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d'idées, il semble qu’il ne suffit pas seulement de s’assurer que le cheval n'a subi aucune infection préalable ; nous croyons que le cheval, qui va être soumis aux expériences, ne doit avoir aucune trace de maladies chroniques. M. Arloing, dans une communication faite à la Société de médecine, en mai 1895, a montré l’influence qu'avait l’intoxication diphtéritique sur le ravivement des lésions an ciennes ; la deuxième des observations que nous donnons à la fin de ce travail a servi de point de départ à la démonstration de M. le professeur Arloing ; en parcourant cette observation, on voit qu’il s’agit d’un cheval qui s’est montré tres sensible aux injections ; lorsque cet animal entra au laboratoire, il avait quelques traces de conjonctivite chronique et de plus, les synoviales articulaires et tendineuses de ses membres, surtout du membre postérieur ganche, n’étaient pas absolument saines. Néanmoins,on essaya d’immuniser cet animal ; mais, après une première série d’injections, au cours desquelles il reçut 346 centimètres cubes de toxine, on constata que l’œil droit avait une conjonctivite assez intense et qu’il s’était produit une énorme synovite de l’articulation tibio-tarsienne gauche postérieure ; la dose de 30 centimètres cubes de toxine, pour une seule injection, produisit une si vive réaction générale, qu'on craignit la morve latente ; mais l’épreuve de la malléine ne donna aucun résultat. Pendant plusieurs jours, on se contenta de faire des injections de 15 centimètres cubes ; elles causèrent peu de réaction ; on essaya alors une injection de 20 centimètres cubes et aussitôt il se produisit des désordres oculaires et articulaires. Pour éviter de raviver les accidents, il fallut se maintenir à de petites doses et, dans ces conditions, le sérum obtenu
— ?5 — fut faible ; le cheval dut être abandonné. Aïnsi, c’est une règle générale: on ne doit employer que des chevaux sains, autant que possible.
Ces précautions prises, on commence les injections ; mais il faut être très prudent au cours des premières ino culations ; la sensibilité des chevaux, pendant les premiers jours, nous a paru très variable ; tandis que, dans notre quatrième observation, nous avons l’histoire d’une jument qui réagissait très peu, nous trouvons, dans notre sixième observation, celle d’une jument qui s’est montrée très sensible aux premières injections; même sous l'influence de très petites doses de toxine, la réaction des chevaux est très variable ; il se présente des cas où la susceptibilité individuelle d’un cheval est si grande qu’il faut compter avec elle et la tâter soigneusement. M. le professeur Arloing insiste sur les nombreuses précautions qu’il faut prendre au début de l’immunisation ; il a remarqué que certains chevaux sont à ce point sensibles à l’action de la toxine diphtéritique que leur vie est mise en danger par une première injection sous-cutanée d’1 centimètre cube. Ne pas agir avec prudence, c’est donc s’exposer à perdre beaucoup de temps et, peut-être, à avoir bien des mécomptes.
Dans le laboratoire de M. Le professeur Arloing, on commençait par des injections d’1/2 c.c. de toxine additionné d’1/2 c.c. de liqueur de Gram, puis on diminuait peu à peu la proportion de liqueur de Gram, en augmentant simultanément la proportion de toxine ; cen’est qu’à la quatrième ou cinquième injection qu’on arrivait à injecter Î c.c. de toxine pure ; on agissait, du reste, suivant la sensibilité de l'animal.
