INTRODUCTION
Couvelaire, dans sa magnifique leçon d'ouverture de son cours de professeur de clinique obstétricale à dit : « L’obstétricie n’est pas seulement l’heureux accouchement, comme le disait Guillemeau, c'est l’heureuse procréation suivant les lois de l’eugénétique, c’est l’heureuse gestation suivant les règles de la puériculture intrautérine ; l’heureux allaitement suivant les lois de la puériculture après la naissance ».
Sans doute, si actuellement, grâce à la culture scientifique des médecins et des sage-femmes, et au concours éclairé et dévoué des mères, on arrive à de beaux résultats dans la conduite de l’heureux accouchement et de la puériculture pré et post-natale, il est des cas trop nombreux, malheureusement, où la nature nous tend des pièges et vient créer une dystocie. Ces situations sont particulièrement troublantes, car 1l y a le plus souvent deux existences en jeu, celle de la mère et celle de l'enfant.
Dans un article sur les résultats et les indications de l’opération abdominale, Elis Essen Môller exprime l'opinion que lorsqu'il se pose la question générale de savoir quelle vie est la plus précieuse, celle de la mère ou de l’enfant, le médecin n’a pas le droit de comparer deux vies entre elles, et que son devoir est de conserver et protéger la vie où elle est, que ce soit celle de la mère ou de l'enfant. Mais que si la vie d’un des deux êtres doit entraîner la mort de l’autre, il pense qu'aucun médecin, n’achètera délibérément la vie de l'enfant, au prix de celle de la mère.
Nous nous rangeons à cette opinion, mais nous ajouterons qu'il y a au-dessus de tout le noble objet de vaincre les obstacles naturels et de chercher par tous les moyens à sauver les deux vies en danger. Il est rare, actuellement, de voir sacrifier l'enfant vivant ; cependant, ce sacrifice s'impose quelquefois, lorsque le passage par les voies naturelles est impossible et lorsque l'opération césarienne doit être pratiquée dans des conditions trop défavorables pour la mère; quand, suivant l'expression de Brouha, «on fait courir à la mère un danger disproportionné au but».
C’est sous l'influence de ces idées que nous nous sommes plus particulièrement intéressé à l'opération césarienne abdominale, telle qu’elle est pratiquée dans la clinique d'accouchement de l’Université de Strasbourg, au service de M. le professeur Schickelé. En effet, comme nous le verrons par la suite, grâce à l'incision sur le segment inférieur de l'utérus, on évite en premier lieu bien des interventions inutiles et en second lieu on réduit presque à néant cette pénible tâche de sacrifier la vie de l’enfant pour sauver celle de la mère. Elle renforce la portée de l’expression de Pinard: «L’embryotomie sur l’enfant vivant a vécu ».