WEST TR
3° S'il existe des agents microbiens sur toute la longueur des tubes urinaires et au niveau des glomérules de Malpigli, on n’en a jamais rencontré dans les vaisseaux, donc dans le sang, des dits glomérules. Et quant au rein, moins résistant que les autres viscères, c'est une question à laquelle nous ne saurions répondre, les faits expérimentaux n'ayant rien apporté pour résoudre ce problème.
Si, en principe et en fait, ces deux modes de pénétration méritent de retenir l'attention, ils ne sont pas exclusifs.
En effet, depuis les travaux du professeur Achard et de Jules Renault sur la pyélonéphrite gravidique des femmes, il est bien démontré aujourd’hui que le colibacille est la cause habituelle des infections urinaires et de la pyélonéphrite gravidique en particulier. D'’autre part, on sait fort bien que la Bacillus coli peut traverser la muqueuse intestinale intacte, à plus forte raison quand elle est altérée. Il suffit, alors, de penser à la fréquence de la stase intestinale pendant la grossesse, stase qui s'accompagne presque toujours d’infection intestinale, pour comprendre combien doit être facile, dans l’état puerpéral, l’envahissement du tractus urinaire par l'infection.
Les troubles digestifs, la constipation, la compression de l'intestin par l’utérus gravide favorisent le développement du colibacille qui passe dans le sang pour être éliminé par les urines. Cette idée a été développée dans une série de travaux par Hertz Boyer, qui a décrit, sous le nom de « syndrome entéro-rénal » l'infection urinaire d'origine intestinale. L’expérimen-
UE, Das
tation a montré à Bosner qu'une ligature placée sur l'intestin de la femme donne lieu à l’élimination de colibacilles par l’urine et à de Klecki qu'il s’en suit une colibacillémie.
De plus, il y a, au cours de la grossesse, ainsi que Le Lorier l’a montré, une vive irritation de l’épithélium urinaire qui se manifeste par l’apparition, dans les urines, de nombreux cristaux d’urate de soude et d’hématies. Cette irritation des muqueuses d’origine chimique, causée par l'élimination des toxines de la grossesse, peut être suffisante pour provoquer, au niveau de l’uretère: spasme d’abord, puis ulcération qui pourra donner lieu à une sténose, et, secondairement, la pyélonéphrite par le colibacille. Aussi, la voie ascendante n'est-elle plus invoquée en médecine humaine que pour des cas exceptionnels.
Le professeur Achard admet que la pyélonéphrite est presque toujours une colibacillose urinaire qui résulte d'une colibacillémie dont la source est l'intestin et que certaines conditions favorisent le développement du foyer infectieux des voies urinaires: compression et déformation de l’uretère, lésions antérieures du rein. Indépendamment des conditions locales telle que l’action mécanique de l’utérus gravide, il faut, pour qu'elle se produise, deux choses: la septicémie qui permet l’arrivée du microbe au rein, et la bactéurie qui permet le développement des lésions urinaires.
En pathologie bovine, pourrions-nous invoquer les mêmes faits?
Chez la vache, dans la majeure partie des cas, il existe, au niveau du vagin, des lésions, et la maladie
ne
apparaît comme une infection post-partum. Mais comme le colibacille a été trouvé dans les altérations rénales et dans l’urine, nous admettons, en nous servant de la pathologie comparée, que les hôtes normaux de l'intestin, entre autre le bacillus coli à virulence exaltée, peuvent quelquefois, chez les bovidés affaiblis, fatigués, traverser la muqueuse digestive, s'implanter dans les reins, les traverser, se fixer dans la vessie où ils suscitent des lésions ulcéreuses; puis par le mécanisme de l'infection ascendante, engendrer une pyélite, d’abord, et ensuite une pyélonéphrite.
Donc, si on admet, en règle générale, tout au moins en France, que les germes pénètrent par les voies génito-urinaires inférieures, il ne faut pas oublier que dans quelques cas la pyélonéphrite peut avoir, pour départ, le colibacille d’origine digestive.
Prophylaxie et traitement
Prophylaxie
Les indications prophylactiques sont facilement prévues d’après les circonstances étiologiques; on soustrait les femelles à la possibilité de l'infection. Lors d'accidents consécutifs à la parturition, rétention du placenta, catarrhe utérin, traumatismes, etc..., on doit pratiquer, plusieurs fois par jour, des irrigations vaginales avec des solutions antiseptiques. Même en l’absence de lésions sur la muqueuse génitale, il est indiqué, d’après Nocard et Leclainche, de placer les animaux sur les litières fraîches et de tenir la région de la vulve dans un état de propreté constante.
Traitement
Le traitement des pyélonéphrites serait, au fond, fort simple si l’on pouvait agir sur le foyer initial de l'infection et, le cas échéant, supprimer l'obstacle à
l'écoulement de l’urine. Il serait, par contre, tout à fait incertain si on n’arrivait pas à ce double résultat.
