A, — INSUCCES INDEPENDANTS DE LA SYPHILIS DES PROCREATEURS
Nous ne prétendons pas, en effet, que la syphilis soit l’unique cause de « grossesse malheureuse », même chez les syphilitiques. I] est bien évident que les infections aiguës survenant pendant la grossesse : pneumonie, fièvre typhoïde, rhumatismes articulaires prolongés, les intoxications aiguës ou chroniques (saturnisme), sont, aussi fréquemment chez elles que chez les femimes saines, cause d’avortement ou de mort fœtale; mais elles représentent une infime minorité des cas observés. Il en est de même des causes traumatiques : chutes ou violences subies par la mère.
Les avortements par malformation utérine, endométrite, fibrome, etc., sont quelquefois observés chez les femmes traitées, sans qu’on puisse, dans ces cas, parler d’ « échecs du traitement ».
Par contre, nous avons peu ou pas rencontré, chez les femmes traitées (avant la grossesse naturellement), ces avortements des premiers mois, considérés comme essentiels, ou attribués, faute de leur trouver une cause précise, à un déséquilibre des hormones génitales.
Le traitement aurait-il donc été capable de préve-
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nir l'apparition de ces avortements précoces qui, pour beaucoup pourtant, ne sont pas « de la syphilis ».
Contrairement à ces auteurs, nous pensons, d’après nos observations et d’après les statistiques déjà discutées au tableau II, que la syphilis joue un rôle aussi important dans l’étiologie des avortements des premiers mois que dans celle des avortements du milieu de la grossesse.
Quant aux « Syndromes de Déséquilibre humoral », qui sont pourtant une cause générale importante de mortalité fœtale, nous n’avons trouvé, chez les syphilitiques traitées, aucun échec à leur attribuer. Par contre, nous les avons souvent trouvés dans les antécédents de ces mêmes femmes.
Nous sommes tentés de conclure que le traitement avait eu sur ces « troubles de déséquilibre humoral », sur ces phénomènes d’ « auto-intoxication sravidique » une heureuse action préventive.
Ces faits ne viennent-ils pas appuyer l'opinion de ceux qui placent les troubles de déséquilibre humoral parmi les manifestations d’une hérédo-syphilis maternelle (M. PINARD) ou parmi « les manifestations d’une hérédité vasculaire, intriquée avec une hérédité endocrinienne, pouvant bien procéder d’une même origine spécifique » (FRUHINSHOLZ et RICHON, in Gynécologie et Obstétrique, février 1938).
B. — INSUCCES IMPUTABLES DIRECTEMENT A UNE LESION ORGANIQUE SYPHILITIQUE
Les lésions organiques syphilitiques maternelles susceptibles d’entraîner un échec de traitement sont surtout :
— soit cardio-vasculaires, — soit rénales.
Ces lésions organiques, si elles sont graves et fixées, sont inaccessibles au traitement pré-natal et sont cause d'échecs irrémédiables.
a) LES AFFECTIONS CARDIO-VASCULAIRES :
Les lésions valvulaires, insuffisance ou rétrécissement aortique syphilitique, mal compensées, peurent être, aussi bien que les lésions rhumatismales, du même ordre, à l’origine d’accidents gravido-cardiaques, graves pour le fœtus aussi bien que pour la mère.
Mais c'est l'hypertension qui est le plus souvent responsable des accidents cardio-vasculaires. C'est parfois l'hypertension associée à une artérite plus ou moins généralisée et à une légère déficience rénale :
plus souvent c’est une hypertension solitaire, hyper-
tension des jeunes dont on sait qu'elle est habituellement liée à la syphilis héréditaire. C’est une hypertension permanente qu'on trouve dès le début de la grossesse, car elle existait avant elle, et qui est bien différente des poussées hypertensives de l’éclampsie. Elle n en est pas moins susceptible, pendant la grossesse, d'exagération et de poussées paroxystiques brutales, pouvant entraîner la mort fœtale ou le décollement de l'œuf en même temps que des accidents graves pour la mère. Par leur fréquence, ces paroxysmes peuvent mener la femme à la défaillance cardiaque et aux accidents gravido-cardiaques.
b) LES NÉPHRITES CHRONIQUES SYPHILITIQUES représentent la deuxième grande cause d'échecs contre lesquelles bien souvent le traitement spécifique ne peut rien. D’après la thèse de VERNIER (1927), ces néphrites chroniques syphilitiques peuvent revêtir tous les types habituels des néphrites chroniques : type chlorurémique, azotémique, hypertensif ou mixte.
Parfois elles succèdent à une néphrite aiguë de la période secondaire ou tertiaire.
Dans les deux cas, les néphrites chroniques syphilitiques peuvent être très frustes et être réveillées à l’occasion de la grossesse. Leurs symptômes peuvent passer inaperçus dans l'intervalle des gestations
Elles sont pourtant différentes des troubles de déséquilibre humoral, car il existe une lésion rénale certaine, comme en témoignent l’urée sanguine, la cons-
tant d'Ambard, qui sont élevées, et les épreuves d'élimination rénale.
Elles se manifestent souvent par de l’albuminurie dès les premiers mois de la grossesse, albuminurie parfois élevée, parfois légère, mais constante à tous les examens.
