IV. — MÉDICAMENTS OPOTHÉRAPIQUES INJECTABLES
On entend par opothérapie (070 — suc @eparetx — cure) la médication par les sucs extraits des glandes. Ces produits ont pris, ces dernières années, une place impor tante en thérapeutique. A bien regarder, l’idée n’est pas aussi neuve qu'elle parait mais, au contraire, elle est vieille comme la médecine et reposait autrefois sur des légendes et pratiques issues de l’instinct populaire. On employait en effet fréquemment le foie de loup, le placenta et le poumon de renard, la tête de vipère et même le mou de veau.
Le corps humain renferme des glandes à sécrétion interne. Ce sont des glandes qui élaborent des produits et
qui, au lieu de les déverser à l'extérieur (rein, glandes salivaires) les écoulent dans le sang (corps thyroïde, capsules surrénales, rate, etc.). Ge fut Brown-Sequard qui découvrit l’importance de cette sécrétion interne. L’opothérapie repose sur l'observation des troubles de l'économie qui coexistent chez l’homme avec les altérations pathologiques qui mettent hors d'usage une glande à sécrétion interne. On sait maintenant qu'un individu privé de corps thyroïde a des troubles qui disparaissent si on le soumet au traitement thyroïdien. Ges manifestations morbides doivent être combattues et cela pour toutes les glandes à sécrétion interne par des injections d’extraits de ces organes.
La méthode de choix serait certainement la greffe. Mais ce n’est là qu’un procédé de laboratoire. Aussi, les moyens les plus employés sont l'absorption par le tube digestif et l’injection hypodermique. Encore, la première de ces méthodes est peut-être moins bonne car les sucs digestifs peuvent avoir une influence sur les extraits d’organe. Aussi, la méthode hypodermique est-elle préférable.
Préparation. — Le Codex 1908 indique le procédé suivant :
Prélevez les organes dans des conditions d’aseptie rigoureuse aussitôt après l’abatage de l’animal (instruments, vases, etc. stérilisés).
Recueillez-les dans de l’eau saturée de chloroforme et dans laquelle vous les maintiendrez pendant la durée de leur transport au laboratoire. Essuyez-les entre plusieurs feuilles de papier de soie stérilisées, puis divisez-les rapidement en petits morceaux.
Fee Mettez 100 grammes d’organe ainsi préparé en contact avec le liquide suivant préalablement stérilisé et refroidi :
Glycérine officinale .. . . . . . . : 200 Eau distilléee2 2m Re D
Laissez macérer vingt-quatre heures en agitant de temps en temps, puis filtrez sur du papier ou du coton préalablement stérilisés.
Répartissez le liquide dans des ampoules de verre d'une capacité de 1 centimètre cube préalablement stérilisées que vous fermerez ensuite à la lampe.
Le Codex fait observer qu'avant de délivrer ces ampoules on doit s'assurer que le contenu d’un certain nombre d’entre elles, prises au hasard dans la masse, ne donne pas de culture après avoir séjourné à l’étuve chauffée à 37 degrés pendant quarante-huit heures.
Au moment de l'injection, l’opérateur devra diluer le contenu d’une ampoule dans 3 centimètres cubes d’un soluté aqueux à 7 pour 1000 de chlorure de sodium stérilisé.
Certains auteurs recommandent de filtrer à la bougie ces extraits d'organes. Pour ce faire, on introduit l'extrait dans une éprouvette, dans laquelle plonge une bougie filtrante stérilisée. Celle ci est reliée à sa partie supérieure par un tube à un tube de verre coudé qui pénètre dans une cloche de verre où l'on peut faire le vide à la trompe. Le liquide filtré tombe dans un petit cristallisoir placé à l’intérieur de la cloche et contenant des ampoules stérilisées, la pointe ouverte en bas. La filtration terminée, l'extrait organique emplissant le cristallisoir, on ferme le robinet. L'air rentre, filtre sur du coton et les ampoules se remplissent. On les ferme à la lampe.
Comme moyen de remplissage, on peut se servir d’un appareil insufflateur. Il est constitué par un flacon à deux tubulures. L’une plonge au fond du flacon, l’autre n'arrive -qu’au-dessus du liquide organique. Une poire de caoutchouc est assujettie à ce dernier, tandis que dans l’intervalle un tampon de coton filtre l’air insufflé au moyen de la poire. Cet air fait pression sur le liquide, le chasse dans l’autre tubulure, qui est effilée, et au bout de laquelle viennent se remplir les ampoules.
D’après Byla, la bougie filtrante peut retenir une certaine partie de substances actives des extraits opothérapiques. C’est sans doute pour cette raison que le Codex ne parle pas de ce procédé et se contente de la préparation aseptique.
Quoiqu'il en soit, ces ampoules sont soumises à la loi du 25 avril 1895, c'est-à-dire que leur préparation fait l'objet d’une «autorisation du gouvernement rendue après avis du Comité consultatif d'hygiène publique de France et de l’Académie de médecine ». C’est une autorisation temporaire et révocable.
Un décret de 1907 stipule, en outre, qu’on ne devra ajouter aucun antiseptique. De plus, les organes employés, l'origine animale, ainsi que la quantité d’organe frais représentés par 1 centimètre cube, devront être nettement indiqués pour chaque extrait. Et il ajoute que cette autorisation ne garantit pas l'efficacité du produit.