OBSERVATION I
Hypertrophie prostatique, rétention incomplète depuis dix ans, complète depuis trois mois. — Infection et cealculs. — Prostatectomie suspubienne. — Guérison.
M. F..., soixante-quatorze ans. Angers.
À toujours joui d'une bonne santé.
Depuis une vingtaine d'années, ont apparu quelques troubles urinaires, consistant en fréquence de mictions, d'abord la nuit, puis dans la journée mème. Jusqu'à il y a deux ans, le malade n'en a pas été incommodé et n'a pas eu d'accidents. A cette époque, il urinait deux ou trois fois la nuit. Il fit, il y à deux ans, sans qu'il s'en rappelle La cause, une rétention brusque d'urine. rétention complète. Le sondage fut nécessaire et le cours des urines se rétablit aussitôt. Mais, depuis ce moment, les mictions augmentent de fréquence et les besoins se rapprochent, au point de nécessiter, après un intervalle de quelques jours, quatre à cinq généralement, l'emploi de la sonde, pour évacuer le bas-fond de la vessie.
Puis les sondages doivent être répétés plus souvent et
depuis deux ou trois mois, la rétention d’urine s’est installée définitive et complète. Le malade a recours à la sonde, plusieurs fois, le jour et la nuit. Depuis une quinzaine, les urines sont boueuses : les besoins d'uriner, très fréquents, se répètent dans les derniers jours toutes les cinq minutes. Le malade souffre continuellement, est obligé de se sonder toutes les deux heures avec des souffrances intenses.
La sonde introduite dans la vessie butte sur un calcul.
Au toucher rectal, prostate grosse et plutôt souple, à l’explorateur métallique on tourne facilement le bec dans tous les sens.
Désinfection de la vessie les jours qui précèdent l'opération.
Intervention le 9 juin 1906, sous chloroforme.
La vessie est remplie d’eau boriquée.Ily a une sonde dans la vessie. Plan très légèrement incliné. Un aide introduit deux doigts dans le reetum et repousse la prostate en avant.
Incision suspubienne. Découverte de la vessie et protection du péritoine.
Incision médiane sur la face antérieure du globe vésical, extraction d’un calcul phosphatique. L’index droit pénètre dans la vessie après qu’une irrigation chaude a arrêté le sang. Il reconnaît les lobes prostatiques volumineux. L'ongle, introduit sous la muqueuse vésicale, ramène d’abord le lobe médian de la prostate, puisle lobe droit et enfin le lobe gauche en deux morceaux. Le doigt de l'opérateur est encore séparé de ceux de l’aide par une masse que l'index ramène ; c’est le reste de la prostate. L'opérateur place un doigt dans le rectum et peut sentir ainsi qu'il n'ya plus de prostate in-
terposée entre ses deux mains.
ITS Ne
Irrigation chaude de la vessie. Il s'écoule très peu de sang. On a retiré une prostate de 110 grammes.
Où place dans la vessie un gros drain en caoutchouc et on suture la vessie au-dessus et au-dessous.
Drainage de la cavité prevésicale par un deuxième drain, petit.
Quelques crins sur la peau.
L'opération à duré quarante-cinq minutes dont vingt ont été consacrés à l'extraction de la prostate.
Suites opératoires. — 9 juin. — Morphine.
On change le pansement, souillé d'urine toutes les deux heures.
Injection de sérum.
Température soir 3604. Pouls 108.
10 juin. — Morphine.
Injection de sérum.
On change le pansement, souillé d'urine, toutes les deux heures environ.
Température 3608-37. Pouls 108-104.
Lavage de l’urètre au bock et à l’eau bouillie chaude.
L'eau reflue par le drain, entraînant les mucosités purulentes du bas-fond.
Pas d’hémorragie.
Le pansement mouillé est changé plusieurs fois par jour.
11 juin. — Lavement et eau de Janos, selle. Lavage de la vessie.
12 Juin. — Lavement glycériné. Le drain antérieur est enlevé.
FAT Î * . Fa 13 juin. — On enlève le gros drain vésical. Lavage de la
véssie. Il se détache quelques membranes du fond de la vessie. On touche à l’eau oxygénée.
14 juin. — Mêmes soins.
La température monte à 3702 le soir. Quinine.
15 juin. — Essai de sonde à demeure. Dans la soirée, le malade ressent une douleur dans l’hypocondre droit ; on retire la sonde pour permettre au malade de s'asseoir et de varier ses positions.
16 juin. — Lavage de la vessie avec une sonde introduite par l’urètre. Il s'écoule au début quelques gouttes de sang. Les débris de la loge prostatique continuent à s'éliminer par lambeaux. Eau oxygénée.
19 juin. — On décolle sur quelques centimètres la paroi abdominale, dont l’orifice tend à se refermer. Les bords de la plaie sont recouverts de fausses membranes.
Les points de suture sont enlevés. Après le lavage à l’eau bouillie chaude par la plaie abdominale et la sonde urétrale, on commence le lavage au nitrate d'argent.
23 juin. — La plaie a maintenant un aspect rouge, elle bourgeonne. Sa lèvre droite est débarrassée de ses fausses membranes. Ilen reste encore quelques-unes à gauche qui tombent chaque jour au lavage.
L'orifice se rétrécit.
26 juin. — Le malade commence à émettre quelques gouttes d'urine lorsqu'il va à la selle.
La plaie est débarrassée de ses membranes. Elle bourgeonne activement. On la cautérise au crayon de nitrate d'argent.
Lorsqu'on a fait le lavage de la vessie, celle-ci se vide
complètement et se contracte sur la sonde.
On fait lever le malade quelques instants les jours suivants, en appliquant un tampon de ouate sur la plaie abdominale. Il souille beaucoup moins son pansement. Les urines sont émises en presque totalité par le canal.
3 juillet. — Diminution de l'appétit. Mauvaise bouche. La température monte de quelques dixièmes le soir.
4 juillet. — Température matin 37°2, soir 38 degrés.
5 juillet. — Température matin 3693, soir 3804.
Les urines sont claires. Pas de toux. Douleur dans l'hypocondre droit. Diarrhée.
Rien du côté de l'appareil respiratoire, ni de l'appareil urinaire.
La température descend les jours suivants etse maintient à 37 degrés le soir pendant huit jours. Pendant ce temps apparaît de l’œdème du pied gauche, avec douleur à la palpation du mollet. Cordon veineux.
12 juillet. — On met une sonde à demeuwe, au goutte à goutte. Lavage de la vessie deux fois par jour à l’eau boriquée, une fois au nitrate d'argent.
Il ne s'écoule pas de liquide par l’orifice abdominal qui a à peine les dimensions d'une plume d'oie et se rétrécit de jour en jour.
19 juillet. — On retire la sonde,
L'orifice abdominal est bouché.
Le malade urine seul, toutes les heures et demie environ le premier jour. Les urines sont claires. Il y a à peine de résidu.
Il a été maintenu au lit une quinzaine de jours. La jambe est beaucoup moins enflée. Le mollet est toujours un peu
sensible au palper.