa mère est morte à quarante-quatre ans d’une affection pulmonaire mal déterminée. Elle est la troisième de quatre frères ou sœurs tous en bonne santé et dont les enfants ne présentent rien d’ancrmal. /

Son mari, qui est le père des quatre enfants, est, lui aussi, en bonne santé, maïs il ne nous a pas été possible de le voir, ni de pratiquer chez lui un examen du sang.

Mariée à vingt ans, notre malade accouchait pour la première fois le 9 mars 1915, d'un enfant prématuré venant à sept mois et demi et qui ne vécut que quelques heures.

La deuxième grossesse se termine en 1917 par la naissance à terme d’un garçon pesant 3 kg. 500 et actuellement encore en bonne santé.

La troisième grossesse est suivie en r9r9 de la naissance à terme d’une fille pesant 3 kg: 200, actuellement vivante, mais toussant souvent, surtout l'hiver.

Enfin la quatrième grossesse se termine en novembre 1922 par la naissance à terme d’une fille pesant 3 kg. 500. Nous l'avons vue, dans notre service, avoir ses premières dents à six mois et marcher à onze mois ; elle ne présente aucun stigmate de syphilis.

Ces trois enfants furent tous élevés au sein maternel.

L’affection pour laquelle notre malade est à Fhôpital a débuté en août 1919, cinq semaines après le troisième accouchement. C

Elle éprouve une certaine raideur du cou qui la gène dans les mouvements de la tête; puis ce sont des. dou-

‘leurs, des lancements qui partent de la région sous-

occipitale et irradient le long du rachis dans la région interscapulaire, douleurs semblant s’aviver la nuit, mème quand la malade est au repos.

À ce moment, elle consulte à l'hôpital de la Charité, où on se borne à lui prescrire du glycérophosphate de chaux. Elle continue d’ailleurs de vaquer à son ménage ; mais elle est obligée de s’aliter souvent deux ou trois jours. De plus en plus, les douleurs s'avivent, la raideur du cou augmente et elle s'aperçoit que sa tête s'incline à droite.

Devenue enceinte une quatrième fois, au printemps 1922, elle se rend à l'hôpital Saint-Louis où on l'admet dans un service de chirurgie. Là, on diagnostique un mal de Pott et on lui applique une minerve plâtrée qu'elle conserve Cinq mois.

Une amélioration notable se fait sentir, les douleurs sont moins vives; mais on retire l'appareil plus vite qu'on ne le voulait, parce que son état de grossesse ne Jui permet plus de le supporter.

Deux mois plus tard (7 novembre 1922); elle accouche au même hôpital, de son quatrième enfant qu'elle allaite elle-même. Dans les quinze jours qui suivent, son état s'aggrave, les douleurs reparaissent et de nouveau , on

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applique un appareil plâtré ; c’est quelques semaines plus tard qu’elle entre dans le service de chirurgie de l’hospice de Nanterre (14 février 1923).

A ce moment, 'elle porte une minerve sans bandage frontal ; sous cet appareil on ne trouve aucune trace d’abcès, ni de ponction d’abcès, aucune cicatrice. L'état général est satisfaisant. Il y a une rigidité complète de la colonne cervicale, la tête inclinée à droite est absolument immobile et sans tendance à la subluxation en avant. La malade prend sa tête à deux mains pour s'asseoir ou pour se coucher.

Au toucher pharyngien, on ne constate aucune saillie

anormale, aucune collection, aucune ulcération.

Les douleurs partent de la région de la nuque, irradient le long du rachis: elles sont violentes et nettement à exacerbations nocturnes. Aucune apophyse épineuse n’est douloureuse, pas de névralgies, pas d'irradiation à la région sous-occipitale.

La radiographie de profil de la colonne cervicale et de la base du crâne (PI. D) montre une perte de substance en forme de coin à base inférieure intéressant la partie antérieure et la face sous-jacente du corps de la troisième vertèbre, avec un aspect flou et bien calcifié de sa face supérieure. Le disque intervertébral qui la sépare de l’axis n’est pas visible et les deux vertèbres semblent fusionnées. | |

Sur une radiographie de face, cette lésion n'est pas apparente ; le squelette cervical n’est pas décalcifié ; on remarque cependant du côté droit un aspect flou des apo-

physes transverses des troisième, quatrième et cinquième

vertèbres cervicales. Il semble y avoir une sorte d’ossification des ligaments qui masque le profil de ces apophyses très nettes à gauche. Sur cette même radiographie, les sommets des poumons apparaissent clairs, sans granité, ni traces de sclérose, sans traînées ganglionnaires.

