‹ Contribution à l'Étude de la Protection des Enfants en bas âgeChapitre 22 sur 28 · ee ee · texte numérisé non relu

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En 1915, nous trouvons 11 cas de décès par fièvre typhoïde dont 8 chez les nourrissons, nous en trouvons encore 11 dont 6 nourrissons en 1916. Grâce au laboratoire, et par l’analyse du sang, nous avons pu déceler la présence de cette maladie chez de nombreux nourrissons. Cela prouverait qu’il faut considérer la fièvre typhoïde comme bien plus fréquente chez le. nourrisson qu’on le pensait jusqu'’aujourd’hui, et que, tout au moins pour l’Algérie, il faut la chercher chez tout nourrisson atteint de fièvre continue.

La broncho-pneumonie rubéolique fait très peu de victimes. Cependant, les épidémies de rougeole existent, mais, malgré l'ignorance des parents, qui calfeutrent et surchargent de couvertures leur enfant malade, l’air et la lumière pénètrent dans les appartements légèrement construits et remplissent leur office d'assainissement. ;

Le D' Hermann Legrand, d'Alexandrie (1), prétend que la rougeole et ses complications tiennent la première place en Egypte comme en Algérie. Les statistiques de la Consultation, et l’expérience que nous avons nous-même acquise dans l’intérieur de l'Algérie, en remplissant les fonctions de médecin de colonisation intérimaire pendant deux années de guerre, nous permettent de signaler le caractère bénin de la rougeole, qui se manifeste avec violence, mais cède très vite et amène rarement des complications.

L’assainissement d'Alger et des environs à bien diminué le nombre des paludéens. Les cas de décès chez le nourrisson sont rares. On ne peut, malheureusement, faire la même constatation dans l’intérieur de l’Algérie, où le paludisme sévit, et a fait un nombre considérable de victimes, particulièrement dans l’été 1916.

La rubrique « Causes indéterminées » s’applique aux nourrissons et enfants qui n’ont plus reparu à la Consul-

(2) Hermann Legrand. — Etudesur la mortalité infan“ tile en Egypte. Congrès international de la goutte de lait, 1905-

tation. Le décès nous a été connu, soit par la lecture des journaux, soit par le rapport de la dame visiteuse, qui est allée elle-même, suivant les instructions qu'elle possède, demander aux parents la raison de leur absence prolongée. |

Par le nombre des il visités, par le nombre des malades régulièrement suivis, il est visible que la Cor sultation répond à un besoin qui se faisait sentir à Alger. Ce qui le prouve, c’est que sa clientèle, d’abord limitée à celle du quartier populeux où se trouve situé l'hôpital, s’est étendue, sans propagande spéciale, à des quartiers très éloignés, et celui de Bab-el-Oued, pour ne citer que celui-là, a fourni un gros contingent de consultants. Nous devons attribuer cela à la propagande des mères, conquises par les méthodes employées, convaincues par les progrès qu’elles voient s’accomplir . chez leur enfant. Elles se sont faites «recruteuses» au service de la Consultation.

Il est vrai que, de prime abord, ce sont les Hetabu tions de lait et d’aliments lactés qui ont tenté les mères. Mais elles ont été détrompées bien vite, car pour échapper au reproche formulé contre les Consultations qui distribuent du lait de favoriser l’allaitement artificiel, l’on n’accorde le lait qu'après un examen approfondi, que renforce encore l’analyse du laboratoire. Toute mère qui peut allaiter même partiellement son enfant, est mise en demeure par tous les moyens de persuasion de mettre au service de son enfant le lait qui lui appartient de droit. TA

Y réussit-on ? C’est un travail ardu de décider une mère qui, dès son accouchement, n’a pas reçu du doc-

teur ou de la sage-femme, le conseil salutaire de nourrir son enfant au sein. Bien souvent, au contraire, ces derniers facilitent à la mère cette abstention néfaste, en acceptant les raisons spécieuses qu’elle leur présente.

