DANGERS RÉSULTANT DE L'EMPLOI DE LA PYRODINE
Nous avons vu que la pyrodine possède des propriétés antithermiques et analgésiques, au moins égales à celles de l’antipyrine, de l’antifébrine et de la phénacétine, et qu’elle présente même sur ces médicaments, par la rapidité et la durée de son action, une certaine supériorité. En doit-on conclure qu'elle est appelée à détrôner des substances qui, malgré leurs inconvénients bien réels, rendent journellement, à qui les manie avec prudence, des services signalés.
Nous ne le croyons pas, car la pyrodine est un produit éminemment toxique. Toutes les anilides sont des poisons sanguins. Quand on les injecte
en quantité suffisante, à des lapins ou à des cobaves,
on voit le sang prendre une coloration brunatre, eton observe au spectroscope la raie caractéristique de la méthémoglobine; en outre usage prolongé de ces substances produit une anémie plus ou moins considérable. La pyrodine n'échappe pas à cette loi, comme l'ont constaté Dreschfeld, Lépine, Guttman.
Nous n'avons pas reproduit les expériences de ces auteurs; mais nous avons été 2 fois témoin d'accidents qui prouvent bien que la pyrodine joint réellement, et même à un haut degré, des propriétés toxiques des autres anilides.
Un tuberculeux (observ. V), après avoir absorbé successivement 2 fois 10 centigrammes, puis 15 et enfin 20 centigrammes de pyrodine, accuse de l’inappétence et une grande faiblesse. Les conjonctives sont normales, mais le teint est gris-terreux, les muqueuses décolorées, les urines hémaphéiques : 3 semaines après le début des accidents l’anémie persiste encore.
Une autre malade atteinte de rhumatisme articulaire (observ. IX), après avoir pris 4 doses de 10 centigrammes et 2 doses de 15 centisgrammes, présente de l'ictère, et une extrème prostration ; ses urines sont très fortement hémaphéiques. Dans ces Cas, heureusement, les accidents assez graves pour inspirer des inquiétudes, n'eurent pas d'autre suite qu'une anémie profonde.
Chose curieuse, pendant tout le temps que durè-
rent les accidents, les douleurs furent dans le
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premier cas supprimées, dans le second considérablement diminuées comme si l'organisme eut été saturé de pyrodine. Malheureusement la preuve nous manque, aucun réactif ne permettant jusqu’à présent d’en déceler la présence dans les urines.
Ces faits prouvent que la pyrodine est infiniment plus toxique que les médicaments similaires. Nous avons vu des malades absorber impunément, pendant des mois, de l’antifébrine ou de la phénacétine. Le malade atteint de vertige de Ménière qui fait l’objet de l'observation II, prend depuis 2 ans presque journellement un gramme de phénacétine, et n’a jamais présenté le moindre symptôme d’intoxication.
La pyrodine est donc un médicament à rejeter totalement, car il est évident que l’on n’exposera jamais à de pareïls accidents, des malades qui retireront les mêmes bénéfices de substances plus inoffensives.
Ajoutons qu’elle est difficile à manier par suite de l'incertitude dans laquelle on est de sa véritable composition, les divers produits commerciaux désignés sous le nom de pyrodine renfermant des quantités très variables de substance active.
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