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Aucun trouble nerveux, aucun trouble médullaire ; pas de contracture, pas d’ atrophie musculaire. Les réflexes son normaux. ‘

L'examen des divers appareils est négatif, sauf celui

de la vision où on note un double colobome congénital

de l'iris. ù

Nous maintenons le diagnostic de mal de Pott et nous laissons la malade au seul traitement orthopédique.

En juin 1023, près de cinq mois après son entrée dans

le servire, la malade se plaint d'une douleur qui serait

survenue assez brusquement, au niveau de.la face postéricure de la partie moyenne du cubitus droit. Cette dou-

leur est violente, à exacerbations nocturnes et s’accom-

pagne d’un certain degré d'impotence pour les mouvements de ce membre.

N , Feb 5 On perçoit, au toucher, un ORPI fusiforme, douloureux à la pression, siégeant à l'union du tiers moyen

et du tiers supérieur de la crête du cubitus. La tuméfac-

tion est limitée à l'os et les parties molles, en particulier la peau, sont indemnes.

Nous pensons à une gomme du cubitus et la réaction de Bordet-Wassermann, pratiquée dans le sang, est très

positive. En présence de cette nouvelle lésion, nous esti-

mons que l'affection vertébrale doit être de même origine. | D'ailleurs l’évolution de cette spondylite qui dure de-

puis plus de trois ans, sans abcès, sans signes de com-

pression, avec tendance à l’hypérostose ; la conservation d’un excellent état général malgré deux grossesses et deux périodes d'allaitement, sont peu en faveur d’une origine tuberculeuse quand on connaît la gravité habituelle des maux de Pott sous-occipitaux.

De plus, le traitement antisyphilitique dont nous : pré-

ciserons plus loin les, détails, a donné des rés ultats tels te

que le diagnostic n'est plus douteux. “ir

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Actuellement, , après dix mois de médication spécifique, TA notre malade remue la tête sans douleur : les mouve- Km ments latéraux et de flexion en avant sont à peine limi- : tés ; seule la flexion en arrière est encore impossible. 02

Elle n'a plus l'aspect figé des premiers mois; elle n'est ! nt plus obligée de soutenir sa tête à deux mains pour se le- 2 ÈS ver Ou pour se coucher. Tout appareil plâtré est suppri- Fe mé depuis plus de six moix. Il reste cependant une lé-

gère scoliose de la colonne cervicale à convexité droite,

sans courbure de compensation à la colonne dorso-lom-

h baire. | . Pas la moindre douleur au toucher pharyngien et disparition de la lésion cubitale qui n’a laissé aucune trace. ne

EC QU 24 TURC ; ae [ER ci OBSERVATION If A SES DR Il s’agit d’une femme de quarante ans qui souffre de la région cervicale depuis six mois et qui a déjà été immo- . 4 bilisée. FAdries | LS ë - À l'examen, on remarque deux cicatrices déprimées, 2270 symétriques, au niveau des deux malaires, qui furent at- 4 teints d’ostéite suppurée dans l'enfance. : LC F Le rachis cervical est douloureux à la pression des apophyses épineuses des trois premières vertèbres. La tête est presque immobilisée et les mouvements sont égale- “4 ment douloureux spontanément : la contracture des mus- Ti cles de la nuque et du sterno-mastoïdien est très marquée. Me

Les symptômes sont nettement ceux d’un mal de Pott x sous-occipital et les antécédents d’ostéite des malaires confirment cette opinion, La radiographie n’a pu être ri faite. Re.

On met la malade au repos et on lui applique une mi- “D nerve plâtrée. Les douleurs, malgré tout, ne font qu'aug- Fe

lof

menter. Elles présentent des exacerbations nocturnes d'une violence telle que la malade supplie qu'on lui retire son appareil.