Ma lgré ces précautions, des chevaux, qui étaient d’abord
en parfaite santé et qui n'avaient été affaiblis par aucune infection préalable, réagissaient très vivement. Prenons comme exemple la troisième de nos observations : ila fallu douze jours, avant qu’on puisse injecter 1 centimètre cube de toxine pure à une jument pourtant bien robuste. Dès les premières injections du mélange de toxine et de liqueur de Gram, la vie de l’animal était en danger, la température arrivait jusqu’à 40 degrés et il se développait des tuméfactions énormes; cet animal a succombé à l’intoxication diphtéritique ; cependant, on ne lui a jamais injecté, en une seule séance, plus d’1 centimètre cube de toxine, et ces injections étaient largement espacées. Après chaque injection, il y avait une élévation marquée de la température, mais surtout il se développait des œdèmes énormes; c’est l'intensité de cette réaction locale qui est un des principaux dangers dans l’immunisation des chevaux ; des œædèmes aussi considérables constituent un obstacle sérieux à la circulation ; le cœur s’hypertrophie, puis il finit par céder devant une pareille résistance; par suite, le cours du sang n'étant plus régulier, la filtration rénale se fait mal, alors qu’elle est peut-être la fonction la plus importante chez un animal qu’on empoisonne par des doses pro gressivement croissantes de toxine ; ce sont là les idées qui peuvent être dégagées de l’autopsie, que nous décrivons à la fin de cette observation ; il y avait de l’hypertrophie de la rate et de la périsplénite chronique, faits qui n’ont rien de surprenant chez un animal intoxiqué ; mais on à constaté de l’hypertrophie cardiaque, un épanchement péricardique et de la congestion pulmonaire, ces deux dernières lésions pouvant très bien être rattachées à la première. Ces faits, sans être exceptionnels, ne sont pas les plus
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fréquents ; beaucoup de chevaux réagissent d’une façon bien moins intense ; dans ces cas, on augmente progressivement la quantité detoxine, qu'oninjectetouslesdeuxjours; il faut attendre que la réaction locale ou générale, provoquée par une injection, ait complètement disparu ; la réaction est surtout appréciable chaque fois quel’onaugmente la dose de toxine injectée; elle consiste en une élévation de température et une tuméfaction locale, qui peuvent être toutes deux très appréciables ; mais, ce qu’il y a de remarquable, c'est que ces deux modes de réaction ne se présentent pas toujours réunis; certaines injections sont suivies d’une tuméfaction très considérable, sans la moindre élévation de température, tandis que, d’autres fois, c’est l'inverse ; il y a une réaction générale très vive, une forte élévation de température, sans qu’il y ait de réaction locale.
Des deux phénomènes, l’élévation de température est certainement le moins constant ; sur certains sujets, celui de notre première observation, par exemple, il est même insignifiant dès le début ; chez d’autres, l'effet hyperthermisant est très intense au commencement de l’immunisa tion, mais il disparaît assez rapidement après quelques injections. M. le professeur Arloing, dans sa communication à la Société de médecine (mai 1895) prend comme exemple la deuxième observation, que nous donnons à la fin de ce travail. Nous y voyons que la température s’élève à 40°2 après la première injection; à 40°1 après la deuxième ; à 38°3 après la troisième; ces trois premières injections étaient d’1 centimètre cube de toxine, plus 1/2 centimètre cube d’eau iodée ; à la quatrième injection, on injecte { centimètre cube de toxine pure, aussi la température s’élève-t-elle à 396; mais, après la cinquième
injection (1 centimètre cube de toxine pure), elle n’arrive qu'à 38°4 ; puis, les doses croissent, mais la température ne monte plus sensiblement. Lorsqu'on arrive à injecter 10 centimètres cubes, nous n’avons que 38°3 ; la vingt septième injection est de 30 centimètres cubes, et la température ne dépasse pas 38°2. On laisse reposer l’animal vingt jours avant de le saigner; on recommence aussitôt les injections, et après la première, on n’a que 37%.
Si l’effet hyperthermisant disparaît assez rapidement, l'effet phlogogène local se manifeste fort longtemps ; dans notre première observation, nous pouvons voir que la réaction générale à été insignifiante, au contraire, l'effet local s’est manifeslé presque constamment ; on le voit encore après trente injections, alors que la réaction thermiqueaoscillésimplement de deuxatroisdixièmes de degré après chaque injection. De même, dans notre deuxième observation, on voit que la réaction locale garde presque toute son intensité jusqu’à la fin, tandis que la réaction générale s’atténue progressivement. Toutes ces remarques ont été déjà faites par M. le professeur Arloing dans sa communication à la Société de médecine (mai 1895).
Si nous envisageons non plus la série des injections sous-cutanées immunisantes, mais l'effet produit après chaque injection, nous voyons que l’élévation de température et surtout la tuméfaction locale peuvent être très passageres ; nous avons pu constater que, lorsqu’on injectait les chevaux un peu plus tôt dans la journée, il y avait quelquefois, le soir, une assez forte réaction fébrile ou une tuméfaction assez intense au point injecté et tous ces phénomènes avaient disparu le lendemain.
