I. — Etiologie
Quel est le point de départ de l'infection qui va frapper le rein ? Nous venons de voir que les troubles siégeant dans l'intestin ne sont pas seuls en cause dans la production des pyélonéphrites hématuriques et qu'à côté d'eux il faut faire une place aux infections les plus diverses, soit générales, soit locales.
Ceci nous amène à diviser l'étude étiologique des pyélonéphrites hématuriques en deux parties : dans la première, nous avons à décrire les affections de l'intestin habituellement rencontrées dans le syndrome entéro-rénal; dans la seconde, nous avons à voir les autres infections qui, le plus fréquemment, déterminent une suppuration au niveau du rein.
Nous avons trouvé 19 fois le syndrome entéro-rénal à la base des accidents rénaux sur les 56 observations recueillies. Ces manifestations intestinales ont été très variées et'on peut dire que tout trouble de l'intestin quel qu'il soit est capable de donner lieu à une infection pyélo-rénale. Voici maintenant quelques-unes des affections intestinales qui ont été le plus fréquemment rencontrées
La constipation que nous relevons dans 41 observations durait depuis de longues années dans la plupart des cas; dans certains cependant, elle était d'apparition relativement récente.
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Tantôt crise de constipation et accidents urinaires coïncidaient, ne permettant aucun doute sur leur étroite liaison, tantôt les signes urinaires s’installaient brusquement chez un individu constipé depuis longtemps. Dans tous les cas, il s’agissait de constipation opiniâtre, rebelle à la médication habituelle. En outre, se surajoutant à cette constipation, on trouve une maladie de foie dans un cas et le diabète dans un autre.
L’entérite, avec ses alternatives de diarrhée et de constipation, a été relevée dans quatre observations. Dans la plupart des cas, il s'agissait de véritables crises de pyélonéphrite qui se succédaient les unes aux autres suivant le degré d'infection de l'intestin. Dans notre observation, dans celle d’Henry Blanc, les malades ont fait ainsi deux ou trois poussées successives d'infection rénale alternant avec des crises de débâcle diarrhéique.
Les côlites ont été relevées dans deux observations. Dans l’une, due à Heitz-Boyer, il s’agissait d’une femme jeune qui avait eu à plusieurs reprises des crises extrêmement douloureuses de sigmoïdite avec pseudo-obstruction. L’anse était spontanément douloureuse de même qu’au palper, avec redoublement au moment du passage des matières. Une radioscopie faite après ingestion et lavement bismuthé ne révéla aucune anomalie, aucune déformation, aucune bride. Un examen des matières fut pratiqué qui montra une fermentation hydro-carbonée assez intense avec « insuffisance gastrique probable ». Dans l’autre, due à A. Bœckel, la malade présentait des signes de côlite chronique avec dilatation du cæcum et du sigmoïde, confirmée par l’examen radiographique. Elle fit du reste une crise d’entéro-côlite muco-membraneuse.
L'appendicite semble avoir été la cause des accidents rénaux dans deux observations. Dans celle de Marsan, il semble bien que l’appendicite n'ait été qu'un prête-nom et qu'en réalité la véritable cause soit la stase cæcale. Du reste, l’ablation de l’appendice n’a pas empêché les accidents d’éclater. Dans l'observation de von Frisch, l’appendicite est bien, à n’en pas douter, la cause réelle des troubles urinaires, car l’appen-
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dicectomie pratiquée, pyurie et hématurie disparurent pour ne plus jamais réapparaître. |
Les maladies du foie : angiocholite, cholélithiase, et surtout les infections de la vésicule biliaire; l'insuffisance sécrétoire du foie et du pancréas, en engendrant un mauvais transit des matières, sont autant de causes qui peuvent donner naissance à la colibacillurie et de là aux infections pyélo-rénales.
Enfin, les malformations intestinales, les coudures, les ptoses, les brides de l'intestin signalées depuis longtemps par Victor Pauchet; les parasites de l’intestin qui provoquent des ulcérations de la muqueuse intestinale et favorisent ainsi le passage des germes, sont des éléments de grande valeur dans l’étiologie-des accidents.
A côté des troubles siégeant dans l’appareil digestif, nous devons signaler la grossesse qui a été, nous semble-t-il, dans trois cas la cause des accidents urinaires. C’est elle qui a provoqué les troubles intestinaux qui ont conditionné eux-mêmes l'apparition de l’hématurie. Nous savons, en ellet, que la grossesse, par l'augmentation de volume de l’utérus, crée un obstacle mécanique à la circulation des matières. Il en résulte de la stase stercorale et une constipation souvent opiniâtre.
Il est vrai que dans ce cas, à côté de la stase fécale, il faut aussi sans doute incriminer la stase urinaire et peut-être la stase vasculaire produites par la compression qu’exerce l’utérus gravide sur le rein et l’uretère droits d’une part, sur les vaisseaux du rein d'autre part.
En dehors des affections de l'intestin, nous voyons des infectons locales ou générales, extrêmement variées dans leur nature et dans leur intensité, être le point de départ de troubles portant sur l'appareil urinaire. Toutes les maladies générales peuvent être l’origine d’une infection du rein. Citons surtout la grippe, la fièvre typhoïde, l’érysipèle, la pneumonie, la scarlatine, la furonculose.
Nous avons trouvé dans neuf cas des infections à la base des accidents observés. Dans trois cas (Obs. XXII, XXIV, XXV), on peut manifestement incriminer la grippe. Dans la
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troisième de ces observations, le malade fit d’abord une congestion pulmonaire grippale qui fut l'origine d’un abcès de la prostate, d’un abcès du testicule gauche, d’un abcès de la cuisse droite et enfin des troubles urinaires caractérisés par douleurs lombaires, pyurie, hématurie totale.
Dans deux autres cas (Obs. XXVI, XXVII), on peut incriminer une infection cutanée staphylococcique représentée, dans le premier, par une éruption d’acné généralisée qui a déterminé en plus un abcès de la prostate; dans le second, par une infection furonculeuse du menton.
Dans un cas, nous trouvons toute une série d’infections successives chez la même malade. L'observation, rapportée par Bæœckel, nous montre l'installation des troubles urinaires chez une femme qui vient de faire une angine grave compliquée de sinusite et d’érysipèle, et qui contracte par surcroît une scarlatine.
Dans un autre cas (Obs. XXIX), l’apparition des accidents coïncide avec une petite infection amygdalienne, « un petit point blanc dans la gorge », sans phénomènes généraux notables et qui céda aux gargarismes en quarante-huit heures.
Dans un cas (Obs. XXX), les troubles urinaires semblent être la conséquence d’une infection post abortum chez une malade qui fit une fausse couche suivie d’hémorragies persistantes avec utérus volumineux. E
Enfin, dans un cas, on trouve comme antécédents le paludisme et la fièvre typhoïde.
À côté de ces cas où l’on trouve comme facteur étiologique soit un trouble intestinal, soit une infection quelconque, il en est d’autres où l’on ne retrouve aucun antécédent. L'interrogatoire des malades sur ce point est entièrement négatif car il existe un grand nombre de personnes qui n’ont prêté aucune attention à une infection locale bénigne ou à des troubles intestinaux tout à fait insignifiants en apparence. C’est pourquoi, sans doute, la question n’a pas été résolue dans vingt-cinq observations. Dans ces cas-là, la pyélonéphrite hématurique semble revêtir l'allure d’une maladie spontanée.
Ro.