EN" à en
Quelquefois, la maladie guérit, ceci est d’ailleurs très rare, et puis, cette guérison, si elle existe, est difficile à affirmer: pour avoir le droit de dire un malade guéri, il faut que les examens bactériologiques répétés durant quelque temps aient montré la dispa- - rition de tout microbe. Et encore, elle peut récidiver à tout moment. Un seul examen négatif ne suffit pas, les microbes et le pus peuvent disparaître et réapparaître secondairement dans les urines. On obtient le plus souvent des améliorations qui n’amènent que très rarement la guérison, car elle est toujours d’une gravité exceptionnelle chez la vache.
Aussi, en médecine vétérinaire, une fois le diagnostic certain, il est plus prudent, pour sauvegarder les intérêts du propriétaire, de sacrifier pour la boucherie les animaux malades. Toutefois, pour des sujets de grande valeur, il serait peut-être possible d’entreprendre un traitement, à condition que le diagnostic étiologique ait été nettement posé.
Si, en effet, la pyélonéphrite a pour cause initiale l'infection intestinale et que le colibacille rentre en Jeu, le traitement employé en médecine humaine devrait être tenté. Dans ce cas, il comporterait une thérapeutique générale, un traitement local et un traitement spécifique.
a) TRAITEMENT GÉNÉRAL
Il y a d’abord à prendre des précautions d'hygiène et de régime. Le refroidissement et la fatigue doivent. être évités.
L'alimentation doit varier suivant les troubles digestifs et suivant l’état fonctionnel du rein. Régime peu toxique, barbotages et farineux éviteront la constipation: telle doit être la première indication diététique. Quand les troubles intestinaux sont manifestes et pendant la phase initiale de la pénétration du colibacille dans le sang, on y joindra des laxatifs. Quant aux troubles fonctionnels du rein lorsqu'ils existent, ils commandent d’une façon générale d'éviter les aliments et les fourrages susceptibles d'augmenter l'élimination des substances irritantes, d’urates et d’oxalates. La restriction des protéiques sera nécessaire s’il y a des signes de rétention azotée.
Les boissons diurétiques devront être abondantes pour assurer le drainage du pus du bassinet et seront données notamment le matin à jeun, pour faire en quelque sorte la toilette du rein.
En fait de médicaments, on aura recours aux différents composés de l’hexaméthylène tétramine, en particulier à ceux qui conservent leurs propriétés en milieu alcalin, comme le citrate. L’urotropine est surtout indiquée par la voie buccale à la dose de 40 grammes par jour en deux fois. Il faut s’en tenir aux doses moyennes pour ne pas avoir d'accidents. Contre l’infection intestinale, le même médicament agira secondairement par son action sur le foie, on pourra y adjoindre le benzonaphtol, le charbon, de préférence le charbon animal à cause de son pouvoir absorbant. On a conseillé le salol aux doses de 15 grammes par jour, le benzoate de soude aux doses de 20 grammes par Jour.
L'effet des antiseptiques est lent, aléatoire. Cependant, quand l'infection est due uniquement au colibacille, on se trouvera bien d’acidifier le milieu organique, ce qui, en exaltant la puissance des antiseptiques, entrave la pullulation des microbes. On peut, alor’, utiliser l’acide phosphorique ou mieux le chlorure de calcium ou d’ammonium. Ce dernier peut être administré pendant un temps prolongé sans occasionner aucun trouble. Ce sel sera prescrit par la voie buccale à la dose de 30 à 40 grammes par jour.
b) TRAITEMENT LOCAL
Le traitement local relève de la chirurgie urinaire. La distension vésicale par une injection de liquide antiseptique qui réveille la contractilité du bassinet et vide cet organe du pus qu'il renferme, le cathétérisme de l’uretère suivi de lavage du bassinet, la néphrectomie sont des opérations impossibles, et toutes théoriques chez nos animaux.
c) TRAITEMENT SPÉCIFIQUE
La vaccinothérapie à base de souches de colibacilles provenant de l'urine de malades sous forme d’autovaccin et la sérothérapie anticolibacillaire pourraient être essayées, et à l'exemple de la médecine humaine il serait fort possible d'obtenir des cas de guérison. Et si l’amélioration tardait à se montrer, il faudrait soupçonner des lésions incurables et encourager le propriétaire à expédier sur l’abattoir l’animal ainsi atteint.
Observations
Userrini, Clinica Vétérinaria, avril 1929
LE. — Sujet: Vache de race alpine, âgée de 7 ans et au huitième mois de la gestation.
Symptômes: amaigrissement progressif, rumination irrégulière, appétit capricieux, température : 39°, 39°5, 39°7, mictions douloureuses et fréquentes, urine émise en petite quantité et rouge, glaireuse, riche en mucus.
Traitement: Administration de diurétiques qui donnent de bons résultats dans les premiers temps, pour demeurer, peu après, inefficaces. Peu après, le part, survenu régulièrement, comme l'animal présente un état de plus en plus mauvais et reste constamment campé, on conseille l'abattage.
