‹ Contribution à l'étude de la préparation et de l'analyse de quelques ampoules pour injections hypodermiquesChapitre 17 sur 20 · V. — MÉTAUX COLLOIDAUX INJECTABLES · texte numérisé non relu

V. — MÉTAUX COLLOIDAUX INJECTABLES

Graham a donné le nom de colloïdes aux corps qui, mis en solution, ne peuvent dialyser à travers une mem-

oi e brane animale. Tantôt ce sont des substances organiques, l’albumine, la gélatine, le glycogène, etc., tantôt des substances minérales comme les métaux. De ces derniers seulement nous allons nous occuper.

Les principaux métaux colloïdaux sont :

L'argent colloïdal ou collargol s’il est obtenu chimiquement, électrargol s’il est préparé par la méthode électritrique.

Platine colloïdal.

Or colloïdal.

Palladium colloïdal.

Préparation :

1° Procédé chimique ou procédé Trillat. — Il consiste à précipiter des solutions très étendues d’un sel du métal par une trace d’alcali en présence de très peu d’albumine. Il se fait un précipité léger qui se redissout.

2° Procédé Brédig ou préparation électrique. — Il consiste à volatiliser par l’arc électrique produit par un courant de 3 à 4 ampères sous 40 volts le métal que l’on veut avoir à l’état colloïdal. L’étincelle jaillit entre les deux lames du métal choisi.

Sous cet état les métaux forment des pseudo-solutions. Ils existent à l’état de suspension sous forme de grains minuscules de ditférentes grandeurs, mais invisibles au microscope ordinaire. On ne décèle ces grains qu'avec l’ultra-microscope, c'est-à-dire à l’aide d’un microscope disposé de façon à éclairer la préparation au moyen d'un prisme. Cet artifice permet d’apercevoir un semis de points lumineux sur fond noir. Telles sont les pseudo-solutions utilisées en injections.

Par le procédé Brédig on obtient des produits très purs.

PAT TEe Pour Netter, il serait indifférent d’avoir recours aux préparations obtenues par voie chimique ou à celles produites par l’arc électrique, pourvu que ces préparations soient à grains fins et fraiches.

Au contraire, Iscovesco insiste sur la nécessité de n’employer que des solutions électriques stabilisées et isotoniques, c’est-à-dire additionnées pour cela d’adjuvants. Pour ce qui est de stabilisants, Brédig, Victor Henri, Stodel, etc., ont montré qu'ils n’empêchent pas l’action catalytique des métaux colloïdaux, bien au contraire, il semble que certains stabilisants préservent les métaux colloïdaux.

Les métaux colloïdaux électriques (électrargol, électramol, électropalladiol, électroplatinol, électromercuriol) préparés par Clin sont stabilisés et rendus isotoniques. Enfin, le pouvoir bactéricide des métaux colloïdaux électriques s’est montré le même pour les solutions destinées à être injectées et qui par conséquent sont stabilisées et isotonisées pour les solutions pures.

En attendant que l’accord soit plus parfait, il faut recommander les solutions à grains les plus fins et fabriquées tout récemment. Selon le métal en suspension, la préparation se présente sous des couleurs différentes : violet rose pour l'or, rouge brun pour largent, brun gris pour le platine et le palladium. Ges couleurs correspondent à des solutions aux grains très fins. S'ils n’ont pas la finesse voulue, la teinte change. De même, au bout d’un certain temps, les particules minimes se précipitent, la teinte baisse, et une partie de l’activité thérapeutique disparaît.

Les métaux colloïdaux ne peuvent être chauffés, la cha-

NO leur les détruit. Ces solutions, qui ne contiennent que des traces de métal, n’en jouissent pas moins de propriétés remarquables, qui les ont fait comparer à de véritables ferments. Elles produisent dans l'économie une oxydation intense, se traduisant par une augmentation de l’urée. Elles détruisent les toxines, neutralisent l’action de certains virus, augmentent la résistance de l’organisme et la leucocytose. On les emploie dans le traitement des maladies infectieuses en injections hypodermiques.

Pour préparer les ampoules de métaux colloïdaux, on opère à l’abri de la chaleur. Lesampoules vides sont stérilisées au four Pasteur et le remplissage se fait à la cloche à vide. On emploie donc la méthode aseptique, car le pouvoir bactéricide énorme des solutions de métaux colloïdaux dispense de les stériliser.

ARSÉNOBENZOL OU « 606 »

L'utilisation des sels organiques d’arsenic dans la syphilis n'est nullement le fait du hasard, mais bien l'aboutissant d’un plan conçu d'avance. Nous allons examiner rapidement la genèse de l’arsénobenzol avant de parler de ce composé.

