‹ Contribution à l'étude de la Préparation, de la Conservation et de l'Action Thérapeutique des Sérums de ConvalescentsChapitre 35 sur 41 · V. — POLIOMYELITE · texte numérisé non relu

V. — POLIOMYELITE

Valeur de la séroprophylaxie

Bien qu'actuellement critiqués par beaucoup d'auteurs et même mis récemment en suspicion par le Ministère de la Santé Publique (en une circulaire datée du mois de septembre dernier) les sérums de convalescents, s'ils sont utilisés d'emblée à la phase préparalytique et même dès les premières heures de la paralysie, peuvent être cependant un des agents les plus actifs de la lutte contre la redoutable maladie de Heine-Médin.

Pour avoir le maximum d'efficacité le sérum doit être injecté très précocement, dès qu'une angine suspecte apparaît chez un individu vivant dans une région où sévit une épidémie, ou que ce dernier présente le moindre symptôme infectieux (tel un embarras gastrique fébrile). Ces premiers symptômes, comme ceux de beaucoup d’autres maladies infectieuses, ne permettent pas toujours d'aiguiller le diagnos-

tic qui ne pourra être bien souvent posé que dès les premières manifestations paralytiques. Faudrait-il alors injecter du sérum de convalescent à titre pré. ventif à tous les individus d’une région menacée? La chose n'est guère réalisable. Et chez les sujets ainsi protégés est-ce que l'action du sérum aura été vraiment efficace?

— Ïl convient de remarquer tout d'abord qu'un certain nombre de virus neurotropes, non identifiés, peuvent donner des formes cliniques analogues * celle de la maladie de Heine-Médin. Dans de pareils cas on pourra, à juste titre, douter de l'efficacité du sérum de convalescent.

— La poliomyélite revêt sonvent des formes frustes, peu étendues, guérissant spontanément d’elles-mêmes. Comment alors attribuer au sérura l’heureuse évolution des cas traités?

— Enfin, lorsque cette sérothérapie est appliquée dès la phase d'invasion et qu'ainsi l'évolution de la maladie a été arrêtée dès son début, est-on réellement en présence d'une poliomy lite?

Devant un si grand nombre de formes frustes ou de cas atypiques et de diagnostic incertain, les critiques auront beau jeu pour contester la séro-prévention et mettre en doute les statistiques.

Le Dr Pauli, de Milan, estime que la sérothérapie de la poliomyélite est une chose ardue sinon impossible par suite de la fixation du virus sur les éléments nerveux, du fait que l’imperméabilité des vaisseaux sanguins du système nerveux empêche les anticorps d'atteindre le virus.

Mais la méthode a été énergiquement défendue par Claus Jensen qui l’a utilisé avec succès sur une: grande échelle, lors de l'épidémie survenue au Danemark en 1934. :

A l'heure actuelle, où l'qn n’a pas encore trouvé une thérapeutique absolument préventive, nous

SG

n'avons pas le droit de négliger l'emploi de sérums de convalescents devant les graves dangers dont nous menace la poliomyélite.

Les fournisseurs de sérum

On pourra d’abord s'adresser aux convalescents de poliomyélite 15 jours après la stabilisation de leurs paralysies et ensuite, faute de convalescents, on pourra faire appel à tous les anciens malades porteurs de séquelles, même de nombreuses années après la régression de leurs paralysies.

Claus Jensen, qui a étudié le pouvoir immunisant du sérum de convalescent pendant l'épidémie danoise de 1934, a fait différents prélèvements.

— Les uns : 26 jours après l'arrêt du processus infectieux chez les sujets paralytiques.

— Les autres : 13 jours après le début de l'infection dans les cas abortifs.

Le titrage, effectué par C. Heardy Eagles, à l'Institut Lister de Londres, du pouvoir virulicide des sérums prélevés par Jensen, a révélé que les sérums de sujets paralytiques renferment environ 1.000 à 2.000 doses protectrices par cc, ceux des cas abor-

tifs de 80.000 à 150.000 doses.

Les convalescents des cas’ abortifs. s'avèrent donc les meilleurs donneurs de sérum thérapeutique.

Doses à injecter et voies d'introduction du sérum.

— À titre curatif il faut toujours utiliser de fortes doses; plus l'infection est grave et extensive plus ces doses doivent être élevées. Des doses de 30, 49 et même 60 ccs par jour peuvent être renouvelées jusqu'à la chute de la température.

— À titre préventif on peut faire à des sujets suspects, porteurs d'angine par exemple, 10 à 20 ces

er

par voie intraveineuse qui semble être la voié d'introduction la meilleure. :

Pour injecter les doses curatives on utilise habituellement la voie intra-musculaire. La voie intra-rachidienne, dans les cas les plus graves, devrait être la voie de choix, car elle met ainsi directement en contact les anticorps du sérum avec les tissus nerveux sur lesquels se fixe le virus, mais elle est rarement employée, déconseillée même par Netter, à cause des compressions qu'elle peut déterminer. Pour pallier à un tel risque de compression médullaire par introduction de sérum, notre maître le Docteur Limousin préconise d'injecter le sérum par voie sousoccipitale et de décomprimer le liquide céphalo rachidien par ponction lombaire évacuatrice. Une telle méthode aurait l'avantage de faire baigner le bulbe et les nerfs rachidiens supérieurs par le sérum qui, les imprégnant ainsi d'anticorps, éviterait l'extension du virus. Ce même sérum irait ensuite attaquer plus bas les tissus nerveux déjà atteints par le virus.

: Nous avons eu l’année dernière l'occasion de vérifier cliniquement, dans le service du Professeur Paillard, l’action de nos sérums de convalescents de poliomyélite.

tre , FE e « re Voici l'observation prise à ce suJet :

Etant de garde le 23 novembre 1948, nous admettons d'urgence, vers 22 heures, salle Rigal, Mile Jeanne N.., âgée de 19 ans, envoyée par son médecin traitant X. (Allier), avec un diagnostic de poliomyélite avec atteinte méningée grave. À l’admission l'examen de la malade nous révèle un état méningé sévère avec raideur de la nuque, céphalée, photophobie et vomissements en jet. La température est à 38°7, le pouls à 135. L'examen physique nous montre une impotence fonctionnelle marquée de la jambe gauche avec abolition des réflexes achi-

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