Cela tient à une lacune de l’enseignement médical actuel, qui néglige l’enseignement essentiel, à nos yeux,

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de la puériculture. Et si les étudiants étaient dans l'obligation de suivre un stage régulier et obligatoire dans une Consultation de Nourrissons, si la sage-femme recevait également des notions étendues d'hygiène infantile, ils deviendraient, au contraire, les apôtres compétents de l'allaitement maternel. Nous n’aurions pas à déplorer le nombre si faible de nourrissons au sein qui se présentent à la Consultation et que l’on pourrait compter sur les doigts.

Vœuæ. — Pour que la Consultation de Nourrissons devienne, ce qui est à souhaiter, un véritable centre d'enseignement et d'assistance à Alger, une Censultation modèle qui n’aurait rien à envier à celles des grandes villes de France, et pourrait même en certains points, leur servir d'exemple, il ne manque pas de réformes à accomplir. |

Pour cela il faudrait :

1° La rendre complètement autonome des autres services de l'hôpital, c’est-à-dire qu’elle possède sa «cuisine» à côté de son laboratoire, qu’elle produise elle-même son babeurre et ses autres préparations nutritives. Elle aurait également la possibilité de créer, les espaces vides ne manquant pas dans l'hôpital, une étable pour la fourniture de lait sain et pur à ses petits consultants.

29 Par une anomalie qu’excuse seul l’état de guerre où nous nous trouvons, la salle que précède l’ensemble de la Consultation donne asile à des malades adultes, qui constituent un danger de contagion pour les petits consultants et les enfants hospitalisés.

Il serait nécessaire de consacrer toute la salle aux enfants : une partie serait réservée aux malades sevrés ou à l'allaitement artificiel, l’autre partie aux nourrissons avec leur mère, et l’interdire aux autres malades ;

3° Pour éviter le risque de contagion dans la Consultation, ce qui ne peut manquer de se produire, malgré :

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les conseils donnés aux mères de faire connaître, dès leur arrivée, si leur enfant est malade, il faut pratiquer le « boxage» de la salle d’ attente. Des cloisons vitrées diviseraient la salle en compartiments distincts, qu’on pourrait désinfecter complètement après chaque séance. Une partie suffisamment vaste, servirait: aux enfants dans leur état habituel. Les autres compartiments donneralent abri aux consultants qui, d’après l'examen sommaire subi à leur entrée, présenteraient le moindre signe de maladie contagieuse, et qui attendraient là, la visite du médecin ; |

40 La Ville d'Alger possédait, au dernier recensement (1911), près de 2.000 enfants européens de 0 à 1 an. Ce nombre a dû diminuer depuis ; malgré cela, il est encore assez important pour que la Consultation de l'Hôpital, qui a accueilli, en 1916, un nombre si grand de consultants, devienne impuissante avec les moyens actuels, à examiner soigneusement, à diriger avec rigueur, à catéchiser longuement les mères des enfants venus trop nombreux. ,

De plus, la configuration de la ville s 'étendant toute en longueur en suivant la courbe de la baie d'Alger, allonge la distance qui sépare l'hôpital situé sur un point éloigné à l’est du cercle de l'extrémité ouest de ce même cercle. Les mères perdent donc du temps et ont des frais de tramway pour arriver Jusqu'à la Consultation. Il serait désirable qu'à Alger, comme dans toutes les villes de grande étendue, on crée des locaux de Consultation dans les quartiers excentriques. Rattachées, si possible, à la Consultation centrale, elles auraient la possibilité de recourir à cette organisation complète pour les cas où l’état d’un enfant nécessiterait un examen approfondi, demandant les ressources d’un laboratoire spécialement outillé.

