CONCLUSIONS
Nous possédons dans le sérum anticolibacillaire de Vincent, à la fois anti-toxique et anti-microbien, une arme puissante contre l'infection colibacillaire du rein et du bassinet, due à la grossesse.
Quelle que soit la pathogénie exacte de la pyélonéphrite gravidique, quel que soit le trouble mécanique ou dynamique de l’évacuation, le sérum s’est montré capable de la guérir à lui seul. Il est bien entendu qu'il faut avoir vérifié la présence du colibacille et de lui seul dans les urines. S'il est accompagné d’autres microbes, les uns, tel l’entérocoque ne gêneront pas la guérison, mais nous avons vu que, si le streptocoque est présent, le pronostic est tout autre. Cette association nécessite l'emploi simultané du sérum anti-streptococcique de Vincent. Une condition essentielle de l'efficacité du sérum, est l'emploi de doses suffisantes, en rapport avec la gravité du cas. Comme pour toute sérothérapie, il faut agir vite, et pendant un temps suffisamment long.
Il faut séparer nettement la pyélonéphrite au cours de la grossesse de celle qui survient après l'accouchement. Dans la première, nous avons vu
que la guérison complète, bien que moins facile à
COB obtenir, est possible; dans la seconde, la disparition de l’utérus gravide, laisse une pyélonéphrite généralement facile à traiter.
Avant d’accuser le sérum d’un échec, il faut vérifier si une lésion pyélo-rénale autre, ne permet pas le réensemencement par le colibacille.
Nous avons dit que l’action du sérum est double, antitoxique et anti-microbienne ; elle est surtout antitoxique. Sous son influence, on voit les troubles de l’état général, les troubles dus à l’intoxication colibacillaire disparaître rapidement. La température s’abaisse en lysis, ou même, parfois, tombe brusquement, l'appétit revient, l’insomnie, la cévhalée, la courbature cessent. Les malades accusentun bien-être inaccoutumé.
L’éclaircissement des urines est ‘aussi rapide, vers le 5€, 6° jour, parfois même le 3° ou 4, quelquefois tardif : 159 16e jour.
On voit disparaître tous les troubles que l’expérimentation et la clinique ont montré être dus aux toxines du colibacille. Diarrhée fétide, alternant avec la constipation la plus rebelle, crises douloureuses et autres troubles intestinaux dus à l’entérotoxine. Troubles psychiques, asthénie, paralysies sphinctériennes, paralysie du muscle vésical et autres troubles neurologiques plus nets que nous avons étudiés, dus à la neurotoxine.
C'est ainsi, que la spécificité de ce sérum, a permis de rapporter à l’intoxication colibacillaire les troubles dont elle est responsable et que nous avons
sta
étudiés, plus particulièrement aux formes cliniques. Elle a permis dé montrer, que la pyélonéphrite colibacillaire, n’est pas une maladie purement Joca!e, mais que les toxines diffusent comme dans la diphtérie, le tétanos par exemple.
Cette action du sérum est aussi un excellent moyen de diagnostic. De même que l’action d'un traitement anti-syphilitique dit « spécifique », sur un accident dont la nature est incertaine, ou l’action d’un traitement salycilé dans une forme viscérale du rhumatisme articulaire aigu, ou mieux de la maladie rhumatismale, permet de rapporter à leur véritable origine, ces manifestations anormales, de même le sérum anti-colibacillaire spécifique a permis d'augmenter la symptomatologie réelle de l’intoxication colibacillaire.
La disparition du colibacille dans les urines, suit de près celle des troubles précédemment étudiés. Elle doit être vérifiée avec soin par la culture. Elle peut tarder quelques jours, mais elle est réelle et durable, cela a été maintes fois vérifié.