II. — Sujet: Vache de race brune, âgée de 6 ans, et au sixième mois de la gestation (mêmes symptômes).
IL. — Sujet: Vache de race brune, âgée de 7 ans, et au sixième mois de la gestation (mêmes symptômes).
Dans le premier cas, l'examen clinique a pu être complété par l'examen anatomo-pathologique, alors que, dans les deux autres, seuls les symptômes ont été observés, les animaux ayant été vendus à des négociants:
L'examen anatomo-pathologique du premier cas montre la pauvreté du tissu adipeux, les deux reins hypertrophiés, les uretères épaissis, la vessie pas altérée. Sur une coupe, le bassinet contient un exsudat qui a l’aspect d’une membrane pseudo-diphtérique fluctuante, et un liquide muco-purulent grisâtre. Le tissu cortical n’est pas macroscopiquement altéré, alors que le tissu médullaire est réduit d'épaisseur. L'’examen histologique montre dans la zone corticale une profonde altération de l’épithélium des tubes urinifères et des glomérules de Malpighi. Dans la lumière de ces tubes, il est facile de mettre en évidence des amas leucocytaires, des globules sanguins, des bacilles.
L'examen microscopique opéré dans les trois cas a montré des bacilles, des cellules du rein, des globules blancs et quelques globules rouges.
Il résulte de ces trois observations que la théorie ascendante se trouve en défaut. Nous ne pouvons, en effet, incriminer dans ces cas l’origine post-partum de l'infection, les vaches étaient atteintes avant l’accouchement et nous admettons plutôt que ces pyélonéphrites gravidiques eurent pour point de départ l'infection intestinale.
Conclusions
LE — La pyélonéphrite bacillaire est une affection fréquente chez les bovidés, surtout chez la vache. Cette maladie est importante pour la nécessité d'établir un diagnostic rapide, afin de sacrifier pour la boucherie les animaux malades.
IT. — Les signes cliniques consistent:
a) Dans la forme aiguë: en troubles généraux graves avec température atteignant parfois 42°, coliques violentes, constipation, diarrhée ou dysenterie, pollakiurie, constatation de l’hypertrophie d’un rein par l'exploration rectale et existence d’une plaie ancienne ou récente par l'exploration vaginale.
b) Dans la forme chronique: forme type de la maladie, pas de troubles généraux graves, coliques plus ou moins violentes, anorexie progressive, ruminations et défécation irrégulières, état général mauvais; douleur à la pression des lombes, pollakiurie, urine glaireuse et d’odeur ammoniacale contenant des éléments microbiens, des globules sanguins, du pus, des cellules du rein, des cylindres hyalins, des filaments de fibrine, une notable proportion de phosphates ammoniacaux magnésiens, des phosphates tribasiques et des
un 00e
cristaux d'oxalate de chaux; existence au niveau de la vulve de croûtes, constatation de plaies anciennes, de cicatrices ou d’abcès sous-muqueux dans le vagin, tuméfaction du fourreau chez le mâle, sensibilité de la vessie; hypertrophie d’un rein et dilatation de l’uretère par l'exploration rectale.
II. — Comme complications, on observe: la périnéphrite, l’hémorragie rénale, la rétention complète de l’urine.
IV. — Le diagnostic est impossible à la période des troubles vagues. On se basera sur le mauvais état général, les commémoratifs, les mictions fréquentes et douloureuses, l’examen de l'urine. L'analyse de celle-ci permettra de différencier la pyélonéphrite des autres maladies à pissement de sang.
V. — Le pronostic est toujours très grave parce que le diagnostic entraîne le sacrifice du malade.
VI. — Au point de vue anatomie pathologie, il existe des lésions contingentes sur l’appareil génital: vulve, vagin, utérus, et des lésions essentielles qui intéressent l’appareil rénal: urètre, vessie, uretère et surtout le rein.
VII. — Dans l’étiologie ordinaire chez la vache, la maladie a pour point de départ, dans la plupart des cas, les reliquats ou les complications des infections génitales post-partum, et chez le bœuf ou le taureau les traumatismes ou les plaies gangréneuses du four-
reau. Parmi les nombreux microbes qui occasionnent la pyélonéphrite, le bacille d’'Hôfflich est l'agent spécifique dans la ‘forme lente et chronique, et les autres, par exemple le colibacille dans la forme aiguë.
VIIT. — L'infection se propage le plus souvent par la voie ascendante (théorie française), rarement par le sang (théorie allemande). Quelquefois, nous ne pouvons incriminer l’un ou l’autre de ces deux modes de propagation, et alors nous admettons l’hypothèse qu'elle a pour origine les troubles intestinaux consécutifs à la gestation.
IX. — La maladie n’est reconnue qu’à une période avancée, alors que le rein est envahi et le traitement ne peut donner aucun résultat. Cependant, si le diagnostic étiologique colibacillaire peut être posé, il est possible d'entreprendre un traitement approprié, et si au bout de quelques jours il n’y a pas d’amélioration, il est prudent d’expédier sur l’abattoir l'animal
atteint.
Vu : Le Directeur Le Professeur de l’Ecole Vétérinaire de Lyon, de l’Ecole Vétérinaire, Dr V. BALL. CUNY.
Vu : Le Doyen, Le Président de la Thèse.