L’arsenic est tantôt trivalent, tantôt pentavalent. Nous commencerons par les combinaisons de l'arsenic pentavalent. Elles dérivent toutes de l’acide arsénique qui a pour formule :

OH As/OH | NOH [e)

On peut remplacer dans cette formule un des oxhydriles par le radical méthyl. On obtient :

OH CH As | NoH

ou acide méthylarsinique dont le sel de soude est l’arrhénal. |

Si dans le corps précédent on remplace un second oxhydrile par le radical méthyl, on obtient :

CH

qui est l'acide cacodylique dont proviennent les cacodylates.

Enfin, en remplaçant les trois oxhydriles de l’acide arsénique, par trois radicaux méthyl, nous obtiendrons l’oxyde de triméthylarsine qui est inusité en médecine.

Ces composés arsenicaux que nous venons de passer en revue font partie de la série grasse. Nous allons passer maintenant à la série aromatique, à laquelle appartiennent l’atoxyl et l'arsénobenzol ou « 606 ».

Tous les corps de la série aromatique dérivent du benzène CSHS. Dans ce corps, on peut remplacer un hydrogène par un radical méthyl, un oxhydrile ou un groupe amidogène et on obtient les corps suivants :

(CIO 0 LOU tolnene CHOEEe ou phénol CHAT en -ouranime

Il est possible de remplacer ainsi tous les hydrogènes

du benzène par des groupes monovalents identiques ou différents et, réciproquement, chaque fois que l’on enlevera un hydrogène au noyau benzénique d’une molécule constituée de la sorte (aniline, phénol, etc.) on créera un nouveau radical monovalent que l’on pourra transporter sur d’autres molécules non saturées, ou mettre à la place de n'importe quel autre radical monovalent.

C'est ainsi que le radical CFH*AZH? qui est l’aniline privé d’un hydrogène peut remplacer, dans l’arrhénal, le groupe méthyl OH

AzH? — CH — Ce RCE

Ce nouveau corps est l'acide amino-phényl-arsinique dont le sel de soude est l’atoxyl.

Si à la place de l’amidogène de l’atoxyl, on met un oxhydrile, on obtient l’acide oxyphénylarsinique, qui sert à préparer l’arsénobenzol.

IL existe trois acides aminophénylarsiniques : l'ortho, le méta et Le para.

L’atoxylest le sel de l'acide paraaminophénylarsinique.

Dans l’atoxyl, on peut effectuer des substitutions soit dans le groupe AzH°, soit dans le noyau.

Dans le groupe AzH° un ou deux hydrogènes sont remplaçables par des groupes monovalents tels que CH méthyl.

CH—C Acétyl

CH S Phénylsulfone.

ZN

en [5 Avec CH on obtient:

CH? OH Dar CHE — A0 CH: OH

c’est l'acide diméthylaminophénylarsinique.

Le remplacement d’un hydrogène par le groupe acétyl donne l’acétylatoxyl ou arsacétine.

Quant au groupe phénylsulfone, il donne l’hectine ou phénylsulfone-atoxyl.

Parmi les dérivés de l’arsenic trivalent se trouvent l’arsénophénylglycine et l’arsénobenzol ou « 606 ».

Le premier stade de la réduction du groupe arsénique conduit à l’oxyde d’arsine AsO, le deuxième stade conduit aux arsiniques contenant la chaîne As—As.

Voici le mécanisme de ces réductions : l’action de l'hydrogène sur le radical

détache d’abord un oxhydrile pour donner une molécule d’eau et remplace l’oxhydrile enlevé par un atome d’hydrogène

H As Il OH O

qui à son tour entraine le deuxième pour former une molécule d’eau et finalement il reste

As | Ô

Che

Si on poursuit la réduction, on fixe sur le groupe AsO encore deux atomes d'hydrogène de la façon suivante

As :

NoH Or, des hydrates de cet ordre sont très instables. Si l’on met deux hydrates d’arsenic en face l’un de l’autre, une molécule d’eau, puis deux s’éliminent et les deux atomes d’arsenic s’unissent par double liaison :

formant la chaîne As—As, qu’on appelle arsénique ou plus simplement arséno.

Le corps qui provient de la réduction de l'atoxyl se nomme arséno-aniline et dont la formule est :

AS AS | C / CENCEH CH CH CH CH CAMCH Ne NET NAzH NAzH?

Mais il est inutilisable parce qu’il est insoluble et que son chlorhydrate est très acide.

En fixant sur chacune des fonctions aminées, à la place d'un atome d'hydrogène, un reste d’acétate de soude qui rend la molécule soluble et neutre, on obtient l'arsénophénylglycine, qui a été employé avec l’atoxyl dans certaines affections parasitaires.