Nous pouvons voir également dans nos observations
HoDR que la réaction fébrile et la tuméfaction locale peuvent être beaucoup plus persistantes. Nous avons noté deux fois la formation d’un abcès, mais nous croyons qu’il s’agit d’une infection secondaire, qui a dû se produire au moment de l'injection, car il est tres difficile d’être dans des conditions absolument aseptiques.
On voit combien est variable la réaction des chevaux; elle l’est à ce point qu’une dose déterminée de toxine peut d’abord ne provoquer aucune réaction et, répétée deux jours après, causer une forte élévation de température et une tuméfaction appréciable au point injecté; en parcourant nos observations, on pourrait constater que ce fait s’est présenté plusieurs fois,
L’ancienneté de la toxine employée a aussi une certaine importance ; les toxines les plus vieilles sont les moins virulentes ; aussi, lorsqu'on augmente brusquement la dose de toxine injectée, peut-on avoir recours pendant quelques jours à une toxine plus ancienne; cependant, il semble, d’après nos observations, qu’il vaut mieux ne pas alterner les toxines vieilles avec les toxines récentes ; si l’on filtre une provision de toxine tous les quinze jours en moyenne, on peut arriver à avoir, pour chaque injection, une toxine qui n’est pas assez vieille pour avoir perdu beaucoup de sa virulence, et l’on peut ainsi injecter, pendant tout le cours d’une immunisation, une toxine dont la virulence à été sensiblement la même. On pourra retrouver ce procédé dans la septième observation et l’on verra qu'après les injections successives auxquelles la jument a été soumise, il n’y a jamais eu de réaction bien appréciable ; la réaction générale a été peu intense; la température n’est arrivée que deux fois à 38% ; la courbe
Dre thermique a donc été très régulière. Les bactériologistes tendent aujourd’hui à admettre que la sécrétion de l’antitoxine résulte de l’action excitante exercée par la toxine sur les cellules de l’économie ; le premier résultat d'une injection de toxine est donc la production d’un travail sécrétoire par les cellules de l’organisme. Dès lors, ne semble-t-il pas naturel d'admettre qu’une cellule, comme tout organe, ne se trouve bien que d’un travail soutenu, égal, régulier ; qu’elle répond à des excitations modérées et égales, qui mettent en jeu sa vitalité, tandis qu’elle se trouve surmenée du fait d’excitations inégales ; la ju ment dont l’histoire fait l’objet de la sixième observation est une de celles qui ont le plus souffert de l’intoxication diphtéritique ; or, dans l'intervalle de deux mois, on lui injecta des toxines d’ancienneté fort différente. Nous croyons,en somme, qu'il serait bon d'employer des toxines assez récentes pour que leur virulence n’ait pas changé. Nous avons vu qu'après des injections de la même toxine, la réaction des chevaux était très variable ; aussi, n’y a-t-il pas de règles précises à poser au point de vue de la progression des doses de toxine à injecter; il n’y a qu'un principe général qu’il faut toujours respecter : agir suivant la sensibilité de l’animal. Si l’on se comporte ainsi, on arrive à injecter aux chevaux des doses considérables de toxine, 90 à 70 centimètrescubes en une seule fois, sans qu’ilse produise de réaction et c’est par là que le choix du cheval, pour la préparation du sérum, est réellement pratique; en quatre mois, on a pu injecter 1500 c.c. de toxine à un cheval ; après quinze jours de repos en moyenne, faire une saignée de 6 litres, etle sérum du sang ainsirecueilli avait un pouvoir immunisant de 1/90.00 0 aumoins.
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Ce résultat acquis, il faut encore maintenir les chevaux dans cet état d’immunité, de façon à pouvoir leur faire plusieurs saignées successives. Ici, deux méthoiles se trouvent en présence :
1° La méthode des injections intra-veineuses ;
2° La méthode des injections sous-cutanées.
La première méthode paraît plus commode ; on injecte 300 à 500 centimètres cubes de toxine, au moment où l’on fait la saignée, et on laisse reposer l’animal jusqu’à la saignée suivante, qui peut avoir lieu vingt jours après.
