OBSERVATION XII
(Lévy-Dreyrus, Strasbourg médical, 5 juin 1925.)
Mme D... âgée de 55 ans, m'est adressée, par les Docteurs Hamm et Kreiss, pour hématurie. La malade a émis brusquement et sans cause apparente des urines sanglantes trois jours auparavant. À ce moment, les mictions étaient douloureuses et fréquentes (toutes les heures, le jour; trois ou quatre fois la nuit); l’hématurie aurait été continue, Lotale el abondante, avec formation de caïllots. Elle a duré quarante-huit heures, puis tous les symptômes se sont amendés.
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Antécédents. — Là malade souffre depuis des années de troubles
cardio-vasculaires d’origine spécifique. Elle est, en outre, diabéti- - que. Constipation chronique opiniâtre.
Au moment où je la vois, Mme D... présente des urines franchement louches, mais non sanglantes. Le rein droit est perceptible et très sensible à la pression.
Le soir même de ce premier examen, je suis appelé d’urgence auprès de la malade; elle saigne à nouveau, plus abondamment que lors de sa première hématurie et se plaint de violentes douleurs dans le flanc droit. Calmants; chlorure de calcium. L’hémorragie cède le lendemain.
Un examen radiographique ne montre rien de pathologique. Huit jours après mon premier examen, la malade étant de nouveau en pleine hématurie, je pratique le cathétérisme des uretères.
Examen histo-bactériologique : Rein droit : sang abondant; acide urique en masse; microbes abondants (coli et staphylocoques); pus.
Rein gauche : Sang très abondant; quelques cristaux; microbes variés; pus en petite quantité.
Examen fonctionnel :
Rein droit. — En 70 minutes :
Volume, 26 centicubes;
Urée, au litre, 15 gr. 6;
Chlorure, au litre, 41 gr. 93; r:
P: SP, 13 + 9:: 22 p. 100.
Rein gauche. — En 70 minutes :
Volume, 22 centicubes; Urée, au litre, 17 gr. 8; Chlorure, au litre, 41 gr. 11; PS PAP 10e 100:
Diagnostic : Pyélonéphrite subaiguë bilatérale.
Quelques heures après le cathétérisme urétéral, la malade fait une réaction qui présente d'emblée une physionomie grave, Facies grippé; température, 40 degrés; langue sèche, soif intense, respiration hale-
LU CNRS
tante, bref, le tableau de l’intoxication urinaire suraiguë avec collapsus cardiaque.
Tout de suite, caféine et camphre ét injection intraveineuse de 1 gramme d’Uroformine Gobey. Le lendemain matin, mise en place d’une sonde à demeure. Lavages vésicaux de deux heures en deux heures.
Le soir, le thermomètre note 37°5. Je supprime la sonde à demeure, l’état général étant sensiblement meilleur. En même temps, seconde injection intraveineuse de 1 gramme d’uroformine.
Dans la nuit, le tableau s’assombrit de nouveau. Impossible de faire accepter la sonde à demeure à la malade. Le lendemain soir, température à 39°4. Pouls extrêmement fragile. Je puis enfin imposer la sonde à demeure et les lavages vésicaux souvent répétés. A partir de ce moment et malgré la suppression des injections d’urotropine, la température descend rapidement et l’urine se nettoie.
La sonde à demeure est supprimée sans incident au cinquième jour.
Après cinq semaines, le traitement comportant un régime lactovégétarien, de l'huile de paraffine et une série de lavages vésicaux, les urines sont libres de pus et de microbes. Mme D... est guérie de
son infection pyélo-rénale.