En présence de ces symptômes douloureux, excessifs et anormaux, on pense à pratiquer une réaction de Bordet-Wassermann qui se montre très positive. On institue aussitôt un traitement antisyphilitique et la guérison paraît rapide et complète.

OBSERVATION Il

Il s'agit cette fois d’une jeune fille de dix-sept ans, amenée d'Egypte, en mai 1923, avec le diagnostic de mal de Pott dorsal dont le début remonte à deux mois environ. Rien dans ses antécédents personnels. Elle est d'aspect chétif, quoique sans grand amaïigrissement. Dans ses antécédents héréditaires, on note seulement que son père est mort d'un anévrysme de la crosse de Paorte.

Lés douleurs auraient débuté à la région interscapulaire, il y a à peine deux mois et les médecins d’Alexandrie ont porté le diagnostic de mal de Pott dorsal.

A l'examen, le rachis est relativement souple. Pas de gibbosité, mais une légère cyphose cervico-dorsale. À la palpation, la douleur est très vive au niveau de l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre dorsale avec irradiation douloureuse le long des nerfs intercostaux.

Légère exagération des réflexes: rotuliens ; rien de parliculier aux divers autres appareils. La radiographie ne montre aucune lésion visible.

En présence de ces symptômes, assez frustes et de la radiographie négative, on pense à la syphilis héréditaire tardive et la malade est mise au traitement antisyphiliti-

que.

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Après une première série d'injections, une amélioration notable se fait sentir, bien qu'il persiste encore de légères douleurs. |

La malade part pour La Baule où elle reste trois mois, mais où, malgré les conseils donnés, elle ne continue pas

le traitement. Les douleurs reprennent et elle rentre à.

Paris en septembre 1923, où on reprend immédiatement le traitement.

La malade a recouvré un excellent état général, elle a engraissé et elle ne présente plus l'aspect chloro-anémique du début.

La douleur n’est plus que tele. la palpation latérale profonde de l’apophyse épineuse n'éveille aucune

douleur. Les irradiations bilatérales ont disparu. Le ra-

chis est redevenu parfaitement souple. La malade part pour l'Egypte en novembre 1923, presque complètement guérie.

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Etiologie

Tous les auteurs qui ont étudié la spondylite syphilitique se sont demandés, s’il s'agissait de syphi-

lis acquise ou héréditaire, pourquoi l'affection se

localisait en général à la colonne cervicale et enfin, si les hommes étaient plus atteints que les femmes. I semble bien, d’après nos deux premières observations qu'il s'agissait d’ accidents lardifs de la syphilis acquise. C'était le cas du malade- d'Auvray qui avait contracté la syphilis quatre ans auparavant. Il s'agissait, aussi, de contage personnel chez

les malades de Gaspais, de Frœlich, de Darier, de

Fournier.

Cependant la règle n’est pas absolue et d'après

notre troisième observation, il paraît vraisembla-

ble d'admettre que la syphilis héréditaire peut causer de semblables lésions.

De plus, chez nos trois malades, il ne s’agit ni de

spondylite traumatique, ni de spondylite infec-

tieuse due à un autre agent microbien tel que le bacille d’'Eberth. Rien dans les antécédents ne paraît l'établir.

Sur les trois observations que nous relatons, deux

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sont celles de localisations cervicales. C’est la règle et sur tous les cas signalés

en France, comme à l'étranger, plus des deux tiers

l'histoire, que l'affection est plus fréquente chez les hommes.

concernent cette portion de la colonne vertébrale. La question est loin d’être résolue et les diverses hypothèses émises ne l'ont pas encore élucidée.

Bien que les malades dont nous avons rapporté

soient des femmes, il faut reconnaître

Elle se développe, en général, vers l’âge moyen de

la vie, de trente à quarante ans.

Le chapitre de lanatomie S ubetie A la

spondylite syphilitique est très peu développé. Il

n'y a, en France, qu'une aultopsie avec examen his-

tologique par Fournier. Nous verrons ce que peu-

vent être les lésions, en étudiant le chapitre des

complications et le diagnostic radiologique.

aux premières vertèbres

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