Ce procédé a été employé quelquefois par M. Roux, mais iln’est pas sans danger ; M. Roux donne l’observation d’un cheval qui supportait mal ces injections intra-veineuses ; chaque fois, il était pris de crampes ; ses membres postérieurs étaient si faibles qu'il fallait le soutenir, il suait abondamment, son pouls était petit ; le soir, la température était élevée, l’appétit diminué ; le lendemain, le cheval était en parfaite santé.
Nous pouvons ajouter à cette observation la première de celles que nous publions. Nous avons là l’histoire d’un animal,quisupporte très mal les injections intra-veineuses; après une saignée notamment,on lui injecta 150 centimètres cubes dans la jugulaire. L'animal tituba aussitôt, et, il se produisit une chute sur le sol avec dyspnée trés intense; le jendemain, l’animal était rétabli. Ce cheval fut soumis dès lors à des injections sous-cutanées et les supporta très bien.
Le second procédé est celui qui a été employé à Lyon; pendant vingt à vingt-cinq jours, après la première saignée, on injectait tous les deuxou troisjours 50centimètres cubes detoxineenviron, et l’on pouvait ainsi, après quelques jours de repos,retirer un sérum aussi immunisant que le premier.
Au contraire, avec le procédé précédent, M. Roux a constaté que le pouvoir immunisant du sérum faiblissait, et il l'explique par ce fait, que les cellules doivent être fréquemment excitées pour sécréter sans cesse l’antitoxine ; c’est là ce que réalise le procédé des injections sous-cutanées.
Telle est la méthode que l’on a suivie à Lyon pour lim : munisation des chevaux, méthode très scientifique, puisqu’elle tient compte du facteur le plus important : l’état de réceptivité plus ou moins grande des chevaux. Ce serait une erreur de croire que le cheval réagit très peu sous l'influence de la toxine diphtéritique, et qu’étant aussi réfractaire, il ne peut fournir un sérum bien immunisant. Les expériences faites à Lyon, à l’occasion de la préparation du sérum anti-diphtéritique, ont montré que la sensibilité du cheval était assez grande. Nous avons eu un cas de mort chez un animal qui n'avait jamais reçu plus d’1 centimètre cube en une seule séance ; les autres chevaux ont moins réagi sans doute, mais ila fallu souvent bien espacer les injections, pour permettre à la réaction locale de disparaître. Il reste, que si l’on agit très prudem ment au début, si l’on augmente graduellement les doses de toxine injectée, d’après la sensibilité de l’animal, on arrive à d’excellents résultats et, au bout d’un certain temps l'animal, dont on à ménagé la susceptibilité au début, finit par ne plus réagir après des injections de doses considérables de toxine; sa santé est désormais excellente et il est une source puissante de sérum très actif.
Aujourd’hui, au laboratoire de M. le professeur Arloing, il y a trois chevaux qui sont dans ce cas ; nous en racontons l’histoire dans nos première, quatrième et cinquième
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observations ; ils sont soumis à l'immunisation depuis plus d’un an; on maintient le pouvoir de leur sérum par la méthode des injections sous-cutanées et on les saigne tous les deux mois. Tout cela se passe sans accidents et la santé de ces animaux est parfaite: c’est en somme un résultat aussi bon qu’on pouvait le désirer.
Saignée des chevaux, séparation et conservation du sérum.
Il ne nous reste plus maintenant qu’à décrire les précautions à prendre dans les deux dernières phases de la préparation dusérumantidiphtéritique : lasaignée du cheval et la séparation du sérum. Nous décrivons ces opérations telles qu’elles sont pratiquées au laboratoire de M. le professeur Arloing ; elles demandent un certain soin, car, mal dirigées, elles peuvent compromettre entièrement le succès de la préparation.