Enfin, si on fait subir à l'acide oxyaminophénylarsinique la même réduction qu’à l’atoxyl, on obtient le dioxydiamido-arsénobenzol ou « 606 » et dont la formule est :

AS | | C C ee PAT HG CH HG CH HG CA7H?2 HC CAzH?

Le « 606 » est appelé aussi en France Novarsan ou Salvarsan.

Caractères physiques et chimiques. — Ge sel a été étudié et décrit par Ehrlich sous le nom de 606. Il a l’aspect d’une poudre jaunâtre, très fine, ressemblant à du soufre pulvérisé et très soluble dans l’eau. 1 centimètre cube d'eau doit en dissoudre entièrement 10 centigrammes. La solution aqueuse a une réaction très acide. IL contient environ 34 pour 100 d’arsenic. Comme il s’oxyde facilement au contact de l’air, on le conserve dans des ampoules scellées, dans lesquelles on fait le vide. Dans ces conditions, il est inaltérable, et c’est seulement au moment de son emploi qu’on lui donne la forme convenable permettant de l’injecter. En présence de la soude, l’arsénobenzol se dédouble en chlorure de sodium et en base insoluble, mais si l’on ajoute un excès de soude, cette base se redissout. |

Cette propriété est intéressante à connaître, car elle mettra le médecin à même de comprendre les détails des traitements successifs que l’on fait subir au produit avant de l’injecter.

av Q tes

Modes d'emploi. — Les injections se font sous-cutanées, intra-musculaires ou intra-veineuses. Ce sont les dernières qui sont le plus actives. Elles sont indolores. Les injections sous--cutanées sont complètement abandonnées. Beaucoup de médecins emploient les injections intramusculaires, plus faciles queles injections intra-vemeuses, mais elles sont quelquefois douloureuses.

Injections sous-cutanées.

Très employée au début, elle l’est beaucoup moins à cause de la douleur qu’elle détermine et des abces qui peuvent se produire. Elle se fait dans la région intrascapulaire à côté de la colonne vertébrale ; on enfonce l’aiguille de haut en bas, après désinfection à la teinture d’iode.

Pour cette injection, on peut employer le 606 de trois façons :

1° En solution acide dans l’eau stérilisée. On dissout simplement la poudre par agitation dans 20 centimètres cubes environ de sérum physiologique, on obtient ainsi une solution limpide à réaction acide.

2° En suspension aqueuse exactement neutralisée. Le mode de préparation est le même que pour l'injection intra-musculaire.

3 En suspension huileuse, même mode de préparation que pour l'injection intra-musculaire ; nous allons voir la manière de préparer la suspension aqueuse neutre et la suspension huileuse dans le paragraphe suivant.

Injections intra-musculaires.

Deux manières d'opérer : suspension huileuse, suspension aqueuse neutre.

A. Suspension huileuse. — Lorsque le médecin est obligé de préparer extemporanément la suspension huileuse, il procède de la façon suivante :

Dans une petite capsule de porcelaine préalablement flambée, il verse la poudre qui est enfermée dans une ampoule. Il ajoute, sur cette poudre, de lhuile stérilisée également enfermée dans une ampoule. Il délaie la poudre dans l'huile, aussi exactement que possible, au moyen d’une petite baguette de verre stérilisée. Il aspire avec la seringue la suspension ainsi obtenue.

Pour enlever ce qui peut rester dans la capsule, ajouter 1 ou 2 centimètres cubes d'huile stérilisée, délayer à nouveau avec l’agitateur, aspirer avec la seringue et injecter au malade.

Faisons remarquer que la suspension huileuse se conserve cinq à six semaines et, pour éviter au médecin les manipulations précédentes, certaines maisons livrent la suspension toute faite dans des ampoules qui portent la date de la fabrication. Il suffit alors de verser le contenu de l’ampoule dans un récipient flambé et d’aspirer avec la seringue.

B. En suspension aqueuse neutre. — Pour préparer cette suspension, il faut : |

1° Une ampoule alcaline (soude diluée, soude caustique liquide 30 pour 100 et eau distillée parties égales) ;

20 Une ampoule acide (acide chlorhydrique dilué,

10 pour 100) ;

ni

3 Une ampoule d’eau distillée stérilisée pour amener le produit au point de dilution convenable ;

4° Un petit agitateur de verre;

50 Une capsule de porcelaine.

Voici comment on procède :

On prend la petite capsule flambé: au préalable à l'alcool ou passée à l’eau bouillante ainsi que l’agitateur.