L'utilité d’un traitement local, par lavages de la vessie et surtout du bassinet, ne signifie pas que le sérum est incapable de guérir sans leur aide. Il ÿ a des foyers microbiens, que, les anticorps filtrant en faible quantité dans l’urine, surtout si les lésions rénales sont peu accentuées, ne peuvent détruire. Le lavage du bassinet au contraire fait, soit avec du sérum anticolibacillaire, soit avec une solution de
nitrate d’argent, les atteint avec facilité. Le lavage
oué
au contraire ne peut agir sur les foyers microbiens intrarénaux, ceux des glomérules de Malpighi par exemple. On en connaît de nombreux exemples.
Nous en avons relaté un, dans lequel les lavages n’ont eu aucune action, et où le sérum a amené une guérison rapide et complète.
Si, dans certains cas, le sérum ne peut amener la guérison bactériologique pendant la grossesse, du moins permet-il de supprimer la fièvre et les manifestations morbides de l’intoxication colibacillaire. Il permet d'éviter les complications : hépatobiliaires, intestinales et nerveuses, de maintenir un état général satisfaisant jusqu’à la fin de la grossesse.
Mais encore faut-il l’employer même dans les formes moyennes afin d’en arrêter l’évolution avant qu'elles ne s’aggravent car, comme toute sérothérapie, celle-ci agit d'autant mieux, d’autant plus complètement, qu’elle est employée plus tôt,
Certains cas nécessitent l'interruption de la grossesse. Mais il ne s’agit plus alors d’une toxi-infection colibacillaire isolée. Il s’agit d’une forme où se sont associées des manifestations d'intoxication gravidique, c’est une affection gravido toxique, au même titre que l’albuminurie gravidique, l’éclampsie. Dans ces cas, si le sérum n’agit pas rapidement, si les signes généraux ne s'amendent pas, c'est qu'ils ne sont pas dus au colibacille, mais à l'intoxication gravidique. Ils relèvent d’un tout autre traitement. La suppression de la cause est nécessaire. Il faut
interrompre la grossesse.
Les toxines colibacillaires peuvent produire des symptômes semblables à ceux de l’intoxication gravidique (céphalée, troubles oculaires divers et amaurose, névralgies, insomnie, troubles digestifs, ictère, etc..….), et qui peuvent faire errer le diagnostic; mais contre ces troubles, le sérum anticolibacillaire agit rapidement, et fait le traitement et le diagnostic.
Nous avons vu, que le sérum peut agir malgré la persistance du facteur rétention; ne peut-on supposer que cette atonie pyélo-urétérale, dans la pyélonéphrite est due, en partie au moins, à l’action de la neurotoxine? Elle paralyse les sphincters, le muscle vésical, ne peut-elle paralyser aussi la musculature pyélo-urétérale. On peut répondre que, dans une colibacillurie simple, il n’y a pas de rétention et que, cependant, le colibacille sécrète ses toxines. Mais nous avons vu que l’expérimentation a montré la différence considérable de l'indice toxique, suivant les souches étudiées.
Les unes produisent une grande quantité de toxine, les autres peu ; les unes produisent beaucoup de neurotoxine, les autres plus d’entérotoxine. Il y a là des variations de quantité importantes, mais pas de variations de la qualité des toxines. Dans l'organisme humain, il en est certainement de même, les effets d’une toxine sécrétée en faible quantité peuvent être nuls, ou bien passer inaperçus.
Quant à la diversité des symptômes, la diversité
des terrains les explique, comme pour toutes les
maladies microbiennes, l'agent pathogène et l’organisme opposés l’un à l’autre varient beaucoup ; les conséquences varient de même.
On sait l'importance du terrain pour les symptômes psychiques en particulier.
Le traitement de la pyélonéphrite gravidique doit donc être, avant tout, médical. On doit y ajouter, pour toutes précautions, des lavages du bassinet,ou parfois le cathétérisme de l’uretère seul.
Les formes qui nécessitent un traitement chirurgical ne sont plus des pyélonéphrites. Celles qui nécessitent un traitement obstétrical enfin, relèvent avant tout de l’intoxication gravidique. Une fois celle-ci supprimée et il faut la supprimer, il reste la pyélonéphrite simple qui cèdera facilement au traitement médical, au sérum anticolibacillaire de Vincent, en particulier.
Vu : le Président de la thèse,