Quand le cheval est suffisamment immunisé, c’est à-dire, lorsque le sérum d’épreuve a un pouvoir immunisant égal à 1/50.000, on enveloppe l’encolure dans un bandage en toile, fenêtré en face du point où se fera la saignée ; cette précaution est excellente; elle garantit des impuretés, qui pourraient tomber des parties voisines,
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la région, sur laquelle on va opérer, les instruments et les mains de l’opérateur. On rase et on désinfecte soigneusement le point sur lequel on va pratiquer la saignée; puis, avec un bistouri flambé, on fait à la peau une incision transversale, et aussitôt on plonge un trocart stérilisé dans la veine jugulaire ; la pointe du trocart est évidemment dirigée vers la périphérie. On enlève la tige centrale du trocart, etle sang s’écoule aussitôt par la canule, qui est restée dans la veine. Le plus tôt possible, et à l’aide d’un tube de caoutchouc stérilisé, on relie la canule à un grand flacon en verre également stérilisé,
Le récipient dans lequel arrive le sang est un flacon de Wolff maintenu incliné sur un petit établi en bois disposé ad hoc; le goulot de ce flacon est muni d’un bouchon de caoutchouc durci que traversent à frottement dur trois tubes de verre; l’un conduit le sang près du fond du flacon; l’autre, qui renferme un petit tampon d’ouate stérilisée, permet à l’air de s’échapper à mesure que le sang remplit le flacon ; enfin, le troisième est recourbé extérieurement et terminé par une pointe effilée; il servira à retirer le sérum ; chaque flacon doit être à moitié rempli seulement, il renferme alors 1 litre 1/2 de sang. Lorsqu'on retire 6 litres de sang de la jugulaire du cheval, on a donc besoin de quatre flacons.
Pendant vingt-quatre heures, on laisse ces flacons en repos, et, après ce laps de temps, le sérum s’est séparé du sang coagulé ; alors le troisième tube du flacon de Wolff est flambé extérieurement ; puis on l’enfonce de façon que son extrémité inférieure plonge dans le sérum ; avec des ciseaux flambés, on brise la pointe extérieure de ce tube ; puis on souffle à travers le deuxième tube, tamponné
d’ouate filtrante stérilisée, comme nous l’avons déjà dit ; le sérum s’échappe par le troisième tube et tombe dans des conserves de 250 centimètres cubes bien stérilisées. Avec des pipettes à boule bien aseptiques, on le puise dans ces conserves, et on le répand dans de petits flacons de 10 ou 20 centimètres cubes stérilisés. Ceux-ci bien remplis, on les ferme avec des bouchons de caoutchouc lavés au sublimé et conservés dans une solution antiseptique. Avant de fermer les petits flacons, on projette, dans chacun d’eux,un morceau de camphre enflammé, qui s’éteint au contact du liquide; Behring et Ehrlich ne mélangent pas les sérums des différents chevaux. Ils évaluent le pouvoir immunisant de chacun d’eux, et ils ont ainsi des sérums faibles pour les diphtéries bénignes et des sérums forts pour les diphtéries graves. M. le professeur Arloing préfère mélanger les divers sérums,'de façon à obtenir un sérum dont le pouvoir immunisant soit au-dessus de la moyenne ; s’il se montre insuffisant pour les diphtéries les plus graves, on n’a qu'à renouveler les injections... Le sérum ainsi recueilli doit être conservé à l’abri de la lumière dans un endroit frais; Behring et Ehrlich pensent qu’il conserve ainsi son activité pendant plusieurs mois. Mais il semble utile de s’assurer de temps à autre du pouvoir immunisant d’un sérum un peu ancien; il ne faut pas oublier, en effet, que l’on est en présence d’un produit d’origine microbienne, dont la composition, probablement très complexe, est inconnue, et dont les qualités peuvent s’altérer sous des influences nombreuses et que nous ignorons, peut-être.
M. le professeur Arloing a étudié les différents moyens de préserver le sérum de toute contamination microbienne ;
dans une communication faite à la Société de médecine, le 11 novembre 1895, et reproduite dans le numéro de la Province Médicale du 16 novembre 1895, nous trouvons le compte rendu de ces recherches ; nous le donnons ?# exlenso :
La conservation du sérum anti-diphtéritique, à l’abri des causes de contamination et d’affaiblissement de son pouvoir anti-toxique etimmunisant, est un problème dont l'étude s’imposait à un laboratoire qui s’était donné la tâche de préparer ce sérum. J’ai poursuivi cette solution avec le concours de M. Nicolas.
