‹ Contribution à l'étude de la prophylaxie de la syphilis héréditaireChapitre 23 sur 33 · ERNST, (RO · texte numérisé non relu

ERNST, (RO

vés, 12 cas d’origine paternelle pour 5 seulement d'origine maternelle, tous d’ailleurs indistinctement responsables de nombreuses « grossesses malheureuses » et de tares chez les enfants vivants.

À M. Marcel PINARD nous empruntons cette brève mais intéressante observation :

« Un Maître incontesté reçoit autrefois la visite d'un homme qui lui dit: « Mon père vient de mourir « de paralysie générale. Puis-je me marier? — Ma- « riez-vous, ne vous traitez pas! » Trois enfants naissent, leur sérologie est positive, tous sont atteints cliniquement de syphilis évolutive, l'aîné est aveugle. »

Ce Maître, un éminent neurologue, maintenant disparu, ne croyait pas, sans doute, à l’hérédité paternelle de la syphilis.

C’est d’ailleurs une question encore très discutée.

Mais il nous semble que divers auteurs, qui ont insisté pourtant sur l'influence néfaste et indéniable des hérédo-syphilis maternelles, même de deuxième et troisième génération, sur la fonction de reproduction, n’ont pas, dans l’ensemble, attaché une importance suffisante à l’hérédo-syphilis paternelle et à ses conséquences possibles sur la procréation.

Pourtant, l'étude de nombreuses observations, dont nous reproduirons ici quelques-unes, nous permet

d'affirmer :

Que le rôle d’une syphilis paternelle héréditaire et

no

fruste dans l’étiologie des « grossesses malheureuses » est plus fréquent qu’on ne le croit.

Ces observations nous ont aussi permis de constater que, dans ces cas, malgré l’existence chez l'œuf de manifestations nettement syphilitiques, la mère paraissait presque toujours indemne de syphilis à la fois cliniquement et sérologiquement.

Nous ne voulons pas entrer dans les discussions si souvent soulevées par les cas de ce genre:

— La syphilis était-elle seulement inapparente chez la mère, comme semble l’affirmer la loi de CoLLE-BAUMES ? Comme l’affirme nettement M. CAR- LE de Lyon lorsqu'il dit: « La femme qui accouche d'un enfant syphilitique est syphilitique »? Ou comme le prétend M. FORDYCE de New-York. pour qui l'hérédité ne peut se faire que par la mère?

— L'affection s’était-elle, au contraire, transmise directement du père à l'enfant, sans contaminer la mère, peut-être même en l’immunisant ?

Ce sont des questions auxquelles nous ne pouvons répondre, bien que la syphilis conceptionnelle ne nous paraisse pas impossible.

Rappelons en effet que M. Marcel PINARD a vu des tréponèmes dans des spermatozoïdes: le tréponème peut-il pénétrer avec le spermatozoïde dans l’ovule ?

Ou encore le tréponème est-il capable de revêtir, dans le spermatozoïde, ces formes infravisibles dont M. LEVADIT! affirme l'existence?

Ou enfin y a-t-il des hérédo-syphilis paternelles par lésions occultes du testicule et troubles de la spermatogénèse (théorie soutenue par le Docteur BERTIN au Congrès de la Syphilis à Nancy en 1928)?

Ce sont encore trois questions que nous ne faisons que poser sans y répondre, car dans les observations que nous rapportons, nous voulons seulement montrer l'intérêt pratique qu'elles présentent pour la Prophylaxie,

Ayant ainsi insisté sur la gravité possible de ces hérédo-syphilis paternelles, nous nous devons aussi d'insister sur la difficulté de leur dépistage.

Les hérédo-syphilis paternelles sont fréquemment méconnues.

Il peut s'agir : soit d'une méconnaissance complète. C’est le cas chez les primipares, car il n’est pas de règle, de voir le mari ou de faire une enquête approfondie chez toute femme qui est enceinte pour la première fois.

Soit de la méconnaissance de leur transmissibilité et de leurs conséquences possibles. C’est souvent le cas chez les pluripares. Chez elles, on porte parfois, sur des antécédents obstétricaux, le diagnostic de syphilis sans en établir l’origine maternelle ou paternelle, et on se contente de traiter la mère.

Or, dans bien des cas, une enquête familiale plus poussée, un examen attentif du procréateur — ces investisations sont souvent possibles — auraient pu permettre de rapporter à leur véritable origine ces

antécédents obstétricaux et d'éviter ainsi de nouveaux échecs. En effet, dans ces cas, le traitement de la mère seule, même avant la gestation et pendant toute sa durée, est dans la règle inopérant.

Les échecs risquent de se reproduire jusqu'au jour où, fatiguée de ces « postérités maudites », la femme vient à changer de procréateur.

On voit qu'il s’agit bien là d’ « échecs du traitement » dus à une insuffisance de dépistage.