Sur ce fond chronique peuvent se greffer des paroxysmes, accidents urémiques pouvant rappeler l'éclampsie, mais le traitement par le régime et le repos, qui a une action presque certaine sur l’éclampsie, agit peu en cas de lésion organique, et n’empêche pas, bien souvent, les femmes atteintes de néphrites chroniques de présenter des accidents obstétricaux.
Ces néphrites syphilitiques peuvent être parfois améliorées par un traitement spécifique long et prudent ; mais, au point de vue prophylactique prénatal, on peut difficilement attendre un résultat de ce traitement, dont on sait d’ailleurs combien il est difficile à conduire chez des malades dont les fonctions d'élimination sont troublées.
En résumé, on peut dire que ces lésions organiques, qu'elles soient cardio-vasculaires ou rénales, constituent des causes d'échec presque toujours inévitables, parce qu’elles sont habituellement fixées et inaccessibles au traitement spécifique.
Nous reproduisons ci-après deux observations, qui nous ont paru assez caractéristiques, d’ « échecs du traitement » imputables à une syphilis organique :
B... Emma, 26 ans.
LA FEMME
Ant. hér. : Père mort à 54 ans de cancer de la langue (5 enfants vivants). Mère vivante.
Ant. pers. : Née à terme (4° enfant). Pas de retard de la marche et des dents. Chorée à 8 ans.
Examen : Hecht : 00.
LE Mari :
Ant. hér. : ?
Ant. pers. : 23 ans, b. p.
ANT. OBSTÉTRICAUX :
1 gestation 1919 : acct. 6° mois, à St-Antoine : enfant mort et macéré.
2° gestation 1920 : suivie à Baudelocque : au 3° mois, on trouve BW : légèrement positif; H. : positif. Traitement : 2 séries de Novar. Acc. le 15 avril 1921 : garçon 2.530 gr/300, a été traité et est actuellement âgé de 18 ans, bien portant.
3° gestation 1922: Non suivie à Baudelocque. Acc.: 7 octobre 1933, à terme. Fille morte et macérée, 2.720 gr/410. BW. de la mère après l’accouc.: 0. 4° gestation 1925 : H. : 00. À reçu une série de Novar avant la grossesse. Deux séries de Novar pendant la grossesse. Acc. : à Baudelocque à terme. Garçon vivant: 2.730 gr. 360. Actuellement vivant et bien portant.
5° gestation 1932: Suivie à Baudelocque à partir du 4° mois. H. : 00, mais dès ce moment on constate : albuminurie, hypertension, souffle systolique de la base, dédoublement du 2° bruit. La femme est
traitée et reçoit une série de Bivatol et une série de Novar pendant sa grossesse. Acc. à Chaussier (Maternité) : au 8° mois. Fille morte et ma-
cérée depuis 15 jours environ.
ANALYSE. —- On voit qu'il y a eu, aux quatre premières gestations, échec ou succès suivant qu'il y a eu un traitement (deuxième et quatrième gestations) ou pas de traitement (première et troisième gestations).
À la cinquième gestation on a eu un échec, malgré un Hecht négatif et un bon traitement, mais des lésions organiques d’origine syphilitique sont apparues à cette gestation (albumine, hypertension), qui sont probablement la cause de l'échec.
(Due à MM. Marcel Pinard et Vernier) (Société Médicale des Hôpitaux)
Mme X..., 39 ans.
1® gestation : Albuminurie au 5° mois.
Accouchem. à 6 mois 1/2 d'un enfant mort.
2° gestation : Albuminurie au 6° mois (2 grs). Accouchement 6° mois, enfant mort.
3° gestation : Dès les premiers mois, albuminurie 3 gr. Cure à Saint-Nectaire.
Accouch. d'un enfant vivant, mort à 10 ans.
4° gestation : Albumine.
Accouch. à 7 mois 1/2 d'un enfant mort.
5° gestation : Albumine.
Accouch. 6 mois 1/2, enfant mort et macéré.
Dépistage de la syphilis à la suite de cet accouchement qui
a eu lieu à Baudelocque.
BW et Hecht positifs chez le mari et chez la femme.
Traitement préconceptionnel au mercure.
La femme est revue en 1924 en dehors de toute grossesse, elle a un faciès terreux, se plaint de céphalées, a de l'arythmie et une tension à 17/11. Urée 0,39, atbumine 0,10.
Traitement arsenical mal supporté.
6° gestation : Traitement bismuthique pendant la gestation.
Albuminurie jusqu'à 6 gr. 50, malgré repos, régime et lait.
Les réactions sérologiques sont à ce moment négatives ; néanmoins accouchement d'un enfant mort.
La femme n’a pas eu de nouvelle grossesse, elle est deve-
nue une cardio-rénale, avec une tension à 22/12.
ANALYSE. — Cette remarquable observation montre combien l’origine syphilitique de certaines albuminuries peut être méconnue. Îl a fallu attendre la cinquième « grossesse malheureuse », la première observée à Baudelocque, pour que la syphilis soit dépistée. Mais il était à ce moment trop tard, une atteinte cardio-rénale étant survenue et ayant rendu le traitement à la fois difficile et inefficace.