J’ai raconté autrefois comment nous espérions préserver le sérum de toute contamination microbienne. La cueillette du sang est opérée aseptiquement : peau du cheval, trocart, tubes de caoutchouc, flacons récepteurs, sont soigneusement stérilisés. La répartition du sérum, après formation du caillot, est faite dans les petits flacons de 10 ou 20 centimètres cubes, d’après les lois de l'asep sie la plus rigoureuse ; malgré toutes ces précautions, nous n'avons pas eu des résultats schématiques, nous avons éprouvé quelques déceptions. Les microbes peuvent con taminer un certain nombre de flacons ; la répartition du sérum rencontre donc beaucoup plus de difficultés que celle du bouillon, par exemple, dont la contamination est plus qu’exceptionnelle. Il est facile de comprendre qu’il en soit ainsi. Les manipulations sont trop nombreuses pour que l’asepsie soit absolument rigoureuse. La stérilisation de la région cutanée du cheval est assez compliquée ; le sérum passe par {rois flacons, avant d’être distribué définitivement ; il est très visqueux ; onestobligé de plonger
Tuer plusieurs fois de suite la même pipette dans les flacons
intermédiaires, etc., etc.
Pour éviter ces mécomptes qui, sans être constants,
peuvent se produire assez fréquemment et quelquefois.
assez longtemps après la cueillette, les microbes poussant souvent très mal dans le sérum, quels étaient les moyens à notre disposition ?
La filtration à travers les filtres minéraux semblait
s'imposer ; mais, instruit par mes expériences antérieures sur les filtres, j'ai de suite étudié expérimentalement l’action de la filtration sur les propriétés physiologiques du sérum. Le filtre Maillé fait tomber Le pouvoir immunisant de 100 à 34,79 ; le filtre Ghamberland de 100 à 30,29. Ce moyen était donc à rejeter, d'autant plus qu’il n'aurait pas donné de sécurité complète pour le sérum, qu’il fallait ensuite répartir dans les flacons de distribu tion, avec les méthodes ordinaires.
Il restait à ajouter un antiseptique au sérum; cet antiseptique doit être inoffensif pour l'organisme, actif contre les microbes ; 1l doit, enfin, changer le moins possible les caractères physiques et physiologiques du sérum.
Avant d'examiner l'influence bienfaisante de l’addition des antiseptiques au sérum, je signalerai les altérations spontanées (physiques et physiologiques) de ce dernier, quand on le conserve un certain temps. Le sérum le plus
clair finit toujours par se troubler à la suite de la précipi-
tation d’une matière albuminoïde ; on voit, surtout lorsque la température est basse, des nuages floconneux se répandre dans tout le flacon et finir par tomber dans le fond, sous forme d’un dépôt opaque. Nous avons cru au début à une pullulation microhienne, mais l’ensemen-
0e cement de ce précipité en bouillon est resté complètement stérile.
On peut faire disparaitre ce trouble, en chauffant légèrement le flacon de sérum, mais il faut craindre de coaguler les albumines ; il vaut mieux ne pas s’en préoccuper : un sérum, même sans addition d’antiseptique, peut ètre trouble et cependant propre. Outre les modifications
- physiques précédentes, le sérum s’atténue physiologique-
ment ; son pouvoir préventif diminue avec le temps. Nos expériences ne soni pas encore très nombreuses à ce point de vue, mais, dans un cas, nous avons vu le pouvoir préventif baisser de 25 pour 100 en trois mois. Ge chiffre, naturellement, doit simplement appeler des recherches, il n’a rien de définitif. Il existe, en résumé, des modifications inévitables du sérum; les esprits timorés devront en prendre leur parti.
Voyons maintenant l’action des antiseptiques. Nous avons essayé le camphre, l'acide thymique, l'acide salicylique, l’acide phénique, l’eucalyptol, tant au point de vue de leurs effets physiques qu’à celui de leur action antiseptique ou de leur influence sur les propriétés physiologiques du sérum.
Le mode d'emploi a été le suivant : camphre et acide thymique : un fragment enflammé dans chaque flacon de distribution ; acide salicylique en excès; acide phénique 0,50 pour 100; eucalyptol 4 pour 1000.
Examen des effets physiques. — Nous avons étudié ces effets à la température ordinaire et à la température de l’étuve, maintenue pendant quarante-huit heures. Le camphre a donné des résultats nuls. L’acide thymique n’a eu aucun effet dans la glacière, mais, à la température du
laboratoire et surtout à l’étuve, il a produit une opalescence allant jusqu’à l’opacité louche. L’acide phénique altère légèrement la transparence du sérum. l’acide salicylique laisse au sérum une limpidité parfaite, mais se dépose. L’eucalyptol n’entraîne aucune modification physique.
