OBSERVATION I
Pierre G., charpentier, âgé de 36 ans, entre au mois de juin 1893 dans le service de M. le docteur L. Labbé pour un épithélioma de la lèvre inférieure, datant de trois ou quatre ans. Le 27 juin, M. le docteur Michaux pratiqua l’excision de là tumeur. La plaie se réunit par première intention. Vers le 15 septembre le malade aperçoit au niveau de la branche horizontale droite du maxillaire inférieur une petite masse dure, mobile sous la peau. Cette petite masse augmente rapidement de volume, et, à la fin d'octobre, elle a le volume d’un petit œuf et adhère à la peau. Il s’agit d’une récidive épithéliale de la face externe et du bord inférieur du maxillaire.
M. le docteur Michaux ayant eu connaissance des résultats obtenus par les chirurgiens lyonnais grâce à la méthode de M. Martin, résolut de pratiquer la prothèse immédiate dans ce cas et me demanda mon concours pour Ja partie prothétique de l'opération.
Je construisis l'appareil ainsi que je lai indiqué dans la première partie de ce travail et, tout étant prêt, M. Michaux pratiqua l’opération le 2 novembre.
Il fit la résection de la moitié droite du maxillaire inférieur avec désarticulation du condyle, la section portant au niveau de l’incisive latérale droite. Une partie de la peau adhérait
CON tellement au néoplasme quil dut l'enlever avec la tumeur.
Aussitôt la résection opérée et pendant que le chirurgien pratiquait l’hémostase, je coupai le maxillaire artificiel à l'endroit correspondant à la section osseuse, Je le mis en place et, m’étant assuré de son bon ajustement, je le fixai à la moitié restante du maxillaire inférieur par deux petites bandes métalliques en acier étamé placées horizontalement à la face antérieure de l’os et vissées d’une part sur le maxillaire de caoutchouc, d'autre part sur la portion restante du maxillaire. L'une de ces bandes métalliques était placée à environ deux centimètres et demi au-dessous du collet des dents, l’autre un demi-centimètre plus bas. En arrière l’appareil était maintenu par une bande métallique plus large que les bandes antérieures, fixée seulement sur le maxillaire artificiel et dont une portion libre d’un centimètre venait s'appuyer sur la face postérieure du maxillaire du malade empêchant sa rétraction en arrière.
La, peau fut suturée sans drainage; elle était un peu tendue sur l'appareil à cause du lambeau cutané qu’on avait dû exciser.
J'appliquai à la mâchoire supérieure la plaque qui devait être reliée par un ressort avec le maxillaire artificiel; à ce moment, le malade contractant fortement sa mâchoire, j'ajournai la pose du ressort.
Au réveil le malade faisait mouvoir très facilement son maxillaire ; la portion remplacée suivait très bien les mouvements de la partie restante. -
On appliqua un pansement iodoformé changé chaque jour
age
et l’on fit toutes les heures des lavages de la bouche avec une solution d'eau chloralée à 1 pour 100. Les lavages s'effectuent très bien grâce au système des canaux intérieurs.
Le 3 novembre, lendemain de l’opération, le malade ne souffre pas, il peut faire mouvoir un peu sa mâchoire, il fait
lui-même ses lavages toutes les heures.
4 novembre. — Pendant la nuit il a souffert un peu dans l'articulation temporo-maxillaire du côté opéré. b novembre. — Le malade va bien, il s’est levé. Il com-
mence à retenir sa salive; la plaie à très bon aspect.
6 novembre. — Il ne souffre pas du côté du maxillaire, mais un peu du côté de l’œil droit, irrité par un peu d’eau phéniquée au cours de l’opération. Il peut avaler la salive. Léger œdème des lèvres.
1 novembre. — Ne souffre pas, l’œil va mieux.
8 novembre. — L'œdème de la lèvre diminue. Le malade peut écarter les mâchoires de près de deux doigts.
Je mets en place le ressort qui relie le maxillaire artificiel à la plaque placée à la mâchoire supérieure ; le malade ressent immédiatement une très grande amélioration dans les mouvements.
9 novembre. — 7° jour après l'opération, la plaie est parfaitement réunie; depuis l'opération la température n’a jamais dépassé 37°,5. J'enlève les points de suture; pansement à la gaze iodoformée et au collodion.
Le malade mange du potage pour la première fois.
12 novembre. — À 5 heures, petite hémorragie buccale,