Dans cette capsule on verse :

1° L’ampoule alcaline ;

2° La poudre, et on agite jusqu'à dissolution ;

3° On ajoute l’ampoule acide; on obtient alors un précipité qu’on rend homogène en agitant avec la baguette de verre ; ce précipité a l'aspect d’une bouillie qui occupe toute la masse du liquide ;

4 Enfin, on ajoute l’ampoule d’eau distillée pour amener le produit à dilution convenable.

Inutile d’ajouter que les ampoules moulées contiennent une quantité rigoureusement déterminée de solution neutre et de solution acide, ce qui évite des manipulations et l'emploi de papier de tournesol.

L’injection se fait dans la région fessière comme les injections mercurielles.

Injections intra-veineuses.

L'injection intra-veineuse met immédiatement en circulation tout l’arsénobenzol injecté et lui permet d'exercer aussitôt son action. Elle a rallié les suffrages de l'immense majorité des praticiens. Elle est sans danger si elle est faite avec toutes les précautions voulues d’asepsie, tant

nn du côté de l'opérateur que du côté des solutions employées pour la préparation du médicament. Certaines maisons mettent à la disposition du médecin tout ce qui lui est nécessaire pour mener à bien assez facilement cette injection. |

Il faut avoir :

1° Deux ampoules alcalines ;

2° Une ampoule acide ;

3° Une ampoule de sérum physiologique à 6 pour 1.000 de 250 centimètres cubes;

4 Un ballon vide stérilisé, fermé d’un bouchon de caoutchouc à deux tubulures traversé par deux tubes de verre stérilisés et scellés à leur extrémité extérieure;

0° Une baguette de verre caoutchouté ;

6° Une petite lime.

IL faut également un tube de caoutchouc de 2 mètres environ avec une aiguille en acier ou platine.

Préparation de la solution. — Dans le ballon vide stérilisé, mettre le contenu de l’une des deux ampoules alcalines ; ajouter la poudre d’arsénobenzol et agiter la solution jusqu’à dissolution avec l’agitateur de verre qu’on aura, au préalable, fait bouillir dans l’eau pendant vingt minutes.

Ajouter l’ampoule acide. Rendre homogene le précipité qui se forme en agitant avec la petite baguette de verre.

Ajouter l’autre ampoule alcaline pour redissoudre le précipité qui vient de se former.

Quand la dissolution est complète, verser dans le ballon l’ampoule de sérum physiologique qu’on aura fait tiédir au bain-marie dans de l’eau à 40 degrés environ, car, pendant l’écoulement, le liquide se refroidit légerement.

La meilleure température pour l'injection se trouve vers

38 degrés.

Avec la lime, couper les deux extrémités des tubes de verre du ballon.

Sur le trajet du tube en caoutchouc, on place un index de verre pour surveiller l'écoulement du liquide. On le stérilise par ébullition ou à l’autoclave.

ErGN6:

L’injection se fait dans une veine du coude ou de l’avantbras, après désinfection à la teinture d’iode ou à l’alcool. Nous n’entrerons pas dans les détails de l'injection qui sont du ressort de la médecine.

Disons seulement qu’une fois l'aiguille enfoucée dans la veine, on expurge l'air du tube en caoutchouc qui va au ballon en renversant ce dernier ,comme le montre lafigure, et on adapte le tube à l'aiguille qui est enfoncée dans la veine. On maintient le ballon à 4 m. 50 environ de façon

ns à ce que le liquide mette dix à quinze minutes à passer dans la veine. On réglera l’écoulement par la hauteur du ballon.

Nous devons signaler, pour terminer, ce chapitre du «€ 606 », le Néosalvarsan « Creil », qui permet la préparation extemporanée et facile de la solution injectable neutre de Salvarsan sans le concours de soude. Les solutions de Néosalvarsan dans l’eau fraîchement distillée sont neutres et n’exercent aucune action sur les éléments du sang ou sur les cellules du lieu d'injection, ce qui facilite beaucoup l’injection intra-veineuse et intra-musculaire.

La solution s'opère instantanément à froid sans même agiter.

Comme doses :

0,15 de Néosalvarsan — 0,10 de Salvarsan 0,30 — 0 20 —

On l’emploie en injections intra-veineuses et intra-musculaires, mais non en injections sous-cutanées.

Préparation de la solution. — II faut de l’eau récemment distillée, stérilisée et froide. On peut employer le sérum physiologique à 4 pour 1.000 à condition d’avoir du chlorure de sodium très pur. La solution doit être employée immédiatement et, dans aucun cas, on ne doit la conserver. Il ne faut jamais chauffer la solution.

Le Néosalvarsan est livré en ampoules que l’on doit ouvrir aseptiquement, c’est-à-dire qu'il faut frotter l’'ampoule avec du coton stérilisé imbibé d'alcool et se servir d’une lime flambée.

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