A l'hôpital, sont soignés environ un tiers du chiffre total des enfants de 0 à 1 an d'Alger, un second tiers que l'éloignement empêche de venir jusqu'à Mustapha, profiterait des organisations des quartiers éloignés. Le

troisième tiers étant constitué par la classe des enfants aisés, il se trouverait que la classe indigente dé la ville aurait les moyens d’° obtenir l’assistance pour tous ses enfants de 0 à 1 an.

Il est certain que les enfants de la classe aisée devraient également profiter du contrôle médical, et venir régulièrement, avoir recours à ce contrôle médical et à la balance. Ils y trouveraient d’ailleurs du ÿ bon lait qui leur serait cédé avec un petit bénéfice. Cela permettrait de distribuer une plus grande quantité de lait aux indigents.

Pour les enfants indigènes, un service médical existe déjà dans la Clinique indigène que dirige avec compé-. tence Madame Poly Garnier. Elle reçoit les femimes et enfants indigènes. Mais ce n’est pas une Consultation de Nourrissons et infantile au sens propre du mot, il y aurait même intérêt à ce qu’elle soit doublée d’une Consultation de Nourrissons rattachée au besoin ‘à la Consultation centrale. Nous formulons d’ailleurs le même souhait pour toutes les œuvres d’ Alger, : s’occupant de l’enfance du 127 âge ; |

50 Il existe, à Alger, nombre d’ œuvres d'assistance dues à la bienfaisance privée qui réndent des services incontestables à la population indigente. Nous nous contenterons de citer: l’Assistance aux Mères(1), la Goutte de Lait, l'Œuvre des Familles nombreuses (M. le Professeur Rouvier, Président), É ie Le: de Solidarité (D' Rouby, Président).

Il serait souhaitable que par une union plus intime de l’Assistance privée et de l’Assistance publique, les efforts communs des deux organisations convergent vers un même but, l’abaissement de la mortalité infantile. ‘

L’Assistance publique a besoin du capital que constitue l'appui moral et matériel, ainsi que le dévouement de la bienfaisance privée. Sans l’aide des femmes de

(1) Madame Ardaillon, Présidente,

bien, visiteuses, infirmières volontaires, sans le secours des donations qui viennent à l’aide d’un budget d’assistance forcément limité parce que public, une Consultation ne peut atteindre son plein effet."A côté de l’Assistance médicale proprement dite, il faut l’Assistance matérielle et morale qui donne à la mère indigente, en même temps que les conseils, les moyens de les mettre à profit, la débarrasse d’une partie des soucis de la misère et l'encourage ainsi, à avoir d’autres enfants.

C’est dans une fusion étroite des diverses œuvres s'étayant mutuellement, les unes prêtant leur assistance médicale, les autres leur fortune et leur aide morale, que nous pourrons combler les vides causés-par la catastrophe dont nous vivons les tragiques péripéties. De cette manière seulement nous pourrons insuffler “une vie saine et forte à notre race et préparer, dans l'hygiène, le repeuplement de notre Rraueese si chère et si éprouvée.

Cette fusion est-elle possible ? Nous n’hésitons pas à répondre : oui ! Voici à l appui de cette affirmation une étude de M. Smith Garrets parue dans un journal en anglais et que traduit le journal Le Nourrisson (1) :

«La Cité de New-York compte actuellement près de 200 organisations directement ou indirectement intéressées à la protection de l’enfance. Elles comprennent, outre la division d'Hygiène Infantile du département de la Santé, des sociétés privées dirigeant des centres de distribution de lait aux nourrissons, des associations de nurses visiteuses, des hôpitaux spéciaux, des garderies, un service social, des œuvres de protection pour la mère et l'enfant, des comités de recherches sur là mortalité infantile, etc. En 1911, il existait sept à huit centres de distribution de lait groupés en 7 sociétés différentes, qu'un excès de zèle amenait souvent

‘ (1) Smith Garrets. — Organized cooperation in Infant Welfare Work (La coopération organisée de la protection de l’enfance). Archives of Pédiatric (n° du.6 juin 1914).

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