Nous terminerons ce chapitre en insistant encore sur l'importance de l’enquête dans la ligne paternelle chez toutes les pluripares victimes de « grossesses malheureuses », non seulement lorsqu'on ne trouve rien chez la mère, mais même lorsqu'on décèle chez elle des stigmates suffisants, car la syphilis héréditaire est souvent bilatérale. Et nous pouvons conclure, comme concluaient les Assises Nationales sur « Consanouinité et Descendance », en mars 1935:

« Les résultats de la procréation dépendent surtout de l’hérédité des ascendanis. L’enfant est la résultante entre les « tendances » du père et de la mère, d’où le plus grand risque d’addition des caractères pathologiques. »

Voici maintenant quelques observations de « grossesses malheureuses » dues à une hérédo-syphilis paternelle. S'il arrivait que dans les premières la

syphilis fât mise en doute, ce doute serait levé à la lecture des secondes, qui nous apportent, en même temps que l'argument thérapeutique, le remède prophylactique.

Mme P... Anne-Marie.

LA FEMME

Ant. hér. : Père et mère vivants, bien portants. Une seule gestation : 2 jumeaux (fille et garçon).

Ant. pers.: Née au terme de 7 mois 1/2 (jumelles). Enfance facile, aucune maladie grave, a parlé et marché très tôt.

Examen : rien à signaler. — Hecht 00.

LE MARI

Ant. hér. : Père et mère vivants, ont eu 6 enfants. Trois sont morts (| prématuré mort-né, | enfant mort à 8 jours, | enfant mort à 3 mois, de méningite).

Ant. pers. : Enfance difficile.

Examen : Constitution faible (réformé). Stigmates dentaires, canines en grain de riz. Agénésie des incisives.

Hecht : 0.

ANTÉCÉDENTS OBSTÉTRICAUX :

I" gestation : dernières règles le 15 novembre 1934, au 5° mois, excès de liquide. Enquête familiale faite à ce moment. Femme mise au traitement : 2 séries de Novar. Accouchement à terme d’un enfant mort-né.

Traitement conseillé aux deux procréateurs.

La femme se traite, le mari refuse de se

traiter,

2° gestation : Dernières règles, septembre 1932. La mère reçoit 2 séries de Novar pendant la grossesse. Accouchement en ville au terme de 6 mois 1/2 d'une fille n'ayant vécu que 2 heures.

ANALYSE. — Il s’agit, à n’en pas douter, d’une syphilis d’origine paternelle. Le traitement de la mère seule, bien que correct, a été inopérant.

OBSERVATION N° 7 (Maternité Cognacq-Jay)

Mme L... Louise.

LA FEMME

Ant. hér. : Pas de renseignements.

Ant. pers. : Pas de renseignements.

Examen : Hecht : 000. — B.W. : 000.

LE MARI

Ant. hér. : ?

Ant. pers. : Enurésie jusqu'à 12 ans.

HISTOIRE OBSTÉTRICALE :

1° gestation : Fille mort-née.

2° gestation : Avortement spontané.

3° gestation : Avortement spontané.

4° gestation : Accouchement à 7 mois 1/2 d’une fille anencéphale, 1.180/320. Indication du traitement prénatal posée à l'occasion de cette gestation.

5° gestation : Traitement à partir du |” mois : | série de Bivatol, 2 séries de Novar. Accouchement au terme de 7 mois. Garçon mort-né, 1030/370.

ANALYSE. — Dans cette observation, malgré l'échec à la cinquième gestation d’un traitement pourtant correct, nous n'éliminons pas le diagnostic de syphilis. Au contraire, nous pensons, sur le seul antécédent familial que nous connaissons, l’énurésie du père, qu'il s’agit d’une hérédo-syphilis paternelle.

OBSERVATION N° 8 (Observations dues à Mme le Docteur Corbillon)

Mme X...

LA FEMME

Ant. hér. : Père mort à 49 ans, affection hépatique (néo?) Mère morte de tuberculose péritonéale. Ont eu 4 enfants : 2 vivants et 2 décédés de convulsions en bas âge.

Ant. pers. : Née à terme, réglée à 14 ans.

Examen : Stigmates dentaires légers. Taches de vitiligo. Arc lilas des ongles.

LE MARI

Ant. hér. : Père mort subitement à 44 ans. Mère vivante, 62 ans, bien portante. (| seul enfant).

Ant. pers. et examen : ? N'a pu être examiné.

HISTOIRE OBSTÉTRICALE :

1" gestation 1932 : Acc. à terme en mars 1932. Enfant mort et macéré depuis | mois 1/2 au moins.

2° gestation 1933 : La femme a été mise au traitement après sa première gestation (| série de Novar et | série de Bivatol. Cependant fausse couche de 2 mois.

3° gestation 1933-34 : La femme reçoit pendant sa grossesse: | série complète de Sulfar, 2 séries de Bivatol.

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