Examen de la valeur antiseptique. — Nous l'avons jugée par l'influence de ces agents sur le développement de microbes semés accidentellement ou volontairement dans le sérum. Tous les antiseptiques susnommés, sauf le camphre, se sont montrés efficaces contre les microbes accidentellement présents ou contre ceux qu'on semait artificiellement (staphylocoques, streptocoques). De plus, les quatre derniers ont définitivement tué la semence au bout de neuf jours de contact.
Examen des effets physiologiques. — Les effets physiologiques ont été jugés, par injection du sérum et inoculation subséquente de culture virulente. En attribuant à la valeur préventive du sérum naturel le nombre 100, celle du sérum mis en contact avec les antiseptiques du 18 juillet au 8 août s’est trouvée abaissée de la manière suivante :
SÉTUMANOTIDAL 25 ee EAN ee DO
Additionné d'acide phénique. 2.0 0M070E — d'OUCalypLo ER 06 ST — d'acide thymique non en excès. 63,37 — d'acide salicyhquom 2205625 — d'acide thymique en excès . . 51,75
Il est facile de faire un choix. L’acide phénique et l’eucalyptol ne modifient que bien légèrement ou même ne
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modifient pas les caractères physiques et les propriétés physiologiques du sérum. Nous nous sommes prononcé en faveur de l’eucalypiol, qui est d’un emploi moins dangereux que celui de l’acide phénique. Nous l’employons à 4 pour 1000. L'aspect du sérum sera donc dorénavant plus flatteur à l’œil que pendant la période de tâtonnements ou nous l’additionnions d’acide thymique; ses propriétés
* physiologiques seront également beaucoup moins modifiées.
OR TP CU NS PE de et 8 JOUR ŒUURT DOI CES
Conclusions.
L’étude de la préparation du sérum antidiphtéritique à Lyon, nous permet de poser les conclusions suivantes :
I. La sensibilité du cheval à l'égard de la toxine sécrétée par le bacille de Lôffler est sujette à bien des varia tions individuelles ; certains sujets peuvent succomber à la suite de l'injection de très petites quantités de toxine.
II. Le cheval manifeste sa réaction par une élévation de température et une tuméfaction locale; effet hyper thermisant disparaît assez rapidement, tandis que l'effet phlogogène local se manifeste fort longtemps ; cette tuméfaction locale peut être énorme ; ajoutée à l’intoxication que subit l'animal, elle peut constituer un danger assez important, par l'obstacle mécanique qu’elle oppose à la circulation.
III. Les injections de toxine ravivent les lésions anciennes des chevaux, qui se montrent alors plus sensibles.
IV. Il est nécessaire d’être très prudent au début de l’immunisation ; après avoir rigoureusement soumis l’animal, à l'épreuve dite à la malléine, il faut se rendre compte de la sensibilité de l’animal, commencer par injecter de petites doses de toxine iodée, jusqu’au jour où l’animal réagissant moins et se montrant peu sensible, on peut aller plus hardiment,.
V. Un cheval ainsi éprouvé arrive assez rapidement à supporter en une seule séance des doses de toxine variant entre 50 et 100 centimètres cubes. Ge résultat est plus facile à obtenir si l’on emploie des toxines provenant d’une même origine et dont la virulence n’a pu être modifiée par des différences trop grandes d’arñcienneté.
VI. Dans ces conditions, un cheval peut être immunisé au bout de trois ou quatre mois, supporter sans inconvénient une saignée de 6 litres de sang dont le sérum à un pouvoir préventif égal ou supérieur à 1/50000.
VII. Pour maintenir au sérum son pouvoir immunisant, la méthode des injections sous-cutanées, consécutives à une première saignée, est la meilleure ; elle permet, au bout de vingt à vingt-cinq jours, de faire une nouvelle saignée de 6 litres et d'obtenir un sérum dont le pouvoir immunisant est encore égal ou supérieur à 1/50000.
VIII. Il est difficile, à la suite des nombreuses opérations, qu’exige sa mise en flacons, d’avoir un sérum, à l'abri de
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