OBSERVATION XIX
Hypertrophie prostatique. — Rétention complète infectée. — Polyurie trouble. — Prostatectomie suspubienne (prostate de
150 grammes). — Guérison opératoire et fonctionnelle.
M. V..., soixante-dix-sept ans et six mois. Noirmoutiers.
A longtemps habité la Chine, y a contracté une dysenterie grave, et une diarrhée chronique. Pas d’autres affections ; Blennorragie ancienne sans suites fâcheuses Noirmoutiers.
Fait beaucoup de sports ; de la bicyclette d'abord, puis du quadricycle. C’est au cours d'une course en quadricycle qu'il a ressenti les premiers troubles urinaires. Il y a six ans, dans un voyage de Paris à Noirmoutiers en quadricycle, ila éprouvédes besoins fréquents d’uriner. Après le voyage, tout est rentré dans l’ordre.
Il y a cinq ans, pendant une promenade en automobile, mêmes symptômes. Besoins fréquents d'uriner sans mictions abondantes. Lassé d'essayer si souvent de satisfaire ses envies, il se retient : il est alors pris de douleurs dans le basventre et la verge, et lorsqu'il veuturiner, c'est du sang pur. Il se repose le reste de la journée et eette crise cesse.
En dehors de ces crises qui semblent provoquées, pas de troubles urinaires, jusqu’à il y a deux ou trois ans. Ce n'est que depuis cette époque que le malade urine un peu plus souvent le jour et surtout la nuit où il est obligé de se lever
une et souvent deux fois. Il n’accuse pas de lenteur de la
miction.
Il se rappelle encore qu’il y a un ou deux ans, au cours d'un voyage en chemin de fer, il urina quatorze fois en cinq heures, et fut pris de fièvre.
En été 1908, plus fatigué, il va consulter le Dr Desnos, Il arrive à Paris anéanti, sans forces et sans aucun appétit. Desnos ne conseille pas d'opération.
Il reprend des forces, et sa vie s'écoule toujours avec les mêmes troubles urinaires jusqu'au mois de mai dernier.
En mai r909.le malade essaie d'uriner un matin à 4heures: impossible. Son médecin essaie le sondage à 8 h. 1/2 sans aucun résultat. Il est alors transporté à Nantes où le D' Malherbes essaie en vain le sondage, et fait la ponction de la vessie d'où il retire 2 lit. 1/2 d'urine.
On réussit ensuite à passer la sonde que le malade garde à demeure pendant dix-huit jours. Le 2 juin, résection des canaux déférents.
Rétention complete à dater de cette époque, avec des poussées d'infection, qui nécessitent quelques jours de sonde à demeure.
Il ya un mois, layage de la vessie avec une solution de sublimé ; ce lavage est très douloureux et est suivi d'une vaginalite droite.
Le malade est sondé six ou sept fois par jour et lavé soit au permanganate, soit à l'eau boriquée. |
Bon état général. Cœur assez régulier: rares intermittences.
Artères assez souples.
Urines un peu pâles, contenant du pus en légère quantité;
trois litres par jour. Urée, 12 à 13 grammes par litre.
(Le malade se nourrit de légumes gt de poisson depuis cinq ans.)
Canal de l’urètre large. Prostate très grosse.
12 octobre. — Prostatectomie suspubienne.
La vessie ouverte, dans chaque lèvre est passée une soie qui soutient la vessie pendant que le doigt décolle la prostate. La prostate est enlevée en deux gros lobes, en six minutes. Le lobe gauche est plus adhérent dans le fond, et la partie énuclée ne semble pas très lisse. La loge prostatique à cet endroit ne donne pas non plus une sensation de surface lisse. La prostate pèse 150 grammes.
Lavages chauds. Saigne moyennement. Gros drain, Les fils de soie sont fixés sur deux tampons de gaze et maintiennent la vessie derrière la paroi. Pas de suture de la vessie. Fixation du drain à la peau. Crins sur le gland pour la sonde à demeure future.
Suites opératoires. — Un peu de sang les jours suivants. Huile camphrée et morphine.
15 octobre. — Drain plus petit dans la vessie. Le malade se mouille.
16 octobre. — Appareil d'Irving.
18 octobre. — On commence les lavages par la verge, un lavage sur sonde ; liquide un peu sanguinolent.
Le soir, on met la sonde à demeure. La plaie est très belle ; le vessie n’est pas sale. Sous l'appareil, la plaie semble vouloir se refermer très vite.
23 octobre. — La vessie est fermée. Le malade‘ urine seul toutes les heures. Les piqûres de morphine sont cessées depuis quelques jours et remplacées par de l’eau. Le malade
dort mal.
Troisième semaine.— Le malade s’affaiblit, semble faire de l'urémie; intermittences cardiaques ; poussées fébriles ; suppression de l'urine ; secousses musculaires ; céphalalgie, vomissements.
On met plusieurs fois par jour des ventouses sur les reins, surtout sur le gauche qui est plus douloureux. Boissons chaudes abondantes et spartéine.
Le malade s'améliore ; les urines deviennent plus abondantes, mais contiennent de grandes quantités d’albumine.
8 novembre.— A la suite d'une violente douleur, il expulse un calcul urique et de l'urine très purulente. Le lendemain, l'amélioration devient plus nette : les intermittences cardiaques sont plus rares. Le malade prend plus de lait et l'urine devient rapidement plus claire et moins albumineuse.
12 novembre. — M. V... commence à se lever et à se nourrir un peu avec des œufs, du pain déchloruré, des laitages. Les forces reviennent. Les nuits sont meilleures. Mictions toutes les deux heures environ, sans aucun résidu.
L'examen histologique de la prostate par le Dr Papin, démontre un épithélioma.
20 novembre. — Le malade peut être considéré comme guéri; mais comme il désire rester à la clinique jusqu'au retour complet des forces, on continue un lavage boriqué par jour.
18 décembre. — ilrentre à Noirmoutiers, n'ayant plus de soins vésicaux depuis près d'un mois. Urines claires. Pas
de résidu.
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OBSERVATION XX (Résuméé)
Rétention incomplète, peu infectée avec crises de rétention
complète. — Prostatectomie saspubienne.- Guérison
M. G.., soixante-trois ans, cultivateur, Chaumont (Maineet-Loire.
M. G... n’a jamais été malade. Pas d’antécédents vénériens. Relativement sobre. Commence à se lever plusieurs fois par nuit, il y a trois ans. Le début de la miction est plus lent dès cette époque. Il y a un an, crise de rétention complète, que le D' Rouane de Seiches (Maine-et-Loire) traite par le cathéterisme aseptique et guérit en huit jours. Les mictions depuis lors sont plus fréquentes et plus difficiles. Au commencement de septembre, rétention complète. À nouveau le D' Rouane guérit la rétention par le sondage. Mais cette fois, le malade a eu la fièvre et une orchite, durant trois jours.
Depuis ce moment, mictions cinq ou six fois la nuit, péni-
bles et difliciles.
Le malade, très pléthorique, garde après la miction un
résidu de 300 grammes. Grosse prostate
Il suit pendant quinze jours un régime lacio-végétarien avec grands lavages intestinaux.
5 novembre.—Les urines dans la quantité de 2 litres, ne contiennent ni albumine, ni sucre. Comme urée 11 gr. 76 par litre et comme chlorure 9 gr. 42.
6 novembre. — Prostatectomie sous chloroforme.